MaMA 2015 : 3 jours de musique et de business

Publié le

Salon

La 6e édition du MaMA a donc été « une réussite » selon les mots de son président Daniel Colling. Avec une fréquentation professionnelle en hausse de 6 % (4 625 accrédités), l’événement se confirme comme un rendez-vous incontournable dans l’agenda de la filière musicale.

MaMA 2015 : 3 jours de musique et de business
Fernando Ladeiro-Marques et Daniel Colling lors de la conférence de presse de clôture

Nous ne parlerons pas ici des concerts, mais de la partie convention qui s’est dotée cette année d’un bonus innovation. Ainsi, IrmaLIVE a suivi une partie des 71 conférences, débats et ateliers et des 24 workshops qui se sont enchaînés durant ces trois journées (cf bilan). Juste une partie bien sûr, tant il était impossible d’être partout et de suivre les 250 intervenants venus de tous horizons. D’autant plus que l’équipe de l’Irma était très impliquée dans l’organisation du M@MA Invent, implanté au cœur même du salon.

Ce MaMA a donc été plus qu’intensif et a posé les premières pierres d’un avenir que la très probable extension sur l’Élysée Montmartre annoncée pour 2016 par Daniel Colling devrait permettre d’accompagner. Mais on n’a pas encore eu le temps de digérer toute l’information accumulée, servie par une actualité chaude et bien présente dès le zapping. D’où un retour en survol renvoyant sur de nombreuses captations audio disponibles en ligne.


Mercredi (J1) : les artistes au rendez-vous


Test du concert en 3D de Rhythm&Town

C’est en atelier (workshop) que s’est effectuée, dès 10h40, l’ouverture des hostilités. Démarrage en trombe, puisque le Bureau Export, qui y présentait ses prestations synchro avec la plateforme « FrancoDiff », affichait déjà complet, alors qu’au rez-de-chaussée, la queue pour le retrait des accréditations ne faisait que commencer. Dans le même temps, les corners de l’Innovation area accueillaient déjà leurs premiers visiteurs, avec notamment les solutions immersives présentées par l’Institut français, avec Honkytonk et Okio studio, et par Rhythm & Town pour des concerts 3D en son binaural.

Mais le véritable lancement de cette sixième édition eut lieu en fin de matinée avec un MaMA Zapping installé au théâtre de l’Atelier et animé par les journalistes Rémi Bouton et Emmanuel Legrand. Cette grande revue d’actualité permit à ce dernier, installé aux États-Unis, d’apporter des éléments de comparaison sur l’évolution des législations en matière de propriété intellectuelle, actuellement en cours sur les deux continents : une situation de blocage total qui devrait perdurer plusieurs années de l’autre côté de l’Atlantique ; un processus complexe, mais qui devrait aboutir d’ici 12 à 18 mois ici.

Test de la solution immersive Institut français/Okio Studio

Au-delà, ce foisonnant zapping s’appuyait surtout sur la participation de quatre invités qui font l’actualité de la filière. Nouveau patron de l’Olympia, le président de Vivendi Village, Simon Gillham, y confirmait notamment la construction d’une dizaine de salles "Canal Olympia" et des signatures de jeunes artistes via Island Africa, filiale de Vivendi. Deuxième intervenant, l’harmoniciste Paul Pacifico, président de l’IAO (International Artist Organisation), annonçait lui « une nouvelle ère dans la musique », celle de l’artiste entrepreneur, en énonçant les quatre piliers du nouvel écosystème : #transparency, #dutyofcare, #fairshare et #remunerationrights. Une manière d’introduire l’invité suivant, Marc Schwartz, médiateur des accords de filière signés la semaine précédente au ministère de la Culture. « La filière musicale est encore orpheline de son CNM » témoignait-il, en revenant sur la méthode : « on a cherché à comprendre les situations de conflit et de blocage avant d’entamer les négociations ». Heureux d’avoir atteint l’objectif (« un accord entre les parties est un gage d’avenir »), il reconnaissait que « disposer d’une alternative législative permet d’accélérer le processus ». De quoi se féliciter d’un résultat impactant à l’international : « on va donc discuter de ce sujet mondial dans un comité présidé par la ministre française de la Culture » [1].

Également impliqué, Emmanuel de Buretel, nouveau président de la SPPF, enfonçait le clou en rappelant la mobilisation pour la transparence lancée par la Fédération mondiale des labels indépendants (WIN), dont s’est inspiré Marc Schwartz. Poursuivant, il préconisait la fusion des sociétés d’ayants droit au sein d’une seule et même SPRD, comme en Grande-Bretagne. Il réaffirmait d’ailleurs cette logique quelques heures plus tard à FGO, lors de l’atelier organisé par sa société : À la recherche de vos droits voisins à l’international, où il était rappelé que la France est le 3e marché mondial, mais qu’à l’international le système fonctionne encore difficilement. D’où un certain consensus pour admettre que les sociétés de tracking personnalisé peuvent être un complément utile.

Rémi Bouton et Emmanuel Legrand interrogent Simon Gillham lors du MaMA Zapping

Au même étage, Agi-Son et le Pôle régional des Pays de la Loire présentaient leur étude Jeunes et musique à l’ère numérique : évolution des pratiques et rapports aux risques auditifs, un sujet sur lequel IrmACTU devrait revenir très prochainement. L’occasion d’alerter sur la révision du décret de 98 sur les lieux musicaux et la vigilance nécessaire sur son impact pour les pratiques et la diversité musicale.

Témoin de la diversité des sujets abordés lors de ce MaMA, l’après-midi s’y poursuivait entre autres avec une conférence présentée par la Spedidam (non signataire des "accords Schwartz") à propos du projet de loi Création, architecture et patrimoine, et un débat proposé par 1D Lab autour des métadonnées, de la recommandation et de la prescription avec la participation des startups Blitzr, TGIT et Niland.

Au théâtre de l’Atelier venait d’avoir lieu le premier « grand débat » proposé par le MaMA et modéré par Cathy Bitton, sur un sujet central pour les participants à cette première journée : La bataille des artistes à l’ère digitale. On y entendit notamment l’avocat Jean Aittouarès rappeler que « les contrats d’artistes n’ont pas bougé alors que tout le reste a été bouleversé », avant de réclamer qu’on y distingue les clauses de rémunération pour le physique, le digital et le streaming. De son côté, le président du Snep, Stéphane Le Tavernier, précisait que l’enjeu commun est de « retrouver de la valeur dans ce qu’on vend » car « s’il y a une bataille des artistes à l’ère digitale, il y en a forcément une au niveau des producteurs ».

Côté M@MA Invent, la journée était également centrée sur les artistes. Démarrée en fanfare (cf plus haut), elle se poursuivait via des sessions de pitch (Fantouch, Jamshake et SYOS), un keynote très didactique de Julien Cazenave (Believe) sur les bonnes pratiques pour distribuer seul sa musique sur les plateformes et émerger sur Internet, des focus sur le crowdfunding et les outils de DIY ou différents ateliers, comme celui de MMF-UK présentant son étude sur le dollar digital, ou la présentation de Track’n’Claim par Transparency, à partir d’une étude de cas choisie dans le public.

Le tout se concluant par une série d’apéros de partenaires (SMA, Réseau Printemps, GAM…) remplissant l’édifice et rappelant que la convivialité reste un des ciments de la manifestation et de sa dynamique. Bref, pas étonnant que le hashtag #MaMA15 se soit hissé dans les trend topics de Twitter dès cette première journée.


Jeudi (J2) : datas, billetterie, algorithmes, export…


La deuxième journée était placée sous le signe du spectacle, et plus particulièrement la question de la billetterie, qui bénéficiait de deux focus présentés par le cluster spécialisé MyOpenTickets au sein du M@MA Invent. Le premier, consacré à l’exploitation des données du bigdata, remplissait la scène du Trianon dès dix heures du matin autour d’axes essentiels : l’acquisition de clientèle, la prévision de l’affluence, le CRM, la fidélisation, la personnalisation… Sachant que « conquérir un nouveau client coûte sept fois plus cher que de faire revenir un ancien ». Quant au second, explorant les solutions cashless médiatisées par quelques gros festivals cet été, il prouva par l’engagement de ses différents intervenants que l’on a d’ores et déjà affaire à un marché concurrentiel et en pleine expansion.

L’impact technologique était aussi présent dans le deuxième "grand débat" proposé par le MaMA au théâtre de l’Atelier, intitulé La musique entre-t-elle dans l’économie de l’attention ? où, du haut de ses dix années d’existence, le fondateur de Believe, Denis Ladegaillerie, expliquait que « les terminaux et les réseaux ont dicté l’évolution du marché de la musique ces dix dernières années ». Dans le même temps, Julie Knibbe (Deezer) précisait que « l’algorithme, c’est la réconciliation du catalogue, avec toute ses caractéristiques, et de l’utilisateur, avec ses goûts et ses manières de se comporter », et Claude Nahon, président de Mood Média, leader mondial du marketing expérientiel en points de vente, insistait sur son besoin de disposer de bases de données plus qualifiées. Christophe Waignier, directeur des ressources et de la stratégie à la Sacem, détaillait quant à lui l’adaptation permanente pour suivre l’évolution des usages et la captation de valeur, rappelant notamment que « en France, sur Facebook, 40 % des partages sont reliés à des contenus culturels ». De quoi faire s’interroger le modérateur Rémi Bouton : « ne serait-ce pas les données qu’il faut rendre gratuites, plutôt que la musique ? ».

Philippe Astor en keynote sur le think tank Proscenium

Toujours à l’Atelier, le débat suivant, organisé par la fédération Eifeil, portait sur le droit d’auteur et la réforme européenne, tel qu’évoqué la veille au zapping. Il accueillait notamment le député européen Jean-Marie Cavada, qui en profitait pour affirmer que « le droit d’auteur est la colonne vertébrale des 536 milliards d’euros générés annuellement par la création en Europe », et appeler à la mobilisation pour sa défense.

Mobilisation également, mais pour l’export cette fois : orchestrée par TPLM, une conférence à FGO rappelait notamment les 250 M€ générés par l’international pour la filière française (50 % en droit d’auteur, 23 % pour le live, 19 % pour la musique enregistrée…). Appuyée sur le Livre blanc pour l’export, cette discussion fut aussi l’occasion d’un remerciement un peu mitigé envers les pouvoirs publics. Si le ministère de la Culture prévoit d’augmenter son intervention pour l’export de la musique, ceci porte sur une somme de 500 K€… faisant dire à Guillaume Leblanc, directeur général du Snep : « c’est bien, mais ce n’est pas suffisant », tandis que le président de l’association, Bruno Lion, pointait le déséquilibre avec les moyens alloués au cinéma et la différence d’engagement avec d’autres pays tels que le Danemark ou la Norvège. Au passage, TPLM dévoilait également en avant-première quelques chiffres du Panorama de l’économie de la culture, étendu à l’Europe, et indiquant un poids économique de la musique de 25,3 M€ et 1,2 million d’emplois liés sur tout le continent.

Apéro Irma au Trianon

Juste auparavant, cette salle venait d’accueillir l’atelier-débat organisé par MMF, où il fut possible d’aborder des points très pratiques (rétrocession, droit de suite, mandat…), mais également d’évoquer les tendances pour la filière et donc pour ce métier central qu’est celui de manager. À l’exemple d’Alain Artaud, ancien de Virgin (Labels) et fondateur de Manassas, indiquant : « après les "labels services", on va de plus en plus vers du "artist services" », faisant ainsi écho à cette nouvelle ère de l’artiste entrepreneur évoquée par Paul Pacifico la veille.

Et bien sûr, tout le monde s’est retrouvé à 17h au Trianon pour les apéros, d’autant plus qu’il y avait celui de l’Irma, très apprécié par le public présent.


Vendredi (J3) : le nouveau monde de la musique


Honnêtement, on aurait bien passé ce vendredi sur la scène du Trianon, tant l’enchaînement des focus de cette journée « business et promotion » permettait un balayage fouillé de la nouvelle économie numérique : métadonnées, metrics, playlists et API, le tout couronné par un keynote de l’ancien président de Warner Music International reconverti dans l’univers startup, Paul-René Albertini. Ce dernier annonçant d’ailleurs le lancement en novembre à Londres d’un lab pour aider les artistes et les managers.

Emmanuel Legrand interroge Paul-René Albertini sur l’accélération des startups

Mais cette nouvelle économie était également bien abordée sous l’angle streaming avec le débat organisé par l’Hadopi, Quelles évolutions pour les utilisateurs et les plateformes. Un sujet débattu après l’introduction de Pauline Blassel (Hadopi), indiquant : « Pour nous, Hadopi, la musique est la première de la classe… car, parmi tous les secteurs qui vivent la dématérialisation, elle a un temps d’avance et c’est à nous de suivre le rythme de sa capacité à s’adapter sans cesse aux usages des consommateurs ». La réflexion faisait ensuite intervenir Denis Ladegaillerie (Believe) (« la raison pour laquelle vous voyez beaucoup de plateformes se lancer, c’est la taille de l’opportunité - abonnement de masse »), puis Damien Tardieu, fondateur de Niland (« les plateformes intègrent de plus en plus la vidéo, et bientôt interagiront avec les objets connectés »), Vincent Castaignet, CEO de Musicovery (« il y a de la place entre des plateformes de 30 millions de titres et des radios qui tournent avec quatre titres par jour »), et enfin Thierry Pénard, économiste (« demain se posera la question de la portabilité des données si on change de plateforme »).

En parallèle, le M@MA Invent proposait également une journée non stop sur sa partie workshop. Entamée par la CSDEM présentant sa base BOEM, gros travail de fourniture de service afin de transformer des usages illicites en activité commerciale licite, elle se poursuivait notamment avec le SocialWall (en activité sur le MaMA depuis le premier jour), la présentation par Jonathan Robinson de MusicTank, l’un des think tank les plus courus du music business international, ou encore la solution de networking Irmawork, développée par l’Irma, et qui ouvrait pour l’occasion son nouveau moteur de recherche sur sa base de compétences et sa profilothèque.

Par ailleurs, la journée était plus que chargée avec un autre "grand débat" sur L’industrialisation du spectacle vivant ; un débat IAO/GAM revenant sur L’émancipation du music-entrepreneur, faisant intervenir (malheureusement en skype) Allen Bargefrede, fondateur de Rethink Music et coauteur de la récente étude Musique équitable : transparence et flux de paiement dans l’industrie (disponible en français) ; mais aussi un atelier sur les aides à l’export, qui a donné lieu à l’édition d’une fiche pratique complète diffusée par TPLM ; la conférence du CNV présentant les chiffres 2014 de la diffusion des spectacles ; un atelier de la CSDEM où fut diffusé le schéma ci-dessous ; un débat sur le futur du management proposé par l’AMA ; un atelier sur l’année musicale des pubs en télé ; un débat sur la création en musiques actuelles (« pas besoin d’être professionnel pour être artiste, mais il faut l’être pour le rester », selon Edgar Garcia/Zebrock)… sans oublier la radioscopie de Keith Harris, le manager de Stevie Wonder.

Bref, on est bien loin de tout avoir vu, ni même tout évoqué (de L’art de programmer proposé par Yourope au feuilleton mamesque Planning your attack #2, pour n’en citer que deux). Il n’y a plus qu’à espérer que l’année prochaine, une startup sera en mesure de proposer une solution pour développer l’ubiquité…


Pour revivre le MaMA 2015 en tweets (#MaMA15) :


[1Juste au moment ou tombait le communiqué de l’Adami : Pourquoi l’Adami n’a pas signé l’accord Schwartz


Nous suivre /asso.irma /IrmACTU