LES OUTILS DE L’EXPORT EN MUSIQUES ACTUELLES
Du local au mondial

Publié le lundi 23 octobre 2006

Article

Tout s’exporte ! Depuis 20 ans, l’économie française du disque et du spectacle pousse hors des frontières. Il semble même que l’appel de l’étranger soit devenu incontournable pour la plupart des projets de la filière musiques actuelles. Mais que faut-il pour faire exister un projet à l’export ? Un peu d’histoire, quelques aides fiables, beaucoup d’espoir. Modalités.

Préambule

Tout s’exporte.
Depuis toujours.
S’il est un emblème de l’export d’une culture, c’est la cornemuse que le sens commun prête aux Écossais. Pourtant ce sac à tuyaux a été amené au Nord de l’Europe par les légionnaires romains. Et les peuples gaà« liques ont su développer une culture instrumentale.
Exporter un objet, un concept, un service ou des éléments d’une culture a forcément des incidences sur le territoire d’accueil.

Tout s’exporte.
Mais comment ?
Plus prosaïquement, exporter un disque, un spectacle ou une idée représente bien évidemment une nécessité à l’heure où les débouchés sur son propre territoire sont de plus en plus limités. À ce sujet, les organismes professionnels sont des appuis incontournables, avec des initiatives bien souvent soutenues par le ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie ou celui des Affaires étrangères. Outre l’aspect économique, se greffent sur le concept d’export les volontés nationales de rayonnement culturel ou de pérennisation des collaborations.

I - L’histoire

1- Survol historique
Fin de la Seconde Guerre mondiale. La France a perdu de son rayonnement culturel.
Pour stimuler les échanges, De Gaulle crée la "Direction générale des relations culturelles" [1]
épaulée par l’Afaa [2] qui dépendent du ministère des Affaires étrangères (MAE).
En pleine période de décolonisation, Malraux, de 59 à 69, "inaugure une politique nouvelle qui deviendra une tradition : celle d’exprimer haut et fort la grandeur de la France dans des opérations brillantes." [3]
Dans les années 80, Jack Lang reprend le flambeau du changement, et crée un service des affaires internationales, en liaison avec le MAE.
Ce sont désormais les artistes qui vont devenir les meilleurs ambassadeurs de la France et de sa (multi)culture. Même si ce sont surtout les grands noms de la chanson française qui s’exportent comme Charles Aznavour, Mireille Mathieu, Nana Mouskouri...

Sous l’impulsion de Lang, la Fête de la musique s’exporte, premier grand événement mondial musiques ; mais la présence musicale française à l’étranger ne prend pas d’ampleur malgré un réseau culturel très développé : instituts, centres culturels, Alliances françaises... Le marché mondial est largement dominé par des productions anglo-saxonnes qui étouffent toutes initiatives. Le fameux "rouleau compresseur".
Avec une world music qui se développe de plus en plus depuis la France et l’Angleterre, c’est le métissage qui avance (et tant mieux) mais le répertoire local de la France ne trouve pas sa place à l’étranger.
Le constat de l’époque : il manque des outils à destination des professionnels de la filière du disque et du spectacle pour faciliter la percée sur d’autres territoires.
Le secteur de l’édition musicale l’a compris depuis longtemps et en a fait un "axe majeur de l’exploitation d’une oeuvre à l’étranger. Dans le cadre d’un fonctionnement rationnel, le sous-éditeur soutient la représentation scénique, les adaptations et reprises locales [...]" [4]. Aussi, du "Comme d’habitude" interprété par Claude François au "My Way" de Franck Sinatra, il n’y a qu’un océan et un éditeur à franchir.

2- Une présence affirmée (enfin !)
Outre les outils, qu’en est-il de la nouvelle garde et surtout des autres genres musicaux ?
Il faudra attendre 1992 et la Mano Negra lors de la fameuse "Opération Cargo" en Amérique latine, pour rendre audible en Amérique du Sud une musique qui ne demande qu’à franchir son Hexagone.
La véritable médiatisation mondiale sera le courant de la French Touch [5] qui à partir de 1994 fera connaître des artistes comme Air, Dimitri from Paris, La Funk Mob ou DJ Cam, jusqu’à « l’explosion mondiale » de St Germain en 1995. Et la France de se positionner sur la scène mondiale comme un acteur de poids, mais sur certains créneaux musicaux toutefois.

3- Une nécessaire [R]évolution !
Il faudra trois évolutions de l’environnement pour développer de meilleures conditions à l’export de la musique française, comme le rappelle Jean-François Michel [6] :

- "L’évolution de la législation sur la propriété intellectuelle en Europe et dans le monde [avec la loi de 85] [7]
- L’évolution technologique des moyens de communication qui décloisonne et internationalise les marchés, facilitant la circulation des oeuvres et, en quelque sorte, l’avènement d’un marché mondial "standardisé"
- L’évolution technologique des supports
[...]"

Ce dernier préconisait un plan d’action en cinq points :

- Favoriser l’information : inventaire des ressources, fiches techniques par pays, guide de l’exportateur, information sur la vie musicale française.
- Faciliter les déplacements : prospection, présence sur les événements professionnels, promotion.
- Constituer un réseau d’intermédiaires : réseaux culturels, instituts, ambassades...
- Aider les tournées : aides financières aux tournées, aux festivals à l’étranger, parrainages français à l’étranger.
- Concernant l’exportation des produits finis : assurance Coface, aide aux voyages commerciaux, abattement de SDRM, Caisse de compensation pour les pays "difficiles".

II - L’export pratique : organismes professionnels et aides

On peut classer les aides à l’export en trois types :
- 1 Les aides des sociétés civiles et autre entreprise SPRD,
- 2 Les aides spécifiques à toutes les entreprises pour exporter, quel que soit le secteur d’activités économiques,
- 3 Les aides à l’origine de ministères ou de collectivités territoriales.

1- Les aides des Sociétés civiles...
Dotées de missions d’intérêt général, les sociétés civiles aident à promouvoir la présence d’artistes français sur d’autres territoires. Dans un contexte de crise économique de l’industrie du disque, de freins à la circulation des oeuvres, des artistes, de cultures différentes, les différents programmes d’aides sont perçus comme des nécessités et émanent de financements croisés.
Toutefois, chaque société a défini des choix parmi ces obligations et n’intervient pas nécessairement pour toutes. Elles ont parfois totalement délégué certains secteurs au FCM (Fonds pour la création musicale).

L’enjeu n’est pas ici de présenter l’ensemble des types d’aides. L’Irma, ainsi que d’autres organismes, a rédigé des fiches pratiques qui détaillent ces informations.
Pour en savoir plus sur ces aides, consultez les Fiches pratiques et documents suivants :

- Tableau des aides aux projets (Fiche pratique n°13),
- Les aides à la diffusion internationale et à l’export (Fiche pratique n°24),
- Les financements européens et la culture (Fiche pratique n°22),
- La plaquette des aides financières à l’export du Bureau Export
- Les ouvrages et liens présentés dans la bibliographie en fin de document.
Synthétiquement, voici les principaux organismes qui attribuent des aides.

Adami : possible dans le cadre des autres programmes.
Spedidam : aide aux déplacements.
Sacem : soutien à des festivals et manifestations diverses à l’étranger via le Fonds d’action Sacem.
SPPF : soutien aux déplacements de ses membres sur des salons ou des marchés à l’étranger, gestion de stands collectifs. Programme d’aide à l’export (accompagnement des producteurs et des distributeurs indépendants dans le développement de leur structure à l’étranger).
SCPP : possible dans le cadre des autres programmes.
Soutien aux déplacements de ses membres sur des salons ou des marchés à l’étranger.

Nous attirons votre attention néanmoins sur quelques-uns de ces organismes qui sont des relais nécessaires, pour le disque, le spectacle et les médias.

Le FCM
Premier organisme "interprofessionnel" à avoir été créé en octobre 1984, [8] le FCM propose à l’export l’aide au spectacle vivant et l’aide aux festivals.

- L’aide au spectacle vivant à l’export
« L’objectif principal des aides à "l’export" est d’encourager la connaissance des marchés apportant des garanties de retour financier sur les licences, l’exportation de produits finis et les droits.
La priorité sera donnée aux projets de développement de carrière d’artistes (tournées, concerts, premières parties) reposant sur un travail en profondeur tant en France que dans les pays concernés (accord de distribution, campagne de promotion, diffusion de vidéomusiques...) et s’appuyant sur une synergie scène/disque.
 »

- L’aide aux festivals à l’export.
Le FCM soutient les festivals implantés à l’étranger qui consacrent une part importante de leur programmation à des artistes français. [9]

Le CNV
Bien que n’étant pas une société civile mais un Epic, le CNV aide dans le cadre de la commission n°3 : actions collectives à l’export ou en faveur de la circulation des artistes et des tournées. S’adresse entre autres à toute action collective à l’étranger visant à promouvoir la musique de production française. L’affiliation au CNV n’est pas obligatoire mais la demande doit être faite par une structure française, et présenter un projet impliquant plusieurs artistes ou groupes.

Le Bureau Export
Créée en 1993, à l’initiative des professionnels français avec le soutien des pouvoirs publics et des organismes professionnels de l’industrie du disque et du spectacle vivant, le Bureau Export a pour but d’aider les maisons de disques françaises à promouvoir leurs artistes à l’étranger.
Il informe, conseille, aide à la prospection et au développement auprès des maisons de disques françaises ; et il apporte de plus un soutien financier aux maisons de disques françaises à travers trois commissions :
- La commission promotion et aide à la mobilité pour les show-cases, promotions indépendantes et voyages professionnels ou promotionnels,
- La commission Export pour les tournées à l’étranger,
- La commission Vidéomusique pour l’adaptation ou la production de vidéo pour l’export.

Le Bureau export de la musique française a tissé un réseau de neuf bureaux à travers le monde : Royaume-Uni (Londres), Allemagne (Berlin), Etats-Unis (New York), Japon (Tokyo), Brésil (Sao Paulo), Espagne (Barcelone), Mexique (Mexico), Russie (Moscou) et Australie (Sydney).

Francophonie Diffusion
Créée en février 1993, ses objectifs sont la diffusion, la promotion et l’aide à la commercialisation des musiques et des artistes de l’Espace francophone, via 200 radios sur cinq continents. Francophonie Diffusion assure la circulation des informations, initie des échanges et des opérations jumelées entre radios, à l’attention des professionnels (radios diffuseurs, artistes, producteurs, institutionnels privés et publics).

2- Les aides spécifiques à toutes les entreprises
Ces autres aides à l’export prennent plusieurs formes : de la ressource sous forme de guides et de renseignements, des assurances...
Coface (Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur)
Cette assurance prospection s’adresse aux labels et consiste en une "aide financière destinée à prémunir l’entreprise contre le risque d’échec
commercial, à développer le chiffre d’affaires et à pérenniser
les partenariats commerciaux à l’étranger
". Cette aide porte sur un budget prospection couvert à hauteur de 65%, pour une durée de un à quatre ans, moyennant une prime de 3%.
Retrouvez également un outil plus généraliste, la boîte à outils de l’export
sur le site du ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie.
Ubifrance, Agence française pour le développement international des entreprises, propose avec les Missions économiques, un réseau d’appui unique, actif en France et dans le monde entier, pour aider les entreprises françaises à se développer à l’international de manière efficace et durable.

3- Les aides à l’origine de ministères ou de collectivités territoriales
Enjeu d’Etat auparavant, l’initiative du développement à l’Export ne lui échoît plus uniquement. Le secteur privé s’est largement emparé de la communication et de la diffusion de la culture, ou de certaines formes de culture. Mais dans un environnement mondialisé, où l’histoire de la France a créé des liens très forts avec certains pays ou communautés, il n’est pas rare de voir que de nombreuses initiatives sont soutenues par la filière mais aussi par les pouvoirs publics. [10]

CulturesFrance
Intervient sur de nombreux champs de l’export avec ses programmes Générations musiques (Amérique latine, Afrique du Nord et Moyen-Orient) ou jazz.
Dès 1995, l’Afaa d’alors (devenue CulturesFrance) a développé un programme de conventionnement avec les collectivités territoriales et les Drac. L’objectif, comme le rappelle Jean-Christophe Olier "étant de soutenir et de développer les échanges artistiques internationaux : faire découvrir à l’étranger des artistes émergents, fortement implantés dans leur ville ou leur région et de tisser, à travers des projets d’ateliers, de formation, de co-réalisation ou de coproduction, des liens durables entre équipes artistiques françaises et étrangères."

Quelques exemples : le projet « Palabres musicales » en vue de faire découvrir les cultures musicales bretonne et nigérienne, en France et au Niger. Des professionnels et médias étrangers invités aux Transmusicales de Rennes pour donner un écho international à la manifestation...

L’Agence intergouvernementale de la francophonie
Cette agence oeuvre selon deux axes : l’action politique et la coopération, particulièrement dans le cadre de spectacles produits dans un pays du sud (Afrique francophone, Caraïbes, Océan Indien, Europe centrale et orientale, Asie, Pacifique), membre de la francophonie.

III- Pratiques de l’export

Emmanuel Legrand dans "L’Export" [11] rappelait "exporter nécessite la concentration de moyens en provenance de sources multiples. Afin de faire face aux coûts élevés des tournées internationales, de la promotion et du marketing, la mise en commun de toutes les ressources disponibles est la meilleure garantie de répartir les risques".
Depuis rien n’a changé ou presque.

1- Motivations à l’export
Le niveau de saturation de l’offre musicale est extrêmement élevé quel que soit le territoire. Par conséquent, s’engager dans une dynamique intercontinentale d’échanges, de développement international, relève bien plus du rêve culturel, de l’utopie, que d’un sens calculé des affaires.
Le risque intrinsèque aux initiatives de développement international est extrêmement élevé, il faut donc en avoir conscience.

Dans ces motivations, on distingue trois points incontournables :
- Primo, un disque distribué sur le territoire d’accueil sera toujours demandé par les festivals, les tourneurs, les organismes professionnels d’aide à l’export ou à la mobilité.
- Secundo, vos artistes défendront leur œuvre phonographique à l’étranger au mieux et avec plus de conviction s’il s’agit d’une nouveauté. En effet, un disque est un événement significatif dans le travail d’un groupe qui fige sa création dans le temps. Et c’est sur de nouveaux projets que les artistes ont en général le plus d’envies.
- Tertio, repartir de zéro (ou presque), pour travailler un disque sur un territoire étranger, de l’autre côté de l’Atlantique, avec des distances à l’échelle de continent, nécessite que les artistes aient réellement envie de défendre leurs disques, leurs spectacles devant des publics qui ne seront pas immédiatement conquis, et dans des conditions de travail qui seront souvent totalement différentes (parfois pires) que celles dont ils disposent dans leur pays d’origine.

En France, comme ailleurs, une sortie d’album est une des meilleures raisons de programmer un groupe dans une salle...

2- Une stratégie de l’export ?
Petit rappel : La règle du Triptyque (disque, concert, communication)
Un artiste dispose d’une bonne visibilité et donc de meilleures chances de commercialisation de ses œuvres, lorsque le triptyque « disque, concert, communication » fonctionne correctement. Ce mécanisme se met en place des mois avant l’arrivée dans la ville pour jouer et sa logistique, parfois lourde, est primordiale !
Il incombe alors à la personne chargée de l’export de veiller à ce que lors des différentes étapes ci-dessous, la promotion et la mise à disposition au public des phonogrammes se fassent de la meilleure façon possible.
Le groupe joue dans une salle (concert), il faut le faire savoir (communication) pour que le public vienne, et que les disques, bien mis en avant, se trouvent chez tous les revendeurs de la ville (distribution) avant, pendant, et après le concert. Sinon ce seront autant de ventes perdues.
Et dans le cadre d’une stratégie de l’export, cette règle est encore plus nécessaire. Avec un seul mot d’ordre : la synergie !
Il semble utopique de vouloir dissocier le disque du spectacle, dans le cadre d’un travail sur deux ou plusieurs territoires. Comme le dit Bertrand Aubonnet : "Pour un tourneur, l’export est nécessairement lié à un travail de collaboration avec le label"
Tout entrepreneur va solliciter des financements. Mais aucun projet ne sera soutenu si l’on n’est pas capable de faire la preuve qu’exporter est une nécessité. Il faudra convaincre plusieurs partenaires (la fameuse synergie) de s’associer pour cette initiative coûteuse, risquée et sans aucune certitude d’un juste retour sur investissement. [12]
Le développement à l’export se fait selon deux axes suivant la filière et les pouvoirs publics :
- la mise en œuvre de tournées à l’étranger,
- la conclusion d’accords commerciaux.
Ces deux axes visent à accroître à l’étranger, les ventes de disques d’artistes produits en France (selon le document "Diffuser davantage les oeuvres et les productions culturelles en France et à l’étranger").

Pour schématiser ce que l’on vient de dire :
un festival demandera à la maison de disques française de disposer d’un disque distribué sur le territoire étranger, et donc à elle d’enclencher des partenariats avec un label ou un distributeur locaux. Il n’est pas rare qu’une date à l’étranger soit l’occasion de trouver d’autres concerts dans d’autres villes. Ce qui va permettre de rentabiliser (potentiellement) la tournée.
Donc, pour se faire dans de bonnes conditions, il faudra déterminer avec l’artiste et son manager que ce territoire d’export est une priorité. Et être prêts à revenir faire une tournée dans les deux ans qui suivent. Sinon, ce sera un coup d’épée dans l’eau. Ou de superbes vacances payées au groupe à l’étranger. Mais à quel coût ?

Exporter la musique signifie en premier lieu que l’artiste aura pleinement pris conscience de ce que cela signifie : repartir à zéro, prendre l’avion pour de très courtes durées, souffrir du décalage horaire pendant les concerts, devoir faire des entrevues avec tant de journalistes...
Ce qui signifie : être très clair avec tous les partenaires, sur ce que représente l’export.
Dans le Guide France-Québec du disque et du spectacle, les auteurs se fondent sur un triple postulat plus proche des préoccupations des petits indépendants :
- la nécessité de travailler à un niveau artisanal (dans un premier temps),
- l’obligation d’un partenaire présent et actif sur l’autre territoire,
- la bonne connaissance des législations diverses propres à chaque pays.

Mais s’il est un moyen de l’export que l’on redécouvre chaque jour, c’est son propre carnet d’adresses, et la mise en réseau que l’on peut soi-même faire. Il ne faut jamais mettre de côté ce travail patiemment réalisé ; particulièrement lorsque les fruits du travail à l’export se récoltent des années après avoir commencé sur un nouveau territoire. Tous les entrepreneurs sont en effet les meilleurs artisans que l’on puisse trouver pour préciser et affiner des projets qui en appellent à des compétences, des contacts, des réseaux...

3- Les nouveaux moyens de l’export
Aujourd’hui, exporter sa musique change de méthodes. Alors que l’on parlait de marchés, avec une forte présence des artistes, le développement de la dématérialisation des contenus musicaux permet de travailler de façon moins coûteuse et surtout de rationaliser les territoires sur lesquels on estime avoir une chance de développer ses artistes.
Youtube et MySpace permettent de diffuser sa musique et d’assurer sa promotion sur des territoires étrangers et de pouvoir très facilement savoir quels sont les pays où la demande des fans permet de légitimement se demander si trouver un tourneur n’y est pas devenu une priorité. Et même mieux, puisque l’on peut espérer "une généralisation de ce système de découverte des nouveaux talents via le web (qui est généralement suivi d’un accord de distribution avec une major)" [13].
Pour faciliter la promotion, les EPK [14] sont des vidéos moyens métrages envoyées via la toile, où l’on retrouve des extraits de concerts, des interviews dont se servent les chaînes de télévision (entre autres) qui en diffusent des extraits lors de reportages et permettent un travail de promotion à distance.
Les plates-formes de téléchargement mondiales sont une opportunité (mais à quelles conditions ?) de pouvoir diffuser sa musique partout.

Plutôt que de chercher des structures qui puissent accueillir son disque, son spectacle ou parler de son projet, l’heure est aussi venue de trouver des projets internationaux auxquels collaborer. Le Relais Culture Europe [15] éclairera sur tous les dispositifs que l’on peut utiliser et les synergies à mettre en place pour créer de la valeur artistique en Europe, puisque : "La politique régionale européenne est une des principales politiques de l’Union européenne. Elle est favorable à l’émergence et au soutien de projets culturels, et demande aux acteurs culturels de penser leurs projets dans une stratégie de développement territorial."

En conclusion


Exporter est un travail difficile qui nécessite de se remettre en question pour avoir l’approche la plus réaliste possible du terrain sur lequel prospecter et développer.
"Exporter, c’est être présent sur le terrain, investir, s’impliquer, se donner les moyens de comprendre comment fonctionnent les marchés. C’est voyager, rencontrer les professionnels du monde entier, se frotter à d’autres méthodes de travail, échanger des expériences. [...] Pour cela, il faut être fort dans son propre pays, ouvert sur l’extérieur, réfléchi et combatif, inventif et carré, persévérant et chanceux." [16]
Encore une fois, rien n’a changé, sauf peut-être le fait que d’aucuns s’exportent sans être très présents sur leur territoire, répondant par là au vieil adage qui dit : "nul n’est prophète..."

Exporter est bien plus qu’une stratégie, c’est une raison de vivre et de vous faire vivre. Geneviève Girard dans l’interview de ce dossier parle de 15 à 20 % de son activité orientée à l’export, Laure Duhard évoque la mise à disposition d’environ 10 à 15 % de la masse salariale et des frais généraux d’un label pour ce seul secteur. Ce qui signifie un investissement de taille, mais à l’heure où les ventes de disques diminuent sur son propre territoire, chercher à vendre un certain nombre de pièces sur plusieurs territoires permet de rentabiliser cette fragile économie, particulièrement à l’heure où les frontières n’en sont (presque) plus pour tous les spectacles. Alors, le pari de l’export est payant. Potentiellement. Mais sur le long terme. Bonne chance.

Jean-Noël Bigotti

Bibliographie et liens utiles

BIGOTTI, Jean-Noël, BISAILLON, Jean-Robert, Guide France-Québec du disque et du spectacle, Irma/Sopref, Paris Montréal, 2006.
DORVAL Catherine, Guide des aides et subventions pour la musique, Guidearts éditions, Paris 2006.
L’indispensable de l’export « Les dispositifs d’appui et les interlocuteurs de l’export, Medef, Paris 2006.
Sous la direction de Bruno Boutleux, "L’Export", Irma, collection Volumes, Paris, 1993.
"L’Europe est à vous", portail des services publics européens et nationaux.
Europass permet de télécharger des documents au format européen (CV, passeport des langues, diplômes).


Le saviez-vous ? :
Le ratio disques (chiffre d’affaires à l’export des industries culturelles françaises/aides du ministère de la culture et de la communication en faveur de l’export des industries culturelles) est le moyen qui sert au ministère des Finances à mesurer l’efficacité du soutien à l’exportation des industries culturelles (livres et disques)


[1Sa mission : "Rétablir, en dépit des grandes difficultés matérielles, un courant d’échanges intellectuels interrompu pendant cinq ans, satisfaire à l’appel de nombreux pays qui nous réclament des professeurs, des conférenciers, des livres, démontrer enfin la vitalité de la pensée française à travers les épreuves subies." in Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959, sous la direction de Emmanuel de Wansquiel, Larousse-CNRS, 2001, p. 531

[2Association française d’action culturelle, créée en 1922

[3ibid.

[4BERT, Jean-François, L’édition musicale Irma éditions, Paris, 2003

[5Terme dû à un blouson créé par Eric Morand pour F Communications avec l’inscription "We Give A French Touch To Our Music" (Source Wikipedia)

[6MICHEL, Jean-François, Pour une politique à l’exportation de la musique française, rapport de mission, octobre 1992

[7La loi n°85-660 du 3 juillet 1985 a accordé, au titre des droits voisins, des droits moraux et patrimoniaux aux artistes-interprètes, aux producteurs de phonogrammes et de vidéogrammes et aux entreprises de communication audiovisuelle.
Les différentes SPRD (Sociétés de perception et de répartition des droits) doivent utiliser une partie des sommes collectées à des actions d’aide à la création, à la diffusion du spectacle vivant, (dont l’export via des festivals et des tournées), et à des actions de formation d’artistes.

[8« Sans attendre le vote de la loi, une assemblée générale constitutive adoptait les statuts de la FCDMS en octobre 1984 et le conseil d’administration élaborait dans l’unanimité les programmes et les procédures détaillées d’actions communes pour aider la création, la diffusion du spectacle vivant et la formation des artistes, en veillant notamment à ce que les bénéficiaires des aides respectent les droits sociaux et les droits de propriété artistique. »

[10Un cycle a été parcouru : les amitiés historiques permettant de développer des échanges d’oeuvres, d’artistes ou de professionnels. On assiste désormais à des combats de défense d’intérêts, de valeurs, de défense de sa culture face à l’acculturation.
Les régions s’associent au secteur privé et aux sociétés civiles, représentatives de l’intérêt général des professionnels, pour développer une identité culturelle et créer des passerelles à l’export.

[11L’Export, Une famille d’acteurs, sous la direction de Bruno Boutleux, éd. Irma, collection Volumes, Paris, 1993, p. 14-15.

[12Toutes ces aides porteront sur une partie précise du budget : aide à la prospection, aide à la mobilité (Spedidam), aide à la tournée, aide média (Francophonie diffusion), Fonds de garantie financière ou assurance (Coface)... ou sur un territoire bien précis (OFQJ, OFAJ) !

[13dixit Alban Martin

[14Electronic Press Kit

[15RCE est un centre de ressources sur l’Europe et la Culture

[16Emmanuel Legrand, ibid.


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