Prodiss : 50 millions d’euros pour faire face aux conséquences des attentats

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Spectacle

Le syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle musical et de variété tenait ce matin une conférence de presse suite aux événements dramatiques du 13 novembre denier. Le Prodiss estime à 50 millions d’euros les besoins pour faire face aux conséquences et envisage la création d’un fonds d’aide pour les victimes sur la billetterie.

Prodiss : 50 millions d'euros pour faire face aux conséquences des (...)L’émotion était palpable ce matin dans les locaux du Prodiss, qui tenait une conférence de presse 10 jours après les attentats qui ont touché Paris et Saint-Denis. Le président Guy Marseguerra, après avoir rendu hommage aux victimes, reconnaissait qu’il ne s’agissait pas d’un exercice habituel pour les producteurs : "en général, ce sont les artistes qui sont devant les journalistes". Citant André Malraux ("la culture est ce qui fait que l’Homme est autre chose qu’un accident de l’univers"), il a cependant affirmé, a l’instar de Jules Frutos, ancien président et co-gérant du Bataclan, qu’il fallait désormais réfléchir et agir.


Un plan d’urgence de 50 millions d’euros


Guy Marseguerra, président du Prodiss

Si le Prodiss a largement salué la mise en place immédiate, par la ministre de la Culture et de la Communication Fleur Pellerin, d’un fonds d’urgence de 4 millions d’euros (abondé également par le CNV et la Sacem), c’est à hauteur de 50 millions que le syndicat chiffre les besoins à court terme. Cela comprend la compensation du manque à gagner de ces derniers jours et la sécurisation des sites : augmentation des effectifs d’agents de sécurité, équipement en portiques et vidéoprotection, en dispositifs de billetterie permettant de limiter les files d’attente, donc les attroupements à l’entrée, recours aux forces publiques pour les événements en extérieur comme les festivals...

Pour le syndicat, les garanties de sécurité et le modèle économique du secteur du spectacle sont à revoir, au regard des dispositions nouvelles à mettre en œuvre en amont et au cours d’une représentation. En effet, si la première conséquence a été une baisse des ventes de billets et de la fréquentation des lieux (-80% en début de semaine dernière, suite aux interdictions et annulations liées à l’état d’urgence ; remontée à -50% sur le weekend dernier, surtout sur les spectacles familiaux et jeune public, selon le Prodiss), le surcoût entrainé par le renforcement des moyens de sécurité dans les salles apparaît difficilement absorbable pour un secteur économiquement fragile. Angelo Gopée, directeur général de Live Nation rappelait à ce propos que 75% des entreprises du spectacle réalisent moins d’1 million de chiffre d’affaires annuel, et que 60% des concerts ont lieu dans des salles de moins de 200 places. D’où la volonté d’orienter en priorité les 4 millions d’euros du fonds d’urgence vers les acteurs les plus fragiles. L’attribution se fera via une commission au CNV.

Par ailleurs, le Prodiss a indiqué qu’il allait rapidement éditer un guide de bonnes pratiques sur la sécurité et l’accueil du public.


Des billets nominatifs pour aller au spectacle


Jules Frutos répond aux questions des journalistes

C’est une des propositions fortes du syndicat. Pour permettre une traçabilité et faciliter les contrôles à l’entrée des salles, le Prodiss propose l’instauration du billet nominatif (Ce qui, de plus, pourrait limiter la revente au noir ou sur un second marché). Sur les dispositions de sécurité sur site, Guy Marseguerra a également émis l’idée de s’inspirer de ce qui se fait dans le sport, pour l’accès aux stades : interdiction des sacs de grande contenance, fouilles manteaux ouverts... Ce qui nécessite également la mise en place (et le financement) d’une communication large auprès du public pour l’encourager à venir sans bagages. Le Prodiss, par la voix de sa secrétaire générale Malika Séguineau a rappelé qu’il ne s’agissait pas de réflexions à chaud : "les discussions sont déjà très avancées, notamment sur la question du billet nominatif, mais sa généralisation devra passer par la loi".


Un fonds d’aide aux victimes alimenté par la billetterie


Le Prodiss a également indiqué vouloir manifester sa solidarité à l’encontre des victimes et de leurs proches. Il recommande ainsi à ses adhérents d’abonder un fonds d’aide. Celui-ci pourrait être financé par le fléchage d’un euro sur chaque billet vendu à partir de janvier 2016, nécessitant au préalable une discussion avec les réseaux de billetterie. Pour mémoire, c’est environ 20 millions de billets qui sont vendus en moyenne chaque année.

Jules Frutos, encore très affecté, se refuse toujours à communiquer sur la réouverture du Bataclan. Il résume cependant l’état d’esprit des professionnels du spectacle vivant : "c’est la première fois que le public est pris pour cible. C’est le public qui créé le lien avec les artistes. Sans lui, nous n’existerions pas. La seule façon de se battre, c’est de continuer à travailler". Avec pour mot d’ordre : les spectacles sont vivants, tous au concert !


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