Musicaction : 30 ans au service de l’écosystème musical indépendant au Québec

Publié le vendredi 6 novembre 2015

International

La fondation Musicaction fête cette année ses 30 ans. Depuis 85, les radiodiffuseurs privés, l’industrie musicale et les créateurs co-gèrent l’organisme, au bénéfice de tout l’écosystème. Une histoire qui racontent en filigrane celle de la production indépendante francophone au Québec. Rencontre avec sa directrice générale Louise Chenail.

Louise Chenail, directrice générale de Musicaction

- Comment est née la fondation Musicaction ?

Musicaction est un organisme de financement de la musique, né il y a 30 ans, en septembre 1985. Nous sommes alors au milieu des années 80, en pleine crise : les multinationales ont déserté, elles ne signent plus nos artistes, les ventes des artistes canadiens francophones sont en baisse vertigineuse. Quelques radiodiffuseurs privés, qui mettent sur leurs ondes du contenu canadien francophone, décident alors de se regrouper, et de créer la fondation Musicaction. Ils sont rejoints très rapidement par des professionnels de l’industrie de la musique, des auteurs compositeurs et leurs représentants. Et ensuite par le ministère du Patrimoine canadien, qui s’appelait alors le ministère des Communications du Gouvernement fédéral.

- Il s’agit donc d’une initiative des professionnels de la musique et des radiodiffuseurs pour exposer la production francophone canadienne ?

C’était une suite logique des années 70, durant lesquelles des groupes phares, qui avaient pris la suite des grands de la chanson, ont pris la parole. Après la prise de conscience, les acteurs décident, au début des années 80, de se prendre en main économiquement : des producteurs se lancent, des maisons de disques se créent. 85, c’est la naissance d’une industrie musicale indépendante au Québec. Musicaction s’inscrit dans ce mouvement. Si nous fêtons nos 30 ans cette année, c’est et ce sera également le cas de nombreux événements et entreprises du secteur.

- Quelles sont les premières actions mises en place par la fondation ?

Les premières actions de la fondation, ce sont des bourses à la relève et des aides, sous forme de prêts, pour des albums complets. Au départ, les ressources financières sont très limitées, de l’ordre de 50 à 75 000 dollars la première année. Il faudra attendre 1986, avec l’aide du gouvernement fédéral, pour étoffer les programmes. Apparaît assez rapidement l’aide à la tournée nationale, et à la tournée internationale. Mais il faudra attendre presque 10 ans pour voir apparaître l’aide à la commercialisation et à la promotion nationale, avec une majoration de l’aide du ministère du Patrimoine canadien.

Sur notre nouveau site Internet, publié en septembre, nous avons une section anniversaire, qui retrace 30 années d’actions, de succès des artistes…

L’équipe de Musicaction avec les professionnels de l’industrie musicale

- Quels sont ses financements ? Comment est organisée la gouvernance ?

Musicaction est une fondation privée qui reçoit des fonds du Gouvernement fédéral canadien et des fonds des radiodiffuseurs privés. Le conseil d’administration est composé de 5 administrateurs pour les radiodiffuseurs, de 4 administrateurs de l’Adisq, qui est l’association des professionnels de l’industrie de la musique, de 2 administrateurs de la SPACQ, la Société professionnelle des auteurs compositeurs du Québec, et de 3 administrateurs indépendants, nommés par les autres administrateurs. Parmi ces trois indépendants, un poste est dévolu à la francophonie canadienne en situation minoritaire (les communautés canadiennes hors Québec), et un autre à l’édition.

- Aujourd’hui, quels sont les programmes proposés par Musicaction ?

Aujourd’hui, Musicaction c’est 12 programmes, en lien avec les volets venant du ministère du Patrimoine canadien, mais également un programme indépendant, le Fonds Radiostar, uniquement alimenté par les radiodiffuseurs privés.

Tout d’abord, il existe 7 programmes regroupés sous le volet « nouvelles œuvres musicales », et qui concernent des demandes individuelles : deux programmes pour la production d’albums et de titres auxquels se rattache une aide aux auteurs et compositeurs canadiens, un programme de soutien à l’émergence, un programme de commercialisation nationale, qui couvre la promotion, le clip et la tournée, un programme pour la commercialisation internationale, un autre pour le démarchage et les déplacements, surtout à l’étranger, et un programme de gérance.

Il y a ensuite un volet « initiatives collectives », qui comporte 5 programmes : l’accès à la scène Québec pour les différents festivals et événements, 2 programmes particuliers pour les francophones en situation minoritaire, Vitrines musicales, et Services professionnels et promotion collective qui aide principalement les associations, qui sont la base du secteur musical hors Québec. Enfin, depuis 6 ans, nous avons un programme sur le développement des marchés numériques, et sur le développement des marchés internationaux.

Nous avons également une plateforme pour aider au développement international des artistes, qui s’appelle l’Atlas Musicaction : un outil entièrement développé en interne et qui met en lumière les partenariats que nous avons, notamment avec des festivals français.

Les artistes soutenus par Musicaction

- Comment sont traitées les demandes ?

Musicaction, c’est une équipe d’une quinzaine de personnes, pour une majorité issues de l’industrie musicale, qui reçoivent et traitent les demandes, de façon indépendante, avec des grilles d’évaluation précises. Un jury intervient sur quelques programmes. Les listes sont déposées au conseil d’administration pour approbation. Sauf cas très particuliers portés à son attention, le conseil d’administration ne fait qu’entériner une liste de projets.

- Comment sont composés les jurys ?

Ils sont composés à part égale de représentants des médias, d’artistes et de professionnels de l’industrie. Les écoutes des titres sont faites de façon anonyme. Chacun individuellement fait ses sélections à partir de notre plateforme. Personne ne sait qui compose ce jury. Les noms ne sont révélés qu’en fin d’année, dans le rapport d’activités de Musicaction.

- Et dans les cas où les demandes ne passent pas par un jury, ce sont les équipes de Musicaction qui instruisent les dossiers ? Ou s’agit-il d’aides automatiques ?

Nous avons ici ce que nous appelons des producteurs reconnus. Annuellement, nous regardons le rendement des entreprises selon des critères précis : vente, chiffres d’affaire, sorties... Sur la base de ces critères, nous attribuons un statut de producteur reconnu qui donne accès à une enveloppe annuelle. Ces enveloppes sont de différents niveaux, mais les bénéficiaires doivent quand même déposer des projets pour y avoir accès. Ce n’est pas une aide automatique.

- Comment concevez-vous et évaluez-vous les dispositifs que vous mettez en place ?

Nous sommes en permanence à l’affût des tendances. Notre particularité, c’est d’être en lien avec les professionnels de l’industrie et des médias. Nous faisons beaucoup de consultations et de sondages. Nous analysons, nous échangeons, nous posons des constats. Nos programmes sont adaptés chaque année par les comités de révision.

- Est-ce difficile de mettre tout le monde d’accord ?

Notre force, c’est d’avoir tout le monde autour de la table. Parfois, les intérêts divergent, voire s’opposent. Mais chez Musicaction, l’industrie musicale, les radiodiffuseurs et les créateurs ont démontré qu’ils pouvaient travailler ensemble au bénéfice de tout l’écosystème.


Visiter le site de Musicaction


Propos recueillis par Romain BIGAY

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