Midem 2011 : un billet d’humeur

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Musique enregistrée

Artistes, producteurs, éditeurs, institutions, offres de services, synchro, promotion monétisable, ateliers, conférences... Le Midem 2011 était encore le lieu des grandes annonces du marché de la musique malgré la baisse de fréquentation.

Une baisse logique mais des contenus toujours pertinents

Encore une année où la fréquentation du Midem a baissé. Normal dans un contexte où le marché de la musique a baissé, où les opportunités de marché se sont aussi développées ailleurs (Popkomm, Womex…) et où les acteurs de la musique enregistrée regardent à trois fois avant de se lancer dans des dépenses. Même pour se rendre à un salon professionnel.
Ce qui est encore plus paradoxal aussi lorsque l’on voit le nombre d’intervenants venus présenter leur vision de la musique et faire partager leurs propositions de développement sur la place de marché mondial. Chaque année, les conférenciers et intervenants présents proposent de nouvelles solutions logicielles ou stratégiques dont on espère qu’elles s’imposeront pour pallier à la baisse du marché, trouver des débouchés financiers à la baisse des revenus ou permettre de promouvoir ses artistes pour générer des retombées sonnantes et trébuchantes… Même si la plupart des solutions logicielles ou des modèles économiques sont d’obédience anglo-américaines et que chaque édition apporte ses nouvelles initiatives. Les gagnants du MidemNet Lab : Jammbox, Next Big Sound & Shuffler.fm

Cette année, l’artiste était au cœur du secteur et on a constaté de plus en plus d’intérêt pour les demandes de promotion en direct to fans, de promotion monétisable, de réflexion sur la gestion des droits d’auteur en Europe, de synchro, de live... : comment licencier de la musique sur des plates-formes ? Comment les artistes créent des connections avec leurs fans où qu’ils soient ? Pour réussir aujourd’hui, quels sont les canaux incontournables pour son business model musical ? Comment mettre en marché les offres musicales les plus sensées pour des publics et des systèmes si différents ?...
Au final, donc moins de pros, plus de relations centrées sur l’artiste, sur des applications en lien avec les smartphones qui permettent d’augmenter l’interactivité avec le public (remix, géolocalisation...) mais pas vraiment de modèles économiques innovants face à un géant comme iTunes et son modèle à 0,99 ou 1,29 €.

Marché mondial ?

Gildas Lefeuvre dans sa lettre d’informations GL Connection rappelait que selon les organisateurs du Midem : « Toute l’industrie musicale est au Midem », tout en insistant sur la répartition des participants, par région et par secteur : l’Europe (Royaume-Uni inclus), concentrait « 72 % des professionnels alors que l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) comptait pour 16 %. » Mais pour autant, les américains qui ont quelque peu boudé le Midem étaient pourtant là, grâce à des journalistes comme Paul Resnikoff qui ont couvert les événements de façon très complète pour les EUA, ou bien grâce au mur consacré à Twitter et ses affidés pendant les plénières… et où l’on a pu constater que les anglophones présents adoraient les Français qui maîtrisaient délicieusement la langue de Shakespeare avec un accent so frenchie, sans pour autant vraiment réagir sur les contenus évoqués...

Et effets d’annonce

Gigantesque laboratoire de R&D pour les professionnels de la musique, c’est le lieu des grandes annonces de la filière musicale…
Michel Barnier (commissaire européen en charge du marché intérieur et des services) l’a annoncé dans son discours le 22 janvier : L’Europe compte 500 000 auteurs-compositeurs et 350 000 artistes interprètes. Et face à cette multitude et aux difficultés de la gestion collective jugée « trop complexe, avec un morcellement des droits entre auteurs, éditeurs, artistes, producteurs », une « stratégie européenne pour la propriété intellectuelle » sera proposée au printemps concernant gestion collective et lutte contre le piratage. [1]

Le ministre de la Culture a ouvert le bal des communiqués de presse avec cette annonce : « 2011 sera l’année de la construction », promesse faite suite au lancement de la Carte musique et de la mise en place d’Hadopi.
L’Hadopi qui a tenu sa conférence de presse aussi au Midem en tentant de répondre à la la question suivante : « Comment les internautes perçoivent Hadopi », puisque pour Eric Walter, secrétaire général de l’Hadopi : « Nous avions clairement besoin de comprendre ce qui se passe ».
Le ministre s’est engagé à défendre plusieurs projets et pas des moindres : la revalorisation du crédit d’impôt en faveur de la production phonographique, le renforcement à hauteur de 10 millions d’euros du fonds d’avance Ifcic, la nécessaire mise à contribution des grands acteurs de l’internet qui a remporté l’unanimité des annonces à l’applaudimètre des producteurs phonographiques, la compétitivité des acteurs de la musique numérique… D’ailleurs certaines annonces faites par Frédéric Mitterrand ont ensuite été reprise par les syndicats de producteurs.
Pour la Sacem, grâce à un sondage, la démonstration faite que les 96 % des Français qui déclarent écouter de la musique apportait un peu de réconfort, à l’instar de la première licence européenne signée avec Beatport ou l’augmentation exceptionnelle des perceptions de droits d’auteur de la Sacem pour 2010 (à 803,5 M€).
L’Adami rappelait que la part du chiffre d’affaires des industriels de matériels et de supports amovibles consacrée à la copie privée sonore était de 1,03 % et que les droits voisins représentaient désormais 49 % des sommes perçues par les artistes par rapport aux royalties. Et point important pour les interprètes, suite à l’accord Hoog, pour la première fois, Internet et gestion collective sont liés.

Tomorrow it’s gonna get worse

Pour autant les discussions de couloirs au Midem avec des journalistes plutôt « libre » ont souligné un absent de taille à l’aune du marché mondial de la musique. La marque à la pomme qui a réussi à imposer un système de distribution et une tarification à l’ensemble de la filière mondiale. Que ce soit par son absence physique ou sa présence dans les débats alors que la gestion collective était interrogée par des journalistes lors des conférences de presse, mais plus la distribution des œuvres... Comme si l’on s’attachait plus aux miettes du crumble qu’à la pomme elle-même.

Pendant la soirée Pschent, un producteur de disques m’a dit alors que je lui confiais mes états d’âme sur l’état du marché et les combats en cours ou à mener : « Don’t worry, tomorrow it’s gonna get worse… all this is bullshit, the most important thing is music ».

Midem 2011 : un billet d'humeur

Sitographie sélective

- Pour Frédéric Mitterrand, "2011 sera l’année de la construction"
- En direct du Midem : Snep, les chiffres du marché, les priorités de l’année
- En direct du Midem : l’UPFI, pour un outil de soutien global à la filière musicale
- En direct du Midem : comment les internautes perçoivent Hadopi ?
- Le rapport 2011 de l’Ifpi vient de sortir
- Sondage : "Les Français et la musique"
- En direct du Midem : les chiffres de l’Adami

Jean-noël Bigotti
Jnbigotti@irma.asso.fr


[1afin « que tous les créateurs puissent s’appuyer, sur leur société pour délivrer des licences sur plusieurs, voire l’ensemble des territoires de l’Union européenne » et que les prestataires de service en ligne qualifiés d’« innovants » puissent avoir « un accès rapide au répertoire musical, au moyen, par exemple de “guichets uniques’’. » (source : http://midem.blog.lemonde.fr/2011/01/22/le-commissaire-barnier-et-le-« -droit-d’auteur-a-l’ere-numerique- »/.
Au final les points abordés par le discours de Barnier au Midem :
- Amélioration de la gestion collective en europe
- Lutte contre le piratage au niveau europeen et attentif aux legislations de protection et a leur impact plus proposition de cadres europeens
- Livre vert sur opportunites pour l’audiovisuel et la mise a disposition sur le web
- Œuvres orphelines : amelioration
- Directives sur la numerisation de ces oeuvres


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