Présidentielle : la musique s’invite dans la campagne (Màj)

Publié le mardi 24 avril 2012

Politique culturelle

Mercredi 11 avril, Tous pour la musique organisait à l’Alhambra à Paris une matinée de débat avec des représentants des candidats à l’élection présidentielle. Trois temps de discussion avec des professionnels autour de trois thèmes : la diversité musicale dans les médias, le développement de l’offre numérique légale et le centre national de la musique. Résumé non exhaustif des échanges.

La filière musicale avait donné rendez-vous à des représentants des candidats à la présidentielle le 11 avril, pour leur exposer leurs attentes et débattre avec eux. A l’initiative de Tous pour la musique (TPLM), dont l’Irma fait partie, Christophe Girard, adjoint au maire de Paris en charge de la culture (PS), Jean-Michel Gremillet (Front de gauche), Franck Riester (UMP) et Corinne Rufet, présidente de la commission culture de la Région Ile-de-France (EELV) ont ainsi, pendant une matinée, échangé et affirmé leurs positions sur 3 grands sujets : la diversité musicale dans les médias, le développement de l’offre légale de musique en ligne, et le Centre national de la musique. Ce dernier sujet aura été à peine esquissé, les discussions sur les 2 premiers ayant été très disputées. Initialement prévus, Jean-Luc Benhamias (Modem) était excusé et Karim Ouchikh (FN) n’est finalement pas venu.


Retrouvez les vidéos des 3 table-rondes sur la chaîne Dailymotion de TPLM
- La musique dans les médias : comment favoriser la diversité musicale ?
- Centre national de la musique : un outil d’aide à la création et à la production musicales
- Le développement de l’offre légale de musique : comment assurer la protection des droits et la rémunération de la création dans un monde dématérialisé ?


Les revendications de la filière

Dans son introduction des débats, Bruno Lion, nouveau président de TPLM, a d’emblée placé le débat : « à la veille de l’élection présidentielle, c’est une filière unie qui s’adresse à vous ! » Il a ensuite présenté la plateforme commune d’expression des attentes de la filière musicale. Les priorités et les enjeux sont ainsi définis en 7 points :

- Préserver la diversité musicale, notamment l’exposition des nouvelles
productions et des nouveaux talents d’expression française, à la
radio comme à la télévision.
- Obtenir la mise en œuvre d’un Centre National de la musique pour
accompagner la filière dans cette période de mutation.
- Aider au maintien du commerce spécialisé.
- Parvenir à une harmonisation de la fiscalité des biens culturels.
- Multiplier des actions pédagogiques d’envergure et généraliser la
promotion des offres légales.
- Obtenir la modification du régime de responsabilité des intermédiaires
de l’Internet.
- Favoriser la circulation internationale des artistes pour assurer le
rayonnement des répertoires et la diversité culturelle.

Diversité musicale dans les médias

Le premier temps de débat s’est porté sur la diversité musicale dans les médias, la filière affirmant en chœur la faible présence d’émissions de variété. Si le constat est partagé par les représentants politiques, leur avis diverge sur les solutions prioritaires. Pour camper le décor, Vincet Frèrebeau, dirigeant du label Tôt ou Tard, commençait en soulignant que la crise de la musique est aussi liée à la difficulté d’exposition des œuvres dans les médias, ceux-ci étant de plus accusé de non-réactivité. L’exemple de Louise attaque a été rappelé : il a fallu 9 mois et 700 000 albums vendus avant que le groupe n’entre dans les programmations.

Christophe Girard a pour sa part centré sa parole sur France Télévisions, qui suite à la suppression partielle de la publicité sur ses chaînes, doit retrouver une mission de service public et promouvoir le théâtre, le cinéma et la musique. Il a également évoqué un "problème de culture", arguant que le service public est géré comme des entreprises du CAC40 : « Le problème du groupe France Télévisions, c’est avant tout ce qu’il est devenu. La quasi-disparition des recettes publicitaires, que l’on peut honnêtement juger positive, donnait le devoir à France Télévisions de redevenir un service public : s’attacher à produire de la création. Or, les interlocuteurs de cette chaîne sont des responsables commerciaux qui n’ont à l’esprit que le fait de remplir des cases et de faire de l’audience. » Corinne Rufet a avancé la nécessité de refonder le CSA, "l’outil en charge de l’attribution des canaux et du contrôle des cahiers des charges". La représentante d’EELV a également plaidé pour une chaîne (France 4) dédiée à la musique avec des moyens renforcés. Franck Riester a poursuivi en interrogeant les formats des programmes musicaux. Avançant l’audience décevante des Victoires de la musique et le succès d’émission comme The Voice, il en appelle "à plus de créativité pour proposer au public des formats nouveaux."Le rapporteur de la mission de réflexion sur la mise en place du CNM a également pointé la nécessité de se pencher sur des moyens nouveaux permettant au CSA de faire respecter les quotas. jean-Michel Gremillet en profitait pour rebondir sur cette question des quotas en rappelant que le Front de Gauche souhaitait co-construire avec les professionnels les réponses à apporter pour aboutir à des mesures applicables.

Le classement des programmes musicaux comme œuvres du patrimoine a été évoqué, suscitant la réserve d’EELV (risque de "concurrence" avec le cinéma et surtout le documentaire), l’augmentation de ces qutas rendant optimiste Franck Riester. La nécessité d’une couverture média a également été pointée comme nécessairement complémentaire du remplissage des salles de spectacle. Le statut problématique des animateurs-producteurs a également été posée. "une loi d’orientation sur la diversité dans les médias apparaît nécessaire."

Développement de l’offre légale de musique en ligne

Le second débat abordait également un sujet vaste, difficile à traiter en une heure. Les propositions, de pertinence et de réalisme variables, ont fusées sur la scène de l’Alhambra. De ces échanges, l’on peut retenir l’idée partagée d’intégrer la dimension numérique dans le ministère de la Culture et de la Communication. Christophe Girard plaidant même pour que "le numérique ne soit pas laissé à l’industrie" et pour que l’école, dès le plus jeune âge, assure une éducation au numérique.

De même, la question des quotas sur Internet a été évoquée, par Christophe Girard et Corinne Rufet, qui y ajoute des obligations à respecter pour les FAI. Christophe Girard souhaitant d’ailleurs élargir la notion de production française à la production francophone. Franck Riester a répondu en qualifiant "d’impossible à mettre en œuvre" sur Internet ce qui a du mal a être respecté sur les télévisions et radios. Il plaide pour une éditorialisation des plateformes de distribution et un soutien aux radios associatives.

Tous les représentants des candidats présents ont affirmé leur volonté de lutter contre le piratage, Corinne Rufet souhaitant que la France devienne moteur au niveau européen, mais sans créer de fossé entre les créateurs et le public. Pour EELV, la lutte doit se concentrer contre les mafias organisées et ne pas pénaliser l’échange non-marchand entre les personnes. Jean-Michel Gremillet, réaffirmant la nécessité de préserver les droits des créateurs et des producteurs, a avancé l’idée de la création d’une plateforme publique de téléchargement financée par une redevance audiovisuelle calquée sur le niveau de revenus, une taxe sur les FAI et les revenus publicitaires, et une redirection d’une partie de la taxe pour copie privée. Pour le Front de gauche, il s’agirait d’un "Itunes d’Etat." Il va sans dire que la notion d’échange non marchand et un Itunes d’Etat ont fait réagir, négativement, une large partie de l’assemblée...

Affrontement autour d’Hadopi

Comme attendu, l’Hadopi a suscité des échanges animés entre les différents partis présents. Si Franck Riester s’engouffre dans la brèche ouverte par la présentation des chiffres montratnt l’action positive de l’Hadopi sur le téléchargement illégal pour défendre le travail et le bilan de la haute autorité, Christophe Girard et surtout Jean-Michel Gremillet se sont montré très critiques. Une loi "à la va-vite, et inapplicable" pour le Front de gauche, un dispositif uniquement représsif pour le PS. Christophe Girard a néanmoins affirmé que l’Haopi ne serait pas supprimée en cas de victoire de François Hollande, mais transformée avec une réponse en 3 phases : éducation, prévention et sanction. Ce à quoi une partie de la salle a rétorqué : "c’est l’Hadopi que vous proposez !". Christophe Girard expliquera que le manque d’ambition sur le volet pédagogique de l’Hadopi la réduit à un arsenal uniquement répressif. Franck Riester se jouera de ce chahut autour de la position du PS sur le sujet, en rappelant que François Hollande souhaitait initialement une suppression de l’Hadopi.

Consensus autour du Centre national de la musique

Les deux premiers débats ayant largement débordé, le troisième, sur le Centre national de la musique, a été rapidement expédié. Le temps d’établir le consensus autour de sa création, avec cependant des réserves émises ici et là. Corinne Rufet a pointé le danger de vider de sa substance le ministère de la Culture en délégant à des agences l’attribution de subventions et la redistribution de l’-argent public. Elle a également avancé les problèmes de gouvernance posés par un tel établissement. Jean-Michel Gremillet a rappelé que les modèles revendiqués du CNM, le CNC et le CNL, étaient actuellement en pleine phase de réexamen de leur rôle et de leur action. Avec Corinne Rufet, il a regretté que la dimension de l’éductaion musicale (conservatoire et écoles de musique) ne soit pas intégrée aux réflexions sur le CNM. Christophe Girard a quant à lui salué le travail et la méthode de la mission de préfiguration, tout en rappelant que si François Hollande était élu, l’établissement public serait au service de la diversité.

La matinée de débat s’est terminée par Catherine Morin-Desailly, présidente du Groupe d’Études Médias et Nouvelles Technologies du Sénat (Nouveau Centre).


Les professionnels ayant participé aux débats :

Cathy Bitton (Manager), Stéphan Bourdoiseau (Producteur de musique), Alain Chamfort, (Auteur, compositeur, interprète), Daniel Colling (Entrepreneur de spectacles), Vincent Frèrebeau (Producteur de musique), Jules Frutos, (Entrepreneur de spectacles), Michel Joubert (Artiste interprète), Denis Ladegaillerie (Distributeur digital, producteur ), Bruno Lion (Éditeur), Pascal Nègre (Producteur de musique), Laurent Petitgirard (Compositeur, Chef d’Orchestre), Marc Thonon (Producteur de musique), Jean-Luc Treutenaere (Distributeur détaillant).



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