"Un magasin de disques, c’est un média, pas un supermarché !"

Publié le mercredi 4 avril 2012

Interviews

Le Disquaire Day, c’est l’occasion d’aller à la (re)découverte de ces boutiques tenues par des mordus de musique, qui travaillent quotidiennement pour faire découvrir d’autre artistes, d’autres musiques. Ils nous parlent de leur passion, de ce qui les a poussé à ouvrir, de leur métier, des opportunités et des difficultés d’être un commerce culturel indépendant aujourd’hui. Nous avons rencontré : - David Godevais (Calif)
- Théo Jarrier et Bernard Ducayron (Souffle continu)
- Michel Pampelune (Fargo records)
- Franck (Ground Zero) Avec en plus, une interview de Bertrand Burgalat, qui nous parle de son rapport aux disquaires, en tant qu’artiste, label, et mélomane.


Bertrand Burgalat, Tricatel

- Que pensez-vous du Disquaire day ?

Je pense que toute initiative en la matière est positive, surtout si elle s’accompagne d’une réflexion en profondeur sur les relations producteurs, disquaires et auditeurs. La réduction du nombre de disquaires et la centralisation des grandes chaînes devrait permettre à l’artisanat musical d’être plus facilement diffusé or ce n’est pas du tout le cas, on a tendance à calquer les modes de fonctionnement et les hiérarchies du passé à une réalité qui a profondément changé.

- Quelle est selon-vous la spécificité d’un disquaire indépendant ?

La spécificité d’un disquaire "indépendant" c’est sa subjectivité. Les disques et les musiques qu’il présente sont ceux qu’il aime et c’est généralement pour ça qu’on vient le voir. Ça ne veut pas dire qu’il va nécessairement se cantonner à un style de musique mais il suit son instinct et ses goûts. On n’a pas forcément les mêmes mais c’est justement ça qui est intéressant. Cela fait des années que j’ai renoncé à me battre pour que mes productions soient à tout prix chez les disquaires quand ceux-ci sont réticents, ça nous permet de bichonner ceux qui apprécient notre musique, qu’ils soient employés dans de grandes enseignes ou en indépendants.

- Que va proposer Tricatel pour le Disquaire Day ?

Nous organiserons une vente à la sauvette Tricatel au Mila et je vais aussi y jouer quelques titres de mon nouvel album, accompagné par les Dragons.

- Pourquoi s’associer à cette manifestation ?

Il y a quatre ans le Mila nous a accueilli avec beaucoup de bienveillance en nous louant un local à une époque où on n’était pas au mieux de notre forme, c’est la moindre des choses qu’on s’associe à la vie collective de l’ensemble des labels de notre taille. D’une manière générale je suis toujours partant pour aller chez les disquaires, faire des mini-showcases, des rencontres avec le public.

- Votre premier disque acheté ?

J’ai commencé à acheter des disques à Colmar en 1974 dans un magasin qui s’appelait je crois La Boîte à disques, place du Maréchal de Lattre. Ça devait être Meddle de Pink Floyd. Un album coûtait à l’époque 34,50 francs. En juin de la même année j’avais vu Pink Floyd en concert, le prix du billet était de 30 francs. Aujourd’hui un album ne coûte guère plus que ce qu’il coûtait il y a 28 ans, alors que le prix de la place de concert à été multiplié par 10, et pour un groupe comme ça par 20...

- Fréquentiez-vous (et fréquentez-vous toujours) les disquaires ? Aviez-vous (et avez-vous toujours) un ou des disquaires favoris ?

Oui. Je vais chez Jacques Pellet à All Access (3, rue Brochant, Paris 17e). Il y a quelques années j’ai fait un 45 tours avec Robert Wyatt, pressé à 500 exemplaires. je suis allé le proposer à un disquaire que j’aimais beaucoup, dans la rue du Mont Cenis. Je pensais qu’il serait heureux d’être le seul à vendre ce disque et qu’il m’en commanderait un max. Il en a pris 5 en dépôt, ça m’a un peu douché.

Tous les labels de notre taille rêvent de constituer un réseau des "bons disquaires" mais dans la pratique c’est très difficile à mettre en place sur la base de dépôts, il faut relancer régulièrement pour savoir si ils ont vendu tel disque etc. Le plus sain pour tout le monde c’est qu’on vende pas cher et en ferme aux disquaires mais ce n’est hélas pas toujours possible.


David Godevais, Calif

Calif
23 rue Sainte-Marthe
75010 Paris
01 42 45 21 74
www.calif.fr

- Pourquoi importer le Disquaire Day en France ?

Jusqu’en 2011, le Calif a eu une action tournée vers les institutionnels : il s’agissait d’aller chercher de l’argent auprès du ministère, des conseils régionaux, etc... et de le redistribuer aux disquaires. On a inclus une partie vidéo pour les magasins vidéo, puisque le CNC soutient aussi le Calif. Mais le ministère de la Culture voulait que le Calif ait une action tournée vers le grand public.

On s’est dit que pour communiquer auprès du grand public, il fallait un événement. Et comme il existait déjà le Record Store Day (RSD) aux États-Unis et en Grande-Bretagne, j’ai contacté les organisateurs américains pour leur demander si ca les intéressait que l’on monte la version française. Ils ont tout de suite été partants. J’ai rencontré Michael Kurtz, le fondateur, à Londres, et immédiatement il nous a présenté comme le RSD français.

On a donc bénéficié de l’impact et de l’organisation du RSD, notamment au niveau des rapports avec les labels en France, initialement pas plus intéressés que ça. Le RSD était peu connu en France, même chez les disquaires. On a eu accès aux productions spécialement proposées par les américains et les anglais pour cet événement, donc forcément c’était plus facile pour intéresser les médias et le public. L’année dernière, il y avait quand même des disques des Stones, de Radiohead, de Sonic Youth… Et puis on avait déjà commencé à travailler avec les labels en France, en leur demandant s’ils étaient prêts à soutenir un événement de ce type. On aurait presque pu réussir l’opération uniquement avec les productions US et anglaises, mais ce n’était pas l’esprit. Il était très important pour nous d’impliquer la production française. Pour la première année, on a donc eu 12 productions françaises, en provenance de labels indés.

- Il y en a plus cette année ?

L’édition 2011 s’étant très bien passée, avec d’excellents retours des disquaires, des médias et du public, il y en a plus cette année. Ce fut un succès en termes économiques et de communication. Cela faisait quand même très longtemps qu’on n’avait pas vu des gens faire la queue devant un disquaire ! Enfin un événement positif autour de la musique enregistrée, et la filière en France a aussi pris la mesure d’un événement qui en 4-5 ans a pris une ampleur conséquente. Le nombre de références a été multiplié par 4, avec pas loin d’une cinquantaine de productions en provenance des petits indés, des gros indés, des majors… Il y avait une centaine de disquaires participants en 2011, on est à 150-160 cette année. Et puis il y aura aussi beaucoup plus de showcases, de concerts… Une partie de la mission est remplie : montrer au grand public qu’il existe des disquaires indés en France, qu’il y a une alternative aux grandes enseignes de ventes de produits culturels, avec un vrai travail de spécialistes sur leurs esthétiques, des dénicheurs et des prescripteurs. Et c’est ça que le public a envie de retrouver.

On est passé dans les années 1990 et au début des années 2000 dans un système de consommation de masse des produits culturels dans les hypermarchés. Le public se tourne plus aujourd’hui vers du commerce de proximité, avec du lien, et une autre façon d’acheter. C’est le mouvement de simple consommateur à « consom’acteur » observable dans différents secteurs. Après avoir voulu recréer du lien avec son boucher, son boulanger, son primeur, dans une exigence aussi de qualité, on veut recréer du lien avec son disquaire.

Et du coup, on touche à nouveau la population des mélomanes que l’on avait perdu et qui ne s’y retrouvait plus dans les supermarchés. Quand on ne touche plus cette population de mélomanes, on se prive d’un des leviers importants de prescription auprès du grand public.

- C’est donc aussi une autre vision de la « consommation » ?

Tout à fait. On redonne à la musique sa dimension de bien culturel, tout en redonnant de la valeur à l’objet. Un disque, c’est un objet périssable, qui s’abîme, auquel il faut faire attention. Un fichier informatique, ça n’a aucune valeur. Même si le public ne le dit pas de cette façon-là, je pense qu’il est d’autant plus attaché à l’objet que celui-ci est périssable, fragile, précieux. Évidemment, l’un des principaux arguments avancés par les acheteurs, c’est que le son d’un vinyle est meilleur, mais encore faut-il voir sur quel type de matériel il est écouté !

- Vous parlez principalement du vinyle. C’est aujourd’hui la majorité de ce qui est vendu par les disquaires ?

Oui, le retour en force du vinyle, support « privilégié » des mélomanes, démode un peu le CD, mais ce qui est important c’est que les gens retrouvent ce lien avec la musique qu’ils avaient perdu. Et pour préserver ce lien, il est fondamental de protéger ces commerces culturels de proximité que sont les disquaires indépendants. Après, peu importe le support, tant que c’est un support de qualité. Le vinyle a cette fonction aussi, il donne envie aux gens de rentrer chez un disquaire. Après, on ne sait pas quels seront les supports du futur pour la musique.

- Quelle est justement la situation actuelle des disquaires indépendants ?

Autour de 2005, en plein cœur de la crise du disque, on avait environ 30% de fermeture à 3 ans, ce qui au regard des autres types de PME n’est pas non plus catastrophique, puisqu’on est à 50% environ des PME qui disparaissent à 3 ans. Évidemment, la situation est difficile pour beaucoup. On n’est pas sur des commerces très lucratifs, on est avant tout sur une activité de passionnés. Comme pour les libraires, les marges sont assez faibles (environ 30%). Depuis 2 ans, on remarque que les disquaires aidés par le Calif s’en sortent plutôt bien, ils tiennent et se développent. Finalement, les choses se passent mieux qu’à la Fnac par exemple, où les rayons disque ont réduit comme peau de chagrin, toute proportion gardée. C’est en tout cas encourageant et la tendance semble se confirmer.

- Le Disquaire Day : effet ponctuel ou sur du long terme ?

Au delà de l’effet immédiat sur une journée, on remarque un effet sur l ‘année,. Déjà pour les disquaires, qui sortent un peu de leur « isolement » et se sentent appartenir à quelque chose de plus large, et un effet sur les publics qui découvrent ou redécouvrent les disquaires à côté de chez eux.

- Le succès du Disquaire Day vous donne-t-il d’autres idées, d’autres envies d’événements ?

On peut penser à cet autre événement aux USA qui s’appelle le Black Friday, mais qui correspond à quelque chose de spécifiquement américain. Le dernier vendredi de novembre, les supermarchés font des soldes énormes sur certains produits. Pour en prendre le contrepied, les disquaires ont créé le Back to black. La même journée, ils proposent des objets de luxe, coffrets , rééditions… qui valent cher ! Mais n’ayant pas l’équivalent en France de ce vendredi de soldes, ce ne serait pas pertinent.

Par contre, on réfléchit au montage d’une journée autour d’octobre qui concernerait tous les commerces culturels de proximité : librairie, magasins vidéos, disquaires, en y associant les cinémas indépendants et les lieux de spectacle. L’idée serait de proposer, sur le modèle des Amap, des paniers culturels. On découvrirait ainsi un disque, un livre, un dvd, un film et un spectacle. L’idée serait de le faire sur des découvertes, plus que sur des artistes établis. On monte aussi une boutique éphémère au Printemps de Bourges, bref il y a plein d’idées en cours !


Théo Jarrier et Bernard Ducayron, Souffle continu

Souffle continu
22 rue Gerbier
75011 PARIS
01 40 24 17 21
www.soufflecontinu.com

- Quelle est l’histoire de Souffle continu ?

On a ouvert il y a 3 ans et demi. On était employés chez un soldeur à Paris pendant 15 ans. Ce soldeur, qui avait 5 boutiques dans le 4e arrondissement de Paris. On a connu le déclin, on est restés jusqu’au bout, jusqu’à la faillite. On a réfléchi, on s’est dit que l’occasion avait fait son temps, que les clients en avait assez des boutiques où l’on trouvait tout et n’importe quoi, mis en avant n’importe comment, avec des produits pas du tout travaillés. On a pris conscience que notre force c’était notre spécialisation sur des esthétiques différentes. On s’est dit qu’en allant sur ce créneau spécialisé, sur des créneaux pointus, en proposant des imports, des objets de collection, mais aussi en mélangeant les supports, on avait quelque chose à faire valoir. On est passionnés de musique, on avait toujours bossé dans le disque, on ne savait pas faire autre chose, et on n’avait pas envie de faire autre chose, alors on s’est lancés.

- Quelle est la spécificité de souffle continu ?

Je viens du free jazz, des musiques improvisées, de la soul, des musiques black pour faire simple. Mais j’ai aussi beaucoup écouté de rock, de métal et de musique contemporaine. Bernard lui était dans le rock, le métal et l’indus. On s’est dit que dans toutes ces esthétiques il y avait des passerelles, à nous de les dévoiler…On a donc conçu la boutique sur une idée de parcours à travers des esthétiques spécialisées, mais avec quelques noms porteurs, identifiés, qui peuvent raccrocher tout un chacun à un repère, à une histoire. Par exemple, pour la musique contemporaine, on commence par John Cage. Un nom quand même connu, même si on n’a jamais écouté… Pareil pour le rock, Hendricks, Pink Floyd, pour emmener vers des choses plus psychés, plus expérimentales, plus bizarroïdes… On passe du krautrock au Math rock jusqu’aux musiques contemporaines. Le gros de la boutique, ce sont les musiques expérimentales.

Après ce qui est important, c’est d’échanger sur la musique, sur les disques, sur l’expérience musicale. Ici, tout est ouvrable, tout est écoutable. Il y a des platines à disposition. On draine aussi un public de spécialistes, très pointus sur leurs domaines et qui nous conseillent également. Le conseil est à double sens.

- Justement : le public de Souffle continu, il ressemble à quoi ?

On a des spécialistes, des collectionneurs, mais aussi tout simplement des gens qui ont envie de découvrir autre chose. Des gens qui en ont assez qu’on leur dise ce qui est bien, ce qu’il faut écouter, ce qu’il faut télécharger… Après, c’est assez homogène en termes d’âge. Il y a quelques jeunes, mais ce sont surtout des trentenaires. La génération qui a grandi avec les Cds et les vinyls. La désertion des plus jeunes, qui ont grandi dans un environnement où la musique, c’est gratuit et c’est un fichier mp3, on le constate, mais on est démuni, on ne peut pas y faire grand chose. On a essayé, en faisant des concerts dans la boutique. Les plus jeunes viennent, sont réceptifs au spectacle. Une fois terminé, ils s’en vont. L’objet disque ne leur parle pas.

Ce qui est marrant aussi, c’est qu’il y a pas mal d’artistes ou de producteurs dans le quartier, qui donnent leur rendez-vous pro dans notre boutique ! C’est un lieu convivial, ouvert, où l’on vient échanger. Il y a cette dimension commerce de proximité. La limite, c’est que l’on travaille des musiques « de niche », et que la clientèle du quartier nous demande du Lavilliers ou du Johnny… On peut le faire, mais ce n’est pas l’esprit, et en même temps, on ne veut surtout pas être vus comme élitistes. Alors on leur explique qu’il y a aussi une réalité commerciale, qu’on ne travaille pas avec les majors, qu’on ne peut pas être compétitifs en terme de prix sur ces produits, etc… Mais on peut rendre service. Par exemple, on ne fait pas de hip hop, parce qu’on s’y connaît moins, mais on passe des commandes pour des clients.

- Quel ratio entre vinyle et CD ?

Les choses ont changé. Sur les 3 premières années, le CD restait en tête. Mais depuis quelque mois, clairement le vinyl explose. Aujourd’hui, on est à 50/50, même si nos plus gros clients restent des acheteurs de Cds.

On s’est posé la question d’arrêter la vente de CDS, puisqu’a priori d’ici 2 ans les USA ne devraient plus produire de Cds. Mais notre clientèle en demande encore beaucoup… On a même des nouveautés en K7 audio ! Ca vient des USA, des micro labels psyché, free folk, drone qui ont relancé ça, en édition limitée.

- Comment s’est passée la création d’un disquaire en pleine crise du disque ? Les banques n’ont pas du être très réceptives à votre projet…

On le savait… Notre expérience nous a permis d’éviter des erreurs, et aussi d’aller vite pour le montage. On s’est lancés un peu avant le gros creux de la vague, donc plusieurs banques nous ont prêté des petites sommes. On a été suivi par la boutique de gestion de Paris pendant 5 mois, qui a été d’une grande aide. Ils nous ont accompagné dans toutes les démarches administratives, nous ont aidé à formaliser notre business plan. C’est tout de même relativement complexe de monter une société en France !

On a ouvert le magasin, on n’avait quasiment rien, on n’avait pas de stock… On avait 300 disques. On a été soutenus par des distributeurs, notamment un qui a joué le jeu à fond en nous fournissant un dépôt. On a monté le stock en 6 mois. Et en 3 ans et demi, on a rentré plus de 17 000 références. On n’était sûrs de rien au lancement, on l’est toujours, et même de moins en moins, c’est un métier compliqué…

On est tributaire de ce qui se passe dans l’industrie, sur le marché du disque, où tout est incertain… Pour travailler au quotidien, ce n’est pas simple.

- Quelles sont les principales difficultés rencontrées par un disquaire inde aujourd’hui ?

Il y en a beaucoup ! Chez les distributeurs, les offres ne sont plus les mêmes, on est sur des tirages de plus en plus limités. Les distributeurs ne stockent plus, donc c’est la course à la commande pour les disquaires… Personne ne prend de risques, le marché est fermé… On travaille d’ailleurs de plus en plus en direct avec les labels. Mais étant sur des musiques de niche, on ne travaille qu’avec des petits labels, une multitude de petits labels, donc on multiplie le traitement administratif et comptable. Et puis, les distributeurs comptent encore sur les grandes surfaces, ils espèrent toujours faire du volume, alors qu’ils n’en font plus, et on n’a donc pas les mêmes tarifs. Ils nous font du pied, et en même temps sont réticents, ce n’est pas simple… On a envie de leur dire : faites votre choix, vous ne pouvez pas être partout ! N’oublions pas qu’au passage, beaucoup de distributeurs en profitent aussi beaucoup… Si l’on compare avec les prix US sur les mêmes références, c’est hallucinant.

Il faudrait aussi que l’on touche tous les disques au même prix, voire imposer un prix unique. Mais on a raté le coche du prix unique du disque sur le modèle du livre, il est trop tard aujourd’hui. Et les disques sont de plus en plus chers.

- Et la situation s’est dégradée ces dernières années ?

Oui, clairement. C’est compliqué en France. Il n’y a pas la même culture de la musique, du disquaire, du disque, que dans les pays anglo-saxons. Et les marges que chacun prend sont trop grandes… Résultat, les disques sont chers à la vente finale, ça n’aide pas. C’est aussi pour cela que l’on commande beaucoup aux Etats-Unis : ils sont plus réactifs, ils ont beaucoup plus de stocks, et ils ont des prix plus intéressants, même en comptant les frais de port. On aimerait bien plus soutenir la filière française, mais pour nous ce n’est pas intéressant.

- Le Disquaire Day, vous en pensez quoi ?

C’est une bonne initiative. Mais cela révèle aussi le manque de fluidité entre les labels et les distributeurs, les distributeurs et les disquaires, etc… Bien sûr, l’année dernière, on a eu un taux de fréquentation de la boutique très élevé, mais cela ne nous a pas ramené une clientèle potentielle. Très peu sont revenus. Il y a un côté très « événementiel » un peu comme les journées du patrimoine. Mais c’est un problème plus large, inhérent à la musique me semble-t-il. C’est comme une salle de spectacle : elle rame en proposant une programmation à l’année, alors qu’elle a plus de chance de remplir en proposant un festival d’une semaine par an, avec une bonne communication. Le DD, c’est LE jour où il faut aller acheter des disques.

Les gens viennent en masse, veulent acheter en plusieurs exemplaires. Certains très clairement pour revendre sur Internet 2 heures plus tard à 3 ou 4 fois le prix. Exemple, le Radiohead de l’année dernière, vendu 9 euros en boutiques, enchère de départ 70 euros à 15 heures le jour même ! Ca c’est un risque réel pour le DD. Il faut que les disquaires jouent le jeu, avec des règles précises pour éviter de tuer l’événement avec cet aspect.. On est un peu trop à mon goût sur l’objet et sa valeur marchande. Evidemment, nous aussi on aime l’objet, mais c’est avant tout la musique qui nous porte. Le Disquaire Day renforce un peu ce côté fétichiste de la course au collector.

Par exemple l’album de Earth qui vient de sortir. C’est un groupe qu’on aime et défend. On a eu beaucoup de mal à récupérer le vinyl auprès du label. On le reçoit finalement, et les gens ne nous l’achètent pas parce qu’ils veulent le vinyl bleu, et que nous on a reçu le vinyl noir… C’est un peu n’importe quoi, c’est les œufs de Pâques… La musique est secondaire… On a aussi les gens qui nous appellent pour mettre de côté des références du DD… On leur dit non… Et le jour J, c’est un exemplaire par personne. Heureusement, il y a quand même disons 20% du public du DD qui s’est intéressé à la boutique, qui a pris le temps de regarder autre chose que les références spécialement éditées pour le DD, de discuter…

Il y a une chose qui est évidemment importante, c’est la couverture médiatique sur l’événement. On a eu des papiers dans les journaux, il y a une mise en lumière sur la boutique. Mais c’est très éphémère.


Michel Pampelune, Fargo Records

Fargo Records
42 Rue Folie Méricourt
75011 Paris
01 48 05 49 52
www.fargostore.com

- Quelle est l’histoire de Fargo records ?

Le label a démarré il y a 12 ans, et la boutique va fêter ses 2 ans. ça faisait lgtps que l’idée de réunir dans un même lieu le label et une boutique qui en soit le prolongement me trottait dans la tête. J’avais publié un magazine aussi. En fait, j’ai l’impression d’avoir toujours fait la même chose. Toujours pour faire découvrir, plus largement, des artistes qui me plaisent. Et j’étais désireux de trouver une activité complémentaire et alternative au label, qui forcément, vu la situation du disque, était déclinant.

- Créer un disquaire pour « assurer » des revenus, c’était quand même risqué non ?

Bien sûr, mais le but n’était pas de devenir riche. Il s’agissait d’avoir un revenu correct en ayant des activités complémentaires, tout en faisant redescendre la pression sur le label. C’est une prise de risque, c’est sûr, mais qui est quand même moindre en tant que disquaire. Quand tu achètes un stock, surtout du vinyl qui ne se déprécie pas trop, tu as quelque chose entre les mains. On peut mettre du temps à vendre un disque, mais on peut toujours le vendre un jour à un client. En tant que label, le retour sur investissement sur un artiste peut très bien ne jamais arriver. Mon idée était aussi de développer autour d’une boutique l’image du label, comme Rough Trade à Londres par exemple. Et puis, il y avait aussi un créneau, avec le retrait des grandes enseignes de la vente spécialisée. Les clients étaient frustrés. Il y avait moins d’acheteurs, mais ces acheteurs avaient besoin de boutiques spé. L’avenir est aux niches. Cela ne m’intéresse pas d’être gros, ce que je veux c’est être le meilleur dans ma niche. Et que cette niche s’élargisse. Je travaille sur une communauté.

- Justement, comment définirais-tu cette « niche » Fargo ?

Ce n’est pas centré sur une esthétique, c’est en rapport avec mes goûts, et ceux de Clément et Anna qui travaillent ici. Cela va du classic rock bâti sur les musiques roots américaines... C’est le rock, le blues, la country, la soul, mais on vend aussi du garage. On est un disquaire indie rock au sens large, comme on en trouve aux États-Unis ou en Angleterre. On ne cherche pas à tout avoir, on ne référence que ce que l’on est certain de bien vendre parce qu’on saura le défendre. Nos clients veulent surtout que l’on s’engagent sur les disques que l’on propose, et qu’on leur donne notre opinion sincère. On est un filtre. Un magasin de disques, c’est un média. Ce n’est pas un supermarché où il y a tout et rien. Un exemple : je poste sur facebook : le nouveau LP de Grinderman est arrivé dans la boutique. Réaction des internautes : « OK, mais il est bien ou pas ? ». C’est ça qui les intéresse. C’est aussi lié à une carence des médias classiques sur la musique. Il y a une tendance à s’extasier sur tout ! Alors que les très bons disques ne sont pas si nombreux que ça. Et notre différence, en tant que disquaire indépendant, elle se trouve là. On est un média prescripteur.

- Comment s’est passée la création de la boutique ?

Depuis que j’ai créé le label, j’ai appris à me passer des banques. L’Ifcic nous a prêté de l’argent. Mais quelle que soit l’activité, les banques n’aident pas les entrepreneurs en France. J’ai eu des succès en 12 ans, j’ai amené et fait découvrir des artistes intéressants, mais je n’ai jamais eu droit à un découvert. Aider les PME, qui sont pourtant les plus à même de créer de l’emploi, ce n’est pas dans leur logique.

- Quelle est la clientèle de Fargo ?

C’est difficile à dire avec précision. Mais au niveau du sexe, de l’âge, c’est très mélangé. Il y a des jeunes, qui achètent surtout des vinyls, il y a des retraités. Selon les périodes de l’année, il y a aussi des étrangers, des provinciaux aussi. Il y a pas mal de gens qui nous suivent depuis la création du label. Dès qu’ils viennent à Paris pour un concert, ils passent nous voir à la boutique. Il y a aussi la boutique en ligne.

- Quel est le ratio entre vente en ligne et en boutique ?

La boutique en ligne représente 10% à peu près. La vente en ligne a baissé depuis l’ouverture du magasin. Et pour les supports, je vends encore du CD, mais je pense qu’on finira par être exclusivement vinyl. D’ailleurs le standard actuellement, en tout cas dans l’indie rock, c’est la vinyl avec le code de téléchargement.

- Le vinyle, c’est aussi une autre façon d’écouter de la musique

Complètement ! Le MP3, c’est génial, très pratique, mais les gens emmagasinent de la musique sur des disques durs, ils consomment la musique mais n’écoutent rien. Ils ne connaissent pas les albums. Ils ne se les approprient pas. Alors on entend : « moi, j’ai 250 gigas de son », moi j’en ai « 300 »... c’est un peu le concours de la plus grosse... Nous proposons du « slow food » de la musique. J’ai eu une discothèque personnelle monstrueuse, mais aujourd’hui, ma discothèque, c’est 300 vinyles. Sounds good !

- Quel est votre avis sur le Disquaire Day ?

C’est une excellente initiative. Et évidemment, en terme de chiffre d’affaire, c’est très important. La seule critique serait que les labels devraient faire tout au long de l’année des piqûres de rappel. Ça ne coûterait pas grand chose qu’un artiste indé majeur sorte une version uniquement pour les disquaires indépendants. Il ne faudrait pas juste faire ce rendez-vous annuel. Il faut maintenir l’attention et l’animation. Par exemple, Rough Trade propose tous ses disques du mois avec un bonus. Ils sont devenus tellement importants qu’à la sortie d’une nouveauté, la maison de disque va tout faire pour proposer en exclu à Rough Trade un bonus. Mais la culture et la scène musicale anglaise sont beaucoup plus importantes.

- Qu’allez-vous faire pour le Disquaire Day ?

On va essayer d’avoir toutes les exclus, et pas uniquement celles du DD France. On va travailler avec plusieurs importateurs. Et faire en sorte que cette journée se passe dans la bonne humeur, dans l’échange, que ce soit convivial et pas seulement la course au collector. Il y a quand même eu une bagarre chez Gibert l’année dernière. On va organiser le magasin différemment pour que ce soit agréable. La boutique est petite, ce n’est pas facile de faire un showcase.

- Vous proposez des événements en boutique dans l’année ?

On le fait tout le temps ! Le fait d’être label aide, on connaît des artistes, des managers... Et on travaille actuellement sur des showcases pour le web. Des idées, j’en ai plein, de nouvelles choses vont venir. C’est aussi ce qui est intéressant en période de crise, ton business model peut changer tous les jours ! Paradoxalement, il y a des opportunités pour innover.

- La boutique Fargo est-elle aujourd’hui un commerce de proximité, ancré dans son quartier ?

Oui, d’ailleurs on est en train d’aménager un petit espace salon où les gens pourront venir boire un thé ou un café, avec un coin lecture.

- Comment se passent les rapports avec les labels et les distributeurs ?

On travaille avec des distributeurs indépendants qui ont compris notre importance, qui sont conscients du rôle des disquaires et qui nous traitent bien. Pour ce qui est des majors, les rapports sont normaux aussi, ils ne nous traitent pas différemment. Et puis, je pense que les ouvertures de disquaires indépendants spécialisés vont se développer parce qu’il y a une demande. C’est en tout cas le pari que j’ai fait en ouvrant. Il y a une demande de retour au petit commerce. J’espère que les Fnacs continueront à vendre du disque longtemps. En tant que label, je vends mes disques principalement en Fnac, qui sont quand même de belles enseignes culturelles. Mais la réduction de leurs rayons disque semble inéluctable. Du coup, notre offre en tant qu’indépendant va aussi devenir plus attirante.

Être indépendant ce n’est pas facile, mais je n’ai jamais brandi l’étendard « indépendant contre major ». Je suis indépendant parce que je n’ai pas eu le choix, mais mon objectif, en tant que label et disquaire, c’est de toucher le grand public. On peut être indépendant et ambitieux, mais indépendant n’a jamais été synonyme de qualité.


Franck, Ground zero

Ground zero
23 Rue Sainte-Marthe
75011 Paris
01 40 03 83 08
www.groundzero.fr

- Quelle est l’histoire de Ground Zero ? :

Ouvert en sept 2004. Les 3 1eres années, on était rue de crussol dans le 11E et depuis 4 ans on est rue ste marthe. J’ai monté la boutique après avoir bossé chez un distributeur qui s’appelait Poplane, qui n’existe plus. J’ai constaté que l’on était loin de tout trouver dans les grandes enseignes et qu’il manquait un disquaire rock indé à Paris. Alors, en pleine crise du disque naissante, je me suis lancé. Tout le monde m’a dit que j’étais fou !

- Justement, ce ne fut pas trop compliqué pour le financement ?

Je me suis associé avec des labels comme Vicious Circle et Fidelium (??) qui m’ont aidé à monter la boutique. Ils m’ont prêté de l’argent, du coup je n’ai pas eu besoin d’aller voir les banques. En 2004, c’était très risqué, ça va mieux maintenant avec le retour en force du vinyl, mais au démarrage, c’était vraiment une folie de passionné. On n’a pas fait fait ça pour devenir riche, mais on ne s’est pas trompé, il y a aujourd’hui une vraie demande.

- Ground zero aujourd’hui, quel type de disquaire ?

Quand on a ouvert, on voulait vraiment faire de l’indie : indie rock, indie pop, indie electro, indie hip hop... C’était assez large. Mais nos goûts musicaux allaient vers le rock, et c’est là qu’on étaient bons. On avaient les connaissances, donc les bons disques, aux bons prix aux bons moments. Electro et hip hop on a un peu laissé de côté, puisque n’étant pas spécialistes. Bien sûr, il y a des ponts entre les esthétiques, donc on en trouve tout de même à la boutique. Mais le cœur de cible, c’est le rock indé.

- Quelle est la clientèle du magasin ?

C’est très homogène : des hommes, de 30-35 ans, avec un pouvoir d’achat correct. Les générations qui ont grandi avec le disque. L ’inquiétude principale est là : cela fait longtemps que je n’ai pas vu un jeune de 20 ans acheter un disque. Il y en a de temps en temps évidemment, mais c’est très rare. La nouvelle génération n’a pas cette habitude d’acheter des disques : tout est sur Internet, tout est gratuit... J’aurais tendance à penser qu’acheter de la musique, c’est comme d’aller voir un psy : ça marche mieux si tu payes. Quand j’achète un disque,je l’écoute. Mais curieusement il n’y a pas énormément de plus vieux non plus. Bien sûr, ce sont pour la grande majorité des passionnés de musique, et pas forcément des collectionneurs ou fétichistes de l’objet vinyl. Je fais de plus en plus d’occasion, mais à la base je ne faisais que du neuf, et je vendais autant voir plus de Cds que de vinyls. J’étais vraiment comme un disquaire à l’ancienne où le client venait acheter chaque semaine les nouvelles sorties. On est un disquaire comme on pouvait en voir il y a 20 ans, avant que la plupart ne soient tués par la grande distribution.

- Pourquoi viennent-ils chez Ground Zero à ton avis ?

Il y a effectivement des disques introuvables ailleurs, mais ce que je vends le plus, ce sont des disques trouvables facilement ailleurs. Depuis le retour en force du vinyl, depuis 2 ans environ, on est parmi les disquaires les plus populaires avec Gibert, le Virgin des Champs... On n’est pas si nombreux à faire du vinyl. On a toutes les nouveautés, et on est moins cher... Et la plupart de nos clients ont aussi un côté « militant ». Ils pourraient très bien acheter le disque dès la sortie en Fnac, mais préfèrent attendre une semaine et venir chez nous. Un disque, ça coûte cher. Quand on en achète un, on donne de l’argent aux artistes, au producteur au distributeur, etc... Autant donner à un commerce indépendant qu’à des gros groupes.

C’est un peu dans l’air du temps aussi, le côté « renouer du lien » avec les commerces de proximité. C’est quand même plus agréable d’entrer dans une petite boutique plutôt que de se bousculer dans d’énormes rayons un samedi après-midi. Et puis, dans la boutique, on peut tout écouter, discuter, demander les avis, etc... On a une petite centaine de clients réguliers, des habitués qui finissent quasiment par devenir des amis !

- Aujourd’hui, quel est le ratio vinyle/CD dans les ventes ?

Aujourd’hui, on vend à 70% du vinyle. Quand j’ai ouvert la boutique c’était l’inverse. Je ne sais pas trop comment expliquer ce retour du vinyle... Je pense que pas mal de gens aujourd’hui ne peuvent se contenter de télécharger, ils veulent avoir un objet, et comme le CD n’a jamais vraiment suscité d’engouement... Les labels aussi ont évolué : il y a 7 ans, il y avait peut-être une nouveauté sur 5 qui sortait en vinyle, alors qu’aujourd’hui, on est quasiment à 100%. Mais les tirages restent limités, les références sont vite épuisées. C’est aussi ce qui fait la valeur de l’objet. Contrairement à un CD, qui ne vaudra jamais rien. Et puis aujourd’hui, de plus en plus, quand tu achètes un vinyle, il y a le CD avec, ou un code pour télécharger en mp3, pour pouvoir l’écouter dans ton ipod ou dans ta voiture. J’espère que ce n’est pas juste un effet de mode. Des platines et des vinyles, on en voit de plus en plus dans les pubs ! Ceci dit, le vinyle n’a jamais disparu, les disquaires en ont toujours vendu.

Disons qu’actuellement, c’est une bonne période pour les disquaires de rock indé. Pour l’electro, c’est plus compliqué, de nombreux magasins ont fermé et continuent de fermer. Comme pour le hip hop, leur clientèle est en grande partie constituée de Djs, qui en France, sont passés au numérique. C’est plus pratique que de se trimballer des bacs de vinyles. Ce qui n’est pas vrai à Berlin par exemple, où beaucoup de Djs electro continuent d’utiliser des vinyles et où plusieurs disquaires cartonnent. C’est aussi une question de culture musicale...

- Comment se passent les négociations avec les labels et les distributeurs ?

Avec les distributeurs indés, les rapports sont très bons. Ils savent que l’on vend des produits qu’ils ont de plus en plus de mal à placer ailleurs. Ils sont contents de notre existence et font donc des efforts. Il en reste tout de même quelques-uns qui n’ont pas encore évolué, et qui nous regarde un peu de haut parce que l’on en vend pas d’assez gros volumes. Sauf qu’aujourd’hui, même des petits volumes, ça commence à compter, puisque les volumes de pressage sont plus faibles. En revanche avec les majors, c’est encore très compliqué, ils fonctionnent encore comme il y a vingt ans, sur des gros volumes, quasi exclusivement avec la grande distribution ou les grandes enseignes.

Ce qui est regrettable, c’est qu’ils ne viennent vers nous que pour le Disquaire Day. Puisque cet événement est réservé aux disquaires indépendants, ils sont obligés de nous sourire. C’est un sourire opportuniste. Et puis ce n’est que maintenant que le disque est sur une mauvaise pente dans les Fnacs ou les Virgins qu’ils se souviennent de notre existence. Alors que pendant des années, c’est à peine s’ils nous répondaient au téléphone.

- Quelles sont les difficultés rencontrées par les disquaires indés ?

La première des difficultés n’est pas spécifique aux disquaires, c’est le prix des loyers, surtout à Paris. Après, il y a aussi une question de clientèle. Un vrai passionné de musique, un collectionneur, il n’a pas besoin de nous, surtout avec Internet, il sait où aller chercher pour avoir les disques moins chers. La concurrence, elle est partout !

- Comment s’est passé le Disquaire Day pour vous l’année dernière ?

En termes de chiffre d’affaire, ça a été énorme, l’équivalent d’un mois en une seule journée. Il y avait 50 mètres de queue devant la boutique. Et en termes de communication, le Calif avait de gros partenariats : Télérama, France Inter... Ils ont réussi à déplacer du monde. J’espère qu’il y aura aussi un impact sur le long terme, que le DD ne va pas devenir comme la fête des mères ou la Saint-Valentin. Quoi qu’il en soit le DD est un excellent moyen pour que les médias s’intéressent aux disquaires indés.

- Vous avez senti le risque de la dérive « course à l’inédit » ?

Un peu, c’est vrai. Après, aux disquaires d’être responsables et de faire en sorte que tout le monde joue le jeu : un exemplaire par personne, pas de réservations.... C’est la fête des disquaires, on n’est pas là pour tricher. Mais il est difficile de l’empêcher. L’autre risque que je pressens, c’est « l’arnaque des fans ». Quand je vois la liste des disques proposés par certains labels, je m’interroge. Des titres qui n’ont rien d’inédit, que l’on a déjà en bacs, mais avec un vinyl d’une autre couleur, donc vendu 2 fois plus cher... Les gens pourraient penser que l’on va leur faire la même chose qu’avec les Cds : les disques sont de plus en plus chers, avec moins d’attention portée à la qualité ou la spécificité du produit, donc on arrête d’en acheter. L’initiative du DD est vraiment super, il ne faudrait pas que les labels ne le voit que comme une fête commerciale.

- Des pistes pour améliorer le Disquaire Day ?

Je ne sais pas si on peut y faire grand chose, mais il y a un côté frustrant. Pour les disques limités à 100 ex sur la France, on en a un par disquaire... Mais c’est le jeu aussi. Après, je ne suis pas forcément pour multiplier ce genre d’opérations. Le principe du Black Friday ne m’intéresse pas, si c’est pour revendre des énièmes coffrets collectors des Beatles, des Doors ou de T.Rex... C’est sur les nouveautés qu’il faut défendre les disquaires. C’est là que le DD pourrait être amélioré : moins de rééditions, plus d’inédits et de nouveautés. Et que les prix soient moins élevés. C’est même impératif pour que cela ne soit pas qu’une opération marketing pour les labels. Évidemment qu’il s’agit d’une fête commerciale, mais il ne faut pas que ce soit fait grossièrement. La fête des mères du disque, ça va vite lasser les gens. C’est une question de survie du DD pour moi.

- Des pistes pour améliorer la situation des disquaires indépendants ?

Un des problèmes de base pour moi, c’est le prix. Un disque, c’est cher. Il faudrait instaurer un prix unique du disque, même si aujourd’hui cela paraît utopique. Pourquoi de nombreuses librairies sont-elles encore là ? Parce qu’elles vendent au même prix qu’en grande surface. Sur un disque, le prix peut varier du simple au double en fonction du lieu d’achat. Heureusement, le Calif nous permet d’avoir les mêmes remises. Le nerf de la guerre c’est le prix.



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