La radio numérique fait toujours débat

Media

Media

Si la radio numérique terrestre, qui va s’implanter à partir de la fin 2009, est présentée comme une évolution majeur du paysage radiophonique, de nombreuses radios associatives et locales ne sont toujours pas convaincues et annoncent que près de 600 radios sont menacées.

Le débat n’est pas nouveau comme en témoignent les différents articles que nous avons publiés sur le sujet :
- Le lancement de la radio numérique se précise, 13 février 2007
- Les enjeux du numérique pour les radios associatives, 8 mars 2007
- RNT : inquiètes, les radios associatives lancent un appel, 27 mars 2008
- Radio numérique : les radios libres s’inquiètent de leur situation, 29 août 2008
- RNT : quid des radios associatives après le dépôt des candidatures au CSA ?, 14 octobre 2008

Le début du basculement devrait avoir lieu à la fin de 2009, avec un an de retard sur le calendrier. Cette numérisation de la diffusion de la radio "représente un enjeu de premier ordre pour ce média au rôle essentiel en matière de pluralisme des opinions et de diversité culturelle" comme le souligne un article de Jean-Claude Adepo, Controleur des médias et observateur au Conseil national de la communication audiovisuelle. Mais elle pourrait également mettre en péril 600 radios estime un autre article de Arnaud Devillard publié sur 01net. Un point sur la RNT à la lecture de ces deux articles et d’une table ronde prévue le 6 mars dans le cadre du festival Sonor.

La radio numérique terrestre (RNT) présente sur le papier certains avantages. Face à la saturation de la bande FM, le numérique libérera un grand nombre de fréquences. Plusieurs radios pourront émettre depuis la même fréquence. L’offre devrait donc être plus importante, d’autant que les problèmes de transmission nés de reliefs géographiques contraignants n’auront plus lieu.
Cela suppose cependant de mettre en place une couverture de réseau sur l’ensemble du territoire afin que toute la population puisse y avoir accès. Le coût de cette couverture sera important et "une fracture numérique sera inévitable : 40% de la population vivant en dehors des zones urbaines sera privée de cette technologie" précise J.C. Adepo.

Le contrôleur des médias évoque également l’opportunité économique que représente le passage à la RNT : "Elle va demander de gros moyens, elle va créer de nouvelles activités et de nouveaux services, mais aussi être source de nombreux d’emplois". Du moins, cela représente une opportunité pour ceux qui peuvent investir, car pour les stations de radio, la transition entre la FM et la RNT devant être progressif, cela entraînera un coût supplémentaire (comme pour les particuliers qui devront acheter un nouvel appareil).
A.Devillard a interrogé des responsables de radios associatives musicales. Pour Alex Maillet, technicien à Aligre FM, "la seule diffusion nous coûterait entre 40 et 70 000 euros par an. L’autodiffusion ne sera plus possible car il nous faut passer par un prestataire de multiplexage". Radio G évoque un budget allant de 25 000 à 30 000 euros, Canal B l’estime entre 20 000 et 25 000 euros. Certaines expériences de mutualisation voient le jour pour tenter de trouver une solution : plusieurs stations nantaises ont monté le Gram (Groupement des radios associatives de la métropole nantaise) pour partager les coûts et monter une expérimentation leur permettant de s’autodiffuser.

Le poids financier de cette transition menacerait près de 600 radios locales, dont certaines se sont réunies au sein du collectif Radios en Lutte. Elles souhaitent que leurs difficultés soient prises en compte dans cette transition qui leur a été imposée. Plusieurs fédérations comme la Férarock ont également appelé à ce que les pouvoirs publics garantissent la place réservée aux radios associatives au sein de la RNT par la mise en place de subventions d’équipement.

L’un des autres avantages supposés de la RNT concerne la qualité sonore. Cependant, le directeur d’Aligre FM prétend qu’elle ne sera pas au rendez-vous car la norme T-DMB n’a pas été choisie en France pour cela. En effet, ce format permet de gérer à la fois le son et l’image, permettant d’ajouter des informations visuelles intéressantes (pochette d’albums, titre du morceau...) et une interactivité entre les auditeurs (vote, message, chat). Mais cette norme a surtout été choisie pour développer des espaces publicitaires visuels et "la qualité sonore n’est pas si terrible que ça car une bonne partie de la bande passante est prise par la vidéo". Si les réseaux FM espèrent ainsi générer plus de chiffre d’affaires, il n’en est rien des radios associatives qui perçoivent moins de 20% de leurs recettes par la publicité et qui ne souhaitent pas changer ce quota (issu des financements du FSER).
Le responsable de Canal B n’a pas non plus l’intention de se lancer dans la vidéo et ne voit pas "quel va être l’intérêt pour les gens de se racheter des postes numériques. Si c’est pour avoir des données associées, Internet est là ".

Pour finir, J.C. Adepo conclut de la sorte : "la diversité numérique s’annonce davantage comme la multiplication de programmes clonés que comme une ouverture aux alternatives, aux minorités et aux expérimentations."

Cette situation compliquée pour un certain nombre de radios non commerciales et de proximité sera l’objet d’une rencontre lors du festival Sonor, le 6 mars prochain à Nantes.

*

La numérisation des radios associatives : Quel paysage radiophonique pour les auditeurs ?

Au Lieu Unique, Nantes
De 18h à 20h, en partenariat avec Trempolino

Présentation
Depuis la naissance des premières radios libres en 1981 jusqu’à aujourd’hui, le
paysage radiophonique a connu de nombreuses mutations. À l’image de la
télévision (avec l’arrivée de la TNT), la Radio Numérique Terrestre (RNT) va faire
son apparition en France courant 2009. Ce virage technologique n’est pas sans
poser des difficultés aux radios associatives et des questionnements quant à la
définition d’un nouveau paysage radiophonique. Quels modes de financement ?
Quel intérêt pour les radios et les auditeurs ? Quel type de récepteur ? Quel impact
sur les contenus (diversité et émergence culturelle, information locale…) ? Nous
prendrons l’exemple des Pays de la Loire, où une vingtaine de radios associatives
se sont fédérées dans la perspective de mutualiser leurs compétences et leurs
contenus.

Intervenants : Chloé Le Bail, conseillère régionale, vice-présidente de
la Commission culture de la Région des Pays de la Loire – Pascal Bolo,
adjoint au Maire de Nantes – Laurent Michel, directeur de Cameon-dev,
fabriquant du récepteur RNT Diabolo – Loïc Chusseau, président de la
FRAP, directeur de Jet FM – Pierre Boucard, président du GRAM, directeur
de Sun.
Modération : Pascal Massiot (Radio Jet FM)

Plus d’infos (également au programme le samedi 7, Streaming, podcast, flux RSS… Quel statut de la radio en ligne ? Depuis l’apparition de l’audio sur Internet de nombreux

*

Nous suivre /asso.irma /IrmACTU