Croissance contrastée pour l’édition musicale

Économie

La CSDEM et la CEMF, chambres syndicales des éditeurs, présentent le Baromètre de l’édition musicale, dont les données économiques, financières et de gestion concernent les années 2017 et 2018. Il en ressort que le marché pèse près de 400 M€ et suit des des évolutions contrastées selon les segments.

Restitution le 28 janvier au cinéma Balzac (Paris).

Après une restitution des premiers chiffres de ce baromètre à l’occasion de la convention MaMA en octobre dernier, la CSDEM et la CEMF ont présenté la publication définitive de ces données le 28 janvier à Paris.
Ces données portent notamment sur les effectifs des entreprises, les résultats financiers, les investissements et les financements extérieurs (sur un panel de répondant représentant 56% du montant total des droits SACEM reversés aux sociétés d’édition musicale en 2018).

L’évolution du marché est à mettre en parallèle avec l’évolution du métier d’éditeur ces dernières années : "Son rôle s’est considérablement élargi. Il porte à la fois sur le développement de la carrière et la défense des intérêts des auteurs et compositeurs, mais aussi sur le financement de leurs créations, sur la diffusion et l’exploitation commerciale des œuvres, et sur leur valorisation en France et à l’international".
Les deux syndicats ont même modélisé, sous forme de schéma, ce que représente aujourd’hui les différents pans d’activité d’un éditeur musical :

En matière d’emploi, les conséquences de cette complexification et de la multiplication des contrats sont l’augmentation des postes administratifs, le tout dans un bassin d’emploi stable après plusieurs années de contraction (où 85% des effectifs bénéficient d’un CDI et où les femmes représentent près de 60% des effectifs totaux !).

EXTRAITS - Le marché éditorial français 2017/2018


Évolution et composition du marché éditorial

Le marché éditorial a atteint 393 M€ en 2018, en progression de 7% par rapport à 2017. L’analyse du marché met en évidence des évolutions contrastées selon les segments :
- les répartitions SACEM (gestion collective) ont augmenté de 3% sur un an, grâce à la progression des droits digitaux (+17%) et la bonne tenue des droits d’exécution publique (+4%), qui ont compensé le repli des droits mécaniques (-4%),
- les droits de synchronisation, qui consistent à placer des œuvres dans des campagnes publicitaires, des films et des séries TV, ont bondi de 33%,
- les droits étrangers / droits export, qui concernent les œuvres françaises à l’étranger et sont collectés par les sous-éditeurs hors de France, ont augmenté de 7%,
- les droits spécifiques à la musique classique, composés des ventes de partitions, des locations de matériel d’orchestre, des droits de reprographie SEAM et des grands droits, ont reculé de 7%,
- les autres droits, composés principalement des droits de licences graphiques, des commissions de gestion, des droits voisins sur les masters, ont progressé de 23%.

La gestion collective opérée par la SACEM porte sur les droits mécaniques (exploitation phonographique et vidéographique, copie privée, étranger), les droits d’exécution publique (spectacle vivant, radio, télévision, diffusion dans les lieux publics, étranger) et les droits digitaux (streaming, téléchargement, sonneries mobiles). Elle représentait encore près des deux tiers du marché éditorial en 2018. Toutefois, son poids a baissé de 4 points par rapport à 2014, au profit de deux activités de gestion directe : la synchronisation (17% du marché en 2018, +3 points en 4 ans) et les droits « export » provenant de l’étranger perçus en direct par les sous-éditeurs (12% du marché en 2018, +2 points en 4 ans).

Gestion collective, quelles tendances ?

La hausse des répartitions aux éditeurs (+3% en 2018) n’a pas suivi celle des répartitions SACEM (+5%).
Si les tendances sont sensiblement les mêmes pour les droits mécaniques et les droits d’exécution publique, un écart important existe pour les droits digitaux. En effet, la forte croissance du numérique dans les répartitions générales ne se retrouve que partiellement dans la part redistribuée aux éditeurs. Cette situation est due à l’existence d’accords paneuropéens qui se traduisent par le reversement hors de France d’une partie des droits digitaux collectés par la SACEM.

La cartographie du marché éditorial

Le marché éditorial est réparti sur 3 secteurs : la Pop, le Classique et la Librairie Musicale.
La Pop (81% du chiffre d’affaires des répondants au baromètre en 2018) couvre l’ensemble des chansons de variétés, de rock, de rap, de jazz, d’électro, etc. La musique classique (10% du chiffre d’affaires) tire l’essentiel de ses revenus de la vente de partitions et de la location de matériel d’orchestre. Enfin, la librairie musicale (9% du chiffre d’affaires) est spécialisée dans la production et le développement d’œuvres destinées aux professionnels de l’audiovisuel et des médias.

Les éditeurs représentant l’échantillon enquêté ont généré un chiffre d’affaires moyen de 6 M€ en 2018, pour un chiffre d’affaires médian d’environ 655 k€. Plus de 60% d’entre eux réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 1 M€. À l’échelle du marché éditorial total, les majors (éditeurs réalisant plus de 10 M€ de chiffre d’affaires) ont représenté un peu moins de 50% de l’activité en valeur en 2018.

Le poids du répertoire local et des nouveaux talents

Les éditeurs consacrent une part importante de leur activité aux nouveaux talents. En 2018, ces derniers ont représenté :
- près d’un tiers des revenus éditoriaux du répertoire local (qui représente lui-même un tiers de l’ensemble des revenus éditoriaux SACEM et hors SACEM),
- près de 40% de la NPS (Net Publisher Share = marge brute des revenus éditoriaux) du répertoire local (qui est lui-même à l’origine de près des deux tiers de la NPS totale).

Les chiffres clés sur les œuvres
  • +7% : l’évolution du nombre total d’œuvres entre 2017 et 2018.
  • 29 € : le chiffre d’affaires moyen généré par chaque œuvre (œuvres françaises ou étrangères confondues) en 2018, en baisse de 3% sur un an.
  • 135 € : le revenu éditorial moyen généré par chaque œuvre française en 2018, en baisse de 7% sur un an.
  • +13% : l’évolution du nombre d’œuvres locales entre 2017 et 2018.
L’évolution des contrats de préférence

Le nombre de contrats de préférence s’est établi à 896 en 2018, en hausse de 11% sur un an, grâce à l’augmentation des nouvelles signatures et des renouvellements de contrats existants. Cette croissance a été essentiellement portée par l’urbain (+26%), soutenue par la forte progression des nouveaux contrats signés dans l’année (+60%).

L’évolution du nombre de nouvelles œuvres éditées

Le nombre de nouvelles œuvres françaises éditées a progressé de près de 60% en 2018, pour atteindre environ 15 000 œuvres. Cette dynamique a concerné aussi bien les auteurs confirmés que les nouveaux talents. Ces derniers représentaient près des deux tiers de ces nouvelles œuvres en 2018, soit 16 points de plus par rapport à 2014.

L’évolution des investissements en avances

Les investissements des éditeurs se sont accentués, avec une hausse d’environ un tiers des avances versées en 2018 et de 14% des avances cumulées en 2018. Cette évolution traduit le fort volontarisme des éditeurs en termes de signatures, mais aussi leur prise de risque accrue en termes d’investissement.

L’évolution des avances récupérables

Le montant global des avances récupérables (soit recoupables) a progressé en 2018, en particulier pour des auteurs ou projets confirmés en France (+41%). Toutefois, le poids de ces derniers s’est érodé au profit des nouveaux talents en France et des sous-éditions / import.

Les chiffres clés sur les dépenses liées aux projets éditoriaux
  • +6,5% : la croissance des dépenses liées à des projets éditoriaux (frais directs non récupérables et frais de personnel permanent) par rapport à 2017.
  • 64% : le poids des nouveaux talents dans l’ensemble des investissements non récupérables en 2018.
  • +10% : la croissance du nombre de projets éditoriaux consacrés à des nouveaux talents par rapport à 2017.
  • +8,5% : la croissance des investissements non récupérables consacrés à des nouveaux talents par rapport à 2017.
  • 48% : le poids des projets éditoriaux relatifs à des nouveaux talents dans l’ensemble des projets en 2018.
  • 15% : le ratio des investissements non récupérables sur la marge brute des revenus éditoriaux pour des projets liés aux nouveaux talents en 2018.
L’érosion de la rentabilité des éditeurs

Malgré une progression de 3,6% du chiffre d’affaires, la rentabilité des éditeurs baisse de 5,4% en 2018, du fait :
- de la hausse des dépenses non récupérables (+4% en général et +9% sur les nouveaux talents), liée notamment à l’augmentation du nombre de projets éditoriaux (1 105 en 2018, +11% par rapport à 2017)
- de l’augmentation des frais de personnel : +7% entre 2017 et 2018


En conclusion du baromètre, la CSDEM et la CEMF pointent que "les éditeurs parviennent, pour l’instant, à maintenir leur niveau d’activité grâce à des efforts d’ordre financier", mais également grâce au développement de la gestion directe (pour les synchronisations notamment) qui compense le tassement des droits issus de la gestion collective.

Les syndicats estiment pour autant que "le chiffre d’affaires en hausse ne masque pas l’érosion de la rentabilité de la plupart des éditeurs, quelle que soit leur taille", et en appellent aux autorités politiques pour la mise en place d’un crédit d’impôt en faveur de l’édition musicale.

Économie - Business , Edition musicale , Étude - Rapport , Métier


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