EN FANFARE !
Les fanfares entre histoire et pratiques

Publié le jeudi 3 janvier 2008

Article

Qu’elles soient fixes ou déambulatoires, les fanfares relèvent de notre patrimoine musical. Et leur réalité dépasse nos frontières. À l’occasion de la sortie du Guide des fanfares, faisons un tour de cette histoire de "fous du cuivre" et des enjeux liés à une pratique qui se structure.

Fanfares et fanfarons ! Un peu d’histoire

Les fanfares sont des orchestres composés d’instruments de cuivre, auxquels on ajoute souvent des instruments à percussion. Elles s’imposent au XIXe siècle grâce à l’arrivée massive desdits cuivres qui vont détrôner les instruments populaires plus traditionnels (cornemuses, flûtes, etc.), et ce, entre autres par le biais des orchestres militaires. Il est fort probable que les fanfares militaires américaines, débarquées en France à l’occasion de la première guerre mondiale, ont été la première occasion pour les Européens de goûter au jazz ! Par métonymie [1], ce terme désigne désormais l’ensemble des musiciens formant cet orchestre. L’étymologie du terme proviendrait de l’ancien espagnol fanfa : vanterie et vraisemblablement du mot arabe : farfâr, bavard, inconstant [2].
On a ainsi pu nommer fanfares des ensembles de musique militaire, de chasse à courre, jusqu’aux fameux brass bands populaires dans des pays comme l’Angleterre, l’Allemagne, la Hollande, la Belgique. Ailleurs, ce seront les marching bands…
Quelle différence ?
Un brass band est un orchestre uniquement formé d’instruments de la famille des cuivres, ainsi que de percussions. On le dit de type anglais lorsque composé exclusivement de cuivres à perce conique (à l’exception des trombones). La trompette en est absente, au profit du cornet à pistons.
Un marching band est le terme anglais pour nommer une harmonie-fanfare où l’on retrouve d’autres instruments [3] notamment le saxophone. C’est l’orchestre de fanfare le plus représenté en France.

Mais les fanfares restent des ensembles instrumentaux qui ponctuent les moments forts de la vie d’une communauté.
La fanfare a toujours été cet orchestre dont la présence apportait une dimension sérieuse, voire pompeuse, à tout événement, que l’on se souvienne de toutes les cérémonies de commémoration, où une batterie-fanfare se trouvait présente. Sans oublier les fêtes votives où l’harmonie municipale trouve une occasion de présenter son répertoire ou ses progrès.
Gérôme Guibert dans La production de la culture, évoque l’importance de la fanfare à plusieurs titre : d’abord parce que l’implantation des orphéons (chorales et fanfares) a permis à l’Eglise et l’Etat d’éduquer musicalement le peuple, de réviser le répertoire chansonnier pour participer à la création d’un esprit national. Ainsi, les inventions d’Adolphe Sax favorisèrent [...] la multiplication des sociétés instrumentales à partir de 1860-1870. De deux-mille cinq cents en 1875, elle passèrent à dix mille en 1900. Au sein des harmonies et des fanfares, « l’instruction populaire » prit la forme de cours de solfège et d’instruments gratuits. [...] Il pouvait ainsi arriver que les harmonies fanfares rurales se produisent en ville à l’occasion de concours et remportent des prix, au grand dam de la petite bourgeoisie urbaine, qui n’appréciait pas trop de voir des ruraux les distancer. D’autre part, les musiciens, une fois sensibilisés aux bases de l’instrument, pouvaient se détourner des répertoires officiels et se réapproprier le savoir musical acquis pour animer bals et fêtes populaires.
Alors d’où vient cet esprit de « doux dingues » ? Comment s’est faite la transition entre cette image de musique sérieuse et une représentation contemporaine plus délurée et farfelue ?
Michel Bridenne, souffleur de fond et en forme, illustrateur du Guide des fanfares qui sert de support à notre propos, s’est intéressé à ce mouvement musical, grâce à la fanfare des Beaux-Arts où il a officié. Ce regroupement d’étudiants s’impose comme la véritable filiation historique de la tradition musicale et festive des fanfares du XIXe siècle qui permettait à la société parisienne de l’époque de "s’encoquiner" via des déguisements et une pseudo esthétique antique justifiant des bacchanales grandioses. Ces étudiants trouvaient par ce biais un moyen de faire la fête, la manche et de créer une cohésion ludique. D’ailleurs, c’est probablement le point sur lequel on n’insiste jamais assez : une fanfare est un trait d’union entre les générations, les genres, les personnes qui en font partie ou qui y assistent : un indémodable liant social. Car la fanfare est aussi un moyen pour le spectateur de s’approprier la rue. Jacques Blanc, directeur de la scène nationale du Quartz à Brest et organisateur du Festival Fanfares !, déclare : « une fanfare, c’est un petit carnaval » [4] et il distingue les fanfares de concert, à danser ou à défiler.

Aussi, lorsque les fanfares se déguisent (comme l’harmonie l’Espérance de Saint Coin, Testas, Pekno Parade ou l’incroyable fanfare), elles rendent hommage (parfois sans le savoir) au mouvement initial de l’orchestre militaire qui se prêtait bien à l’uniforme, puis à ses détournements, voire ses excès…
EN FANFARE ! Les fanfares entre histoire et pratiques
Les concours de fanfares peuvent compter sur les déguisements de ses groupes : diablotins, hot-dogs humains… pour participer à cette liesse populaire. Il suffit de consulter quelques sites comme celui du photographe Sébastien Guerout, pour voir des images qui montrent la dynamique ludique et de groupe animant ces rassemblements. La perruque y est un incontournable de la fête ; de même que les noms de ces fanfares (voir l’encadré).

Traditionnellement tournée vers les cuivres, la fanfare s’est progressivement ouverte à d’autres instrumentations, notamment le saxophone, en fonction des choix de couleurs musicales, mais aussi des instrumentistes disponibles. Le principe étant de retrouver le plaisir du défilé, dans leur respect de l’aspect déambulatoire (même s’il existe aussi des fanfares fixes !).
Repris au sein de la plupart des grandes écoles (Polytechnique, les Ponts et Chaussées, Arts déco Paris, Centrale, Médecine…), cela a également permis une popularisation des mouvements festifs : des ferias aux bandas, des bagads aux animations de bals.
De quoi s’assurer un réveil en fanfare [5]… particulièrement lors des concours de fanfares (comme le Concours international de fanfares étudiantes à Poitiers) initiés par les écoles, et où différents groupes « s’affrontent » sur scène autour d’un thème commun et en utilisant un décor et une mise en scène bien souvent invraisemblables. Mauvais goût délirant, prestations diverses, niveaux hétéroclites, ambiances estudiantines bon enfant, font de ces rendez-vous des incontournables de la fête.
Le répertoire s’est diversifié avec le temps et les tendances : tournant autour de reprises de morceaux festifs accommodés à des sauces diverses (funky, rock, disco…). Pourtant, dans cette profusion, d’aucuns reprochent le manque de diversité réelle dans le répertoire. Comme Denis Le Bas, directeur de la programmation musicale de Jazz sous les pommiers, le rappelle dans son interview : Mais dans cette profusion où le niveau est globalement bon, on peut reprocher une non-diversité. On a une palanquée de fanfares funk ou des Balkans. Cela manque d’originalité et de composition, c’est du copiage de quelques fanfares illustres que l’on reprend et que l’on met « à sa sauce ».
En ce qui concerne la pratique instrumentale, la tendance était plutôt à tirer le niveau vers le bas, probablement pour garder l’esprit ludique amateur et surtout ne pas perdre la fraîcheur de la spontanéité. Sur le site Cybodega, Calo Caloni, souba de la fanfare Les Sept Mercenaires, cite un article de la Discographie française où l’on pouvait lire en 1961 : Il a même fallu écarter ces instrumentistes trop doués dont l’influence devenait pernicieuse à force d’élever le niveau général, (...) ce qui est à l’opposé de l’idéal essentiel de l’Harmonie (des Beaux-Arts) dont la devise se résume en trois mots, faire du bruit... [6] À l’heure actuelle, la tendance s’est largement inversée, puisque, comme le signalent tous nos interviewés, le niveau musical en France s’est élevé et le mélange amateurs et professionnels apporte une richesse supplémentaire (cf. l’interview de Jean-Michel Boris).
On ne saurait parler de la fanfare sans rappeler que c’est un mouvement réellement populaire qui a favorisé la réappropriation, par de jeunes générations, d’instruments plus traditionnels comme les cuivres, à l’instar des orphéons et harmonies d’antan qui étaient et restent de vraies démarches locales et municipales.

Une fanfare, des instruments

Un peu de lexicologie pour s’y retrouver dans les instruments traditionnels de la fanfare que l’on croise au gré des spectacles.

À tout seigneur tout honneur : les cuivres (vibration produite par les lèvres dans une embouchure).
Cor : le cor d’harmonie ou cor français s’apparente seulement au cor de chasse. Il est présent dans tous les orchestres d’harmonie. Sa perce (forme de l’intérieur du tube) conique lui donne un son doux.
Baryton : ou saxhorn baryton en Sib, est un tuba au son clair que l’on retrouve surtout au sein des brass bands.
Bugle [7] : le bugle (flà¼gelhorn en allemand et en anglais) est un instrument de musique à vent de la famille des saxhorns (petits tubas) au son très doux et très rond.
Euphonium : il rappelle le saxhorn avec trois ou quatre pistons. Se différencie du saxhorn par sa perce plus grosse (diamètre où se loge l’embouchure) et sa sonorité plus douce et plus ronde. C’est le tuba ténor.
Hélicon : instrument de la famille des tubas à ne pas confondre avec le sousaphone, qui se porte également autour du buste. C’est la contrebasse à vent. On retrouve une forme primitive d’hélicon dès l’époque romaine.
Horn ou tenorhorn : on ne retrouve ce tuba alto quasiment que dans les brass bands à l’anglaise.
Saxhorn : petit tuba développé par Adolphe Sax au sein d’une famille de sept instruments dont les quatre plus aigus sont appelés bugles, et les trois autres, saxhorn basse (spécialité franco-belge) ou tuba, bombardon et tuba contrebasse.
Soubassophone (ou souba) ou sousaphone (terme anglais) : instrument apparenté au tuba-contrebasse, qui comporte trois ou quatre pistons. Inmanquable dans les fanfares avec son pavillon surdimensionné.
Trombone : à coulisse téléscopique, voire à pistons, son tube cylindrique lui donne un son brillant.
Trompette : la trompette actuelle la plus courante est un instrument soprano, en Sib.
Tuba : sous-famille des cuivres dont l’origine remonte au tuba curva de l’époque romaine. On le retrouve dans toutes les fanfares et avec, selon les régions et les répertoires, une forme ou une tonalité de préférence (tuba Mib dans les pays anglo-saxons, petit bugle sopranino en Mib des bandas musicales italiennes, etc.). Quelques tubas : bugle, contretuba, euphonium, soubassophone, hélicon, tuba contrebasse…

Bois
Saxophone : qu’il soit alto, baryton, soprano ou ténor, l’instrument inventé par Adolphe Sax en Belgique en 1846 fait partie de la famille des bois et non des cuivres en raison de son anche (pas d’embouchure). Cet instrument a d’ailleurs été inventé car il était capable de remplacer le violoncelle dans la fanfare, instrument difficilement déplaçable, dixit Stefff Gotkovski, directeur artistique de La Lune Rousse.

Percussions
Grosse caisse : la grosse caisse est très utilisée dans les fanfares. Frappée à la main avec une mailloche appelée cigogne, le diamètre du fût peut aller de 26 à 40 pouces, notamment pour les grosses caisses d’harmonie.
Caisse claire : composée d’un fût et de deux peaux (de frappe et de résonance), son diamètre varie entre 10 et 14 pouces et sa profondeur entre 3 et 8 pouces.
Cymbales : instrument de musique de la famille des percussions idiophones, ce disque de métal est utilisé dans les fanfares soit en tapant deux cymbales l’une contre l’autre, soit en frappant avec une baguette une cymbale qui peut être de divers modèles : crash, crash-ride,
ride, flat-top ride, china, charleston, splash, etc.

La fanfare n’est pas un genre replié sur lui-même. Le conservatisme n’y existe pas et vous aurez également l’occasion d’y croiser les instruments suivants : accordéons, bandonéons, banjos, basses, bongos, clarinettes, congas, contrebasses, cornemuses, derboukas, davuls, fifres, flûtes, guitares, hautbois, kavals, kayambs, mandolines, mégaphones, pikers, roulers, surdos, tablas, taragots, tibles, tenoras, violons, washboards, zournas...

Des difficultés à programmer des fanfares ?

Sachez que le mouvement se propage ! Depuis la technique de la contrepompe à la française reprise dans le monde entier, à des rassemblements populaires massifs que sont les festivals de fanfare comme celui de Guca en Serbie, il n’est plus un seul continent où l’on ne retrouve une fanfare « ethnique » : Jaipur Kawa brass band (fanfare du Rajasthan), La Banda municipale de Santiago de Cuba (fanfare cubaine), Flying bulgar klezmer band, Mica Petrovic, Boban Markovic, The Carnival Band. La liste s’allonge…
Pourtant, la tendance que l’on constate de plus en plus est le désir de quitter la rue.
Que la raison soit d’ordre artistique comme l’écrit Clark, banjoiste de Ceux qui marchent debout : le problème dans la rue, c’est qu’on était souvent mal employé. Genre, dans des défilés interminables juste derrière une battucada par exemple... Ou comme le précise François-Xavier Ruan, directeur artistique de Musiques de Rue à Besançon, pour des raisons techniques et économiques : de plus en plus de fanfares sont sonorisées et ne donnent plus (souvent) de spectacles dans la rue. Il y a une différenciation à faire entre la fanfare de rue et la fanfare qui joue comme un groupe en salle sonorisée. Il y a eu évolution dans la profusion, certainement parce qu’il y avait un créneau à prendre à l’heure où pas mal d’organisateurs ont levé le pied. Comme tous les musiciens essayent de trouver des cachets, c’est une manière de compléter les fins de mois.

Pour Jean-Louis Perrier, tourneur spécialisé fanfares avec qui nous avons travaillé pour réaliser Le Guide des fanfares, la réalité de son métier se heurte à un constat : si de nombreux responsables culturels sont depuis longtemps convaincus de la nécessité d’inclure des fanfares dans leur programmation, il reste encore des diffuseurs à séduire. Alors le passage de la rue à la salle apparaît plus compliqué que prévu. Particulièrement lorsque, comme le souligne encore Jean-Louis Perrier, l’ensemble des acteurs de la filière musicale ne montrent pas un grand entrain : la visibilité offerte à ces formations par les grands médias audiovisuels nationaux est restreinte voire inexistante. Il en est de même des structures discographiques qui le plus souvent en ignorent même jusqu’à l’existence. Ce qui est très typique d’un certain nombre de niches musicales qui ne peuvent trouver de distribution pour leurs disques : pas assez de volume de vente, public restreint, manque de visibilité... on rajoutera à cette difficulté la quasi-impossibilité pour les fanfares de rentrer dans la chaîne discographique, hormis en autoproduction.
Pourquoi ? les raisons sont multiples. D’une part, certaines fanfares se réfugient derrière l’effet de nombre pour masquer les fausses notes. D’autre part, faire un disque peut être ressenti comme une perte de la dynamique festive et de rue. Mais les exemples de studios qui peuvent enregistrer des fanfares ne manquent pas. Jérôme Frulin du studio Midilive nous confie : il y a beaucoup de monde, il faut donc un lieu approprié avec une excellente acoustique et suffisamment spacieux pour recevoir tous les pupitres ensemble. Le plus efficace, c’est d’enregistrer en live. Après suivant la composition de la fanfare et le son désiré, on positionne les pupitres pour optimiser la prise de son. Le choix des micros est aussi très important.
Mais le choix de l’autoproduction s’impose principalement parce que le manque de visibilité médiatique de la fanfare sur de grands réseaux radios ou télés a pour conséquence un désintérêt de l’industrie phonographique qui, crise oblige, se recentre sur des projets plus porteurs. Et même si ces relations changent, le circuit disque -> promotion-> scène est resté pendant très longtemps le modus operandi de l’industrie de la musique.
Combat de l’impossible ou genre qui doit prendre ses marques ? Optons plutôt pour la seconde version. Particulièrement, parce que la fanfare est un genre à la croisée de deux mondes, celui de la rue et des musiques actuelles, et de deux dynamiques différentes mais complémentaires : celles de l’amateur et du professionnel. Et puis, comme le rappelle si bien Pierre Arnaud, président de Pentecotavic : les professionnels sont souvent d’anciens amateurs...
La fanfare supporte encore son image de gentils musiciens parfaits pour les animations de villages. Et il est difficile de faire évoluer les mentalités, particulièrement lorsque les fanfares ont été plutôt utilisées comme moyen d’assurer la fête au lieu d’être (comme c’est normalement le cas dans les spectacles de musiques actuelles) la raison du déplacement de la foule. Difficile donc pour ces formations de modifier les comportements, hormis en devenant instigatrices de l’événement. Ce qui justifie le passage de la rue ouverte à la scène fermée et la nécessité de se confronter à des règles différentes. D’une pratique de rue, ludique et festive, on appréhende la difficulté pour ces groupes de se structurer, de répondre à une série d’obligations administratives et légales. Au même titre que n’importes quels artistes de musiques actuelles. À cela on rajoutera l’impossibilité pour la plupart des diffuseurs de salarier une dizaine de musiciens sans garantie de remplir une salle. Sale coup pour la fanfare [8]. Mais surtout étrange sentiment de déjà -vu.

Les contraintes de l’organisation d’un événement en extérieur

Organiser un spectacle de fanfare nécessite une série de compétences à mettre en œuvre, d’autorisations à solliciter, etc. Notamment car une fanfare, par son caractère ambulatoire peut s’approprier aussi bien l’espace privé d’une salle de spectacles, que l’espace public de la rue. Ce qui ne correspond pas aux mêmes démarches d’organisation. Pour l’espace privé et clos d’une salle de spectacles, les règles à respecter sont les mêmes que pour les autres concerts dans ce type de lieux (assurance, paye, gestion sonore, billetterie, taxe fiscale, etc.). Pour plus d’informations sur l’organisation d’un spectacle en général, reportez vous au guide Profession entrepreneur de spectacles.
Pour tout événement organisé en extérieur, il conviendra d’effectuer une autorisation préalable auprès de la mairie suffisamment à l’avance. Pour Paris, Lyon, Marseille, cette démarche se fait auprès de la préfecture de Police. Cette autorisation pourra vous être refusée pour différents motifs : non-respect de la sécurité publique, de l’ordre public, de la législation.
Certains spectacles ou impératifs techniques nécessiteront d’autres formalités administratives, comme :
- les interdictions de circuler ou de stationner (mairie) ;
- les implantations de calicots ou de panneaux sur la voie publique (mairie) ;
- l’usage d’une sonorisation sur la voie publique (mairie ou préfecture) ;
- l’installation d’un chapiteau (préfecture) ;
- etc.

En espace public, le passage de la commission de sécurité n’est pas automatique. Si le maire peut choisir de consulter ladite commission, celle-ci peut estimer (sans se déplacer) que vous respectez bien toutes les normes de sécurité d’après le dossier technique fourni.
Il sera de bon aloi également d’informer les différents interlocuteurs lors de la préparation du passage en fanfare. Comme le souligne le guide des bons usages édité par Horslesmurs, Organiser un événement artistique dans l’espace public : A minima, commerçants et riverains peuvent être consultés pour obtenir des renseignements pratiques sur des activités à même d’influer sur le déroulement de l’événement. Informer le commissariat ou la gendarmerie est également un choix judicieux pour dédramatiser toute situation conflictuelle avec les riverains.
Nous ne saurions que trop vous enjoindre à bien vérifier que vous êtes en conformité avec la loi portant sur la lutte contre les bruits de voisinage, car on a déjà vu des spectacles stoppés lors de représentations sur plainte des riverains. La loi fixe une émergence maximale autorisée de 5 dB (A) en période diurne (7h à 22h) et 3 dB (A) en période nocturne (de 22h à 7h).

Bien sûr, comme tout bon organisateur, vous aurez souscrit une assurance responsabilité civile.
Est dénommé "groupement d’amateurs" tout groupement qui organise et produit en public des manifestations dramatiques, dramaticolyriques, vocales, chorégraphiques, de pantomimes, de marionnettes, de variétés, etc., ou bien y participe et dont les membres ne reçoivent, de ce fait, aucune rémunération, mais tirent leurs moyens habituels d’existence de salaires ou de revenus étrangers aux diverses activités artistiques des professions du spectacle. (décret de 1953)
Un amateur est ainsi un artiste bénévole ne tirant pas ses revenus de ses activités sur scènes, et ce décret lui permet de déroger dans un certain cadre à la présomption de salariat. Le décret de 1953 risque d’être prochainement abrogé et remplacé par un projet de loi en cours d’élaboration. Ce nouveau règlement, qui limiterait le nombre de représentations mêlant professionnels et amateurs sur scène (au sens où ces derniers devront être salariés au-delà de cette limite), pourrait profondément modifier la réalité et les contraintes pesant sur la diffusion des fanfares, composées en grande partie de musiciens amateurs.

Vers la reconnaissance ou l’underground ?

La pluridisciplinarité du genre fanfare autorise leur intégration dans une programmation théâtre, arts de rue, etc.
Cette véritable spécificité permet le développement de ce secteur en augmentant mécaniquement les types de scènes possibles et les lieux d’exposition au public. C’est ce que semble défendre Laurence Baron des Accroches-coeurs : les fanfares sont de fait, une proposition artistique différente du théâtre, de la danse, du cirque mais qui fait entièrement partie d’une programmation de rue. Les fanfares peuvent jouer en fixe ou en déambulatoire, sur une place,
dans la rue, renforcées un projet global (ex : participation à la clôture du
festival…). Hormis les instruments à transporter, elles sont techniquement autonomes, permettent les liens entre les spectacles fixes, elles sont facilement repérables, puisque sonores, permettent rapidement une ambiance festive.

Cela veut-il dire qu’une fanfare dispose de plus d’atours et d’attraits pour se faire programmer ? Si c’était le cas, le nombre de fanfares professionnelles serait bien plus important. Le problème ne se pose-t-il pas plutôt en termes de structuration de pratiques et de reconnaissance de la réalité économique de celles-ci ?
Viser la reconnaissance passe bien souvent par la création d’un réseau ou d’une fédération qui défend des valeurs communes, à l’instar de ce qui existe dans les musiques du monde, traditionnelles, ou autres (FAMDT, Zone Franche, CIMT).
Qui sont les interlocuteurs institutionnels pour les fanfares ? Il existe une Union des fanfares de France orientée batterie-fanfare et harmonie-fanfare, ainsi qu’une Confédération française des batteries-fanfares.
Mais existe-t-il vraiment un réseau de diffusion fanfare ? [9] Pas vraiment, hormis des groupements informels. Il s’agit d’un petit milieu qui fonctionne localement par la reconnaissance des pairs. Ne disposant pas d’un réseau national fort et identifié, les fanfares, à l’instar de n’importe quel groupe, essayent de se faire programmer dans des festivals, ou de s’inscrire dans des regroupements de fanfares amateurs (du type batterie-fanfares). Mais elles se frottent aux mêmes difficultés que n’importe quel artiste se produisant sur scène sans un environnement idoine.
Certaines fanfares arrivent à tourner, y compris à l’étranger comme le raconte Vincent de No Mad Band : une rencontre [10] a conduit le groupe à écumer trois années de suite la Slovénie, jouant dans des clubs de jazz, des festivals, des fêtes de la bière, etc. Mais l’anecdote est trop spécifique pour vraiment en faire un cas d’espèce, sur l’export de ce type de formation à un niveau professionnel ou professionnalisant.
Cela renforce toutefois le sentiment que ce mouvement festif par essence a de beaux jours devant lui, en raison notamment de son adaptabilité, en terme de scènes, de publics et de mobilité internationale. Et de posture : les fanfares d’aujourd’hui reprennent à leur compte une certaine idéologie « rock ’n roll » des origines [11] !
Pourtant, le mouvement fanfare est pétri de contradictions. Mélangeant amateurs et professionnels, permettant une expression musicale populaire de grande ampleur, il facilite la pratique du plus grand nombre et la réappropriation de l’espace public.
Mais surtout, la fanfare bouscule l’institution... parce qu’elle propose une alternative à l’apprentissage traditionnel lors de l’entrée en musique.
Quand François-Xavier Ruan affirme dans son interview : Il y a en plus aujourd’hui une vraie ouverture sur le monde, la musique dans la rue est la plus pratiquée sur la terre ! Jean-Michel Boris répond : la pratique enamateur a parfaitement saisi qu’il fallait avancer et ne pas rester à des systèmes basiques, c’est ainsi que des musiciens professionnels ont apporté leur participation par le biais d’orchestrations plus accomplies qui ont donné aux fanfares un coup de neuf et plus de modernité. Et Denis Le Bas de faire le contrepoint : À l’échelle locale à Coutances, il y a une fanfare formée par un professeur de saxophone qui y a inclus les élèves de l’école de musique. Ce qui a un côté motivant et entraînant qui positive l’apprentissage de la musique de façon assez joyeuse. La fanfare amateur reste une bonne « entrée en musique.
La fanfare est un des meilleurs moment d’interaction dynamique entre un groupe et son public. Pour François-Xavier Ruan, la rue développe énormément la créativité et l’imagination. La relation au spectateur/auditeur est très forte, car il n’est pas consommateur.


Toutefois, en même temps, ledit mouvement fanfare montre quelques difficultés à sortir de ces notions festives, insouciantes, et non professionnelles. Alors que d’aucuns ne souhaitent pas se professionnaliser ou vivre de leur art, il nous a semblé important de faire figurer tous les artistes les plus intéressants dans ce Guide des fanfares.
La fanfare, mouvement populaire par essence, stigmatise toutes les contradictions de la pratique musicale et de la profession. Des musiciens amateurs qui se retrouvent programmés aux côtés de professionnels, confrontés aux difficultés du métier et à la précarité du statut lorsqu’ils souhaitent se professionnaliser... Sans oublier les interprètes qui souhaitent rester amateurs, alors qu’ils ont une pratique musicale qui les amène à être sur les routes fréquemment. Et ce, de façon encore plus criante, alors que la demande d’animations par une fanfare augmente toujours plus, confirmant son rôle de liant social et de pratique festive.

Jean-Noà« l Bigotti

Toutes les photos sont de Sébastien Guérout
Hormis la vignette d’illustration de l’article qui provient du site de Surnatural Orchestra. Longue vie à Surnat’
Le présent document a été rédigé en utilisant des sources diverses :
GUIBERT Gérôme, La production de la culture - Le cas des musiques amplifiées en France : genèses, structurations, industries, alternatives, Paris, Irma/Mélanie Seteun, 2006. Wikipedia, le site www.cnrtl.fr, le savoir de Michel Bridenne, les capacités scrutatrices avisées d’Elsa Cunci, Elise Vaugeois et Sarah Bonet, le Guide des bons usages Organiser un événement artistique dans l’espace public, HorsLesMurs, Paris 2007, Philippe Audubert Profession entrepreneur de spectacles, Irma, Paris 2007, la Fiche pratique 17 : L’organisation de spectacles.


[1Glissement de sens.

[2Pour info, fanfaron est également un emprunt à l’ancien espagnol fanfarrà³n, dérivé de la même racine onomatopéique que fanfare.

[3Pourquoi les fanfares avancent-elles en jouant ? Pour s’éloigner du bruit.

[4In L’Hebdo du Finistère, supplément du courrier du Léon, Mai 2007.

[5Réveil brusque, sans douceur et généralement très bruyant.

[6Cité sur cybodega.free.fr, cet extrait provient de l’article « de la musique au mètre cube » dans la Discographie française du 15 mai 1961.

[7Attention : le mot anglais « bugle » désigne un clairon.

[8Locution familière signifiant une sale histoire, une affaire qui tourne mal. Utilisée par Courteline en 1888. Source Lexilogos.

[9Pour mémoire, il a existé un Réseau fanfare à vocation internationale rassemblant des équipes d’opérateurs culturels, mais qui n’était pas spécifique aux fanfares.

[10pour la petite histoire, initiée par deux musiciens du groupe, partis en Australie en tracteur et qui ont noué des relations d’amitié avec une salle à Logatech en Slovénie.

[11Trois répéts et tout le monde dans le camion !

Mis à jour le 25 juillet 2014

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