Quelques questions à des fans de cuivre

Interviews

Acteurs professionnels du monde des fanfares, ils ont accepté l’exercice de l’interview. Retrouvez les points de vue de Jean-Michel Boris, ancien directeur artistique de l’Olympia, de Jérôme Frulin du studio Midilive, de Clark, banjoiste du groupe Ceux qui marchent debout. Mais aussi de François Xavier Ruan, directeur artistique de Musiques de rue, Denis Le Bas, directeur de la programmation musicale de Jazz sous les pommiers, Laurence Baron, programmatrice des fanfares sur les Accroches-coeurs, Stefff Gotkovski, directeur artistique de La Lune Rousse et Pierre Arnaud, président de Pentecotavic.


Jean-Michel Boris
Ancien directeur artistique de l’Olympia

(Instruments préférés dans les fanfares : les cuivres, trompette ou trombone)

Irma : Parlez-nous de votre découverte des fanfares et de cet univers musical :

Étant amateur de rugby, il m’est souvent arrivé d’entendre les matchs ponctués par les accents musicaux des bandas, ce fut mon premier contact avec les fanfares. Travaillant avec Jacques Tati en 1959 à la création de son spectacle « Jours de Fête à l’Olympia », il eut l’idée d’engager la fanfare des Beaux-Arts pour ponctuer musicalement son spectacle, idée magnifique qui donna une originalité au spectacle et en souligna le coté festif. Des années après, je découvris un disque du grand organiste de jazz, Eddy Louiss qui était entouré d’une fanfare, nouveau choc, car il arrivait à faire swinguer cette formation comme les fanfares de la Nouvelle Orléans. Je suis donc allé voir son spectacle au Petit Journal et fus aussi enthousiaste. M’intéressant de plus en plus à ce système musical, je découvris des fanfares du monde entier, celle de Santiago, puis les fanfares tziganes ou orientales, je dois dire que à chaque fois le plaisir était grand. L’écoute de grandes fanfares italiennes dont les musiques avaient la couleur musicale de Nino Rotta et la vision d’un film anglais [1] sur les fanfares galloises m’ont convaincu qu’il y avait là un mouvement populaire musical que l’on ne devait pas négliger. En même temps je découvris que le chant choral était aussi un mouvement important dont peu de gens avaient connaissance en dehors des participants. Cela pour dire combien grande est la méconnaissance des goûts populaires.
Pour en revenir à la fanfare, cette musique est faite pour en principe déambuler dans les rues et fait naturellement la part belle aux cuivres et bois. Mais la pratique amateur a parfaitement saisi qu’il fallait avancer et ne pas rester à des systèmes basiques, c’est ainsi que des musiciens professionnels ont apporté leur participation par le biais d’orchestrations plus accomplies qui ont donné aux fanfares un coup de neuf et plus de modernité. Le côté flamboyant des cuivres subsiste, mais la palette musicale s’est enrichie et l’intérêt pour ces musiques s’est développé.
On a pu constater que de nombreux groupes musicaux s’intéressent aux systèmes des fanfares et du coup en viennent à incorporer la musique déambulatoire aux musiques actuelles et urbaines. Je suis persuadé que l’on est au début d’une montée en puissance des fanfares, musique en principe joyeuse et festive dont la société actuelle a de plus en plus besoin, étant donné les difficultés de la vie du moment.
En tant que programmateur, je pense que la fanfare n’est pas à utiliser de manière permanente et constante, mais bien en différentes occasions : certains festivals ont des fanfares qu’ils font jouer devant les lieux de spectacles, avant les concerts. Ce qui favorise pour l’auditeur un climat musical intéressant, sympathique et convivial. N’oublions pas que cet ensemble instrumental s’est imposé dans chaque population pour exprimer sa joie et sa tristesse : la Nouvelle-Orléans avec ses marching-bands accompagnant les enterrements ; et au pays de Galles, ces fanfares de mineurs qui permettaient de retrouver du bonheur dans un univers un peu gris.

I : Quel est l’avenir des fanfares dans un univers amplifié, notamment en termes de programmation ?

Jean-Michel Boris : Pourquoi le monde ne serait-il qu’amplifié ? Beaucoup d’artistes font des concerts acoustiques, après avoir fait de « l’électrifié ». C’est une autre manière de s’exprimer. Une autre ambiance musicale.
Il n’y a aucune raison que l’amplifié fasse disparaître l’acoustique. Au contraire, cela lui donne une plus-value. L’un et l’autre peuvent vivre ensemble en complémentarité.
La difficulté pour un festival de fanfares est de réussir une programmation dans laquelle on va retrouver différents types de fanfares, pour avoir des timbres différents : cubaine, italienne, française, etc. Et cette diversité de programmation va entraîner une acceptation bien plus rapide du principe même de la fanfare. Ce ne doit pas être un récital, le but à poursuivre étant d’essayer de faire passer deux heures dans des ambiances différentes.
L’avantage de la fanfare est son côté déambulatoire. Que les partitions soient accrochées sur les instruments ou que les morceaux soient appris par cœur, le principe est de permettre le mouvement : de la scène à la salle, voire en retournant dans la salle pour accompagner les spectateurs jusqu’à la sortie.
Mais est-ce que le mélange d’instruments fixes (comme un piano) dans les fanfares ne fait-il pas sortir celles-ci de leur contexte et de leur cadre normal (batteries portables, cuivres, bois, etc.) ?

Propos recueillis par Jean-Noà« l Bigotti


Jérôme Frulin
Studio Midilive

(Instrument préféré dans les fanfares : le sax baryton)

Quand et comment avez-vous commencé vos collaborations avec les Fanfares ?

Nous avons commencé par enregistrer "Les Chevals" il y a deux ou trois ans puis ce fut "Ceux qui marchent debout".

Qu’est-ce qu’il faut savoir dans le cadre de l’enregistrement d’une fanfare ? D’ailleurs comment concevoir l’enregistrement d’une fanfare ? Est-ce que le positionnement est le même qu’en live ?

D’abord, il y a beaucoup de monde, il faut donc un lieu approprié avec une excellente acoustique et suffisamment spacieux pour recevoir tous les pupitres ensemble. Le plus efficace, c’est d’enregistrer en live. Après suivant la composition de la fanfare et le son désiré, on positionne les pupitres pour optimiser la prise de son. Le choix des micros est aussi très important.

Comment avez-vous ressenti l’évolution des fanfares dans le domaine de l’enregistrement ? comment les situez-vous ? C’est quoi l’avenir des fanfares dans un monde amplifié ?

C’est surtout le répertoire des fanfares qui change, il est plus "moderne". Donc à enregistrer c’est plus fun et cela doit se ressentir. Il y a beaucoup d’amateurs de cuivres dans le monde, je pense que les fanfares ont un bel avenir dans le monde de la musique en général.

Les fanfares, c’est que du vent ? Quelles seraient les qualités d’une bonne fanfare ? Ses défauts ?

Je dirais que la qualité de la fanfare dépend des musiciens et aussi des arrangements des morceaux.

Voyez-vous une réelle différence entre fanfares composées de professionnels et fanfares composées d’amateurs ?

Il y a une différence, mais après il faut aussi relativiser et savoir se faire plaisir, car la musique, même en studio, c’est avant tout un moment partagé.


Clark
banjoiste du groupe Ceux qui marchent debout

LBP : Vous êtes apparemment les initiateurs d’un renouveau des fanfares en France, comment cette idée a-t-elle germé dans vos esprits ?

Au départ on voulait juste faire de la musique dans les bistrots sans s’emmerder avec une sono. Donc, il fallait choisir les instruments les plus sonores : cuivres, sousaphone, batterie, banjo. Ensuite, comme on n’est jamais à l’abri du succès, on s’est mis à jouer de plus en plus et devant de plus en plus de monde. Du coup, on s’est offert un système sans fil pour pouvoir jouer sur scène et dans le public indifféremment. On fait un funk 70’s assez classique mais arrangé pour nos instruments. Le son est donc un peu décalé par rapport à ce qui se faisait à l’époque.

Vos parcours respectifs étaient-ils proche des fanfares ?

Le trompettiste, le batteur et le sousaphoniste jouaient dans des fanfares style Beaux-Arts.

Le démarrage fut-il laborieux ?

Pas du tout, ça a marché tout de suite.

Comment arriver à imprimer une marque de fabrique après Les Rebirth ou les Dirty Dozen Brass Band ?

Il faut bien savoir que ces groupes sont plutôt méconnus en France. La place était donc libre. En plus, on fait un style beaucoup moins second line qu’eux. On est moins nombreux et l’apport du banjo amène une touche plus funky.

Revendiquez-vous toujours aujourd’hui cette appellation ?

On ne l’a jamais vraiment revendiquée, et en même temps c’est un peu notre fonds de commerce.

Cela vous a-t-il posé des problèmes ? Cela vous a-t-il aidé ?

Les deux, en fait. En France, on est connus pour notre côté fanfare, alors que dans les pays anglo-saxons pour notre côté funk. Mais de toute façon les deux sont plutôt underground.

Vous avez joué à plusieurs reprises à la Nouvelle-Orléans, le berceau de votre musique et celui des fanfares, comment avez-vous vécu ces expériences ?

Formidable ! Là -bas on peut jouer à n’importe quel coin de rue et tout le monde se met à danser. C’est Funky Town !

Quel regard ont porté les musiciens et le public américains sur votre manière d’aborder la fanfare de cette manière ?

Ils sont superfans ! On a toujours eu beaucoup de succès aux États-Unis. On devrait déménager !

Vous avez abandonné le principe de jouer en acoustique dans la rue, nécéssité, nouvelle direction artistique ou autre ?

Le problème dans la rue, c’est qu’on était souvent mal employé. Genre, dans des défilés interminables juste derrière une battucada par exemple...

Passer par le support disque est-ce nécessaire, vital, ou juste l’idée de laisser une trace ?

C’est toujours bon d’avoir un peu d’actualité. La trace on s’en fout. C’est surtout sur scène que ça se passe.

La fanfare n’est pas sollicitée par les grands médias radiophoniques, pensez-vous être mal considérés par ces structures ?

Trop underground. Pas assez de textes. Trop joyeux. Pas assez formaté. Mais bon, on passe quand même un peu sur Nova, Fip ou RFI.

Vous avez eu la possibilité de faire des rencontres musicales intéressantes, la dernière en date avec Joey Starr il y a quelques mois, quelques mots là -dessus ?

Effectivement on a eu la chance de jouer avec quelques grands noms du funk, comme Fred Wesley, Maceo Parker ou Bootsy Collins. C’est toujours agréable ! Avec Joey Starr c’était très professionnel mais sympathique quand même.

Comment voyez-vous le phénomène fanfares aujourd’hui 15 ans (ou 16 ans) après vos débuts ?

On a fait des petits ! La fanfare c’est pratique, ça permet à tout le monde d’apprendre un instrument en groupe et en s’amusant. C’est plus rigolo que le conservatoire. Maintenant on nous appelle pour faire les profs !

Imaginez-vous qu’une fanfare puisse rentrer dans les charts un jour ?

On s’en fout.

Comment voyez-vous l’évolution des fanfares dans les années à venir ?

Bien merci.

Et celle des CQMD ?

Très bien merci.

Propos recueillis par Jean-Louis Perrier


François Xavier Ruan
directeur artistique Musiques de rue

(Instrument préféré dans les fanfares : le soubassophone)

Quand et comment avez-vous commencé vos collaborations avec les Fanfares ?

Passionné de jazz, J’ai toujours aimé les fanfares, un truc de mômes certainement. Et donc la collaboration avec des fanfares s’est faite naturellement dans notre nouveau projet " Musiques de Rues " à Besançon. Ce qui prime c’est la relation simple avec le public, et le petit jeu qu’il est possible de mettre en oeuvre entre les musique dites "populaires" et les autres dites "savantes".

Est-ce que c’est un genre artistique à part entière ? En fait, pourquoi programmer des fanfares ?

Notre projet c’est la rue tout d’abord, et ensuite l’art dans la rue, toucher un public plus nombreux avec des formes nouvelles de diffusion.
La fanfare est un genre de diffusion qui se produit traditionnellement dans la rue, mais nous avons l’ambition d’ouvrir ce " territoire" à de nouvelles formes musicales qui, originellement, ne se produisaient pas dans la rue.

Comment avez-vous ressenti l’évolution des fanfares dans le monde du spectacle vivant ? Comment les situez-vous ? C’est quoi l’avenir des fanfares dans un monde amplifié ?

Il y a aujourd’hui un formidable renouveau du répertoire des orchestres de rue, et aussi de plus en plus de fanfares et autres groupes de rue de très très bon niveau, avec leur propre répertoire et des compositions originales. C’est cela qui est nouveau. Ces nouveaux musiciens de rue ont fait le conservatoire ! viennent des écoles de jazz, etc.
Et comme ils n’ont pas de lieux pour jouer... Ce mouvement est nouveau et de très bonne tenue, et fait avancer la musique de haut niveau où l’on ne l’attendait pas spécialement. La rue développe énormément la créativité et l’imagination. La relation au spectateur / auditeur est très forte, car il n’est pas "consommateur".

Les fanfares, c’est que du vent ? Quelles seraient les qualités d’une bonne fanfare ? Ses défauts ?

Nous développons, depuis cette année un tremplin Musiques de Rues, où les qualités mises en avant sont l’originalité de la composition, la "tenue" de rue (la relation au public, pas trop racoleur, pas trop effacé) [2] un juste propos cohérent, et bien sûr la qualité du jeu comme toujours !

Voyez-vous une réelle différence entre fanfares composées de professionnels et fanfares composées d’amateurs ?

Bien sûr. Ce sont deux démarches certainement très complémentaires mais radicalement différentes dans leur projet.

Quels sont les retours du public que vous avez en programmant ce style de formations ?

Généralement les fanfares bénéficient d’une bonne notoriété de la part du grand public, moins des mélomanes, mais cela est en train de changer à grande vitesse, le mélange des genres que nous pratiquons à Besançon y est pour beaucoup, et cela va dans les deux sens : le tout public découvre des choses qui le surprennent et les aficionados de musiques plus classiques sont surpris par la qualité des pièces et des interprétations. Il y a en plus aujourd’hui une vraie ouverture sur le monde, la musique dans la rue est la plus pratiquée sur la terre !


Denis Le Bas
directeur de la programmation musicale de Jazz sous les pommiers

(Instrument préféré dans les fanfares : le soubassophone)

Nous avons commencé à programmer des fanfares il y a une 15aine d’années, et on était alors loin du phénomène actuel. Il y a quand même eu une accélération depuis cinq ou six ans.
Nous avons toujours eu dans le festival une part de spectacle vivant dans l’espace public, qu’elle soit musicale ou de rue. Les fanfares se sont imposées comme un axe évident pour un festival musical, d’une forme facile à mettre en place dans la rue et conçue pour cela.

J’aime beaucoup cette forme là parce qu’elle est populaire, immédiate, de proximité et joyeuse… Il y a donc beaucoup d’éléments qui font que c’est une forme très intéressante. C’est aujourd’hui un genre à part entière.
On est peut-être parti d’un genre d’animation de rue à une vraie forme musicale aujourd’hui avec des particularités musicales.

L’évolution des fanfares par rapport au spectacle vivant ?
De plus en plus de fanfares sont sonorisées et ne donnent plus (souvent) de spectacles dans la rue. Il y a une différenciation à faire entre la fanfare de rue et la fanfare qui joue comme un groupe en salle sonorisé. Il y a eu évolution dans la profusion, certainement parce qu’il y avait un créneau à prendre à l’heure où pas mal d’organisateurs ont levé le pied. Comme tous les musiciens essayent de trouver des cachets, c’est une manière de compléter les fins de mois.
Mais dans cette profusion où le niveau est globalement bon, on peut reprocher une non-diversité. On a une palanquée de fanfares funk ou des Balkans. Cela manque d’originalité et de composition, c’est du copiage de quelques fanfares illustres que l’on reprend et que l’on met « à sa sauce ».
Comme n’importe quel groupe, ce qui démarque une fanfare, c’est sa capacité de composition : originalités des titres et des arrangements ; qualité des solistes, des thèmes et des interprétations. Si l’on considère que la fanfare est un genre à part entière et entre en concurrence avec d’autres groupes, il faut qu’il y ait cette exigence artistique comme pour n’importe quel groupe. Il ne suffit pas d’être déguisé et de jouer une ritournelle funky pour que ce soit génial ! Cela va au-delà du phénomène festif…
Comme les fanfares rentrent dans les salles, on assiste à une obligation de « meilleure qualité » pour se confronter aux autres groupes.
Le jazz prend une des ses sources dans les brass-bands de la Nouvelle-Orléans, qui correspondent peut-être au point de démarrage des fanfares, ensuite, il y a eu l’ouverture aux musiques du monde, à des croisements, à la découverte des fanfares de l’est, etc. Ce qui a été un phénomène très fort au niveau de l’ouverture musicale et a amené du nouveau à nos oreilles.
Comme l’on retrouve des musiciens provenant de divers parcours, on a des niveaux et des cultures différents. Mais cela fournit aussi une diversité et un mélange de musiciens, chacun avec son bagage… La différence entre amateurs et pros me semble-t-il se ressent moins qu’avant. La différence se fait surtout sentir sur l’interprétation et la manière dont ils nous la proposent. C’est ce qui fait la grosse différence, même si le niveau moyen reste assez riche. Bien sur, il y a des petites fanfares amateurs, ce qui est très bien aussi.
À l’échelle locale à Coutances, il y a une fanfare formée par un professeur de saxophone qui y a inclus les élèves de l’école de musique. Ce qui a un côté motivant et entraînant qui positive l’apprentissage de la musique de façon assez joyeuse. La fanfare amateur reste une bonne « entrée en musique ».
J’ai aussi vu une évolution dans les attentes du public des fanfares. Il y a un véritable appétit pour découvrir de nouveaux groupes et de vrais projets musicaux. Le public en a conscience, même si l’aspect festif, presque dansant, participe évidemment de cet intérêt.


Laurence Baron
Programmatrice des fanfares sur les Accroches-coeurs

(Instrument préféré dans les fanfares : le saxophone)


Quand et comment avez-vous commencé vos collaborations avec les Fanfares ?

La compagnie Jo Bithume est une compagnie de théâtre de rue, et qui a en outre une fanfare composée de 18 musiciens comédiens.
Il était donc évident pour nous que les fanfares fassent partie de la
programmation des Accroche-Coeurs et ce depuis leur création en 1999.

Est-ce que c’est un genre artistique à part entière ? En fait, quel est
l’intérêt pour un programmateur de programmer des fanfares ?

Les Accroche coeurs ont une programmation éclectique, les fanfares sont de fait, une proposition artistique différente du théâtre, de la danse, du cirque mais qui fait entièrement partie d’une programmation de rue.
Les fanfares peuvent jouer en fixe ou en déambulatoire, sur une place,
dans la rue, renforcées un projet global (ex : participation à la clôture du
festival…)
Hormis les instruments à transporter, elles sont techniquement autonomes,
permettent les liens entre les spectacles fixes, elles sont facilement
repérables, puisque sonores, permettent rapidement une ambiance festive.

Comment avez vous ressenti l’évolution des fanfares dans le monde du
spectacle vivant ? comment les situez vous ? C’est quoi l’avenir des
fanfares dans un monde amplifié ?

Depuis 15 ans, la musique dans la rue est devenue un véritable phénomène de mode, au même titre que les compagnies d’art de la rue, leur nombre est en constante évolution.
Qu’elles soient sur scène, sonorisés, ou dans la rue en acoustique, elles
ont chacune leur place.


Les fanfares, c’est que du vent ? Quelles seraient les qualités d’une bonne
fanfares ? Ses défauts ?

Les qualités : bonne énergie, festive, bons musiciens, généreuse avec le public, utilisant
bien l’espace public , avec un effort particulier sur les costumes.
Les défauts : trop classique, jouant dans la rue comme sur scène, trop statique, costumes
folkloriques…


Voyez-vous une réelle différence entre fanfares composées de professionnels
et fanfares composées d’amateurs ?

Oui une grande ! les professionnels ont le temps de travailler le répertoire
et la mise en scène, alors que les amateurs sont pris par d’autres
préoccupations et n’ont pas forcément le temps et l’énergie de
faire de nouveaux arrangements de musique, donc de s’amuser.
Les musiciens professionnels qui jouent dans la rue connaissent par cœur
leur partition alors que les amateurs ont les yeux fixés sur leurs
partitions, ce qui permet moins la spontanéité et le jeu entre musiciens et
public.
Leur démarche n’est pas la même, l’une en fait son métier, l’autre un
loisir, l’engagement n’est donc pas même, l’homogénéité est plus difficile à 
avoir pour une fanfare amateur.


Stefff Gotkovski
directeur artistique de La Lune Rousse

Quand et comment avez-vous commencé vos collaborations avec les fanfares ?

En 1995, aux premières du bal de l’Élysée-Montmartre. La fanfare de Cyril Viet accueillait les clients. Je collabore depuis 15 ans avec les fanfares, voire plus car j’ai joué dans Tarace Boulba et dans mes journées (cf. le marathon des leveurs de coude) et soirées de saouleries, j’en ai squatté quelques-unes...

Est-ce que c’est un genre artistique à part entière ? En fait, pourquoi programmer des fanfares ?

C’est effectivement un genre musical à part entière de par, en premier lieu, l’autonomie, le mouvement, la mobilité et les réarrangements de chansons connues, ainsi que les compositions de certaines d’entre elles.

Comment avez vous ressenti l’évolution des fanfares dans le monde du spectacle vivant ? Comment les situez-vous ? C’est quoi l’avenir des fanfares dans un monde amplifié ?

Elles ont pris petit à petit leur place et, grâce à des groupes comme Ceux qui marchent debout, sont devenues populaires pour un public inapte tendu comme celui issu du milieu rock.

Les fanfares, c’est que du vent ? Quelles seraient les qualités d’une bonne fanfare ? Ses défauts ?

Et les percus, nom d’un #*•£*.
Qualité : ben, faut que ça joue carré.
Défaut : ben, quand ça joue pas bien, ça le fait pas...
Ensuite, le style musical est important. Y’a des musiques et chacun trouve Pâques à sa porte, ou on est sensible ou pas !

Voyez-vous une réelle différence entre fanfares composées de professionnels et fanfares composées d’amateurs ?

La réponse n’est-elle pas dans la question ? Sinon, on retrouve les mêmes critères que dans les autres genres de musique : le côté fun de l’histoire, que ce soit pour les pros ou les amateurs.

Quels sont les retours du public que vous avez en programmant ce style de formations ?

Fanfares en accueil ou en déambulation sont presque toujours bien accueillies. Sinon, à quoi bon !

Votre instrument préféré dans les fanfares ?

Pas facile. J’aime les tubas, les soubassophones, trompettes, trombones, toutes les percus, etc. Et bien sûr le saxophone, car c’est mon instrument de musique [3]. Ah au fait : leçon d’histoire. C’est bien Adolphe de Saxe qui a inventé le saxophone. La raison était qu’on lui avait demandé de trouver un instrument capable de remplacer le violoncelle dans la fanfare, instrument difficilement déplaçable. D’ailleurs quand on fait bien sonner le sax’ baryton avec le vibrato qu’il faut, avec de l’écho, on croit entendre le violoncelle (oeil fermé bien sûr !). Et là , les cocos, c’est la classe !


Pierre Arnaud
président du Pentecotavic, festival de fanfares

(Instrument préféré dans les fanfares : la trompette)

Quand et comment avez-vous commencé vos collaborations avec les fanfares ?

Musicien moi-même, faisant partie d’une banda du Sud-Ouest, nous avons eu l’occasion de rencontrer au début des années 70 des fanfares des Beaux-Arts. La fusion s’est faite.

Est-ce que c’est un genre artistique à part entière ? En fait, pourquoi programmer des fanfares ?

C’est un secteur particulier d’un genre à part entière, issu de l’Orphéon et des spectacles de rue.

Comment avez-vous ressenti l’évolution des fanfares dans le monde du spectacle vivant ? Comment les situez-vous ? L’avenir des fanfares dans un monde amplifié ?

Le public des fanfares n’est pas forcément dans un rapport au nombre. C’est un moment de musique et de fantaisie qui peut difficilement s’adresser à des foules. La cohabitation avec les spectacles amplifiés peut s’avérer délicate.

Les fanfares, c’est que du vent ? Quelles seraient les qualités d’une bonne fanfare ? Ses défauts ?

La première qualité : la dérision et la fantaisie.
Le premier défaut : trop de dérision rendant l’écoute insupportable (cela arrive).

Voyez-vous une réelle différence entre fanfares composées de professionnels et fanfares composées d’amateurs ?

Les professionnels sont souvent d’anciens amateurs ! S’ils gardent la fraîcheur et le virus délirant, cela n’en est que mieux.


[1Brassed Off (1996), réalisé par Mark Herman

[2La tenue de rue part d’une discussion avec le jury : que faut-il juger ?
Nous attirons notre attention, et celui du jury, sur la capacité d’un orchestre à sortir de l’animation de rue pour faire véritablement oeuvre de création artistique en perturbant le déroulé normal d’une activité de rue, avec sensibilité, subtilité, humour parfois et toujours avec poésie. Il faut capter l’attention.
Et c’est tout ce travail qui diffère vraiment d’un travail de scène. On parle de tenue de rue, comme on parlerait donc de tenue de scène.
Le répertoire musical n’entre pas directement en compte pour ce jugement, mais nous remarquons qu’il est souvent très lié.
Toucher émotionnellement un public dans la rue, n’est pas qu’une affaire de costumes et de nez rouge, il faut un certain doigté associé il est vrai, à une belle composition.
Beaucoup de formations reconnaissent d’ailleurs dans leur parcours musical, que la rue nourrit énormément la scène.

[3Ndlr : Stefff a officié comme saxophoniste au sein des Garçons Bouchers et de Pigalle.


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