Étude exploratoire sur l’autoproduction des artistes de la musique

Observation

Le ministère de la Culture publie un rapport qui vise à comprendre les impacts du développement de l’autoproduction sur la trajectoire des artistes et dans les logiques d’organisation du secteur musical. Il témoigne notamment de l’émergence d’un écosystème d’accompagnants autour des artistes autoproduits.

L’autoproduction est un domaine peu étudié en France, la précédente étude de poids sur le sujet ayant été présentée par l’Adami en 2009. Ce rapport tombe ainsi à point nommé pour "explorer" les évolutions observées depuis 10 ans, à savoir que le modèle de l’artiste qui gère sa petite entreprise est devenu courant.

Si la tendance est notoire dans le hip hop ou les musiques urbaines, elle s’observe également par d’autres entrées : au sein de la Guilde des Artistes de la Musique où seuls 45% des membres sont intermittents, ou par le nouvel attrait de la SPPF à faire adhérer les artistes-producteurs. Pour sortir de nos frontières, la récente étude internationale Midia Research sur "l’ère de l’autonomisation des artistes" tend également au même constat.

C’est en partie pour constater cette ampleur nouvelle (à ce « phénomène ancien ») que le ministère à commandé cette étude exploratoire à l’Agence Phare.
Les résultats présentés s’appuient sur une analyse documentaire approfondie et sur une enquête par entretiens semi-directifs réalisée auprès de 54 professionnels du secteur de la musique, et de 33 artistes ou managers de projets autoproduits. Le périmètre de l’étude inclut les domaines de la musique enregistrée et du spectacle vivant, étant entendus comme autoproduits les artistes n’ayant pas de contrat d’artiste avec une maison de disques dans le premier cas, et n’étant pas salariés par un producteur de spectacles dans le second.

SYNTHÈSE

Impacts du développement de l’autoproduction sur le secteur musical

Reconfiguration du rôle des maisons de disques :

  • Augmentation du nombre de contrats de licence, et diminution du rôle de repérage et de production.
  • Développement de nouvelles offres pour sélectionner et accompagner les artistes.

Évolution du rôle de producteurs de spectacle vivant :

  • Diminution de l’hétérogénéité des producteurs et diminution des risques pris.
  • Ils salarient mais n’investissent pas systématiquement dans les autres volets constitutifs de la production de spectacle (répétition, scénographie…).

Émergence d’un écosystème autour des artistes autoproduits :

  • Un écosystème de prestataires et d’accompagnateurs se consolide autour des artistes autoproduits pour apporter les compétences nécessaires au développement de leurs projets musicaux.
  • Les relations des artistes autoproduits avec les prestataires – généralistes ou non – ont la particularité de permettre à l’artiste de conserver la propriété de son travail.

Impacts du développement de l’autoproduction sur les trajectoires d’artiste

Choix revendiqué ou contraint ?

  • L’autoproduction de musique enregistrée, lorsqu’elle se fait hors contrat, est le plus souvent contrainte et concerne des artistes émergents.
  • L’autoproduction peut constituer un choix de carrière quand elle est réalisée par des artistes au projet musical plus développé qui revendiquent une liberté artistique, et/ou politique, et/ou financière.
  • L’autoproduction de spectacle vivant semble plus souvent contrainte.

Les difficultés rencontrées par les artistes autoproduits :

  • Créer et gérer une structure juridique (en ayant repérer les types de structures adéquats).
  • Gérer des difficultés d’ordre technique (mix, mastering, diffusion).
  • Risque accru de se trouver en situation de pauvreté.

CONCLUSION

« L’autoproduction de musique enregistrée et de spectacle a donc un impact à l’échelle du secteur musical et à l’échelle des artistes de la musique.

L’évolution du métier des producteurs phonographiques dans l’industrie musicale d’une part, et la constitution d’un écosystème de prestataires et de partenaires pluriels autour des artistes d’autre part, témoignent du renouvellement à l’œuvre dans le secteur de la musique. On assiste à une amplification des offres d’accompagnement proposées par les majors et les gros labels indépendants qui se sont adaptés aux récentes mutations, mais aussi à l’émergence de nouveaux prestataires de l’accompagnement des artistes, le plus souvent atomisés et spécialisés.

Le développement de l’autoproduction affecte enfin les trajectoires des artistes. Ces derniers ont des motifs d’entrée dans l’autoproduction de musique enregistrée ou de spectacle assez divers. Alors que les artistes émergents et ceux dont la carrière est en déclin présentent cette situation le plus souvent comme une contrainte, l’autoproduction est un choix revendiqué pour une partie des artistes repérés par le public et les professionnels de la musique. La capacité à faire face aux difficultés – juridiques et administratives, économiques et sociales, techniques et artistiques – spécifiques à l’autoproduction dépendra ensuite des niveaux de ressources, très variés, dont les artistes disposent (compétences, financement, réseau). »


LIRE L’ÉTUDE EXPLORATOIRE (ou la synthèse)



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