Fédurok : un constat, des actions pour les lieux de diffusion

Publié le mardi 16 mars 2010

Spectacle

Dans un communiqué, la Fédurok attire l’attention sur la fragilisation progressive des structures de musiques actuelles (comme pour le Grenier à Sons à Cavaillon) et prône les principes de concertation et de co-construction des politiques publiques.

COMMUNIQUE DE LA FEDUROK :


Le 15 mars 2010

La Fédurok (Fédération de lieux de musiques amplifiées/actuelles) a tenu son Assemblée Générale les 8 et 9 mars derniers à Sannois et à Saint Germains en Laye, accueillie par les équipes de l’EMB et de la Clef.

Réunissant les représentants de structures de musiques actuelles répartis sur l’ensemble du territoire français ainsi que les réseaux et organismes partenaires nationaux et européens, l’Assemblée Générale a permis de faire un tour d’horizon de la situation socio-économique et politique des lieux et de décider des actions de fond à poursuivre pour l’avenir dans un contexte général de plus en plus défavorable et incertain.

La Fédurok constate la fragilisation progressive des structures de musiques actuelles par l’absence de véritable ambition de l’Etat de finaliser les processus engagés depuis 1998 (financements SMAC, Concertations territoriales, …) avec des collectivités territoriales, qui désormais semblent se retrouver contraintes à des réductions et à des concentrations de moyens sans autre fondement politique que le modèle gestionnaire.

La Fédurok alerte sur la nécessité de ne pas sombrer dans des mises en œuvre mécaniques et trop simplistes des politiques publiques et appelle à résister, à créer des solidarités par la co-construction démocratique des politiques publiques sur les territoires.

C’est ainsi que les lieux de la Fédurok ont voulu mettre en avant lors de l’Assemblée Générale les points suivants :

1. La situation du Grenier à Sons à Cavaillon, ou l’exemple d’une fusion-absorption dans le service public de la culture.

La ville de Cavaillon, face à des difficultés financières, a exprimé des questionnements quant aux 2 labels (Scène Nationale et SMAC) qu’elle finance. Elle a donc sollicité l’expertise du Ministère de la Culture et de la Communication, qui a remis une « note de situation » par son service de l’inspection et de l’évaluation en juillet 2009. La note rendue, a prôné l’excellence de la Scène Nationale. La Ville a ainsi confié à son directeur, Jean-Michel Gremillet, en accord avec les principaux partenaires publics, une « étude de mutualisation » entre le Grenier à Sons et la Scène Nationale, afin de conforter « le pôle culturel de référence » que représenterait cette dernière, en récupérant les financements publics du Grenier à Sons.

La mutualisation préconisée par l’étude se traduit par la prise en compte par la Scène Nationale d’un peu de diffusion très ciblée de musiques actuelles, la récupération de la salle du Grenier à Sons pour des petites formes théâtrales et de danse et la reprise éventuelle d’une partie des salariés. Pour le reste des activités (répétition, accompagnement, ressource,…), à charge pour les autres structures du département de les reprendre ou non, sans les moyens financiers en conséquence, naturellement.

La Fédurok dénonce :

- la méthode utilisée en dehors de toute concertation avec les structures et personnels concernés, faisant fi du travail et de l’esprit des entretiens de Valois en particulier, traduits dans le SOLIMA (cf. point 2) et le cahier des charges et missions Scène de Musiques Actuelles.
- le mépris exprimé à l’égard des acteurs, praticiens et lieux de musiques actuelles aussi bien dans le rapport que dans la méthode.

La Fédurok, qui s’est engagée concrètement dans le soutien au Grenier à Sons, appelle à la mobilisation des acteurs des musiques actuelles pour que prévale un vrai projet territorial pour les musiques actuelles, plutôt que le seul calcul du maintien d’une institution culturelle à Cavaillon.

2. La réaffirmation des principes de concertation et de co-construction des politiques publiques, ou la mise en place du SOLIMA (Schéma d’Orientation des Lieux de Musiques Actuelles

Le champ des musiques actuelles a déjà servi de variable d’ajustement dans les budgets de la culture, au bénéfice d’institutions administrées bien plus onéreuses. Une augmentation sensible des moyens alloués par l’Etat aux lieux de Musiques actuelles, quasi stagnant depuis 2000, devrait permettre de finaliser l’effet levier et d’impulsion enclenchés en 1998 auprès des collectivités territoriales qui peinent de plus en plus à s’investir.

La mise en œuvre du SOLIMA est un moyen de poser le sujet sur le plan territorial et d’analyser collectivement les potentialités de coopération et de mutualisation. Cela permet de prendre en compte l’ensemble de l’équilibre territorial et les enjeux propres aux musiques actuelles dans les logiques de concertation territoriales validées en 2006 par l’Etat, les collectivités territoriales et l’ensemble du secteur professionnel au travers du « Plan pour des politiques nationale et territoriales en faveur des Musiques actuelles ».

Ce travail doit être accompagné d’une volonté de réalisation par les services de l’Etat, et de moyens en conséquence.

3. Pour une défense de la liberté de choix et de la diversité culturelle

Face à la concentration financière dans le champ de la production et de la diffusion des musiques actuelles en France, avec notamment l’arrivée Live Nation, et au vu du manque de discernement d’un certain nombre d’élus dans l’attribution de leur soutien en direction de ces groupements capitalistes, la Fédurok alerte les pouvoirs publics, les professionnels du secteur, le grand public, les musiciens, et demande à ce que des garanties soient apportées en droit français et européen pour limiter ce mouvement de fond contraire à la démocratie et à la diversité culturelle.

De son côté, la Fédurok s’engage dans un travail de formalisation d’une éthique professionnelle et contractuelle avec les acteurs des musiques actuelles qui le souhaitent.

4. La consolidation de la décentralisation, et non la recentralisation

La réforme des collectivités territoriales engagée ne doit pas fragiliser et remettre en cause la capacité des collectivités territoriales à s’administrer. Elle doit au contraire les renforcer dans leur engagement pour la culture en particulier, dans la mise en place de processus de coopération, en préservant leur autonomie fiscale et le rôle politique des élus. C’est pourquoi la Fédurok s’inquiète de la réforme des collectivités territoriales qui pose un retour à l’Etat centralisateur, et remet en cause le principe constitutionnel de leur libre administration.

Elle souhaite le maintien de l’autonomie fiscale des collectivités, garantes de leur autonomie politique et prône que la culture soit envisagée comme une compétence spécifique des collectivités territoriales.

Elle s’inscrit en solidarité des élus territoriaux et appelle à rejoindre les mobilisations, notamment celle du 29 mars 2010, jour de débat du projet au Sénat.

La Fédurok


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