RNT : quid des radios associatives après le dépôt des candidatures au CSA ?

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Les radios libres, après avoir bataillé pour exister sur la FM au début des années 80, se retrouvent dans une situation inquiétante avec le passage à la Radio numérique terrestre (RNT) dont l’appel à candidatures vient d’être bouclé par le CSA. Certaines sont entrées "en lutte", craignant de voir disparaître les radios associatives du paysage radiophonique français si rien n’est fait.

Suite à la clôture de l’appel à candidatures pour l’obtention d’une diffusion en RNT (plus d’infos sur la RNT) le 1er octobre dernier, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a annoncé avoir reçu plus de 350 dossiers, dont près de la moitié a été déposée par des radios associatives (voir le détail).
Pourtant, certaines radios non commerciales, face aux difficultés de ce passage à la numérisation (notamment financières), n’ont pas postulé. Et celles qui ont déposé un dossier risquent de ne pouvoir remplir toutes les conditions nécessaires pour être retenues.

Plusieurs fédérations de radios associatives avaient déjà exprimé leurs inquiétudes face aux soucis techniques (normes, équipement des foyers) posés par passage à la RNT (plus d’infos). Fondé en juin dernier, le collectif Radios libres en lutte dresse un constat critique et politique sur la situation : "Il y a plus de 25 ans, le mouvement des radios libres faisait tomber le monopole d’Etat sur la radiodiffusion et ouvrait la bande FM aux multiples expressions sociales, culturelles, politiques et musicales [NDLR : lire à ce sujet le récent ouvrage de Thierry Lefebvre "La bataille des radios libres (1977-1981)"]- aujourd’hui, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel lance la radio numérique terrestre dans des conditions qui mettent en péril les actrices et continuatrices de ce mouvement, les radios associatives non commerciales, dites de catégorie A. Le remplacement de la diffusion en FM par celle en numérique est présenté comme une évolution strictement technique, permettant de diffuser davantage de stations et d’associer au son des données supplémentaires (nom de l’émission et des invités, publicités, pochettes d’albums, météo…). Nous y voyons une mise en danger des radios associatives non commerciales, une volonté d’uniformisation du paysage radiophonique et la consécration d’une conception technocratique de l’audiovisuel. La « diversité » numérique s’annonce davantage comme la multiplication de programmes clonés que comme une ouverture aux alternatives, aux minorités et aux expérimentations." Ces radios dénoncent ainsi les logiques de colonisation, de rentabilité, de contrainte, de verrouillage et de consommation qui accompagnent la mise en place de la RNT.

Elles s’inquiètent également du financement de la diffusion numérique par les radios associatives puisque le FSER, une des principales sources de financement des radios associatives, va voir diminuer ses moyens avec l’arrêt annoncé de la publicité sur la télévision publique. "
Le 1er octobre, Aligre FM, Fréquence Paris Plurielle et Radio Libertaire, membres du collectif, organisaient une conférence de presse devant le CSA pour alerter l’instance et les (autres) médias des difficultés rencontrées. Des podcast audio des interventions sont en ligne sur le site d’Acrimed.
Concernant le financement des radios non commerciales par le FSER, la Confédération nationale des radios associatives (CNRA) s’estime, bien que prudente, plus optimiste depuis l’annonce du budget 2009 de la culture : "La CNRA est satisfaite de constater qu’un certains nombres des points qu’elle négociait depuis plusieurs mois (au cours de nombreuses réunions de travail) aient été retenus et officialisés par le Ministre.
Ainsi :
- Le FSER, voit son budget augmenter sur trois ans : 26,5 millions d’euros pour 2009, 27 millions d’euros pour 2010, et 27,5 millions d’euros pour 2011.
- Le FSER verra son budget non soumis à la réserve de précaution durant ces trois mêmes années.
- Un FSER dédié à la diffusion numérique des associatives sera créé courant 2009, sur la base d’un financement complémentaire.
Ces fonds viendront donc bien s’ajouter aux budgets déjà consacrés au versement des aides automatiques, sélectives, à l’équipement et à l’installation.
Si la CNRA a donc des raisons, avec les radios associatives, d’être satisfaite, de cette première annonce officielle, elle reste encore très prudente avant de crier victoire. En effet deux points cruciaux pour nos radios restent toujours en suspens :
- La transformation juridique du FSER pose toujours problème dans sa phase de transition entre 2008 et 2009. D’après nos calculs (toujours non démentis), dans le cadre de l’application des règles d’annualité budgétaire auxquelles sera instantanément soumis le FSER au 1er janvier 2009, il manquera entre 6,5 ME et 8,5 ME pour honorer les dernières subventions de « l’aide automatique » de l’année 2008 et l’ensemble des subventions issues de « l’aide sélective » attribuable au titre de l’année 2008.
- Le montant de l’enveloppe consacrée à l’aide à la diffusion numérique n’a pas été divulgué et ne peut être considéré comme relevant d’un "point de détail".
Sur ces deux points la DDM, comme le cabinet du Ministre, nous ont assuré continuer à négocier avec les services de Bercy. Une chose est sûre, si cette négociation n’aboutissait pas rapidement, un arbitrage politique deviendrait nécessaire pour que d’une part l’aide sélective 2008 puisse être distribuée et que le montant total de ces aides 2008 ne soit pas inférieur à celui de 2007.
Sur ce point, chaque radio associative doit être bien consciente qu’elle doit rester extrêmement vigilante et se tenir prête s’il le fallait à interpeller sur le terrain l’ensemble des acteurs de la vie politique au travers d’une action militante de défense du secteur de la communication sociale de proximité.
"

Les prochaines rencontres du salon SIEL-SATIS-Le RADIO, qui auront lieu du 20 au 23 octobre à Paris, ainsi que le 4ème Congrès du Syndicat national des radios libres qui aura lieu les 21 et 22 novembre à Paris, seront l’occasion pour ces médias concernés d’étudier leurs marges de manoeuvres et les possibles pour que les radios libres associatives et non commerciales fassent partie prenante de la diversité du paysage de la radio numérique.


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