Inside MaMA 2013 - J3 : mutation en cours

Publié le samedi 19 octobre 2013

Salon

MaMA J3, irl et ivl. Une troisième journée qui confirme la tendance. La mutation n’est pas une projection théorique. Elle est là et bien présente. Et transforme la forme des débats et de la participation professionnelle.

Confronté au passage de l’ancien au nouveau monde, l’événement aurait pu se statufier. Camper sur la réussite d’une notoriété rapidement acquise. Mais, plateforme ouverte et diversifiée, il semble prêt à encaisser le renouvellement. Qu’il s’agisse de l’évolution générationnelle des participants, des formules proposées, des thèmes plébiscités, du transfert d’attractivité du Trianon vers FGO, de l’intégration de l’innovation, cette dernière journée confirme encore que, par petites touches convergentes, cette 4ème édition parisienne a su intégrer et témoigner d’un changement d’attitude, même encore hésitant.

Notre journée commence au Trianon, avec la conférence de TPLM. De bon matin (10h, c’est tôt quand la nuit a été brève). Là, on a bien senti la volonté de l’organisme de profiter de cette édition 2013 pour affirmer une ambition de filière après la douche froide de l’abandon du CNM. Si celui-ci n’est pas oublié, les professionnels ont pris acte de son décès et repris l’offensive sur un objet transversal et porteur : l’export.

Un Trianon bondé !

Le sujet présente en outre une vraie argumentation économique, posée dès l’ouverture de la table ronde : la musique réalise 400M€ hors des frontières. De quoi reprendre la main dans une relation tendue avec le ministère de la Culture qui, du coup, a choisi d’être présent en tribune, avec pas moins de deux représentants : l’un pour la DGCA, l’autre pour la DGMIC.

Soucieux de démontrer l’intérêt de l’investissement, les professionnels, DJ Solal (Gotan project) en tête, expliquent qu’un bureau à l’étranger peut rapporter bien plus qu’il ne coûte. Conviction affirmée par leur engagement financier conjoint dans deux outils, appelés à fusionner au 1er janvier 2014 : le Bureau Export et Francophonie Diffusion. Reste à l’État à confirmer sa volonté de poursuivre son soutien, Ministère des Affaires étrangères en tête, puisqu’il s’agit notamment de développer son réseau et ses compétences d’expertise. Pour incarner cette volonté, un Groupe de réflexion pour l’export de la musique (GREM) a donc été monté, tant pour l’univers enregistré que pour le spectacle vivant.

A FGO, rempli comme au premier jour, au même moment, on parlait start-ups. Celles qui changent l’industrie musicale, qui transforment les pratiques des professionnels comme du public. Nécessité de l’expérimentation, pédagogie de l’échec, les cadavres des disparues sont le terreau de celles d’aujourd’hui, et de demain. Le débat, centré sur les leviers de l’innovation, a détaillé les nouveaux modèles de développement basés sur « l’expérienciel ».

Ça débat sur le crowdfunding

Un vent de nouveauté qui soufflait aussi au Trianon, avec le premier grand débat de la journée : « Nouvelles carrières, nouveaux projets, nouveaux financements ». En réalité, il était surtout question de nouveaux financements. Et principalement du crowdfunding, ou comment travailler sa communauté plutôt que de partir à la conquête du grand public. Les chiffres laissent songeurs : c’est un marché en pleine croissance de 2,5 milliard de dollars dans le monde, et aucun signe n’indique un ralentissement. Mais ce n’est pas non plus une solution miracle : il s’agit d’animer et de comprendre une communauté, ce qui demande du temps et de l’énergie... sans garantie de succès. Si c’est une source nouvelle à développer, ce ne peut être qu’un complément, pas une réponse unique. Le public ne peut pas tout financer, laissant sur le bas côté les artistes peu ou pas versés dans l’art du marketing, et n’envisageant pas la création comme un partage d’expérience.

Expérience, c’était aussi le maître mot des ateliers tournés vers l’innovation, tendance travaux pratiques, attirant une population nouvelle pour le MaMA. Innovation technologique, comme celui de Greencopper, consacré aux métadonnées, ou économique, avec la présentation de la borne 1DTouch. Basée sur le principe d’un streaming équitable entre diffuseur, producteur, et artiste, le système est réglé sur les principes de la gestion collective. L’Adami, alias « I love gestion co », est d’ailleurs en train d’étudier le sujet.

De la diffusion des captations en question...

Le mouvement pendulaire caractéristique du MaMA est désormais bien ancré dans nos mémoires musculaires. L’espace de quelques brèves et nombreuses entames de discussions, au fil des rencontres, nos pas nous ramènent à FGO. Producteurs audiovisuels et plateformes sont en plein débat sur la captation. Mais, encore une fois, sans le ministère... Pour opérer un rééquilibrage, les producteurs de spectacles réclament un droit sui generis sur les captations et l’élargissement de la taxe CNV aux nouvelles pratiques, notamment la diffusion dans tous les types de lieux, y compris les cinémas.

L’impact des mutations motivait aussi l’atelier sur les droits voisins proposé par la SPPF. Conçu comme une boîte à outils, il s’agissait d’aider les producteurs à optimiser leurs revenus. Les intervenants ont donc livrés une série de conseils pour leur déclaration et l’affectation d’un code ISRC aux enregistrements qu’ils réalisent : rigueur sur le champ titre, importance de la qualité des métadonnées, connaissance des législations sur les territoires de fixation, explicitation de la nécessité du travail fourni par les SPRD, intérêt du recours aux outils de tracking,… En n’oubliant pas d’évoquer les rapports de force entre producteurs et distributeurs engendrés par les contrats de licence et pesant sur la titularité des droits.

M.Thonon évoque le "bras de fer" avec M6

Mais ce travail n’en est pas moins relativement simple, comme en témoignait Stéphane Laick, gérant du label a(t)home. Le réalisant lui-même, il estime que « les droits voisins sont une pompe à amorcer ». Passés en 25 ans « d’argent de poche » à 20% en moyenne des revenus des producteurs, leur montée en puissance interroge la profession : est-elle en train de transformer les producteurs en gestionnaire de droits ? Au point de conditionner une partie des productions actuelles au potentiel de récupération de droits voisins ? Pour l’année en cours, le montant moyen de la répartition par producteur est de 12.250€… avec une amplitude allant de quasiment 0 à 2M€. Une petite alerte posée au passage par Marc Thonon, président de la SPRD, le bras de fer avec M6 sur la renégociation des barèmes pour les vidéomusiques arrivera en mai 2014.

Le marathon, toujours irl et ivl, s’approche de son terme. Dernier trajet Barbès-Anvers, ambiance de fin de salon, la foule est joyeuse et détendue. Il flotte comme un air de printemps, ensoleillement et température compris. Retour au Trianon, où il était aussi question d’innovation, mais sociale cette fois-ci, avec un débat qui a fait du bruit. « Tous machos » interrogeait l’omniprésence graduelle des hommes dans l’industrie musicale à mesure que l’on monte dans les niveaux de responsabilités et de pouvoir. Venues en nombre y assister, les femmes du milieu professionnel ont rappelé que le sujet n’était malheureusement pas anecdotique. Et qu’il était nécessaire de poursuivre le travail au delà des tribunes, pour faire bouger les lignes autrement que dans les discours.

F.Ladeiro-Marques et D.Colling en conférence de presse de clôture

Pendant que les derniers rendez-vous se prennent, que les ultimes deals se discutent encore dans le hall, Daniel Colling et Fernando Ladeiro-Marques font part de leur satisfaction pour cette édition 2013. Avec plus de 3 800 pros présents, contre 3256 en 2012, le MaMA est un succès. Les chiffres définitifs et les pistes d’évolution, ce sera pour lundi, une fois les premiers bilans faits...


Episodes précédents :
J1 : forte affluence à FGO
J2 : on parle cash !


Si on n’a pas compté les kilomètres parcourus, le nombre de tweets en 3 jours avoisine les 850. Il est temps de laisser en suspens @IrmaLIVE1, le rejeton d’@IrmACTU que vous avez découvert pendant ces trois jours, jusqu’au prochain événement !

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