Laurence Franceschini (DGMIC) : "accompagner les réflexions stratégiques des entrepreneurs"

Publié le lundi 6 octobre 2014

Interviews

Au moment où s’amorce l’instruction des dossiers, Laurence Franceschini, directrice de la DGMIC (Direction générale des médias et des industries culturelles), a répondu à nos questions sur le Plan de soutien à l’innovation et à la transition numérique.


Laurence FRANCESCHINI

(DR)

Directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) au ministère de la Culture et de la Communication


- Pouvez-vous présenter ce plan de soutien à l’innovation et à la transition numérique ?

Par ce plan de soutien, nous entendons accompagner les réflexions stratégiques des entrepreneurs, qu’ils soient producteurs ou diffuseurs, afin qu’ils analysent leurs besoins en investissements pour améliorer structurellement leur fonctionnement. Bien sûr, ils n’ont pas besoin du ministère pour se poser ce genre de questions, mais le plan de soutien peut être l’occasion de les aider à passer un cap, afin qu’ils puissent se projeter à moyen terme, dans la perspective du développement de nouveaux modèles et de nouveaux usages liés au numérique.

- Il s’agit donc de la troisième édition ?

Plus ou moins. Ces trois dernières années, la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) a instauré des plans d’aide structurels, à l’adresse en particulier des labels TPE, des services de musique en ligne et des commerces culturels, afin de répondre à des problématiques liées aux aléas du marché. Cela a notamment été le cas à la suite de la défaillance de Discograph ou de façon plus structurelle pour des acteurs qui n’ont pas aujourd’hui accès aux guichets d’aide existants, comme les plateformes de musique en ligne, qui sont pourtant un maillon essentiel de la chaîne de valeur.

On ne peut pas vraiment dire que les dispositifs instaurés soient comparables année après année, pour deux raisons essentielles : la première, c’est que nous ne pouvons pas savoir à l’avance les cas d’urgence qui vont se présenter (comme l’année 2013, qui a été particulièrement marquée par la fermeture de chaînes de magasins de disques) ; la deuxième, c’est que nous essayons d’améliorer les mécanismes chaque année en ciblant au mieux les objectifs, tout en faisant en sorte que ce soit le moins lourd possible administrativement pour les entreprises.

- Quelles sont les nouvelles orientations ?

Nous avons repensé en profondeur le plan, en choisissant de soutenir les investissements structurels. Ce n’est pas une aide à la production. Il en existe déjà dans l’écosystème musical, il fallait donc éviter d’être redondant. Notre objectif est de proposer une aide qui complète les dispositifs existants.
Nous avons tenu, en mettant en place un dispositif commun aux fournisseurs de contenu (labels) et aux diffuseurs (éditeurs de service de musique en ligne), à affirmer leur complémentarité dans la chaîne de valeur.

Nous souhaitons orienter les entreprises vers la structuration, le développement, l’innovation, et établir des ponts avec ce qui peut être fait du côté du ministère chargé de l’économie numérique avec la French Tech, avec laquelle nous sommes d’ailleurs en contact.

L’enjeu de la transition numérique se pose en termes culturel, technologique et économique. La préservation de la diversité musicale, le renouvellement des talents et le maintien d’une pluralité d’acteurs, dans un secteur qui se caractérise par une économie d’offre, doivent être accompagnés.

- Quel bilan faites-vous de l’expérience de l’année dernière ?

Côté plateformes, le plan a permis aux bénéficiaires de se développer, ou a minima de se maintenir, dans une année particulièrement difficile. Côté labels, nous avons répondu favorablement à un grand nombre de dossiers, près de 4 sur 5, avec une aide moyenne attribuée autour de 8 000 euros (le plafond était de 10 000 euros) – la majeure partie des dossiers émanant de TPE. Cette année, nous avons précisé les critères et élevé les montants pour encore mieux répondre aux besoins des labels.

L’année dernière, le FCM, qui est un opérateur financé par la DGMIC et les SPRD, nous est apparu suffisamment outillé pour gérer ce type de dispositif. Il permettait en outre de mettre en œuvre rapidement ces plans de soutien - or la rapidité était un élément primordial, vu la situation d’urgence que connaissaient certaines des structures visées. C’est donc le FCM qui a organisé les commissions et donné la décision d’attribution in fine. Pour l’aide aux plateformes, c’est la commission distribution qui s’en est chargée, et pour l’aide aux TPE, une commission ad hoc, dans le cadre du bureau du FCM, a été créée.

- Quel choix avez-vous fait : rester sur une ligne exigeante pour encourager les structures à rentrer dans les critères, ou faire évoluer les dispositifs de façon à simplifier les procédures ?

C’est là une vraie difficulté. Il faut de toute façon toujours agir sur les deux axes. Le premier niveau, c’est de permettre aux entreprises de s’organiser un minimum pour répondre aux exigences. Abaisser l’exigence sur les dispositifs d’aide n’est pas forcément souhaitable pour le secteur. L’idée n’est surtout pas d’être dans la perfusion, cela ne règle pas les problèmes de fond, quelle que soit la situation générale, croissance ou crise. La crise fait ressortir des problèmes de façon saillante et plus douloureuse, mais ces difficultés de structuration préexistaient.

C’est aussi pour cela que nous avons souhaité un plan de soutien "double" : une aide financière en premier lieu, certes, mais celle-ci est accompagnée d’une aide en conseil, qui sera assurée par l’Irma pendant un an. En effet, ce plan n’a pas été élaboré comme soutien à la trésorerie, mais avant tout comme un outil de régulation, participant d’une professionnalisation des acteurs. De surcroît, les informations que nous récoltons à cette occasion sont précieuses pour notre mission de veille sur les besoins des professionnels.
Nous sommes bien conscients que ce plan de soutien à l’innovation est quelque chose d’assez nouveau, sur le fond comme sur la forme. Les entreprises du secteur n’y sont pas forcément habituées. Y répondre nécessite de réfléchir stratégiquement à l’évolution de son activité sur les deux prochaines années : quels aménagements structurels peuvent être réalisés pour que la gestion quotidienne de l’activité soit rendue plus facile, comment, le cas échéant, adapter la structure pour franchir un cap ?

- Quelles sont leurs réactions ?

Nous sommes (agréablement) surpris de voir qu’un certain nombre de petits ou de très petits acteurs qu’on ne voit habituellement pas dans les autres guichets ont remis des dossiers complets et de grande qualité, sans même nous avoir appelés en amont pour nous poser des questions. Pour d’autres, plus habitués au fonctionnement des guichets traditionnels du secteur, la première réaction est parfois un peu décontenancée car ils ne retrouvent pas là la démarche de soutien à la production à laquelle ils sont habitués. Mais en discutant, en leur expliquant la philosophie du plan, ils se rendent compte que cette aide peut leur être très utile pour enfin concrétiser un certain nombre d’actions qu’ils retardaient, n’ayant pas les ressources immédiates nécessaires. Ce coup de pouce est l’occasion pour eux d’enclencher les démarches.

- Comment vous positionnez-vous par rapport aux systèmes d’aide existants ?

Nous nous inscrivons en cohérence et en complémentarité avec les systèmes d’aide existants. Il ne s’agit surtout pas de faire doublon, mais d’agir là où il y a un manque. C’est pour cela que nous avons défini le plan comme un soutien à l’investissement, et non comme une aide à la production. C’est une manière aussi de sensibiliser les parties prenantes sur les évolutions des besoins des entreprises.

- Le plan de l’année dernière était passé via le FCM, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Pour quelles raisons ?

Il nous a semblé plus cohérent et plus conforme à la réalité d’assurer la gestion de ce plan de soutien en direct, car le plan est à la fois voulu par la ministre et conçu, financé et mis en œuvre par le ministère. Cela permet en outre une meilleure identification de l’action du ministère de la Culture et de la Communication par les professionnels.

- Comment avez-vous conçu le dispositif et plus généralement en quoi cela rentre-t-il dans vos missions ?

Il faut resituer ce plan plus généralement dans le cadre des missions de la DGMIC et du ministère en direction de la musique : notre direction générale a notamment pour mission d’accompagner la transition numérique des industries culturelles. Dans cette perspective, elle prend en compte les enjeux de l’économie de la culture, de son financement et de la rémunération des créateurs, enjeux que le développement du numérique a rendu encore plus prégnants.

Le pôle Musique fait partie du Bureau du financement des industries culturelles et mène une réflexion sur toutes les questions liées à la dimension économique du secteur de la musique. Soutenir la création et la diversité culturelle, dans une logique de (re)structuration de la filière musicale face à ces nouveaux enjeux, fait partie de ses missions prioritaires.

Plus généralement, nous élaborons des outils à destination de l’ensemble du champ de l’entrepreneuriat culturel et avons notamment développé un guide du financement des industries culturelles, le site Internet "entreprendre-culture.fr" (en partenariat avec le collectif Merci) et travaillons actuellement à la préparation du premier forum de l’entrepreneuriat culturel, qui aura lieu en mars prochain à la Gaîté lyrique.

- Vous disiez avoir souhaité que les bénéficiaires de ce plan puissent également disposer d’un accompagnement assuré par l’Irma. Pouvez-vous expliquer ?

Le soutien que nous souhaitons apporter n’est pas que financier : nous pensons que pour les petites structures potentiellement bénéficiaires, il peut être très utile d’avoir accès à un accompagnement "qualitatif", en fonction de leurs besoins en conseil notamment, qu’il s’agisse de conseil juridique (gestion de droits, droit des contrats), ou de gestion et de comptabilité, voire d’enrichissement de métadonnées... Les entreprises du secteur sont souvent constituées d’une seule personne qui ne peut rassembler toutes les compétences nécessaires. Or l’absence de maîtrise de certaines tâches peut avoir des conséquences de taille sur le développement de l’activité de l’entreprise.

C’est pourquoi nous avons demandé à l’Irma, à qui nous avons à cette fin octroyé un complément de subvention exceptionnel, d’être partenaire sur cette opération, puisque cet organisme est tout à fait outillé et compétent pour intervenir dans ce cadre. Aussi, chaque bénéficiaire de ce plan de soutien aura droit pendant un an à partir de la notification de l’octroi de la subvention à un ensemble de services de la part de l’Irma, selon ses besoins prioritaires. En sus, il aura accès à la base de données de l’Irma et à L’Officiel de la musique.

Il nous a semblé d’autant plus crucial et déterminant d’associer l’Irma que nous souhaitons permettre à cet organisme d’accomplir sa propre mutation en développant une nouvelle gamme d’interventions vis-à-vis des professionnels de la musique.


Propos recueillis par Romain Bigay


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