Digital music report 2015 : le numérique fait jeu égal avec le physique

Publié le jeudi 16 avril 2015

Musique enregistrée

Pour la première fois dans l’histoire de la musique enregistrée, les revenus de la musique numérique et ceux des ventes physiques font jeu égal, annonce l’Ifpi, qui a publié mardi 14 avril le Digital Music Report 2015.

C’est donc un événement historique. C’est en tout cas comme cela que le présente l’Ifpi, dans son rapport annuel mondial, Ifpi digital music report 2015. Pour la première fois dans l’histoire de la musique enregistrée, les revenus de la musique numérique et ceux des ventes physiques font jeu égal. En 2014, le chiffre d’affaires mondial de la musique enregistrée s’élève à 14,97 milliards de dollars, quasiment stable par rapport à 2013 (- 0,4%). Les revenus issus du numérique s’élèvent en 2014 à 6,85 milliards de dollars (+ 6,9%), représentant 46% du marché global. Le physique représente également 46% du marché avec un montant global de 6,82 milliards de dollars. Les droits voisins s’élèvent à 0,95 milliards de dollars (+8%) et la synchronisation à 0,35 milliards de dollars (+8,4%).

Pour Frances Moore, directrice générale de l’Ifpi, « la musique enregistrée reste l’industrie créative la plus avancée sur le plan numérique, et après des phases de transition successives, elle poursuit sa mutation en s’adaptant aux nouveaux usages des consommateurs. La parité atteinte par les revenus issus du numérique avec ceux des ventes physiques est le premier indicateur de cette évolution. Nous sommes encore en quête d’une croissance annuelle pérenne, et si le chemin est tortueux, nous faisons chaque année un grand pas dans la bonne direction, en adoptant de nouveaux modèles, en octroyant de nouvelles licences, en investissant et en élargissant les choix proposés aux consommateurs ».

Streaming : 41 millions d’abonnés dans le monde

Les consommateurs de musique seraient-ils donc passés clairement de l’ère de la possession à l’ère de l’accès ? C’est en tout cas ce que suggère le rapport de l’Ifpi : ils sont de plus en plus nombreux à délaisser le téléchargement (qui recule de 8%) pour aller vers les offres de streaming (+39% pour le streaming par abonnement, soit 1,55 milliards de dollars).

Le nombre d’abonnés à des services de streaming payant progresse de 46,4% pour atteindre 41 millions d’individus dans le monde (28 millions en 2013, 8 en 2010). Avec une part de marché de 23% du chiffre d’affaires numérique mondial, les abonnements aux services de streaming ont réalisé 1,6 milliards de dollars. Facteurs essentiels de cette croissance du streaming, la multiplication exponentielle des smartphones et les partenariats avec les opérateurs de téléphonie. Selon une étude eMarketer.com, citée par l’Ifpi, la pénétration des smartphones a augmenté de + 25,1% en 2014 pour atteindre 1,76 Mds d’utilisateurs, soit 24,5% de la population. En 2018, ces chiffres devraient atteindre respectivement 2,73Mds et 36,5%, laissant entrevoir un potentiel de croissance non négligeable.

Ce mouvement devrait se poursuivre en 2015, avec le lancement de nouvelles offres proposées par des acteurs clés, ou l’introduction des acteurs historiques sur de nouveaux marchés, Deezer aux États-Unis, Spotify au Canada ou Rdio en Inde. YouTube a ainsi lancé la version beta de son service de streaming, Music Key, en novembre 2014 en Finlande, Irlande, Italie, Portugal, Espagne, Grande-Bretagne et aux États-Unis. Avec l’acquisition de Beats pour 3 milliards de dollars, le service de streaming d’Apple est attendu pour mi-2015, avec une connexion à l’environnement iOS et un accès disponible pour les millions de propriétaires d’iPhones. Reste aussi à observer comment va se positionner Tidal, l’offre de Jay-Z rejoint par un parterre de stars mondiales.

Des marchés disparates

Derrière les chiffres globaux se cache en réalité de fortes disparités entre et à l’intérieur des principaux marchés mondiaux.

En Amérique du Nord tout d’abord. Aux États-Unis, le marché est en hausse de 2,1% en 2014, avec une progression des revenus issus du numérique qui compense la baisse des ventes physiques. Les revenus issus du numérique ont atteint 3,4 milliards de dollars, soit près de 3/4 des revenus de la musique enregistrée (71%). Ils incluent désormais les revenus collectés et reversés aux producteurs par SoundExchange (au titre de la diffusion de musique sur les services de radios sur Internet tels que Pandora). Ces derniers s’élèvent à 773,4 millions de dollars, et progressent de 31% en 2014. Le chiffre d’affaires du streaming par abonnement augmente de 33,5% et celui du streaming financé par la publicité de 21,4%. Les téléchargements ont baissé de 7,2%, représentant désormais 55% du marché numérique. De son côté, le Canada enregistre une baisse du marché global de 11,3%, dont -20.8% pour le physique et -3.9% pour le numérique.

Revenus par zone géographique (en milliards de dollars)

En Amérique latine, le marché affiche une croissance soutenue. La forte progression observée en 2013 se poursuit en 2014, avec une hausse des revenus globaux de 7,3%, les performances du numérique (+33,7%) ayant rapidement compensé le déclin des ventes physiques. C’est la zone dans laquelle les ventes de musique ont progressé le plus rapidement ces 4 dernières années. Elles représentent 4% des revenus mondiaux (3% en 2013). La croissance des revenus numériques dans cette zone a été de +32,1% en un an, comparée à leur progression mondiale de 6,9%.

En Asie, la tendance est en revanche à la baisse, avec un résultat global de -3,6%, malgré une forte croissance en Corée du sud (+19,2%, la plus forte de 2014), et des résultats positifs en Chine (+5,6%), Indonésie (+16,3%), et Singapour (+4,7%). Au Japon, le chiffre d’affaires numérique est en croissance en 2014 pour la première fois depuis 5 ans (+4,9%), essentiellement en raison de la forte progression du revenu des abonnements. Mais le marché global japonais est toujours à la baisse, même si celle-ci ralentit par rapport à 2013 (-5,5% contre -16,7% l’an passé). Le marché indien reste pour sa part négatif, avec une baisse de -10,1%.

C’est en Europe, qui affiche une baisse globale de -0,2%, que la situation est la plus hétérogène. Premier marché de la zone, l’Allemagne progresse de 1,9%, avec des ventes physiques qui restent plus importantes qu’ailleurs et un streaming par abonnement qui gagne du terrain auprès des consommateurs. La croissance est également au rendez-vous en Espagne (+15,2%), en République Tchèque (+4,6%), au Danemark (+2.%), en Hongrie (+7,8%), en Islande (+0,7%), en Irlande (+8,5%) et en Slovaquie (+13,5%). En revanche, une baisse des ventes est enregistrée en France (-3,4%), en Italie (-4,1%) et en Grande-Bretagne (-2.8%).


Consulter le rapport
Ifpi digital music report 2015



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