Drôle d’ambiance, l’état d’urgence

Politiques culturelles

Depuis quelques mois, des artistes, des festivals et des salles de musiques actuelles subissent des intimidations, des provocations et une répression inédites dans l’histoire de notre pays. Plusieurs organisations professionnelles ont signé un communiqué pour alerter contre "le délit de sale musique" ambiant.

Communiqué du 13 janvier

Drôle d’ambiance, l’état d’urgence !

Depuis quelques mois, des artistes, des festivals et des salles de musiques actuelles subissent des intimidations, des provocations et une répression inédites dans l’histoire de notre pays.

Plusieurs festivals qui se sont tenus cet été et cet automne, organisés par des professionnels et aussi soutenus par les collectivités territoriales ou le ministère de la Culture, ont été la cible de pressions et d’interventions policières, pour le moins démesurées : contrôle des voies d’accès avec quadrillage des agglomérations voire des départements, commissions rogatoires et contrôles à l’intérieur des sites. Ceci au nom d’une politique du chiffre et du résultat qui, en matière de résultat, n’en a donné que d’insignifiants... Si ce n’est une médiatisation négative qui met en péril les prochaines éditions.

La pression s’exerce aussi sur les salles avec, dans certains cas, une présence des forces de l’ordre non concertée et qui dépasse largement la nécessaire sécurité publique. On est là dans la provocation et l’intimidation, avec des conséquences néfastes pour la fréquentation et l’image de ces salles, ouvertes à tous les publics et dont l’un des objectifs est la socialisation et le « vivre-ensemble ». Certains responsables de salles sont aussi convoqués par les gendarmeries, les commissariats ou les mairies pour expliquer la présence de tel ou tel style dans leur programmation. D’autres se sont déjà vus « conseiller », voire interdire, de ne pas présenter des styles comme le rap ou la techno.

Récemment, 150 députés de l’UMP ont stigmatisé des artistes rap et ont relié les émeutes de novembre et un genre musical « qui n’est pas un type de musique qui s’adresse à un public averti (...) Ce phénomène musical là n’est pas du tout étranger à ces violences ». Nous dénonçons ces amalgames et ces raccourcis intellectuels qui visent à éluder les vrais problèmes d’ordre politique, économique et social.

Enfin, la gestion calamiteuse et l’annulation du teknival de Rennes par le ministère de l’Intérieur, début décembre, démontrent l’incapacité de celui-ci à dialoguer avec la jeunesse et de construire en concertation un événement. Bien loin des effets de manche passés et des déclarations médiatiques sur le règlement du problème des free parties, le ministère de l’Intérieur préfère l’affrontement, justifié à posteriori par un affligeant « ça aurait pu être pire ».

L’ensemble de ces faits participe d’une volonté politique de fragmenter la société française, d’opposer entre eux les différents groupes sociaux, ethniques, culturels, générationnels et de fragiliser les esprits des élus locaux et des citoyens par une stratégie de la peur, de l’amalgame tendancieux et d’un populisme qu’on pensait réserver à l’extrême droite.

Nous déplorons ces atteintes aux expressions culturelles, en particulier de la jeunesse et la stigmatisation de population et d’expressions artistiques et culturelles. Nous déplorons aussi l’absence d’une politique de soutien au secteur culturel et associatif en général pourtant indispensable.

Les artistes, le public et les professionnels du spectacle aspirent à pouvoir vivre, dans la sérénité et la convivialité, ces moments, essentiels pour chacun et vitaux pour nous tous, que sont la transmission et le partage d’oeuvre artistique, les échanges culturels et la rencontre avec autrui dans le respect des différences.

A un peu plus d’une année d’une échéance électorale, nous demandons que dans les ambitions politiques qui se déclarent, les pratiques artistiques et culturelles des musiques actuelles pourtant très présentes dans le quotidien de nos concitoyens soient prises en compte positivement et sans stigmatisation, à l’inverse de ce que nous vivons, depuis plusieurs mois, sur le terrain.

Ce communiqué est signé par les organisations professionnelles suivantes :

AFIJMA (Association des Festivals Innovants en Jazz et Musiques Actuelles) - contact@afijma.asso.fr
FAMDT (Fédération des Associations de Musiques et Danses Traditionnelles) - info@famdt.com
Fédurok (Fédération de lieux de musiques amplifiées/actuelles) - info@la-fedurok.org
Prodiss (Syndicat National des Producteurs, Diffuseurs et Salles de Spectacles) - prodiss@wanadoo.fr
SMA (Syndicat des petites et moyennes structures non lucratives de Musiques Actuelles) - info@sma-syndicat.org
Synapss (Syndicat National des Petites et moyennes Structures de Spectacles) - synapss.usr@medias.cite.org
Zone Franche (Réseau des Musiques du Monde) - contact@zonefranche.com


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