Les disquaires et la distribution en 2006

Publié le mardi 18 septembre 2007

Musique enregistrée

L’Observatoire de la musique vient de publier un "Etat des lieux de l’offre de support musical" en France en 2006. Cette enquête expose trois facteurs expliquant la décroissance structurelle du marché physique : la rationalisation des investissements liés à l’offre musicale, la concentration de l’offre et la dévalorisation du support.

Extraits :

– Une stratégie de rationalisation des investissements

"C’est ainsi que les orientations actuelles de certaines enseignes (mise en place de plans
prévisionnels de gestion de compétence et de formation, déménagements de sites voire de
sièges d’entreprise) augurent des redéploiements ou des coupes dans les charges salariales
des entreprises de ce secteur de distribution.

En l’absence de toute nouvelle concertation, cette dégradation du marché entraînera une
concentration de l’offre et une marginalisation de réseaux de points de vente, plutôt
communautaires, à la frange de l’économie.

La distribution « indépendante », hors réseaux et hors enseignes de prestige, sera
cantonnée aux marchés de niche pour des disquaires (libraires ?) spécialisés, capables de
connaître et défendre leurs répertoires de prédilection en fonction d’une attente forte d’une
clientèle d’amateurs et de professionnels.
"

– Une concentration de l’offre exposée

"Quelle que soit (mais pour combien de temps ?) la présence de nombreux répertoires, la
concentration de l’offre vendue atteint un niveau extrême, en 2006 : 5,7% des références
vendues totalisaient 90% du marché en valeur.
Cette pente récurrente de la concentration conduira à sortir des linéaires une forte
proportion des catalogues existants.

Si la situation actuelle permet encore de constater :
- Une présence des grandes surfaces dédiées, pour partie à « l’environnement musical »,
implantées dans les plus grandes villes/périphéries,
- Un maillage soutenu de magasins disposant d’une offre inférieure à 10 000 références dans
les villes moyennes (où l’on constate qu’il y a de moins en moins de points de vente de
proximité),
cette situation va évoluer dans un sens peu favorable à l’exposition, en magasins, de la
production musicale et donc de la diversité musicale proposée dans ces lieux.
"

– Une dévalorisation problématique de la valeur du support musical

"Face à la croissance de modes d’appropriation de la musique facilités par de multiples
interopérabilités entre lieux de vie et terminaux mobiles (ordinateurs, téléphones portables,
baladeurs), le point de vente physique sera de moins en moins le passage obligé pour
l’écoute et l’appropriation de musiques.

Durant les années fastes, le secteur de la production musicale, majoritairement distribué par
des sociétés multinationales, a privilégié un marketing de masse relayé par les grandes
surfaces alimentaires, au détriment d’un maillage plus spécialisé sur des territoires moins
peuplés perdant, de ce fait, le contact avec certaines clientèles.

(...)

L’effet en spirale de cette dégradation de l’offre physique a une double conséquence :

Un risque réel de disparition d’acteurs, intermédiaires économiquement, touchant de
nombreux secteurs de la filière dont les producteurs indépendants,

Une frilosité compréhensible, en termes de prise de risque, pour les grandes maisons
de production dès lors que l’un des maillons essentiels de la chaîne commerciale
(90% du chiffre d’affaires du marché, 80 % à l’horizon 2010 ?) s’affaiblit.

(...)

Le défi est donc plus dans une recherche de valorisation et de rentabilité que dans un
hypothétique accroissement de chiffre d’affaires provenant de la seule vente directe de la
musique.

En effet, la diffusion numérique qui est un des traits marquants de l’internationalisation du
marché musical, engage de nombreux industriels à contractualiser directement avec les
maisons de disques.

Ces accords partenariaux qui modélisent de nouveaux champs de commercialité pour la
musique, sur des offres de produits/services, à forte valeur ajoutée, à l’appui de marchés
publicitaires à l’international, se font entre acteurs industriels autrement plus puissants2 que
les acteurs français historiques.

(...)

Si cette évolution générale concernant le marché physique musical est inéluctable, la
question, dès lors, est de savoir quelle place serait réservée aux secteurs d’édition et de
production phonographique indépendants dans une réflexion, engageant les acteurs de la
filière musicale y compris le pole diffusion radiophonique et télévisuel, sur l’équilibre entre
concentration de l’offre et services de proximité qui correspondent plus aux évolutions de
consommation.

Si des grandes villes ou villes moyennes ont marqué leur intérêt pour l’implantation de
« grands paquebots culturels », au détriment, par ailleurs, des commerces ou lieux de
spectacles de proximité, les efforts consentis pour que le spectacle vivant soit bien présent
au sein de leurs cités et disponibles au plus près de leurs concitoyens ne sont pas souvent
accompagnés d’une réflexion globale, transversale, alliant tous les acteurs de la filière et
plus précisément, toute cette catégorie d’acteurs indépendants dont les petits lieux et les
radios associatives, qui expriment complémentairement cette revendication de la diversité
musicale.
"

Télécharger le document sur le site de l’Observatoire de la musique


Nous suivre /asso.irma /IrmACTU