La ressource vue par les centres info

Publié le mardi 6 avril 2010

Interviews

Chargés d’info et directeurs de centres de ressources expliquent le rôle joué par leur activité sur un territoire et/ou un champ artistique, et reviennent sur l’implication de leur structure au sein des politiques publiques.

Vincent Priou

Directeur de Trempolino et président du Réseau Ressource

Comment évaluez-vous l’impact de votre activité d’information-ressource sur le secteur musical en Pays de la Loire ?
La question de la ressource doit être prise dans une globalité. Il s’agit d’accompagner les opérateurs artistiques et culturels dans la mise en oeuvre de leur projet en participant au développement des connaissances et en mettant des moyens nécessaires à leur réalisation. Nous avons dépassé la simple mise à disposition d’une information. Dans un contexte culturel et artistique en évolution constante, dans une période de repositionnement des fonctions et des métiers, il s’agit d’accompagner les mutations, d’interagir dans la structuration des parcours et des projets. Aujourd’hui, le centre info ressources, informe, conseille, forme, permet de comprendre et d’analyser, favorise la prise de décision, participe ou développe des dispositifs économiques ou d’insertion professionnelle, s’inscrit dans la production de politiques publiques.

En Pays de la Loire, le réseau Tohu Bohu, coordonné par Trempolino, structure l’information ressources. Il est organisé de façon départementale avec des points info ressources, des outils mutualisés (base de données, magazine, site, conférence...). La proximité avec les acteurs est indispensable, mais la notion de réseau régional, national (Irma, Réseau Ressource, Réseau Printemps...) contribue à un meilleur accompagnement des opérateurs. Une structure ressource comme Trempolino (tête de réseau) qui porte un ensemble de compétences (spectacle vivant, disque, juridique, économique, pédagogique, artistique et culturel) concerne ou a concerné quasiment l’ensemble des projets artistiques présents sur les scènes nationales et internationales. Les sollicitations sont différentes en fonction des artistes ou opérateurs, de leurs parcours et de leurs ambitions. En effet, la structuration professionnelle commence y compris par l’information et le juste positionnement des projets. C’est pourquoi les sollicitations sont grandes et la responsabilité des personnes ressources essentielle.
C’est dans ce sens que le Réseau Ressource (et son coordinateur Mathieu Lambert) est fondamental pour structurer et organiser les compétences et les métiers qui en découlent.

Quelques chiffres côté Trempolino :
- Les actions autour de l’information ressources concernent 1700 à 2000 personnes chaque année (forums, débats...).
- Les conseils représentent 1500 rendez-vous dans les domaines du cadre juridique et du droit d’auteur, de la programmation et de la diffusion, de la production discographique, de la recherche de financement...
- Les actions de formation concernent 950 stagiaires à l’année.
- Les actions d’accompagnement artistique concernent entre 1000 et 1500 personnes chaque année.
...

Qu’apporte cette activité à l’élaboration des politiques culturelles de la région ?
Les politiques culturelles régionales reposent sur la structuration du territoire et sur son organisation. Il est nécessaire de développer les dispositifs pertinents qui contribuent à l’intérêt général. Et il me semble que les centres info ressources sont des espaces de veille et d’observation importants pour y contribuer. La concertation permanente, la mise en réseau des opérateurs est fondamentale pour construire, avec les collectivités, les politiques publiques adaptées aux enjeux. Nous avons dépassé la définition non concertée des politiques publiques (du moins en Pays de La Loire en lien avec le Pôle). Aujourd’hui il s’agit de sortir de l’enfermement que présente le financement culturel pour intégrer les soutiens au sein des politiques générales (emploi, formation, développement économique, insertion...).
La question du sens donné aux politiques culturelles est fondamentale, elle ne peut être dissociée du territoire et des personnes qui y vivent. Les contrats de développement pluriannuels contribuent dans un cadre de concertation à engager des politiques pertinentes. Ils doivent reposer sur une approche globale et non sectorielle des choses. La notion de territoire doit être entendue dans un rapport qui contribue à développer de nouveaux équilibres dans le respect de la diversité, dans l’organisation du vivre ensemble.

Les acteurs de l’information ressources sont pleinement conscients de cet enjeu, acteurs de la mise en réseau, accompagnateurs des initiatives, ils sont en connexion directe avec les opérateurs. C’est dans ce sens que le Réseau Ressource engage une évolution de son projet afin de mieux prendre en compte les mutations d’une société en marche et contribuer pleinement dans une logique d’engagement au développement des projets et des personnes qui les portent. Cette démarche favorise les partenariats multiples, les interactions entre les politiques publiques, une nouvelle formalisation de la relation avec les porteurs de projet.


Christophe Blandin-Estournet

Comment évaluez-vous l’impact de votre activité d’information-ressource en région Centre ?
Offrir un service d’information et de conseil au bénéfice des acteurs de la vie artistique et culturelle constitue l’une des missions premières de Culture o Centre, ateliers de développement culturel. Toutefois l’évolution des conditions de la production artistique et des politiques culturelles (à commencer par celle de l’État) nous contraint à modifier nos repères et outils d’analyse tant du champ artistique que culturel. En menant un projet basé sur le partage de la ressource et la construction de synergies, Culture o Centre a cherché à mobiliser les partenaires publics, les professionnels et autres opérateurs culturels autour d’objectifs clairs, afin de faire vivre un espace original de connaissances, de transfert d’expériences et d’imagination au service des arts et de la culture, en s’appuyant notamment sur une démarche de co-construction. Enfin le travail de Culture o Centre, dans ses différentes déclinaisons, prend aussi en compte la diversité des usagers concernés : professionnels (artistes et opérateurs), collectivités territoriales et publics.

Qu’apporte cette activité à l’élaboration des politiques culturelles de la région ?
Culture o Centre n’invente pas la politique régionale mais, en est un outil (au même titre que d’autres structures culturelles régionales : Centre Images, Livre au Centre, le Frac, le domaine de Chaumont…) qui permet de mieux comprendre le territoire. Doté d’une mission de coordination et d« information générale, à même de faire se croiser les arts et leurs problématiques, Culture o Centre joue, sur le territoire régional, un rôle singulier de lien, véritable « tête de pont » de ces orientations culturelles régionales. À ce titre, il participe pleinement au « service public de la culture ». Par ailleurs, Culture o Centre, développant une activité de production, est à la fois dans l’accompagnement et la mise en œuvre de la pratique artistique et culturelle.


Emilie Wacogne

Chargée du centre de ressources Banlieues d’Europe

Comment évaluez-vous l’impact de votre activité d’information-ressource sur le secteur musical ?
Nous avons un impact limité sur la diffusion des industries musicales. Au-delà d’autres disciplines artistiques sans doute mieux représentées dans notre réseau, nous réunissons cependant des artistes musiciens développant des pratiques avec des publics ciblés, impliquant des créations participatives de qualité. Nous travaillons également en lien avec le Bureau européen de la musique (Bruxelles) sur des actions de rencontres professionnelles, qui permettent une mise en réseau transdisciplinaire, autour en particulier des cultures urbaines et des musiques du monde, et dans une moindre mesure des musiques actuelles.

Qu’apporte cette activité à l’élaboration des politiques culturelles et musicales ?
Nous défendons l’idée que la frontière amateur/professionnel devrait être plus aisément franchie en faisant travailler professionnels et amateurs ensemble sur des projets de création dits "participatifs" dans la durée. Nous valorisons ce type de pratique dans notre rôle de centre de ressources et à travers la valorisation de projets dans nos outils de communication. Notre réseau réunissant également des responsables de politiques publiques au niveau local, national et européen. Nous espérons que les axes que nous défendons sont ainsi pris en compte dans l’élaboration des politiques culturelles.


Christiane Louis

Comment évaluez-vous l’impact de votre activité d’information-ressource sur le secteur musical ?
Le service d’informations musicales de la médiathèque fût conçu à l’ouverture de la Cité de la musique comme un lieu d’information, ouvert à tous, essentiellement concentré sur la pratique en amateur. À partir de ce terme vague et largement inopérant en termes de travail d’information, notre activité s’est rapidement déployée autour des offres de formation et de pratique musicales de tous types, puis s’est étendue aux nombreux métiers concernés par la musique : toutes les variantes de transmission et d’enseignement, la facture instrumentale, les métiers du son, les métiers de l’administration et de la gestion… Aujourd’hui, au-delà de l’information sur les études, les formations et les pratiques, nous intégrons les aspects touchant à la vie professionnelle et aux questions d’insertion sur le marché du travail dans le secteur musical.

L’organisation et la structuration du secteur sont particulièrement complexes. Les demandes de nos publics sont d’abord fortement concentrées sur les questions de formation et de métiers. Décoder les schémas d’enseignement, la place et la validation des diplômes, les liens avec les études universitaires européennes, avec la formation continue et surtout intégrer la question des débouchés professionnels n’a rien d’évident.
La question de l’orientation vers des études et des formations supérieures ou professionnelles est devenue cruciale et commence à être intégrée par les institutions d’enseignement elles-mêmes : Éducation nationale, universités ou conservatoires commencent - encore timidement - à s’investir dans ce sujet et à les intégrer dans leur démarches pédagogiques.

Avant que nous n’investissions ce rôle d’information, de conseil et d’accompagnement (ce qui peut être une définition possible d’un lieu ressources), rien n’existait au niveau des musiques dites « classiques ». On supposait que la longueur et l’investissement sur les études suffisaient à garantir débouchés et insertion professionnelle. Ce n’est évidement plus le cas. Les musiciens sont bien moins spécialisés qu’avant et leurs parcours professionnels sont à la fois riches, variés et avec une bonne dose d’aléatoire. Les secteurs artistiques sont de plus en plus mixés, poreux et doivent être connus ou investis par les différents professionnels.

Dans notre approche d’accompagnement au projet, nous nous sommes d’ailleurs fortement inspirés des démarches des musiques actuelles pour aborder les questions de promotion, de communication ou de connaissance des multiples réseaux qui interagissent dans tous les domaines culturels.

Qu’apporte cette activité à l’élaboration des politiques culturelles et musicales ?
Cette dimension de l’information et de la ressource pour les acteurs du domaine, son importance dans le fonctionnement général du secteur commence à émerger en tant qu’élément constituant de l’environnement professionnel. C’est aussi parce qu’il y a eu une forte évolution de nos métiers : de collecteurs spécialisés d’informations, nous devenons des médiateurs, des interlocuteurs et des conseillers. Nous fournissons de l’information mais surtout nous la décodons pour nos publics, à un niveau collectif et individuel « c’est notre valeur ajoutée.
Il y a certainement une influence de nos activités (même indirecte) dans le fait que les programmes de formation et les cursus pédagogiques commencent à prendre en compte la dimension du projet de l’élève ou de l’étudiant, que les lieux de culture intègrent cette activité. Sans approche de la ressource, de l’information, il ne peut pas y avoir de construction de projet individuel.


Sophie Mercier

Directrice du Bureauexport

Comment évaluez-vous l’impact de votre activité d’information-ressource sur le secteur musical ?
On mesure l’impact sur :
- les professionnels français par leur intérêt à recevoir nos newsletters (mesuré dans le questionnaire de satisfaction annuel) ;
- les professionnels étrangers par leur intérêt à s’abonner à nos newsletters et à nous suivre sur Facebook et Twitter pour les Bureaux qui en ont, comme à Londres où l’on compte 350 followers du Twitter).
En 2010, cinq newsletters à destination de pas moins de 700 professionnels français seront envoyées tous les mois. Au niveau international, ce seront une dizaine de newsletters selon les territoires (rédigées localement, le nombre d’abonnés dépend de la taille des marchés).

Qu’apporte cette activité à l’élaboration des politiques culturelles et musicales ?
Au quotidien via le benchmarking [1] : Nous informons les professionnels français de la situation de chaque marché à l’étranger, notamment sur les évolutions dans le domaine numérique (puisque dans ces cas-là , c’est le benchmarking qui va les intéresser).
Notre logique d’action fait que les newsletters des bureaux à destination des professionnels locaux vont être dirigées vers l’actualité des artistes en disque comme en spectacle sur leurs territoires pour créer de l’attention, plutôt que de parler de ce qui se passe sur le marché français. Mais il y a quand même un lien, forcément !
Nous agissons sur le champ de la ressource via diverses activités d’information au niveau international. Par exemple, Hadopi a été l’occasion pour beaucoup de bureaux d’organiser des rencontres avec des organisations professionnelles à l’étranger en vue de faire le lien, d’expliquer, etc. Ainsi, les grandes décisions prises en France peuvent être relayées : le Riaaj, équivalent du Snep au Japon, a été intéressé par une séance d’explication ; Le Bureauexport allemand est intervenu pour faire le lien avec l’Ifpi, le ministère de la Culture par rapport au crédit d’impôt.
Mais chaque pays a ses problématiques et les actions du Bureauexport seront alors différentes : le Brésil travaille beaucoup en ce moment sur le droit d’auteur et l’on s’est aperçu que des logiques différentes sont à l’œuvre : Les bureaux de Berlin et Sao Paulo sont plus identifiés en termes de ressources, alors qu’en Angleterre ou dans les pays largement anglophones, les professionnels se tournent vers l’Ifpi.
En somme, nous faisons beaucoup de mise en relation entre les divers acteurs pour les sujets importants en France.


Propos recueillis par Mathias Milliard et Jean-Noà« l Bigotti

[1Méthode d’analyse comparative, d’adaptation et d’implantation des meilleures pratiques pour améliorer la performance des processus dans une organisation.


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