LABELS EN VILLE
Les dispositifs locaux de soutien à la filière discographique

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La filière phonographique est un secteur marchand qui bénéficie traditionnellement de peu de soutien public. Avec la "crise du disque", cette économie s’essouffle et accélère sa concentration, au péril du renouvellement des créations et de la diversité culturelle.
Certaines collectivités territoriales s’en inquiètent et différents dispositifs d’aide aux labels indépendants locaux ont vu le jour, comme en Rhône-Alpes, en Aquitaine, en PACA ou à Paris. D’autres sont en gestation... Les labels y trouvent un appui pour poursuivre leur activité de repérage d’artistes et de production. Les collectivités, en soutenant la vitalité artistique locale, protègent aussi un bassin d’emploi et enrichissent l’attractivité de leur territoire. Elles bousculent également de la sorte, les logiques de l’intervention publique en matière de culture, frileuses à l’égard du marché du disque.
Labels en ville : ou comment les collectivités accompagnent les labels indépendants ? Entre descriptifs et analyses, quelques éléments de réponses à quinze jours de la table ronde organisée par Mila sur ce sujet (voir encadré).

Les initiatives existantes en matière de financement public des labels de musiques actuelles sont rares. Dans le cadre du "Plan Rock" du ministère Lang, un "Plan Labels" avait vu le jour de 1989 à 1992, aidant plus d’une cinquantaine d’entreprises pour un montant global de 8,1 millions de francs, soit plus d’1,2 millions d’euros. De nombreux groupes ont ainsi percé, accompagnés par des labels comme Boucherie, Bondage, Rosebud, Black & noir...
Cependant, le dispositif n’avait pas duré et s’était même conclu sur un constat d’échec : alors que le but avoué du ministère était la transformation des labels aux méthodes encore "artisanales" en véritables entreprises structurées, les labels vont surtout utiliser l’argent pour produire plus de disques ou pour rembourser leurs dettes. Mais en ne retenant que la forme de la subvention directe parmi six préconisations (voir encadré), le ministère a appliqué ses méthodes habituelles sans contribuer à créer les conditions de diffusion des œuvres produites. Le "Plan Labels" ne parviendra de la sorte ni à structurer, ni à pérenniser les activités des labels. Le temps du politique et le temps de l’entreprise ne sont pas les mêmes ! Et ils ont parfois du mal à se comprendre…
Depuis, en dehors de mesures fiscales (crédit d’impôts, fonds d’avances Ifcic, fonds d’aide Fisac à la création de disquaires) et d’un soutien aux productions de musiques classiques et jazz (via le MFA), l’État n’est plus réellement intervenu, notamment financièrement, dans le domaine du disque.
Aujourd’hui, ce sont les collectivités territoriales qui, comme elles l’ont fait pour le cinéma, se positionnent sur cette forme de politique.

La crise du disque et ses conséquences sur la diversité culturelle
Si en 1989, le cabinet Argos (missionné pour une Etude-action sur les labels discographiques indépendants préalable au Plan Labels) estimait que "les difficultés des labels sont exacerbées depuis un an" et que le projet d’aide allait "rencontrer une attente extrêmement forte due à cette situation d’urgence", que dire de la situation aujourd’hui ?
LABELS EN VILLE Les dispositifs locaux de soutien à la filière (...)Rappelons que depuis quatre ans, le Snep estime que le marché français du disque a perdu près de 34% de sa valeur [1], revenant à son niveau du début des années 1990.
Cette crise a entraîné une restructuration du marché : des majors ont fusionné, des labels et des distributeurs indépendants ont disparu, le nombre d’emplois et de nouvelles signatures d’artistes a chuté…
Mais les pratiques, elles, n’ont pas faibli… Symptôme du malaise, aujourd’hui, ce sont les sociétés civiles (SCPP, Adami…), et plus particulièrement le FCM, qui s’inquiètent de l’augmentation du nombre de demandes d’aides déposées et refusées.
Dans ce contexte économique fragile, les petites structures aux ressources modestes sont les premières touchées. Or, les labels indépendants sont aux premières loges pour accompagner les créations naissantes et les artistes en voie de professionnalisation. Leurs difficultés ont un impact direct sur l’émergence de nouveaux talents et sur la diversité culturelle. Cette diversité peine d’autant que les ventes de disques, comme les playlist des radios, restent concentrées sur un petit nombre de produits.

D’un point de vue économique, les collectivités qui mettent en place des dispositifs d’aide aux labels protègent des emplois et une industrie en difficulté (on recense aujourd’hui plus de 1.180 labels en France, dont plus de la moitié est installée en régions). Mais leurs interventions se fondent également (et conjointement) sur une logique de politique culturelle, celle de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles adoptée en 2005 à l’Unesco et applicable depuis le 18 mars 2007. Cette convention "réaffirme le droit souverain des États de conserver, d’adopter et de mettre en œuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire" et de "promouvoir le respect de [cette] diversité [2] et la prise de conscience de sa valeur aux niveaux local, national et international".
C’est donc sur ces fondements économiques et culturels que l’intervention des collectivités s’appuie pour développer des dispositifs novateurs et spécifiques à chaque territoire.

Panorama des dispositifs de soutien aux labels indépendants
On peut distinguer deux catégories de dispositifs mis en place par les collectivités locales : ceux où elles interviennent de manière directe auprès des acteurs, et ceux où elles délèguent la gestion à un opérateur intermédiaire. Chaque dispositif a ses propres règles et modalités d’action, les uns soutiennent financièrement un projet au cas par cas, d’autres aident la structuration des entreprises ou à la mise en place d’opérations communes…

Les dispositifs de soutien direct

Nous présentons ici cinq dispositifs directement pilotés par une collectivité. Ils ne sont pas tous au même niveau de développement et suivent des modèles d’accompagnement différents.

Rhône-Alpes : Dispositif d’aide à la filière phonographique

En 2003, la région Rhône-Alpes a commandité un état des lieux sur la filière disque qui a permis de rendre visible la richesse du territoire en nombre de structures : 200 labels, une quinzaine de distributeurs, autant d’éditeurs et près de 80 disquaires. Une étude qualitative, réalisée sur une quarantaine de labels, a cependant fait apparaître un sous-financement de ces entreprises de production : trois quarts des structures faisaient moins de 50.000 euros de chiffre d’affaires en 2001, avec 1 à 2 emplois par structure, pour un catalogues de 526 groupes ou artistes produits, la moitié d’entre eux étant implantée dans la région.
A partir de ce diagnostic, le Conseil Régional a voté en décembre 2004, dans le cadre d’un plan régional pour les musiques actuelles, un dispositif d’aide à la filière phonographique entièrement financé et géré par la région.

Ce dispositif, dont le budget était de 388.000 euros en 2006, se décompose en plusieurs volets d’actions :
- une aide au projet qui peut concerner la production, la distribution ou la promotion d’un phonogramme produit dans la région (la structure qui bénéficie de ces aides doit être domiciliée en Rhône-Alpes). Cette aide ne peut excéder 30% du budget total et est plafonnée à 15.000 euros par projet. Entre 2004 et 2006, ce sont 72 productions portées par 44 labels qui ont été subventionnées, pour une enveloppe globale de 660.000 euros.
- l’accompagnement des producteurs sur des salons internationaux, qui se traduit par la mise en place d’un stand Rhône-Alpes au Midem. Entre 2005 et 2007, 49 structures ont été accueillies sur 3 ans avec une moyenne de 25 structures par an, pour une enveloppe globale de 245 000 euros.
Ce dispositif est intégralement financé et piloté par la région Rhône-Alpes, hormis l’organisation du stand Rhône-Alpes au Midem confiée à l’Amdra.
Par ailleurs, la création d’une plateforme musicale en ligne (diffusion, promotion et distribution des catalogues régionaux) et la mise en place de bornes d’écoute et de vente dans les lieux spécialisés, font actuellement l’objet d’une étude de faisabilité, menée par l’Amdra en concertation avec des producteurs de la région, et devraient prochainement voir le jour (ce qui n’est pas sans poser de problèmes puisque souvent les labels possèdent déjà des accords exclusifs avec des distributeurs).


Pour plus d’informations, contactez l’Amdra
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Provence-Alpes-Côte d’Azur
Phonopaca : Groupement des acteurs de l’industrie musicale en Provence-Alpes-Côte d’Azur

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce sont d’abord les acteurs privés de la filière disque qui ont pris l’initiative, dès 1998 et avec l’appui de l’Arcade PACA, de se fédérer au sein de Phonopaca. L’objectif de ce groupement est d’accroître la reconnaissance de l’importance culturelle et économique de la filière en région, de mutualiser certaines ressources pour augmenter sa visibilité sur le marché et de mener à bien des actions communes.
Les pouvoirs publics, s’ils ne sont pas à l’amorçage du processus, ont cependant rapidement soutenu les actions de Phonopaca. Il est important de noter que l’ensemble des collectivités (Conseil Régional PACA, Conseil Général des Bouches du Rhône et la Ville de Marseille) et l’Etat (via le ministère de la Culture) participent à l’aide apportée à la trentaine de structures de la fédération.

Les actions menées par le groupement relèvent en partie de la promotion des acteurs et de leurs catalogues mais également de la diffusion des supports et des oeuvres :
- présence des entreprises sur les salons internationaux (Womex, Amsterdam Dance Event, Musicora, Sonar, Popkomm, Babel Med Music, Midem, etc.)
- mise en pace d’outils promotionnels : une lettre d’infos, une compilation, un site Internet, une revue de presse, etc.
- organisation de rencontres-débats
- pilotage du Prix "Labels Sud" remis lors du salon Babel Med Music et qui a pour vocation de récompenser un artiste ou producteur de la région
Pour 2008, sont prévues
- l’ouverture d’une plateforme de téléchargement qui diffusera le catalogue des adhérents ainsi que les oeuvres des artistes locaux repérés par les partenaires (collectivités, salles de spectacles...)
- la mise en place de bornes d’écoute dans les lieux de diffusion de la région

Aide au projet de production phonographique

En 2005, suite à une rencontre entre Phonopaca et les élus de la région, les aides à la création mises en place par le Conseil Régional et la Drac ont été repensées et déclinées en 4 volets : aide à la composition, aide aux résidences, aide aux tourneurs et aides aux labels.
Ce dispositif d’aide aux labels dispose d’un budget annuel de 30 à 35.000 euros et soutient spécifiquement les productions dont la structure est domiciliée en PACA. Les projets doivent bénéficier d’une distribution et les aides ne peuvent représenter plus de 50% du budget total de production.


Pour plus d’informations, contactez Phonopaca ou l’Arcade PACA (pour l’aide au projet)
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Aquitaine : Dispositif d’aide aux entreprises de production et d’édition phonographiques

Comme en Rhône-Alpes, ce dispositif a été construit à partir d’un diagnostic. Ce dernier a été établi durant l’année 2005 au cours d’une concertation entre le Conseil Régional et les labels aquitains. Voté par la région en novembre 2006, ce dispositif a déjà permis de soutenir 13 structures (pour un budget de 45.000 euros en 2006 et de 60.000 euros pour l’année 2007).

Le dispositif est réservé aux entreprises indépendantes ou associations domiciliées en Aquitaine, dotées de moyens humains et logistiques, et dont le catalogue comporte au minimum trois productions distribuées commercialement sur les trois dernières années. Il est construit pour aider un label pour un minimum de deux productions dans l’année. Le financement peut aller de 1.500 à 8.000 euros par structure sur l’année, mais ne peut excéder 5.000 euros par production et 50% du budget total du programme de productions de l’année.

Le dispositif pourrait s’élargir prochainement puisque la région réfléchit et concerte actuellement les acteurs pour concevoir la mise en place d’une aide à la distribution. A priori, il ne s’agirait pas, comme en Rhône-Alpes, de créer une plateforme en ligne mais plutôt de mettre l’accent sur la distribution des supports physiques, en installant des bacs de fonds locaux vendus dans le réseau des librairies, voire dans celui des salles de concerts. Cela suppose cependant quelques aménagements puisqu’au delà des accords à définir, les libraires n’ont pas nécessairement les compétences pour conseiller l’acheteur de disques, et les salles de spectacles n’ont pas de personnel disponible pour effectuer cette tâche de vente.


Pour plus d’informations, contactez le Rama
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Mila : Marché des labels indépendants du XVIIIe arrondissement de Paris

Mila fonctionne sur un concept différent des exemples précédents, misant plus sur la synergie des acteurs. Il s’agit d’une pépinière d’entreprises [3] qui regroupe une vingtaine de membres (labels, distributeurs, médias spécialisés…) dans les mêmes locaux (ou à quelques rues) dans le quartier Messager/Letort/Championnet du XVIIIe arrondissement de Paris. La mairie du XVIIIe est à l’initiative du projet qui a ouvert ses portes en 2006. Avec la création de Mila, l’un des objectifs est de conforter l’aménagement d’un quartier musical riche en équipements : une quarantaine de maisons de disque dont EMI France, une petite dizaine de disquaires et un mégastore Virgin, de nombreuses salles - Elysée Montmartre, Divan du monde, Cigale… prochainement les Trois Baudets (en phase de réouverture) - , des bars musicaux, des magasins d’instruments, des studios d’enregistrement, des médiathèques, et bientôt un centre axé sur l’accompagnement des pratiques (Fleury-Goutte d’Or).

Ce dispositif ne consiste pas à subventionner directement des projets, mais offre la possibilité aux membres de bénéficier, à des tarifs très avantageux, d’une location de bureaux au sein du pôle, mais également de profiter d’une aide logistique (un poste de coordinateur, une salle de réunion, photocopieuse, kiosque à journaux…) et d’une aide à la promotion (tarifs préférentiels dans le magazine Longueur d’Ondes, compilation, partenariat avec le festival 18 en Scènes…).
Mila a disposé de 434.000 euros d’investissement pour sa création (Ville de Paris, région IDF, Opac) et fonctionne avec un budget annuel de 104.000 euros (Ville de Paris, Mairie du XVIIIe, région IDF (emploi tremplin), FCM).
Ici, le dispositif est ouvert aussi bien aux labels locaux en demande de soutien, qu’à tous les labels indépendants souhaitant s’implanter (ou implanter une filiale) sur Paris. Preuve du succès de la démarche : des centaines de dossiers sont en attente malgré le turnover des structures hébergées (certaines déménageant pour de plus grands bureaux une fois leur activité lancée avec réussite).


Pour plus d’informations, contactez Mila
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Labels à Rennes

Labels à Rennes est né d’une initiative privée, plusieurs labels de la ville ou de la région ayant décidé de se regrouper en 2002, d’abord de manière informelle, puis en association il y a 2 ans. Depuis, certaines actions de promotion ont été menées (compilation, bac promo chez un disquaire, catalogue commun) et la mise en place d’un dispositif est à l’étude.

Le groupement, qui compte 9 membres, effectue depuis plus d’un an des démarches auprès de la Région et des départements Culture et Economie de Rennes Métropole [4] pour mettre en place un pôle de compétitivité des entreprises culturelles, proche dans son principe et dans son fonctionnement de Mila (à la différence qu’il hébergera avec les labels, des éditeurs de livres, de décor, etc.).
L’aide demandée consiste à mettre à disposition des locaux (ou tarifs préférentiels), où les labels pourront disposer d’outils communs (salle de réunion, photocopieuse…) et d’un emploi assurant la coordination du pôle. Une demande supplémentaire a été formulée pour une aide à la promotion des labels.


Pour plus d’informations, contactez le label Pudding
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Les dispositifs de soutien indirect

On peut aussi repérer d’autres modalités de soutien que les collectivités ont validées, la gestion des dispositifs étant assurée la plupart du temps par les pôles régionaux de musiques actuelles.

Poitou-Charentes : Réseau d’accompagnement à la distribution des autoproduits régionaux (Radar)

Contrairement aux autres dispositifs, Radar n’a pas vocation à structurer l’activité d’une entreprise sur le marché du disque, mais s’adresse spécifiquement aux artistes régionaux non signés et autoproduits. Ce projet est né en 2000 sous l’impulsion du pôle régional des musiques actuelles en Poitou-Charentes et a été soutenu par le Conseil Régional et la Drac. L’objectif de Radar est d’offrir une réponse au manque de visibilité des disques autoproduits régionaux et de se positionner comme une alternative aux circuits commerciaux de distribution.
Disposant d’un budget annuel de 3.000 euros, ce dispositif permet aux artistes autoproduits de diffuser et de vendre leurs œuvres en ligne, avec comme seuls critères d’admission le respect de la législation en matière de droits d’auteurs et la qualité de l’enregistrement. Pour aider à la promotion, le magazine du pôle (Lignes de Mir) consacre également quatre pages de chaque numéro à la présentation de ces références discographiques. L’absence de critères artistiques et le refus de marger sur les ventes, ont vite conféré au Radar une forte dimension patrimoniale.

Radar, qui compte aujourd’hui un catalogue d’une centaine de disques, fait cependant l’objet d’une réflexion en cours qui pourrait amener le dispositif a évoluer. Au sein d’un projet associatif rénové (changement récent de statut pour le pôle régional) et au vu des évolutions du contexte de la diffusion des oeuvres musicales ces dernières années (Internet), il apparaît utile de réinterroger le bien fondé du dispositif et des conditions de son réel développement.
A noter que la Commission pour la relance de la politique culturelle (qui regroupe de nombreux syndicats et associations d’artistes), dans son Livre blanc sorti cette année, encourage les collectivités à mettre en place ce genre de plateformes de distribution pour les artistes locaux. Cet outil est par ailleurs à rapprocher des démothèques mises en place par les médiathèques (plus d’infos sur ce sujet dans le focus De l’usage des médiathèques pour les musiques actuelles).


Pour plus d’informations, contactez le Radar
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Pays de la Loire : Trempo Fabric’, Trempo Distrib’, Trempo Garantie

Pour accompagner les artistes dans la production discographique, Trempolino (pôle des musiques actuelles en Pays de la Loire soutenu par la région, le département de Loire-Atlantique, la ville de Nantes, plusieurs communes de l’agglomération ainsi que le ministère de la Culture) a mis en place, depuis 1993, trois dispositifs indépendants et complémentaires : Trempo Fabric’, Trempo Distrib’ et Trempo Garantie, qui permettent aux artistes locaux de s’inscrire dans la chaîne économique du disque. A noter que ces dispositifs peuvent être sollicités par les labels comme par les musiciens. Ils sont donc ouverts aux artistes signés comme aux autoproductions (à condition que les groupes aient une activité régulière). Chaque projet aidé bénéficie par ailleurs d’un accompagnement et de conseils.

- Trempo Fabric’
Le service Trempo Fabric’ s’adresse aux groupes, artistes ou structures des Pays de la Loire ayant le projet de faire presser un disque (CD, DVD et vinyles). Grâce à un partenariat avec l’entreprise de pressage MPO (installée en Mayenne), Trempolino propose des tarifs préférentiels et gère le suivi de fabrication des supports. Près de 300 groupes ont bénéficié de ce service depuis 1993.

- Trempo Distrib’
Trempolino a mis en place un réseau de distribution en concluant des partenariats avec les disquaires locaux de Nantes, Saint-Nazaire et La Roche-sur-Yon. Plus de 400 groupes en ont profité et 440 références d’artistes locaux ont ainsi été en dépôt-vente dans la région. Mieux, une soixantaine de groupes ayant bénéficié de Trempo Distrib’ ont obtenu par la suite un contrat de distribution nationale (Jeanne Cheral, Klaktonclown…).
Initialement, ce dispositif s’adressait plus spécifiquement aux artistes autoproduits n’ayant jamais été distribués. Mais face à la conjoncture difficile pour le disque et la distribution indépendante, le dispositif est en train d’être repensé, en présence de tous les acteurs concernés (groupes, labels, disquaires, structure de développement et de diffusion…), avec l’objectif d’être "plus ouvert et partagé". Le nouveau projet interviendra sur deux axes complémentaires (d’une part soutien aux autoproductions, et d’autre part soutien aux labels) et s’oriente désormais vers la création d’une plateforme de distribution en ligne.

- Trempo Garantie
Trempolino et le Crédit Municipal de Nantes ont mis en place un dispositif de garantie bancaire qui permet aux musiciens ou structures de bénéficier d’un prêt personnalisé pour la réalisation de leur projet (enregistrement, pressage, achat de matériel...).
Le prêt bancaire est accordé en fonction de la viabilité et de la cohérence de leur projet. Le groupe aidé doit être sous contrat avec une structure juridique assurant la gestion financière et administrative du projet, la structure se portant caution morale et les musiciens caution solidaire. Les remboursements sont ajustés, en général sur deux ans, avec des échéances mensuelles ou trimestrielles. Une trentaine de disques ont été produit en utilisant cette garantie.


Pour plus d’informations, contactez Trempolino
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Nord-Pas-de-Calais : Score

Domaine Musiques, association de développement de la musique en Nord-Pas-de-Calais soutenue par le Conseil régional et le ministère de la Culture, s’est associé à la Caisse Solidaire du Nord-Pas-de-Calais pour proposer Score, un dispositif de prêt bancaire proche de Trempo Garantie.
Les prêts ont des montants unitaires compris entre 3.000 et 8.000 euros et se remboursent sur une durée de 1 à 3 ans. Les projets présentés devront émaner d’acteurs du champ des musiques actuelles domiciliés dans la région. Ils doivent également participer au développement conjoint de la création artistique et de l’activité économique. Un comité d’experts composé de professionnels de la filière musicale accompagne le demandeur dans la constitution du dossier avant de le communiquer à la Caisse Solidaire. Score a aidé à la production de 7 disques depuis la création du dispositif en 2000.


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La liste des dispositifs ici évoqués n’est pas exhaustive. De nombreuses collectivités sont susceptibles de subventionner ou de mener des actions de soutien auprès des labels. Nous avons surtout listé ici les systèmes d’aide conventionnés qui ne fonctionnent pas au cas par cas, mais sur la durée.

Des dispositifs en expérimentation et aux crédits symboliques
Les dispositifs ici évoqués ne sont pas tous au même stade de développement. La plupart sont jeunes, voire en construction, et fonctionnent avec des moyens plus symboliques que significatifs. A l’échelle du pays, de nombreux territoires en sont par ailleurs dépourvus.
Les initiatives existantes essuient ainsi les plâtres, et auront valeur d’indicateur auprès des autres collectivités. Leur pérennisation, leur multiplication et l’augmentation des crédits qui leurs sont alloués dépendent donc de leur capacité à réussir ; ce qui passe par la qualité du dialogue entre acteurs et politiques, par leur faculté à fixer des objectifs communs et à établir un plan d’action cohérent pour y arriver.

Se fédérer pour être concerté
La mise en place de ces aides ne part pas de nulle part : les collectivités, qu’elles soient à l’initiative du projet ou qu’elles répondent à une demande des acteurs, s’appuient sur un diagnostic issu d’une concertation avec les labels. Pour mener à bien ces discussions, une règle se dégage de plusieurs expériences : la nécessité pour les producteurs locaux de se fédérer afin de parler d’une seule voix avec les politiques qui œuvrent dans une logique d’intérêt général (et ne peuvent donc prendre en considération les volontés de chacun). Il semble par exemple que pour l’Aquitaine, ce soit un pré requis à toutes initiatives en la matière.

La cohérence des dispositifs
Un constat avait déjà été formulé suite au "Plan Labels" : pourquoi aider les structures à produire si derrière la distribution ne suit pas ? Plutôt que d’aider à la création, ne faut-il pas favoriser les conditions pour qu’elle rencontre son public ? Aujourd’hui ce constat vaut d’autant plus que la "crise du disque" a laminé le secteur de la distribution indépendante : Pop Lane, Chronowax, Tripsichord, Night & Day, Overcome… ont tous mis la clé sous la porte ces dernières années. Les collectivités, comme en Aquitaine et en Rhône-Alpes -ou les pôles régionaux comme en Pays de la Loire- semblent prendre la mesure de cet aspect. C’est pourquoi elles réfléchissent, toujours en concertation avec les labels fédérés, à la mise en place de dispositifs d’aide à la distribution, soit par la création d’une plateforme numérique soit par une aide à la mise en bacs.
Dans un registre proche, bien qu’il s’agisse d’une initiative entièrement privée, il est important de noter l’existence de CD1D, fédération de labels indépendants qui ont mutualisé leurs moyens pour construire une plateforme de distribution et de vente en ligne permettant aux membres de trouver une forme d’alternative aux difficultés d’écoulement en créant un rapport direct aux publics.

Malgré ces prémices de mise en cohérence des dispositifs de production/promotion/distribution, la pérennisation de l’activité des labels indépendants reste assujettie à la place qui leur est faite chez les disquaires. Or les disquaires indépendants ont pratiquement disparu et les grandes surfaces spécialisées (Fnac, Virgin…) réduisent le nombre de références disponibles en magasin (en misant sur la vente de fichiers numériques dont on sait que la croissance est loin de compenser la chute du marché du support).
Sur ce point, il est important de relever que les acteurs et les collectivités peuvent s’appuyer sur l’action du Calif, ou sur l’aide apportée, dans le cadre du Fisac, par le ministère de la Culture et le secrétariat d’Etat aux PME en faveur de la création de commerces culturels de proximité (voir encadré).

Quelles sont les conséquences de cette intervention publique ?
Elles sont multiples et de plusieurs ordres.
Pour les collectivités territoriales, en aidant un secteur en difficulté économique, il s’agit de soutenir un bassin d’emplois : les producteurs, mais aussi les artistes, les disquaires, les tourneurs… qui profitent par ricochet du développement du disque. Les collectivités (déjà impliquées dans l’enseignement et la diffusion des musiques actuelles) accompagnent de la sorte la vitalité artistique locale, et participent à la mise en valeur de la diversité culturelle sur leur territoire.
Cette vitalité artistique profite en premier lieu aux populations locales, qui y trouvent une offre culturelle plus large, plus proche, et surtout plus diversifiée. L’image du territoire s’en retrouve également fortement valorisée, ce qui constitue un atout important dans l’afflux d’entreprises, d’habitants, de touristes…

Pour les labels aidés, l’intervention des collectivités leur permet de poursuivre une politique artistique exigeante et à risque, à la recherche des artistes et des formes émergentes. Cependant, sans distribution et sans mises en bacs chez les disquaires (ou vente en ligne), l’aide pour les labels se retrouverait limitée. Si les dispositifs d’aide à la distribution deviennent opérationnels, cela pourrait permettre de structurer localement une "filière du disque indépendant", comme une alternative au circuit des multinationales et de la music business autour duquel se concentre le marché du disque.
Mais pour ne pas reproduire les erreurs du passé, les dispositifs doivent associer de manière complémentaire les aides à la production, à la distribution et à la promotion. Il s’agit d’envisager la chaîne du disque dans son ensemble, en prenant aussi en compte les comportements d’écoute, de consommation et de recommandation. Ainsi, la réflexion sur les labels en appelle une sur les disquaires de proximité et sur la distribution en ligne, mais également sur la présence et le rôle des médias locaux (radios, fanzines). Pour aider les labels, il s’avère qu’il ne suffit pas "d’envoyer la sub". Il s’agit au contraire de penser une ingénierie nouvelle, capable de coupler des dispositifs de manière cohérente, permettant aux populations d’accéder à une offre diversifiée et favorisant le développement économique des productions et des structures.

Enfin, cette intervention modifie les logiques traditionnelles de l’intervention publique en matière de culture, frileuses à l’égard du disque, produit façonné par le marché, et par conséquent sur lequel ni les pouvoirs publics ni les élites culturelles n’ont le pouvoir de décider de sa valeur esthétique. Si, dans les années 80, l’entrée des musiques actuelles dans le champ des politiques culturelles avait déjà été vécue comme une "transgression" [5], la prise en compte du disque relève au moins autant du même état d’esprit.
C’est pourtant ce que certaines collectivités mettent en œuvre, s’appuyant sur la Convention de l’Unesco pour affirmer "la complémentarité des aspects économiques et culturels" et justifier le "développement de partenariats novateurs entre les secteurs public et privé". Elles contribuent ainsi à modifier le rôle des décideurs publics, à la fois dans leurs méthodes (concertation des acteurs) et dans leurs intentions : intervenir dans un secteur longtemps laissé à la marge des politiques culturelles.

Comme le dit Philippe Couderc, label manager de Vicious Circle, "ne pas aider les labels, c’est construire une politique des musiques amplifiées sans tête, et donc ni jambes". Car les labels indépendants, devenus "économiquement capables et juridiquement carrés", sont des porteurs naturels et militants de l’émergence et de la professionnalisation des artistes. Ils sont au cœur d’un système qui mêle les logiques privées et publiques, artistiques et commerciales...
Alors que les pouvoirs publics aident depuis longtemps des filières marchandes comme la sidérurgie ou l’agriculture, qu’ils n’ont pas de craintes à investir dans des industries culturelles telles que le livre ou le cinéma, il semble que les dispositifs des collectivités en faveur du disque soient un premier pas vers une attitude nouvelle des élus. Qui reste, pour l’heure, expérimentale et symbolique… A poursuivre.


Pour aller plus loin sur ce sujet, lire les interviews Label manager, opérateurs et élus témoignent

Comment les dispositifs locaux d’aide au disque sont-ils vécus et pensés de l’intérieur ? Des gérants de labels (Jarring Effects, Boxson, Vicious Circle, Talitres, Ailissam), des opérateurs de dispositifs (Mila, Trempolino, Phonopaca) et des élus (Aquitaine, Rhône-Alpes) font le point.

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[1Source : L’économie de la production musicale, Snep (chiffre d’affaires du marché 2006 : 862,7 M € pour le marché de gros, 1.310 M € pour le marché de détail)

[2Définit comme suit : « La diversité culturelle renvoie à la multiplicité des formes par lesquelles les cultures des groupes et des sociétés trouvent leur expression. Ces expressions se transmettent au sein des groupes et des sociétés et entre eux. La diversité culturelle se manifeste non seulement dans les formes variées à travers lesquelles le patrimoine culturel de l’humanité est exprimé, enrichi et transmis grâce à la variété des expressions culturelles, mais aussi à travers divers modes de création artistique, de production, de diffusion, de distribution et de jouissance des expressions culturelles, quels que soient les moyens et les technologies utilisés. »

[3Mila n’est pas une pépinière au sens juridique du terme, mais correspond à un groupement d’entreprises qui fonctionnent comme une pépinière.

[4Communauté d’agglomérations qui, dans le cadre du dispositif européen Interect 3 d’aide au développement des échanges culturels, est en charge du soutien à l’édition (livres, disques…)


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