Yves Bommenel (SMA) : "ne pas transiger avec nos valeurs"

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Politique culturelle

Yves Bommenel, le nouveau président du SMA, le syndicat des musiques actuelles, détaille son parcours et sa vision pour son mandat. Il balaye les dossiers qui rythmeront cette année 2014 : élargissement du CNV, loi sur la création, réforme des collectivités...

Yves Bommenel (SMA) : "ne pas transiger avec nos valeurs"
Yves Bommenel, président du SMA (c) M. Rossignol

- Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?

Cela fait plus de 20 ans que je suis dans le secteur culturel, j’ai occupé presque tous les métiers qu’il comporte : éditeur, artiste, organisateur de concerts, de festivals, roadie, et même barman ou sécu ! J’ai également travaillé longtemps dans les médias et la communication, dans des magazines musicaux et culturels. J’ai toujours été un militant associatif, à des postes de responsabilité ou à des postes opérationnels. Mon expérience s’est forgée sur le tas, j’ai une approche à 360° !

Aujourd’hui je suis vice-président d’illusion & macadam. C’est un groupement d’entreprises composé d’une association, qui produit tout ce qui est lié aux musiques actuelles, au spectacle vivant et aux arts numériques, notamment le festival Tropismes, et d’une Scic qui fait principalement de l’accompagnement et de la formation, Un goût d’illusion, dont je suis en charge du développement. Il y a même un cabinet comptable Arithméthique. A côté de cela je fais aussi de la poésie vidéo et du rock.

- Pourquoi avoir voulu être président du SMA ?

Cela s’inscrit dans une logique de continuité. Je suis impliqué dans le SMA depuis longtemps : je suis un vieux militant d’un jeune syndicat ! J’en suis à mon 3e mandat en tant que représentant de la région Languedoc Roussillon, j’étais déjà au bureau de la précédente équipe. Et puis c’est aussi un choix collectif, le fruit d’une discussion avec mes camarades du SMA pour savoir qui serait le plus à même de succéder à Pascal Chevereau.

Ce qui m’a d’ailleurs le plus motivé, c’est l’équipe : sérieuse, compétente, motivée, avec un conseil national impliqué, et des adhérents très pertinents sur leurs domaines. On peut facilement s’en rendre compte dans les événements professionnels, MaMA ou Bis par exemple, où les propositions et les prises de parole sont toujours à propos, où les membres sont sollicités pour participer aux tables rondes et débats, que ce soit sur l’avenir de l’écosystème musical ou sur le développement durable ou l’économie sociale et solidaire. Coordonner, et animer et développer un réseau de personnes qui ont de l’expérience et de l’expertise, c’est passionnant !

"Nous croyons en l’impact social positif de nos organisations, et nous sommes animés par un sens de l’intérêt général."

- Quelles sont les grandes lignes d’action pour l’année 2014 ? quelles sont les questions dont vous souhaitez vous emparer ?

La première chose importante pour nous, c’est d’affirmer qui nous sommes et de ne pas transiger avec nos fondamentaux, nos valeurs. Nous sommes évidemment pour la discussion, le consensus, la négociation et la co-construction. Nous croyons au modèle de démocratie ascendante. Sur tous les sujets, nous demandons l’avis des adhérents, et c’est cet avis là que nous défendons quand nous allons au ministère, dans les instances de discussion et de négociation. Nous sommes, au niveau national, le porte voix de ce qui se passe sur le terrain.

Nous sommes un syndicat de l’économie sociale et solidaire, nous croyons en l’impact social positif de nos organisations, et nous sommes animés par un sens de l’intérêt général. Enfin, dernier aspect important, nous sommes un syndicat de filière, même si nous préférons le terme d’écosystème. Au sein du syndicat, l’on trouve des lieux, des labels, des écoles, des tourneurs, des radios ou des festivals ... C’est la complémentarité de cette diversité d’acteurs qui permet de faire émerger de nouveaux talents, de faire vivre celles et ceux qui sont déjà là, de permettre au public de les rencontrer, et en parallèle de faire vivre et de développer une pratique amateur. Après la défense de ces principes, il y a évidemment un certain nombre de dossiers qui vont animer cette année 2014.

"Nous défendons une vision ouverte, qui inclut dans la réflexion la formation, les médias mais aussi la ressource et l’observation"

- Justement, 2014 semble être l’année du possible retour d’une forme de Centre national de la musique. Qu’en pensez-vous ?

C’est la surprise de ce début d’année 2014 : l’élargissement des compétences du CNV, pour en faire une sorte de CNM bis. Si on ne peut que se réjouir de cette annonce, il reste beaucoup de questions en suspens. Quel sera son périmètre d’action ? Malgré quelques éclaircissements, cela reste encore flou. Il serait dommage de se retrouver uniquement dans une vision binaire, avec la musique enregistrée d’un côté et le spectacle vivant de l’autre. Nous défendons une vision ouverte, qui inclut dans la réflexion la formation, les médias (comme les radios associatives, dont le rôle est essentiel), mais aussi la ressource et l’observation, qui sont centrales pour nous. Le rôle structurant des organismes d’intérêt général qui travaillent sur la ressource est essentiel pour l’écosystème de la musique.

Nous sommes un secteur très structuré, qui a l’habitude de faire beaucoup de choses avec peu de moyens. Le financement est d’ailleurs un autre point important sur lequel le ministère devra très vite apporter des réponses. Il devra trancher notamment sur la répartition équitable des sources de financement entre les industries culturelles. Nous ne comprenons toujours pas pourquoi la TST-D est uniquement fléchée sur le cinéma… Il y aurait aussi visiblement d’autres sources de financement envisagées, mais rien n’est clairement posé. Nous sommes dans l’attente de choix clairs.

Dernier point : la question de la gouvernance. Le CNV est actuellement co-géré par les professionnels, de façon paritaire, avec également des personnalités qualifiées. Il est important pour nous de rester dans cette logique, qui illustre les valeurs de co-construction et de démocratie ascendante que nous portons. Pour être au plus près des problématiques du secteur, dans un esprit de consensus, ce « nouvel » établissement doit être souple, réactif et adaptable. La question de la gouvernance en est donc d’autant plus importante.

"La loi sur la création est nécessaire, mais ne nous leurrons pas, elle ne va rien révolutionner."

- Également prévue, même si elle ne cesse d’être repoussée, la loi sur la création. Qu’en attendez-vous ?

La loi sur la création est nécessaire, mais ne nous leurrons pas, elle ne va rien révolutionner. Elle aurait pu être une grande loi structurante, elle ne semble au final ne vouloir être qu’un grand fourre-tout. Vu le contexte actuel, si elle ne s’accompagne pas de vraies sources de financement, elle ne servira pas à grand chose. On entend beaucoup parler ces derniers temps de la force et du dynamisme des industries créatives et culturelles. Oui, une partie du secteur se porte bien, c’est indéniable. Mais s’il s’agit uniquement de renforcer les aides pour ceux qui s’en sortent déjà bien, inutile de dire que le compte n’y sera pas.

Une loi ne peut que prendre en compte les mutations et essayer de les accompagner. Nous sommes dans une situation de grande fragilité économique pour nos structures, avec une raréfaction des financements publics. Nous avons toujours été les pièces rapportées du banquet républicain, nous sommes la portion congrue, à la marge des financements publics. La baisse des financements au niveau national n’est pas compensée par les collectivités, qui ont aussi subi de plein fouet les effets de la crise. Nous suivons d’ailleurs de très près leur réforme à venir.

Cette loi semble aussi vouloir se pencher sur des questions intéressantes, comme le développement de la pratique amateur. Il y a actuellement une crispation sur ce sujet, avec les questions de concurrence déloyale pour les professionnels. Mais il y a une nécessité d’encadrer ces pratiques. Même si ce n’est qu’un petit aspect de cette loi, c’est quelque chose d’intéressant et nécessaire.

- Vous l’avez évoqué, la réforme des collectivités impacte aussi directement les structures que vous représentez. Comment vous positionnez-vous ?

Nous sommes des enfants de la décentralisation. Nous sommes, de par notre nature, favorables à la déconcentration et la décentralisation des pouvoirs. Par contre, nous sommes très attachés à la logique de cofinancement. Au delà du risque lié à un financeur unique, Dracs et collectivités doivent agir conjointement : pour garantir l’équité territoriale, c’est le rôle « régalien » de l’Etat, tout en prenant en compte les spécificités locales, c’est l’expertise des collectivités. On sait très bien que toutes les régions ne sont pas sur un pied d’égalité.

Au delà de ces questions centrales, nous avons aussi devant nous tous les dossiers paritaires si je puis dire, qui se font en continu, comme les négociations autour des conventions collectives. Étant un syndicat qui embrasse toute la diversité du secteur, nous sommes sur 5 ou 6 conventions collectives différentes.

- Le SMA se positionne comme un syndicat transversal à la filière. Pourtant, vous ne faites pas partie de l’association Tous pour la musique, qui regroupe la grande majorité des acteurs du secteur. Envisagez-vous de l’intégrer ?

C’est une possibilité, mais nous voulons au préalable la garantie de pouvoir faire respecter notre singularité et nos valeurs. Nous avons fait savoir que nous étions prêts à les rejoindre, mais nous n’irons pas juste pour apparaître sur la photo. Nous attendons à présent de connaître les modalités pour intégrer l’association qui devront nous garantir notre bonne prise en compte.

- Pour finir, quelle philosophie va guider votre présidence ? Quelle vision souhaitez-vous défendre ?

Cela fait 40 ans que l’on est dans une situation de crise. Dans notre secteur, nous ne savons même pas ce qu’est une économie saine. L’âge d’or, si tant est qu’il ait existé, nous ne l’avons pas vécu. Nous ne souscrivons pas au discours, très présent aujourd’hui, du « c’était mieux avant ». Le monde actuel est dur, mais il existe des solutions. Partout, sur le terrain, aux quatre coins du territoire, il y a des gens, des structures qui, au quotidien, inventent le monde. Pas celui de demain, celui d’aujourd’hui. Ce sont ces expériences positives, cette intelligence collective que nous voulons mettre en avant. Allez-y ! Entreprenez, ne soyez pas frileux de votre créativité ! Nous n’avons pas d’acquis, nous avons tout à conquérir. Avec les nouvelles technologies et l’engouement toujours grandissant pour la musique, nous avons une chance historique. Il faut la saisir.


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