Offre de musique numérique : panorama du second semestre 2015

Publié le mardi 19 avril 2016

Numérique

L’Observatoire de la musique vient de publier l’État des lieux de l’offre de musique numérique au second semestre 2015. Dans un environnement désormais structuré par le streaming, ce sont surtout les offres qui ont été travaillées, avec moins de nouvelles fonctionnalités.

L’Observatoire de la musique, qui devrait prochainement quitter la Philharmonie pour rejoindre le CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz), vient de publier sa dix-septième étude semestrielle sur l’état des lieux de l’offre de musique numérique, à partir d’un échantillon de 100 sites d’opérateurs divers intervenant dans la distribution/diffusion de contenus musicaux. La deuxième partie de l’année 2015 marque une période de relative stabilité, avec des offres mais peu de fonctionnalités. Le nombre de sites présentant peu, voire aucune mise à jour de leur offre, se situe dans une fourchette haute constatée depuis le début de l’observation en 2007 : 49 sites sur 81 sites constituant le périmètre d’analyse sont concernés, soit plus de 60% des sites. La tendance serait donc plutôt à l’attentisme.


Boutiques en ligne : l’offre de streaming s’enrichit


Sur la fin d’année 2015, les généralistes ont concentré leurs efforts sur l’offre, contrairement au semestre précédent, où l’accès et les fonctionnalités étaient mis en avant. Plus de 60% des sites de la catégorie présentent peu, voire aucune modification de leur offre. Cette catégorie est soutenue par le dynamisme de Google Play, Napster et Orange, dont l’offre commerciale autour du streaming, sous la pression de la concurrence, s’affine.

Google Play introduit un forfait famille dans les mêmes conditions financières qu’Apple, (accès et profil pour 6 membres du foyer simultanément sur 6 terminaux pour 14,99€/mois). La plateforme Google Play Music ntègre du contenu éditorial en provenance de Wikipedia et ajoute à ses smart radios la fonction ignorer. Napster ajoute la smart radio à son offre payante de streaming, calquant son service sur le site de sa maison mère Rhapsody, ainsi qu’une offre vidéo jusqu’alors inexistante. Orange lance Playzer, service multi-écrans de clips vidéos musicaux à la demande au contenu enrichi, orienté artiste, disponible sur tout support connecté, comme hors connexion (catalogue de 90 000 clips de 9 500 artistes). Playzer est accessible sur abonnement au prix de 1,99€/semaine. Orange lance par ailleurs Orange Custo, service de personnalisation de mobile (fond d’écran, sonnerie, personnalisation de répondeur ou tonalité d’attente). L’offre autour du streaming s’enrichit également pour : Amazon, 7Digital, Qobuz et Nokia.

Les boutiques spécialisées sont en revanche plus dans une posture d’attentisme. À l’instar des sites généralistes, les sites spécialisés se sont attachés à peaufiner leur offre, alors qu’ils s’étaient plutôt consacrés au précédent semestre à la qualité de cette offre et à l’augmentation du nombre de références. 



Radios en ligne : un dynamisme continu


Les radios en ligne ont adopté un rythme de croisière. Sur la fin d’année 2015, Radioline est devenu leader européen en termes de catalogue avec 60 000 radios et podcasts. NRJ Group s’invite sur Apple TV. LesIndésRadios offrent un nouvel outil de recherche par genre et par ambiance, ainsi qu’un accès aux flux d’information locaux. Awdio ajoute quelques webradios. Le site de la RTBF, Radio-Télévision belge de la Communauté française rejoint l’échantillon, tandis que Live365, pionnier dans l’édition de webradios le quitte, victime de la révision à la hausse du taux de redevances des webradios aux Etats-Unis et la fin du tarif des small webcasters.
Des radios comme NRJ et Radionomy commencent à se pencher sur la TV connectée, 3ème terminal le plus utilisé pour l’écoute de la radio en ligne après le mobile et le PC (cf. étude Médiamétrie Global Radio - vague sept/oct 2015).


Streaming à la demande


Cette catégorie de sites s’offre une pause après avoir mené l’étude en termes de dynamisme, semestre après semestre. L’offre de streaming à la demande est en pleine recomposition (1/3 des sites est sorti de l’échantillon au cours des deux derniers semestres). La plupart des modifications sont constatées au niveau de l’offre et du nombre de références.

Deezer propose une offre famille réservée aux clients Orange (jusqu’à 6 personnes sur un même compte pour 14,99€/mois, soit 2,5€/personne), une offre Deezer Kids dédiée aux enfants de moins de 6 ans (interface adaptée permettant d’accéder au catalogue jeunesse de la BNF), et lance un Mix famille, mélange de tous les titres préférés des membres de la famille. Deezer double son offre de podcasts avec 20000 programmes supplémentaires accessibles en mode hors connexion, organisables en playlists avec mise à jour automatique et partageables via les réseaux sociaux. La plateforme rejoint l’écosystème applicatif de Roku (fabricant de boîtiers multimédia récemment arrivé en France avec une offre de plus de 1 500 chaînes de streaming) et intègre CarPlay, le système multimédia d’Apple permettant d’accéder à toutes les fonctionnalités du smartphone et donc de l’utiliser en voiture.

Spotify réalise deux acquisitions qui viennent enrichir ses fonctionnalités sociales : Cord Project (messagerie orale pour mobiles) et Soundwave (recommandation musicale basée sur l’activité de ses contacts). La plateforme a également cassé les prix fin 2015 pour attirer de nouveaux clients, avec une campagne à 1€/mois pendant 3 mois, suivie d’une offre d’abonnement de 3 mois premium au prix de 9,99€. De nouvelles fonctionnalités sont également apparues : Spotify Party (mix de playlist avec adaptation de tempo), Behind The Lyrics en association avec Genius (site d’explication de paroles et d’anecdotes musicales). Dans le même temps, la plateforme a peaufiné ses propositions en direction des professionnels. Elle donne désormais la possibilité aux artistes de rendre leurs titres accessibles aux seuls clients premium. Et avec Fan Insights, les artistes et leurs agents ont une interface dédiée permettant de mieux connaître leur public (données démographiques), les morceaux écoutés (à partir de quelle page) et leurs préférences musicales, service accompagné d’une nouvelle fonctionnalité de conseil en concerts, avec génération de listes de concerts personnalisés selon les goûts et leurs lieux.

À l’inverse de Spotify qui ouvre ses données aux seuls artistes et agents, Soundcloud ouvre ses outils aux labels. La plateforme a conclu des accords avec Universal Music (monétisation des titres de son répertoire, des remixes et des mashups), avec Merlin (plus de 20 000 labels indépendants) et la PRS (Performing Rights Society), accord qui met fin à l’action en justice lancée à son encontre en septembre par la société de gestion des droits britannique. Son premier tarif pro (5$), propose la fourniture de statistiques (diagnostic et surveillance des performances) en fonction de l’abonnement choisi par l’utilisateur (nombre d’écoutes par titre et par utilisateur, pays et villes d’origine des écoutes…).


TV & vidéo : effort sur les fonctionnalités


On observe une quasi-stabilité pour les sites TV & Vidéo, qui se classent au 3ème rang des catégories les plus dynamiques de l’étude. Dailymotion, désormais détenue à 80% par Vivendi (Orange 20%), s’essaie aux contenus exclusifs, notamment des séries produites au studio Dailymotion ouvert à Paris en 2013. La plateforme introduit une nouvelle fonctionnalité Repost qui, en accord avec l’ayant droit, permet de sélectionner un extrait d’une vidéo pour en faire une copie sur son propre compte et la partager : les vues sont créditées à la fois à l’utilisateur qui a mis en ligne la vidéo initiale et à celui qui la reposte, l’ensemble des revenus publicitaires générés étant attribués au seul créateur de la vidéo. Des données contextuelles peuvent être ajoutées (titre, tags, description), le multitâche est intégré.

YouTube lance aux Etats-Unis l’offre payante prometteuse Red, qui donne accès à YouTube Music ainsi qu’à Google Play Music mais également aux films en VOD, pour $9,99/mois. À l’instar de Dailymotion, YouTube ouvre son 1er studio à Paris, YouTube Space, afin de permettre à certains utilisateurs de tourner leurs vidéos.
Culture Box enrichit son offre en collections, notamment réalisées avec le concours de Radio France en son spatialisé, binaural et 5.1. Si les émissions culturelles telles Alcaline, La boîte à musique, Du côté de chez Dave, Monte le son etc. ne sont plus disponibles sur Culture Box, mais accessibles sur Pluzz, l’offre propose 610 concerts et spectacles diffusés en 2015, pour environ 300 directs par an.


Éditorial & Créatif : évolution à géométrie variable


Discogs et Shazam sont toujours en lead sur cette catégorie. Shazam lance, avec Artistes certifiés, l’idée d’un vaste réseau mondial de fans : ce programme permet aux artistes de faire leurs propres recommandations, d’être suivis par leur communauté de fans en vue d’organiser au mieux leurs tournées. Discogs, de son côté, s’invite sur le terminal TV, lance une fonction d’alertes et étoffe son catalogue. Les autres sites de cette catégorie, souvent amenés à devenir des fournisseurs de technologie pour des acteurs internationaux, ne progressent pas.


L’OTT en tête !


La TV connectée reste l’axe principal de développement, avec les terminaux dédiés. Napster comme Concert Vault, ou Discogs se rendent disponibles sur la TV connectée, et du côté des services de streaming, NRJ s’invite sur Apple TV, Radionomy sur Orange TV. Deezer renforce sa présence sur les terminaux dédiés avec CarPlay et Roku, à l’instar de Vevo. 7Digital comme Qobuz s’invitent sur Chromecast et Chromecast Audio.

En 2015, selon le cabinet Strategy Analytics, les ventes mondiales de passerelles multimédias s’élèvent à 41,6 millions d’unités, affichant une progression de +32% vs. 2014. Dans ce marché, particulièrement concentré autour de 4 acteurs majeurs que sont Google, Apple, Amazon et Roku, la Chromecast de Google, clé HDMI dont le succès est notamment dû à son prix de 35€, arrive en tête des ventes en 2015 avec 35% de parts de marché.


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L’État des lieux de l’offre de musique numérique



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