Midem / Aurélie Filippetti : "doter la musique d’un outil au service de la filière"

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Politique culturelle

Très attendue sur la croisette après l’annonce de l’élargissement à venir du CNV, la ministre Aurélie Filippetti ne s’est pas montrée plus précise sur le financement et le calendrier. Tout au long du week end, les organisations professionnelles ont réagi, entre envie et prudence.

Midem / Aurélie Filippetti : "doter la musique d'un outil au service de la (...)Attendait-on le pilote d’une improbable saison 2 au Palais des festivals pendant ce week end de Midem ? Il y a 2 ans, la filière rassemblée se penchait sur le berceau du futur Centre national de la musique (CNM), projet avorté quelques mois plus tard après l’élection de François Hollande et l’arrivée d’Aurélie Filippetti rue de Valois. Cette année, deux jours avant l’ouverture du marché du disque et de l’édition musicale, la ministre avait pris tout le monde à contre-pied en annonçant la résurrection d’un CNM basé sur l’élargissant des compétences du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV). Son discours du dimanche matin était donc très attendu. S’il n’a pas apporté de précisions, il s’est voulu volontariste.

CNV->M : Périmètre, surface et temporalité

Les deux principales interrogations concernent le financement de cet établissement élargi, et le calendrier de mise en place. Sur ces deux points, si la ministre n’a pas détaillé précisément ses plans, elle a tout de même donné des directions. Et pour le financement, c’est "le principe du financement de la culture par ceux qui la diffusent" qui prévaut. Si la pause fiscale a eu raison du projet de taxe sur les appareils connectés, la sécurisation au niveau européen de la TST-D constitue pour la ministre "une base solide pour poursuivre la logique de justice et de redistribution". Mais, pour devancer les polémiques, elle a également affirmé fortement qu’il ne s’agissait pas "de prendre au cinéma pour donner à la musique". Aucun chiffrage précis n’a donc été annoncé, Aurélie Filippetti se déclarant "convaincue de la possibilité de nouveaux financements". Pour ce qui est du calendrier, sans surprise, il faudra, de toute façon, attendre la loi de finances 2015.

Sur le périmètre d’intervention, Aurélie Filippetti a confirmé l’objectif. Il s’agit bien de "doter la musique d’un outil au service de la filière" passant par "une réforme en profondeur" du CNV "qui pourrait permettre, à terme, à cet établissement public de fédérer, autour d’un objectif commun, les forces vives du secteur de la musique", donc d’intégrer les problématiques et le soutien à la musique enregistrée. En écho, et puisque "sans la structuration du secteur, de ses différents acteurs, la mise en œuvre d’un dispositif de soutien global et cohérent est une chimère", ceci impacte également les organismes d’intérêt général : le Bureau export et Francophonie diffusion, dont la fusion est effective depuis le 1er janvier, ou encore l’Irma. En effet, comme l’a annoncé la ministre, "2014 sera l’année de la modernisation de la fonction ressource". Par ailleurs, si la question de l’intégration ou non de la musique classique n’a pas été soulevée, le CNV conserverait dans son périmètre l’humour et une partie des comédies musicales.

Une filière en ordre de marche, mais dans l’attente

Précédent du CNM oblige, si les acteurs de la filière ont accueilli avec un enthousiasme certain les déclarations de la ministre, la prudence est tout de même de mise. Les réactions se sont succédé tout au long du weekend, au rythme des conférences de presse. L’association Tous pour la musique, qui regroupe l’ensemble des représentations professionnelles du secteur, à l’issue du traditionnel déjeuner du Prodiss pendant le Midem, a ainsi "unanimement salué les déclarations d’Aurélie Filippetti relatives à l’élargissement des missions du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV)" en se félicitant "que cet engagement semble enfin trouver la voie d’une concrétisation". L’association demande à être reçue rue de Valois avant les prochaines Victoires de la musique, le 14 février prochain.

Les attentes et les craintes sont tout de même présentes. Ainsi, le Prodiss, qui redoute de voir le spectacle se faire absorber par la musique enregistrée, demande à ce que l’équilibre soit re-spécifié en fonction du poids respectif actuel des deux secteurs, comme l’a rappelé son président, Jules Frutos. Et surtout, que la réforme du CNV s’accompagne de la mise en place de nouveaux financements, ce qui n’est pas des plus évident alors que la taxe qui l’abonde a été plafonnée (à 24 millions d’euros)... un "paradoxe" largement souligné par les différentes instance de l’établissement.

De son côté, le Snep (Syndicat national de l’édition phonographique) a été le seul à ne pas aborder le sujet du CNV élargi lors de sa conférence de presse. Un choix justifié clairement par Pascal Nègre : "à la conférence du Snep, on pose des faits, pas des intentions". Pour ne pas perdre une année supplémentaire, l’Upfi a demandé à la ministre de mettre en place un plan d’urgence de 10 millions d’euros pour l’année 2014.

"Le CNV n’est pas le seul chantier"

La ministre a également profité de son discours pour aborder d’autres sujets, comme la loi sur la création qui sera étudiée en 2014. Pour la ministre, "les artistes doivent être au cœur d’une politique ambitieuse".

Sur les suites de la mission Phéline, la ministre a laissé quelques mois aux parties prenantes pour "négocier afin d’établir les conditions d’un partage plus équilibré et transparent sur le streaming". Tout en prévenant : "si la négociation échoue — ce qui n’est pas envisageable — la loi imposera la gestion collective". Une sortie saluée par l’Adami, dont le délégué général Bruno Boutleux s’est tout de même montré déçu de la seule focalisation sur le streaming, évacuant le téléchargement.

Pour finir, Aurélie Filippetti a également mentionné la réforme de l’intermittence à venir, la mise en place d’un plan de soutien aux petits acteurs (microlabels, plateformes et disquaires - voir précisions), le renforcement du dispositif FAIM, un renforcement de l’intervention de l’IFCIC "à hauteur de 3M qui seront orientés vers les entreprises du spectacle vivant", les conclusions à venir de la mission Bordes sur la musique dans les médias (la ministre a précisé qu’elle ne remettrait pas en cause le mécanisme des quotas), etc. Un large catalogue qui ne fait qu’accentuer ce besoin de mise en cohérence.


Le discours d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, Midem 2014


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