Paroles de bénéficiaires

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Interviews

Labels ou plateformes, ils ont bénéficié du plan 2013 mis en place par la DGMIC. Soutien à l’export, équipement, développement informatique, promotion/marketing, ils expliquent les projets que l’enveloppe reçue leur a permis de mettre en œuvre.

Pierre DARMON, Cofondateur et dirigeant du label Bonsaï music

Arthur DAGARD,Cofondateur et codirigeant d’Evergig

Eric JIROUX, Fondateur et dirigeant de Victorie music

Patrick FABRE, Président de Mirozoo Lab S.A.S.

Benoît TREGOUET, Fondateur des Disques Entreprise

Julien HOHL, Fondateur du label Deaf Rock Records


Pierre DARMON

Paroles de bénéficiaires

Cofondateur et dirigeant du label Bonsaï music


- Pouvez-vous présenter Bonsai music ?

Bonsai music a été créé en 2004 à la suite de mon départ d’EMI, où j’occupais les fonctions de secrétaire général et de DRH. Je l’ai cofondé avec un ancien d’EMI également, Bertrand Coqueugniot, qui était directeur artistique chez Capitol. On souhaitait fonder un label avec un répertoire éclectique, mais nous avons été identifiés comme un label de jazz transalpin. Dans la foulée, on a créé une deuxième marque, Washi-Washa, plus spécialisée sur la chanson française et l’electro.

Quand nous avons vu passer le plan d’aide de la DGMIC, nous nous sommes tout de suite dit que nous pouvions rentrer dans les clous, étant donné que nous travaillons beaucoup à l’export. Le développement de notre catalogue à l’étranger est un point essentiel.

- Sur quels types de projets avez-vous sollicité cette aide ?

Notre dossier portait essentiellement sur du développement à l’international, sur des outils permettant de présenter notre catalogue et notre ligne éditoriale en langues étrangères : traduction de biographies, de dossiers de presse… Cela nous a permis de fournir à notre agrégateur, Idol des contenus traduits pour que notre catalogue puisse être bien présenté sur les plateformes de streaming à l’étranger. De même, nous sommes distribués par Harmonia mundi, qui bénéficie d’un réseau conséquent à l’étranger. Cela nous permet de mieux travailler l’export avec eux, en leur proposant des contenus et des liens vers des contenus optimisés pour l’étranger. Par exemple, des liens permettant de visionner des clips sur des plateformes non accessibles dans un pays donné, comme Youtube en Allemagne. Notre objectif est, à 18 mois, de réaliser un chiffre d’affaires à l’international équivalent, voire plus élevé que celui sur le territoire français, même si la France reste un des pays qui consomme le plus de catalogue jazz. Nous avons donc reçu 10 000 euros de la part de la DGMIC, le plafond maximum.

- Avez-vous resollicité cette aide cette année ?

Non, pour une simple raison. Nous n’avons pas encore soldé les actions prévues sur le plan de l’année dernière. Il ne serait donc pas décent, de mon point de vue, de resolliciter cette aide aujourd’hui.

- Que pensez-vous de cette aide, et plus généralement des aides à l’investissement ?

Cette aide, on peut la critiquer, mais elle a au moins un mérite, c’est d’exister sur son principe. La filière musicale, contrairement à d’autres industries culturelles, n’est pas suffisamment aidée au regard du poids qu’elle représente. Cette aide consentie par le ministère commence à pointer la nécessité de soutenir la musique à un niveau équivalent aux autres industries culturelles. C’est un point de démarrage très positif. Maintenant, les critères retenus sont relativement restrictifs. On ne parle pas de sommes énormes, et le nombre de dossiers ne représentait pas un grand volume. Il aurait peut être fallu apprécier plus le professionnalisme des structures demandeuses, et de glisser d’une aide à l’investissement vers une aide à la structure.

- Qu’entendez-vous par aide à la structure ?

Quand on remplit ce type de dossiers, assez conséquent, on renseigne en amont un certain nombre d’investissements, qui peuvent évoluer, disparaître ou se transformer au fil de la réalité du travail quotidien sur le terrain. De même, cela ne valorise pas suffisamment l’investissement temps/homme au sein des entreprises. On pourrait simplifier beaucoup plus l’octroi d’aides, en identifiant plus en amont le professionnalisme des structures, et les investissements que celles-ci réalisent, au lieu de rentrer dans une logique trop comptable, qui rend le processus de remplissage puis de justification lourd.

- Justement, le rôle d’une aide n’est-il pas aussi, au-delà de la distribution d’argent, de participer de la professionnalisation des structures ?

Encore une fois, cette volonté, incarnée par cette aide, d’entrer dans une logique de soutien à la filière est très positive. Pour l’instant, les montants et l’assiette ne sont pas très grands, mais cela a le mérite d’exister. Plutôt que de critiquer, il vaut mieux s’y inscrire, et faire en sorte que cela prenne de l’ampleur. Et puis, une aide, aussi petite soit-elle, n’est jamais ridicule dans un budget. Je ne me suis pas posé cette question, je me suis plongé dans le dossier. Je me suis rendu compte qu’elle était assez pointue. Partant du principe que le ministère et les professionnels peuvent identifier assez facilement les acteurs sérieux sur le marché, passer d’un soutien à l’investissement à une aide aux structures ne serait pas forcément si compliqué.

L’autre versant de cela pourrait aussi être de ne pas se limiter à du ponctuel. Une fois les structures identifiées, plutôt que d’attribuer une somme en one shot, il s’agirait peut-être, sous forme de convention, de soutenir sur deux ou trois ans, avec un versement annuel. Cela permettrait de renforcer la structure sur la durée, et de lui demander des comptes sur ses investissements globaux. Si l’on prend comme critères un minimum d’années d’existence, un nombre minimum de références au catalogue, et une capacité de projection à 3 ans, le nombre de structures sérieuses en France n’est pas pléthorique. Elles pourraient être conventionnées, et ne pas devoir émarger sur des plans annuels aux critères trop restrictifs.

Ce plan d’aide va sûrement évoluer. Je pense qu’imaginer des niveaux différents, en prenant en compte l’aide aux structures, est une piste qu’il faudrait creuser.


Arthur DAGARD

Guillaume Jouannet, Nicolas Lapomarda et Arthur Dagard, fondateurs d’Evergig

Cofondateur et codirigeant d’Evergig


- Pouvez-vous présenter Evergig ?

Il y a 3 ans avec mon associé, nous étions à un concert, et nous nous sommes rendus compte que beaucoup de spectateurs faisaient des vidéos. On s’est alors demandé ce que les gens pouvaient bien faire par la suite de ces vidéos. Tout simplement, ils les partagent sur les réseaux sociaux, Facebook, Youtube… Et il y en a beaucoup ! Ce type de vidéo représente en moyenne presque ¼ des contenus de la catégorie musique de Youtube. Et cela va croissant, au rythme de la généralisation de l’utilisation des smartphones et de l’installation de la 4G. On s’est donc demandé s’il était possible d’unifier toutes ces séquences. Pas de les mettre bout à bout, mais de les superposer pour faire un vrai montage, en choisissant les meilleurs angles, et en mixant l’audio. Nous avons donc, contrairement à un DVD, potentiellement tous les concerts de la tournée d’un artiste. Nous sommes en accord avec les nouveaux usages. Les gens veulent partager, tout de suite, de façon communautaire, échanger avec les artistes, et revivre les concerts qu’ils ont vus.

Nous proposons aussi depuis peu un service aux artistes, professionnels ou non, leur permettant de chez eux de générer leur concert : pro.evergig.com. Un widget mis à leur disposition leur permet d’appeler leurs amis ou followers à charger les vidéos de leurs concerts. Ils pourront le partager sur les réseaux sociaux ou sur un site tiers.

Les artistes partenaires nous fournissent la plupart du temps le son en HD des concerts. Bien évidemment, les artistes détiennent les droits sur leurs créations. Pour ce qui est de la gestion de droits de diffusion, nous faisons toutes les déclarations. Il y a encore des adaptations à réaliser dans le droit pour rattraper et encadrer un usage qui existe déjà et qui est désormais ancré. Nous ne sommes pas pirates, nous sommes des corsaires. C’est pour cela que, dans l’attente d’une clarification, nous provisionnons tous les droits liés à l’utilisation des vidéos.

- Comment avez-vous financé le projet ?

Après une année de prototypage, on a lancé, sur nos fonds propres, la société il y a 2 ans. Un an plus tard, on a levé 1 million auprès de ParTech (?) et ?, puis un demi million auprès de la BPI.

Mais en démarrage de startup, les business plans sont toujours coupés au cordeau. Et bénéficier d’une aide comme celle de la DGMIC, dont le process, bien qu’exigeant, était peu contraignant a été un vrai plus. Le dossier demandait de fournir des pièces précises, mais n’était pas, comme c’est souvent le cas, décourageant. Pour des dossiers d’aides européennes, cela peut mobiliser une ou plusieurs personnes pendant deux semaines… Et puis la rapidité de la réponse aussi a été très appréciable. C’est une temporalité qui correspond à celle d’un entrepreneur. Là, peu de règles, mais des règles strictes. Nous allons d’ailleurs la resolliciter cette année.

- Pouvez-vous nous expliquer à quoi vous a servi l’aide reçue par la DGMIC ?

Nous l’avons sollicité pour le développement de notre player, et plus largement des outils liés à l’expérience utilisateur. Nous avions besoin d’accélérer le développement de la plateforme. Cela nous a permis de réaliser une embauche en CDI d’un développeur web. Nous avons reçu 40 000 euros. Pour l’instant nous avons reçu deux acomptes. Cela a tout de même accéléré de 3 mois notre mise sur le marché !


Eric JIROUX

Fondateur et dirigeant de Victorie music


- Pouvez-vous présenter Victorie music ?

Victorie music a été créé en 1990. Nous sommes producteurs phonographiques, producteurs et diffuseurs de spectacles jeune public. Nous avons à notre catalogue une douzaine d’artistes. Malgré la crise qui a frappé tout le secteur musical, et particulièrement notre secteur, nous continuons bon an mal an à produire de nouveaux albums et de nouveaux spectacles. Nous avons ouvert il y a quelques temps une branche livre-disque jeunesse, sous le label des éditions des Braques, qui nous permet de proposer à nos artistes une visibilité supplémentaire pour combler partiellement le déficit lié à l’effondrement des ventes dans les enseignes disque traditionnelles. Au travers d’Harmonia mundi, nous touchons désormais un réseau de libraires qui nous apportent des points de vente supplémentaires. Cela ne compense cependant pas les points de vente traditionnels.

- Pouvez-vous détailler le projet sur lequel vous avez bénéficié de l’aide DGMIC ?

En termes généraux, les aides nous permettent tout simplement de continuer à produire. Depuis quelques années, sans elles, ce serait très compliqué pour nous. Avant que ne s’installe la crise du support physique, nous n’avions jamais sollicité d’aides, nous n’en avions pas besoin. Désormais, nous les demandons, et si nous ne les obtenons pas, nous ne pouvons pas produire. Nous sollicitons aussi bien l’Adami que la SPPF, ainsi que le crédit d’impôt, qui est un mécanisme précieux pour des structures comme la nôtre.

Pour ce qui est de cette aide DGMIC, je l’ai ressentie plus comme une aide à la filière qu’une aide spécifique. Je pensais qu’il s’agissait d’une aide traditionnelle sur un parcours discographique, mais en réalité, il s’agissait plus d’une aide globale.

Nous l’avons sollicité sur des dépenses relatives à l’artiste Robinson. Cela nous a tout d’abord permis d’être un peu moins serré en trésorerie, et de dégager du temps. Cela nous a permis d’embaucher quelqu’un sur 3-4 mois pour du booking et de la prospection, ce que nous ne pouvons pas faire en temps normal. Ce n’est pas en soi l’enveloppe perçue qui nous a permis de le faire, mais elle y a participé. On s’est retrouvé plus à l’aise que d’habitude, alors cela nous a décidé à investir. C’est aussi un des effets des aides.

- Que pensez-vous d’une aide à l’investissement en général ?

Ponctuellement, toute aide est bonne à prendre. Mais si d’un seul coup, ce type d’aide se généralisait, ce pourrait être très intéressant. Cela nous permettrait de bénéficier de ressources supplémentaires, et pouvoir ainsi penser plus précisément en termes de développement, de projet ou d’équipe. Cela aiderait aussi à nous projeter. Ce type d’aide est un bon complément à ce qui existe déjà. Ce n’est pas la même démarche, pas les mêmes dossiers, pas les mêmes critères, mais répond à des besoins réels.


Patrick FABRE

Président de Mirozoo Lab S.A.S.


- Pouvez-vous présenter Mirozoo ? :

Mirozoo est une plateforme audiovisuelle musicale destinée aux enfants de 0 à 8 ans. C’est un service de streaming avec abonnement, similaire à ceux que l’on connaît bien pour les publics adolescents et adultes. Le projet est né il y a presque 3 ans maintenant, de la rencontre entre des passionnés d’informatique et de nouvelles technologies et des personnes issues du secteur de la musique jeune public. Nous avons fait le constat que la transition numérique pour les entreprises se consacrant au jeune public était très difficile. La structuration de ce secteur est inverse à celle du reste de la musique : 75% de la production est indépendante et 25% issue de majors. Le marché est structuré par une poignée de PME dominantes et complété par une nébuleuse de TPE.

Dans ce contexte, les outils du numérique classiques comme iTunes ou Spotify ne sont pas adaptés, puisque structurés par et pour les majors, et répondant à des logiques quantitatives. Avec une certaine réussite, il faut le reconnaître. Il n’empêche que pour les plus petits, ces modèles ne conviennent pas, et au lieu de représenter une issue à la crise, ils en ont accéléré le mouvement. Dans le même temps, le secteur jeune public a peu de culture du numérique et de l’avant-garde, justement parce que ce sont des petits acteurs, disposant d’une moindre capacité d’investissement et de projection. Pour se projeter et innover, il faut disposer d’un peu de souffle (autrement dit, de trésorerie) : c’est tout le paradoxe en temps de crise. Le risque est aussi d’investir de façon désespérée, sans avoir le background nécessaire, et de le faire sur des choses qui semblent profitables mais qui ne le sont pas. Combien ont investi 10 ou 30 000 euros dans des applis qui au final ne leur ont rien apporté ? Depuis la seconde moitié des années 2000, les petites structures jeune public se sont resserrées sur leur trésorerie stoppant la création et en déclinant les contenus existants via une diversification des produits (livres-CD, DVD).

Le projet est donc né de ces constats, pour devenir une plateforme de streaming en ligne, dont nous finissons les développements en ce moment. Il existe pour l’instant un site web accessible gratuitement au public, en bêtatest. C’est la première étape de la mise en place de notre service. Nous sommes actuellement dans une seconde phase, de campagne de signatures avec des labels. Ensuite viendra notre appli lecteur qui permettra l’écoute hors connexion.

Nous avons bénéficié du réseau des incubateurs de la Ville de Paris, qui nous aide à adopter une logique plus posée, notamment en prenant le temps nécessaire pour toute la phase R&D, sans se précipiter sur les mauvais choix. Sans un appui extérieur et structurant, il est difficile pour un acteur naissant d’accepter les phases longues d’investissement.

- Venons-en à l’aide DGMIC que vous avez obtenu l’année dernière : combien avez-vous touché ? À quoi vous a-t-elle servi ?

Nous avons obtenu 15 000 euros sur les 55 000 demandés. Nous avons dû revoir à la baisse le programme que nous avions initialement établi, même si cette aide ne représentait qu’une partie du financement du projet. Nous avons dû revoir les ambitions, mais finalement, ce n’est pas très grave, puisque cela a très bien fonctionné quand même. Le déblocage des fonds s’est fait rapidement, ce qui a permis aussi de régler un problème de trésorerie, permettant d’attendre l’aboutissement des recherches et la réception des autres sources de financement. Nous avons eu un financement Paris innovation amorçage, et nous avons contracté un emprunt bancaire.

La demande portait sur le développement de notre plateforme à un stade où elle n’existait pas encore. L’aide a donc permis de soutenir le développement, qui était déjà entamé, ainsi que de renforcer les aspects de contact avec le public, marketing et communication.

- Avez-vous trouvé le dossier de demande complexe ?

Nous n’avions que peu d’expérience sur ce type de programme. C’était donc aussi pour nous un apprentissage positif. Nous avons du intégrer les exigences du ministère de la Culture, ce qui nous a permis de formaliser plus précisément ce que nous faisions déjà : respect du droit social, rémunération des ayants droit...

- Avez-vous eu des échanges avec la DGMIC sur le dossier, ses critères... ?

Nous avons pu échanger en amont, pour confirmer avec eux si le projet que nous comptions présenter rentrait dans les cases. Ce fut une aide non négligeable, même si au final, nous n’avons pas eu grand chose à modifier.

- Allez-vous la resolliciter cette année ?

Nous le souhaitons. Nous avons considéré qu’il était normal que nous ne touchions qu’une partie du montant que nous avions demandé l’année dernière. Notre projet n’avait pas encore de réalisation effective, et nous comprenons aussi la logique de soutenir le plus de projets possibles. Nous sommes convaincus de faire quelque chose d’utile, nous sommes sur un secteur complètement en accord avec les valeurs portées par le ministère de la Culture, et par l’État en général. Nous allons segmenter le marché pour pouvoir lui donner plus de valeur, et personne d’autre que nous ne promet de le faire sur le secteur jeune public. Pour un projet de cette ampleur, notre démarrage est rendu fragile par le fait que nous sommes sous-capitalisés. Ce plan de soutien est donc pour nous une brique importante. Ce n’est pas la seule, mais elle est essentielle.


Benoît TREGOUET

Fondateur des Disques Entreprise


-  Pouvez-vous présenter les Disques entreprise ?

Nous avons monté l’entreprise il y a 2 ans. Nous nous occupions auparavant de Third Side Records. J’ai également été manager de groupes comme Tahiti 80, Cosmo Vitelli, Fortune… Disques Entreprise, c’est en quelque sorte la solution que l’on a trouvé à notre échelle pour surmonter la fameuse crise du disque. Nous sommes producteurs et éditeurs, nous avons des studios d’enregistrement, et nous faisons de la prestation pour de l’audiovisuel. Nous avons des artistes comme Moodoïd, Grand Blanc, Jérôme Echenoz, Lafayette, nous avons lancé La Femme… Nous signons beaucoup d’artistes, nous faisons beaucoup d’EP. En 2 ans, nous avons sorti une quinzaine de disques, mais un seul album. Nous sommes en phase de constitution de catalogue. Et nous sommes en licence avec Sony.

Aujourd’hui, avec le numérique, la part belle est faite, beaucoup plus qu’auparavant, au back catalogue. Nous n’avons pas, comme les majors ou les gros indépendants, un back catalogue conséquent, donc pour continuer d’exister, nous devons nous diversifier. D’où le fait d’avoir aussi des studios. Disposer de notre propre studio nous permet de baisser les coûts de production.

L’aide nous a d’ailleurs permis d’équiper notre studio en matériel, mais aussi d’améliorer nos outils informatiques. Un ordinateur aujourd’hui, c’est un outil qui sert à tout, à la production comme à la promotion. Nous avons obtenu un peu moins de 10 000 euros, fléchés sur de l’achat d’ordinateurs et de logiciels de production type Pro Tools. C’était donc pour nous une double entrée : soutien à l’équipement pour le label, et soutien au modèle économique, en renforçant la diversification d’activité.

- La diversification d’activité est obligatoire aujourd’hui selon vous ?

Je ne sais pas si elle est obligatoire, mais c’est en tout cas la solution que l’on a trouvée. Aujourd’hui, une sortie d’album se rentabilise à 3, 5 voire 10 ans… C’est très compliqué, voire impossible pour les petits labels. Encore une fois, les majors n’ont jamais été aussi fortes, parce qu’elles ont de gros catalogues.

- Avez-vous resollicité le plan d’aide cette année ?

Oui, sur des secondes phases d’investissement. Nous ouvrons un deuxième studio, donc nous avons aussi fait une demande sur de l’équipement, mais aussi sur le développement des postes de community management, ainsi que sur l’export. Nous nous sommes rendus compte que sur un projet comme Moodoïd par exemple, il y avait beaucoup de possibilités à l’export, notamment sur la promo. De même, équiper les home studios de mes artistes, pour qu’ils réalisent de meilleurs travaux de préproduction, est aussi quelque chose d’intéressant.

- Que pensez-vous de cette aide ?

Pour une structure comme Les Disques Entreprise, qui investit, c’est une très bonne chose. Sur le nouveau plan, le fléchage est très axé sur le numérique. La question que je me pose est la suivante : est-ce à nous, producteurs, de porter un effort d’innovation technologique ? Je ne le crois pas. Malgré la crise, les fondamentaux du marché n’ont pas changé. Les disques qui marchaient avant continuent de marcher, par contre des pans entiers du marché ont disparu, ou presque. Les gens ne paient plus pour de la pure découverte, l’efficacité de la promotion, de la presse et du marketing est largement remise en cause, même la radio ne déclenche plus l’achat. Mais le métier de production reste le même, et un bon disque passera ces différentes étapes. Trouver un bon artiste, bien le produire, et bien le promouvoir, c’est ce que nous avons toujours fait et que nous continuerons à faire. Les outils ont juste changé, d’où notre effort sur le community management.

Cette aide est une très bonne chose, mais s’il y avait vraiment quelque chose à faire pour aider les entreprises phonographiques, sur de la production comme sur de l’investissement, c’est au niveau institutionnel, sur le plan du droit tout d’abord, au niveau national, européen et international.


Julien HOHL

Fondateur du label Deaf Rock Records


- Pouvez-vous présenter Deaf Rock Records ?

Deaf Rock est un label que nous avons monté il y a 5 ans. J’étais manager d’artistes, mon associé ingénieur du son. Nous sommes en région Alsace, une région largement sous-dotée en structures de production phonographique. En plus de la production, nous gérons nos éditions, et avons également une partie de notre activité basée sur le management.

- Vous avez sollicité, et obtenu, l’aide mise en place par la DGMIC. Pouvez-vous nous expliquer à quoi celle-ci vous a servi ?

Nous avons sollicité cette aide sur l’export. Notre position géographique fait que depuis le début, nous travaillons sur les deux territoires, France et Allemagne. Nous travaillons avec l’Allemagne sur le management et la tournée, mais aussi sur la diffusion de nos productions en magasins. L’aide nous a donc permis de renforcer ce travail sur l’export que nous menions déjà. Nous avons reçu 10 000 euros, ce qui a permis, pour trois sorties de disques, de financer de la promotion, du pressage et de la mise en place en Allemagne, ainsi que de participer au tour support. Nous avons un label manager en Allemagne, et l’aide était fléchée sur son travail. Cela évite aussi d’être en licence, nous travaillons nos projets en interne.

Ce sont des actions que nous aurions de toute façon menées, mais l’aide nous a apporté un confort supplémentaire, et permis d’étoffer notre plan d’action. Nous ne faisons jamais de demande de subvention factice. L’export est pour nous primordial, cela nous permet donc de le faire mieux.


Propos recueillis par Romain Bigay


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