"La musique offre d’énormes potentialités pour les startups"

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Interviews

Pour éclairer les enjeux et la vie des startups du secteur musical en France, nous avons interrogé ceux qui les accompagnent : l’incubateur du 104 et Cap Digital, ainsi qu’un grand témoin, précurseur et observateur privilégié. Entre besoins, opportunités et positionnement sur le marché, ils décryptent les points clés de l’émergence des startups, de leur renforcement et de leur viabilisation : - Jean-Luc BIAULET, fondateur de Music Story, pionnier dans le traitement des métadonnées - Valérie SENGHOR, directrice du développement économique du 104 - Élisabeth RACINE, chargée de mission musique, tourisme, open source et édition numérique de Cap Digital (à venir)



"La musique offre d'énormes potentialités pour les startups"

Jean-Luc BIAULET

fondateur de Music Story


"En France, nous avons beaucoup d’idées, beaucoup de talents, mais nous sommes encore trop peu nombreux"

- Pouvez-vous présenter Music Story ? Et vous présenter ?

Music Story, créée en 2008, est une société spécialisée dans le traitement des métadonnées liées à la musique, qui offre un nettoyage et un enrichissement éditorial des catalogues à travers l’agrégation de données. Cela permet de valoriser l’offre légale par l’obtention, via une seule source, de toutes les données liées utilisables par les médias ou les plateformes : paroles de chansons, clips, descriptifs, albums, réseaux sociaux, charts, biographies, chroniques...

Pour ma part, je suis un ingénieur qui a passé une grande partie de sa carrière professionnelle dans la business intelligence, que l’on n’appelait pas encore la data, dans le commerce principalement. Mon affinité d’origine avec le secteur musical s’est confirmée avec ma collaboration avec les acteurs de la filière, au sens très large. Des gens qui ont traversé une crise comme peu d’autres secteurs l’ont connue et que j’apprécie beaucoup.

- Comment vient l’idée de créer Music Story, véritable précurseur dans le domaine ? La perception d’opportunités de nouveaux marchés ?

Dans la recomposition digitale de la musique et des médias, on sentait que le traitement de données allait être une composante encore plus importante. Si c’est presque une évidence aujourd’hui, cela ne l’était pas à l’époque, même s’il existait déjà quelques acteurs historiques établis, positionnés plus sur l’éditorial que la data, comme Rovi ou Gracenote. Se sont ensuite ajoutées d’autres sociétés sur l’open innovation, l’agrégation de données, la diffusion de données par les APIs, comme The Echo Nest qui a fait bouger les lignes. Nous avons donc essayé de nous inscrire dans cette trajectoire, en mettant à profit nos compétences techniques de traitement de la data.

- Selon vous, le secteur musical est-il un terrain de jeu propice au développement de startups ? Les opportunités de création de marchés sont-elles réelles ?

La musique, et au-delà les industries culturelles dans leur ensemble, offrent d’énormes potentialités. Mais il faut bien rester sur les mouvements de fond du marché. Lorsque nous avons créé Music Story, les modèles économiques étaient flous, voire inexistants, tant du côté des plateformes et des startups, fonctionnant principalement sur de l’investissement, que du côté des médias qui n’avaient pas encore amorcé leur mutation numérique, les possibilités de création de valeur étaient alors plus faibles. Le boum actuel du streaming, par exemple, gratuit ou payant, semble redonner un peu d’air au marché.

Il faut bien comprendre que les startups ne décollent pas comme ça. Pour cela il faut deux choses essentielles : une proposition de valeur, et avec le digital les possibilités sont presque infinies, et une réponse de marché, un "momentum" adéquat. Et les investisseurs le savent bien. La musique est intéressante parce qu’elle a été en amont de la transition numérique, ce qui lui a d’ailleurs coûté très cher, et qu’elle est à un moment où les opportunités de sortie de crise apparaissent plus clairement. On commence seulement aujourd’hui à cerner les nouvelles pratiques de masse. Et dans ces nouveaux marchés, les problématiques de data sont assez centrales. Il y a là de vraies opportunités de création de valeur.

- Les opportunités de marché ne concernent-elles que les innovations technologiques ?

Toute innovation technologique ne vaut que confrontée aux pratiques, et ne peut se convertir en marché de masse que par une appropriation collective. Il y a donc à penser l’innovation en termes de technologie, bien sûr, mais aussi et surtout en termes d’usages et de pratiques. C’est indissociable.

- Le foisonnement de startups proposant des produits ou des services innovants, est-ce un moment particulier, une bulle qui va se dégonfler, ou est-ce un mouvement pérenne ? Sans parler des objectifs court-termistes de rachat...

Le foisonnement d’idées et de projets est effectivement redevenu assez fort. Je vois passer beaucoup de modèles B to B ou B to C très intéressants. Il existe encore bien des niches à explorer sur certaines pratiques, des segmentations possibles apparaissent : objets connectés, social,genres, marques... Cela peut amener des modèles pertinents et pérennes, le champ d’investigation et de monétisation potentiel est encore énorme. On reste par ailleurs sur la logique start-up : j’ai une idée, celle-ci rencontrera son public plus tard, en attendant, je lève des fonds. Elle a été expérimentée par des acteurs aujourd’hui bien établis, mais qui ont dû inévitablement se préoccuper à un moment de la réponse du marché.

Dans notre secteur les levées de fonds se sont faites au milieu des années 2000 et commencent à redémarrer. Ces dernières années la musique n’attirait plus les investisseurs. Avoir des idées qui se valoriseront peut-être dans le futur ne suffit plus. La crise que l’on vient de traverser fait qu’il faut aussi des modèles présentant une assise économique tangible. C’est le but premier de toute création d’entreprise : pas forcément de faire de l’argent, mais de créer un équilibre économique durable. Et il va inévitablement y avoir un passage au shaker de l’ensemble des initiatives pour voir s’il existe une véritable chaîne de valeur et un espoir crédible de chiffre d’affaires. Sachant encore une fois que les évolutions du marché, notamment sur le streaming, créent de nouveaux espaces, sur la fragmentation des contenus, des offres et le développement de la recommandation. La recommandation par exemple est un champ d’investigation très important. Et nous n’en sommes qu’au début de son exploration.

L’industrie musicale n’est pas une grosse industrie, en volume, et n’a pas eu l’habitude de s’appuyer sur des structures techniques lourdes. Il y a beaucoup de startups, mais pour répondre à des enjeux aujourd’hui inévitablement internationaux, il faut des entreprises dimensionnées. Monter un acteur comme Deezer nécessite des compétences et des structures back-office très performantes. Il n’y a pas de secret, et beaucoup de startups n’atteindront jamais ce niveau de développement.

- Il y aura donc nécessairement une phase d’écrémage après l’effervescence ? Il y aura donc des morts ?

Peut-être mais il y a une chose dont je suis sûr, c’est que tous ceux qui ont lancé leur startup à partir du milieu des années 2000 sur des domaines comme la recommandation, le signal audio, le traitement des métadonnées, etc. ont énormément travaillé et appris, et j’espère que cela ne sera pas perdu. N’oublions pas au passage qu’en France, nous avons beaucoup de petites sociétés compétentes dans ces domaines, parfois même plus performantes prises individuellement que leurs homologues anglo-saxonnes. Mais nous sommes encore trop peu structurés, face à des entreprises comme The Echo Nest, qui a pu lever 23 millions de dollars sur tout son parcours, nous ressemblons plus à une guilde d’artisans…

Passer au shaker ne veut pas dire faire disparaître les compétences acquises par ces artisans. Peut-être que des regroupements s’opèreront, ou des recompositions, mais pas nécessairement des disparitions. En France, nous avons beaucoup d’idées, beaucoup de talents, mais nous sommes encore trop peu nombreux. Se structurer pour tirer le meilleur des savoir-faire sur des domaines portés aujourd’hui par de petites startups fragiles et peu financées, pourrait certainement être une évolution. Le risque, c’est de voir débarquer demain un géant anglo-saxon, qui fait tout ce que font ces startups, beaucoup moins bien, mais à une échelle industrielle, et qui aura donc la capacité d’écraser les marchés. C’est peut-être là qu’il y aura des morts…

- La France a donc des compétences, des talents et des savoir-faire. Mais est-ce un environnement propice au basculement vers des modèles de champions industriels ?

Nous n’avons pas forcément les mêmes moyens que d’autres pays, mais l’État et les acteurs de la filière jouent ici un véritable rôle de facilitateur. Il y a beaucoup de bonnes volontés, beaucoup de dispositifs, même s’ils ne sont peut-être pas encore aussi importants qu’il le faudrait. Tout cela est un peu occulté par l’attention très focalisée sur la rémunération des artistes, qui est une question très importante bien évidemment. Mais dans le même temps, on observe certaines convergences qui s’opèrent entre producteurs, éditeurs de services, pouvoirs publics, fonds d’investissement privés qui reviennent un peu dans le jeu, sur la maîtrise des leviers technologiques notamment… Le contexte fait que je ne peux pas être totalement pessimiste. Il faut juste intensifier le travail en réseau. Malgré certains esprits de chapelle qui perdurent, la « marée » du digital est telle que la volonté d’échanger est là, ainsi que la prise de conscience de la nécessité de financer et d’accompagner les acteurs du numérique du domaine est réelle. Et si la musique a été pionnière, cette prise de conscience se propage aux autres secteurs comme les médias. On n’en est pas encore à élever cela au rang de cause nationale, mais au moins aujourd’hui, on comprend qu’il faut encourager la structuration de cet écosystème. Et n’oublions pas que nous avons quand même la chance en France d’avoir des entreprises comme Deezer. Sur le streaming, en Europe, mieux vaut être une entreprise française ou suédoise… Profitons de ces opportunités.



Valérie SENGHOR

directrice du développement économique du 104


"Beaucoup de startups se créent elles-mêmes leur marchés. Ou vont vers des marchés à défricher"

- Pouvez-vous présenter l’incubateur du 104 ?

L’incubateur existe depuis septembre 2012. Sa particularité, c’est qu’il est immergé dans le 104, lieu de vie et de création. C’est un espace de résidence pour plus de 300 créateurs chaque année, venus du monde entier et toutes disciplines confondues. C’est aussi un lieu de programmation artistique et culturelle. L’enjeu est d’immerger des startups qui toutes, travaillent au développement de services et de produits à dimension artistique et culturelle. Elles sont mises en rapport avec les publics (plus de 500 000 visiteurs par an), auprès desquels elles peuvent expérimenter leurs projets, et elles côtoient en permanence d’autres créateurs. C’est un joint entre l’univers des startups, celui de l’innovation et de la création, et les publics. C’est un incubateur de l’expérimentation au service des industries culturelles et créatives.

- Quels sont les services proposés aux startups hébergées ?

Tout d’abord, nous leur offrons un espace de travail au coeur du 104 : des open spaces, des salles de réunion, mais aussi de grands espaces qui leur permettent d’organiser des opérations événementielles, mais aussi toutes leurs séances d’expérimentation. Tous les espaces du 104 leur sont accessibles. Plusieurs fois par mois, nous leur proposons d’utiliser un atelier, un créneau horaire. Elles bénéficient également de la communication du 104, qui leur permet d’être connectées à tous les publics pour faire connaître leurs services, leurs applications et leur faire tester leurs prototypes. L’accompagnement sur la communication est très important, avec un effet de labellisation. Cela permet une visibilité forte auprès des professionnels des industries créatives et de l’innovation. Bref, tous ceux qui, particuliers comme entreprises, peuvent être leurs prospects et leurs clients.

Les équipes bénéficient également d’un accompagnement, sous forme de coaching individualisé et de formations collectives à l’entrepreneuriat (propriété intellectuelle, aide à la levée de fonds, préparation aux concours, dépôt de brevets...). Nous couvrons toutes les thématiques de la création d’entreprise. Elles ont aussi accès à toute la programmation du 104, notamment la programmation artistique, car nous pensons qu’il s’agit d’une source d’inspiration et de créativité. Nous faisons également de la mise en relation avec tous les partenaires du 104, les réseaux économiques, composés de toutes les entreprises avec lesquelles nous collaborons, les réseaux de création artistique...

- Il s’agit aussi de construire des logiques de réseau, sur un modèle d’économie collaborative ?

C’est une dimension très importante. Toutes ces entreprises travaillent dans des champs complémentaires. Cela ne créé pas de concurrence, mais les amène à échanger, partager les savoir faire, les carnets d’adresses et les technologies pour coopérer. Nous souhaitons au maximum que ces échanges soient informels, autour d’un petit déjeuner ou d’un café. Nous avons un rendez-vous mensuel pendant lequel chaque équipe peut parler de son actualité, d’être informé de celle des autres, mais aussi envisager les interactions avec le lieu et l’actualité du 104. Le but est aussi de les intégrer à la programmation. C’est un temps d’information, d’échange et de collaboration.

- Parlez-nous des entreprises hébergées. Quel est leur profil ?

Nous avons actuellement une dizaine de startups. L’année prochaine, nous souhaitons passer à 15-20. Les entreprises accueillies évoluent dans des univers très variés : dans le champ de la musique, mais aussi dans le domaine de l’image, de la lumière, du design, de la fabrication 3D, de l’audiovisuel... Les équipes agrègent souvent des profils très différents mais très complémentaires. Nous accompagnons des innovations qui pour la plupart viennent du champ artistique, mais qui présentent un potentiel de transformation et de transfert vers le marché, avec des enjeux de dépôt de brevet. Les startups du 104 sont à la croisée de la recherche, de l’ingénierie et de la création artistique. Ce peut être un musicien qui, à partir d’une expérience personnelle, créé une nouvelle application dans le domaine musical, une nouvelle forme d’apprentissage, ou alors un nouvel instrument de musique, et qui prend conscience du fort potentiel économique de son idée, et qui ensuite va s’entourer de profils business, ingénierie et fabrication pour monter l’entreprise. Et ce peut être aussi l’inverse. Dans ce cas, ils sont à la recherche d’artistes, de créateurs, pour se développer.

- Comment sont sélectionnées les startups incubées ?

Nous avons un appel à projets ouvert en permanence. Vu que nous ouvrons notre capacité d’accueil l’année prochaine, c’est donc le bon moment pour se positionner ! Nous étudions le dossier présenté, pour vérifier son éligibilité. Il y a ensuite une rencontre, voire plusieurs, avec les équipes, pour bien comprendre leurs projets, voir si leurs attentes correspondent aux propositions de l’incubateur, la façon dont ils envisagent leur temps d’incubation. Si le projet et les motivations correspondent, elles passent devant le comité de sélection. Il est constitué de personnalités du monde de l’innovation, de la recherche, de la création et du business. Le comité est distinct du 104. La direction du 104 est évidemment représentée mais le comité est indépendant. Il est souverain dans le choix des projets retenus.

-  Selon votre expérience, quels sont les besoins récurrents des startups ? Pourquoi viennent-elles vers vous ?

Ce qui les intéresse, c’est d’être immergée dans un environnement qui leur permet d’embrasser toutes les problématiques de la création d’entreprise, tout en étant au contact d’autres startups, dont certaines peuvent être plus avancées dans leur développement. Briser la solitude de l’entrepreneur, et s’inclure dans une dynamique d’échange est très important. Celles qui viennent spécifiquement vers le 104 recherchent une ouverture large vers des profils de personnes et d’entreprises différents, et une confrontation avec les regards des publics. C’est ce qui leur permet de maturer et d’avancer dans leurs projets, et de valider ou d’ajuster les usages de leurs prototypes.

Sur les besoins en structuration, certaines thématiques reviennent de façon récurrente : construire le business plan, affiner les usages, approfondir des thématiques comme la propriété intellectuelle, bénéficier d’un accompagnement financier... Sur ce dernier point, l’incubateur étant labellisé Paris Innovation, cela leur permet, quand elles ont des plans de dépense en recherche et développement, d’accéder à des aides financières. Le réseau du 104, ses partenaires, les investisseurs potentiels avec lesquels on peut les mettre en relation les intéressent également fortement. Elles recherchent également l’accompagnement que nous proposons pour les dépôts de brevet ou les candidatures aux concours. Enfin, la visibilité et la communication offerte par le 104 est aussi un levier très intéressant. Le 104 est identifié au plan régional et national, et est inséré dans des réseaux de coopération sur la création et l’innovation à l’international.

- Vous avez pu observer des dynamiques de coopération entre startups incubées ?

Des projets sont en train de se mettre en place actuellement, notamment des croisements d’applications entre des startups évoluant dans l’univers de la musique et d’autres dans le secteur de l’image. L’incubateur joue un rôle d’accélérateur d’opportunités.

- Selon vous, l’incubateur est-il un passage obligé pour une startup ?

C’est un élément accélérateur pour le développement d’une entreprise. Il n’y a pas de passage obligatoire, mais se retrouver dans un environnement stimulant ne peut qu’être bénéfique.

- Existe-t-il de vrais marchés et de véritables opportunités de développement pour le foisonnement de startups ? N’y a-t-il pas un risque d’encombrement  ?

Il y a clairement des opportunités. Pour beaucoup de startups d’ailleurs, elles se créent elles-mêmes leur marchés. Ou vont vers des marchés à défricher, au croisement de plusieurs univers. En cela, elles participent aussi à la structuration de nouveaux espaces économiques, parce qu’elles inventent de nouveaux usages. C’est d’ailleurs une des raisons fortes pour lesquelles nous pensons qu’il y a un intérêt à rapprocher les startups du monde de la création artistique : tous ont pour fonction de défricher et d’inventer de nouveaux territoires. Et si en plus, cela débouche sur des potentiels de marchés... Ces deux univers que l’on oppose volontiers dans les représentations usuelles sont en réalité fortement complémentaires. C’est notre conviction forte. Le 104 est un espace de mixité et d’hybridation.



Élisabeth RACINE

chargée de mission musique, tourisme, open source et édition numérique de Cap Digital


"L’objectif, c’est de faire de l’Ile-de-France une référence mondiale du numérique"

- Pouvez-vous présenter Cap Digital ?

Cap Digital, créé en 2006, est le pôle de compétitivité et de transformation numérique. Avec 900 adhérents (principalement des PME mais aussi des grands comptes, des écoles, des laboratoires de recherche, des universités et une dizaine d’investisseurs), c’est un des plus grands pôles de compétitivité français. L’objectif, c’est de faire de l’Ile de France une référence mondiale du numérique. Nous avons plusieurs grandes missions : la veille, l’accompagnement de nos adhérents, la facilitation de l’accès aux financements publics pour leurs projets de recherche et d’innovation, le service aux entreprises, et l’organisation, depuis sa création en 2009, du festival Futur en Seine.

- Cap Digital est pluridisciplinaire. Pouvez-vous nous parler plus spécifiquement du volet musique ?

Nous fédérons une cinquantaine de structures de la musique et du traitement du son, aussi bien des entreprises qui offrent des services aux artistes, comme les plateformes de crowdfunding, que des centres de recherche sur le signal audio, comme l’Ircam, ou encore des entreprises qui traitent de la métadonnée... Nous couvrons un spectre assez large !

- Comment une structure fait-elle pour intégrer Cap Digital ?

La procédure d’adhésion à Cap Digital est assez simple. Le formulaire en ligne permet de renseigner un certain nombre d’informations administratives et financières. Ensuite, nous rencontrons les postulants, pour évaluer la pertinence de leur candidature et l’adéquation entre les besoins de l’entreprise et l’accompagnement que nous fournissons. Une fois ces éléments vérifiés, il y a ensuite une validation de l’adhésion par le conseil d’administration.

- Qu’apporte l’accompagnement de Cap Digital aux structures adhérentes ?

C’est tout d’abord l’opportunité de s’intégrer dans un réseau large et pointu d’acteurs de l’innovation, permettant la rencontre et l’échange avec des pairs, brisant aussi par là la solitude très courante de l’entrepreneur. Cela leur permet de partager leurs expériences et leurs conseils sur l’entrepreneuriat et le développement d’activités. Cap Digital offre également un espace de veille, mais aussi de valorisation à travers sa lettre mensuelle. Nous les accompagnons et les conseillons dans leurs démarches de recherche de fonds publics. Nous ne rédigeons pas les dossiers, mais nous avons un pool de consultants que nous pouvons recommander à nos entreprises pour les y aider. Notamment sur les dossiers d’innovation un peu complexes, comme le Fonds unique interministériel, par exemple, qui exige de réaliser des états de l’art poussés. En France, et c’est une chance, il existe un nombre très important de programmes d’aide et de soutien à la création d’entreprise et à l’innovation, au point que ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Nous aidons aussi nos entreprises à cibler les bons programmes.

- Y a-t-il aussi des temps d’échanges, formels ou informels, entre startups ?

Évidemment, à commencer par l’accueil des nouveaux adhérents. C’est un nouveau rendez-vous, pendant lequel ils peuvent se présenter et commencer à réseauter, dans une approche multisectorielle. Sont également invités à ces rendez-vous les anciens adhérents, ainsi que des partenaires. Il y a ensuite, par secteur d’activités ou par types de marché, un certain nombre de rendez-vous, avec des conférences thématiques sur des enjeux sectoriels ou technologiques : santé et numérique, big data (avec Havas)... Il y a également deux grands temps de rencontre annuels pour l’ensemble des membres, en mars et en octobre. Sans oublier bien sûr Futur en Seine en juin.

- Cap Digital couvre des secteurs d’activité très variés. Les échanges doivent en être plus riches, du coup ?

La diversité des secteurs est un atout, et les recoupements, notamment sur les questions technologiques, sont nombreux. Nous avons identifié des leviers comme la data, la robotique, ou encore le design et l’Internet des objets, sur lesquels nous mettons en avant des approches transversales, sur la communication, le marketing, le e-commerce, le e-tourisme... Les interconnexions se font assez naturellement.

- Les rencontres avec des partenaires et investisseurs sont-elles également formalisées ?

Elles le sont complètement. Nous avons d’ailleurs mis en place un dispositif d’accompagnement pour les entreprises en hypercroissance : FastTrack. Ce dispositif est intégré au Pass French Tech, puisque Cap Digital est opérateur, au même titre que d’autres pôles de compétitivité ou d’autres réseaux, de ce programme, qui vise à sélectionner les entreprises du numérique les plus performantes pour les mettre en relation privilégiée avec des institutions publiques (Afic, BPI France, Coface, Ubifrance, Inpi...).

Nous proposons aussi un accompagnement sur la levée de fonds en capital, qui délivre le label « Entreprise innovante de pôle ». On fait alors de l’analyse de business plan, des entretiens avec des experts, qui sont souvent eux-mêmes des investisseurs. Sur un temps de coaching de 8-10 semaines, les entreprises sont accompagnées sur différents aspects. Des temps de pitchs devant des investisseurs sont également organisés : 5 minutes pour convaincre, et si c’est positif, un rendez-vous plus long est organisé. On propose d’ailleurs des temps de préparation au pitch.

- Venons-en aux entreprises adhérentes. Elles sont à des niveaux de développement différents, ou faut-il déjà avoir passé un certain cap pour bénéficier pleinement de votre accompagnement ?

Ne sont adhérentes de Cap Digital uniquement des entreprises déjà constituées. Nous ne faisons donc pas de l’accompagnement à la création d’entreprise, ou à la conversion d’une idée en entreprise. Il faut donc avoir un projet un minimum ficelé, mais nous proposons également un service d’accélération et de mentoring pour les entreprises qui sont encore en définition, mais nous accueillons majoritairement des entreprises qui ont déjà des produits et une stratégie à peu près définie. Pour bénéficier pleinement de l’accompagnement de Cap digital, même pour une entreprise jeune (en termes de développement, pas nécessairement d’âge), un niveau d’avancement minimum est souhaitable. Nous avons beaucoup de PME et TPE, ce qui est assez logique pour des entreprises du numérique. Les besoins humains, au moins initialement, ne sont pas énormes pour réaliser l’amorce, et les équipes sont en général petites, de l’ordre de quelques personnes.

- Est-ce à dire que Cap Digital se positionne après l’incubation, comme un accélérateur de fin de développement ?

Théoriquement, oui. Mais la réalité, comme toujours, est moins linéaire. Certains de nos adhérents sont également dans des incubateurs. Et c’est le fait d’être, via Cap Digital, au contact d’autres entrepreneurs et d’une diversité de partenaires, qui accélère leur développement. Il y a donc aussi une logique de complémentarité des accompagnements proposés.

- Autre axe de l’action de Cap Digital, l’affirmation et la démonstration qu’il existe une « scène française » des entreprises innovantes, pour reprendre une expression musicale ? Est-ce aussi un moyen de se regrouper pour être plus fort, et peser plus dans des marchés désormais mondialisés ?

Complètement. C’est d’ailleurs une des raisons de la création des pôles de compétitivité : valoriser sur un territoire le savoir faire, les compétences et les initiatives : l’aéronautique autour de Toulouse, les biotechnologies en Alsace, le numérique en Ile-de-France…Faire rayonner le savoir faire francilien, et au delà le savoir faire français, à l’international, est une mission forte pour Cap Digital.

Toutes les actions que l’on mène, dans les salons comme le Midem ou SXSW pour la musique, ou plus généralement à l’international, ont aussi pour objectif de donner de la visibilité à nos entreprises, de façon collective. Nous regardons d’ailleurs avec beaucoup d’attention l’axe international sur les stratégies que nous présentent les entreprises que nous accueillons.


Propos recueillis par Romain Bigay


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