Carrières et parcours d’artistes

Publié le mardi 3 septembre 2013

Article

Après avoir présenté l’année dernière les nouveaux usages et services dans la filière musicale, l’Irma a décidé de donner cette année, à l’occasion de la sortie de L’Officiel de la musique 2014, la parole aux artistes. D’horizons et d’univers différents, douze artistes racontent leur parcours singulier, en développement pour certains ou plus installé pour d’autres. À lire leurs itinéraires, qu’ils soient solistes ou en groupe, nés dans la crise ou avant, une chose marque : dans une économie en mutation, ils se prennent en main !

Dans ce panel, le chanteur Kent fait office de grand témoin avec sa quinzaine d’albums et ses presque 40 ans d’activisme musical. Il regarde les grands bouleversements subis par l’industrie d’un œil acerbe et fataliste tandis que les plus jeunes n’ont eu d’autres choix que d’avancer dans la tempête. Mesparrow, Le Prince Miiaou ou Jil is Lucky se sont appuyés sur Myspace à leurs débuts. Comme d’autres, JC Satan ou Chinese Man se sont construits au gré du live et des tournées tandis que Thomas Enhco et Youn Sun Nah poursuivent une carrière internationale déjà bien riche. Entre les deux générations, des artistes éclos juste avant la crise comme Rebotini, les Psy4 de la Rime, Kan’Nida ou Chassol se sont adaptés, chacun continuant son petit bonhomme de chemin à son rythme.

À les écouter raconter leur itinéraire, qu’ils soient solistes ou en groupe, nés dans la crise ou avant, une chose marque : ils se prennent en main et se sont fabriqués eux-mêmes, conscients de ce qu’ils font et des réalités économiques dans lesquelles ils évoluent, mais ils n’oublient jamais de souligner l’importance des rencontres artistiques ou professionnelles qui ont jalonnées leur histoire.

Certains voient plus loin que le marché français et mettent la priorité à l’international. D’autres ont profité d’opportunités de synchronisation sur des publicités ou de leur réussite à des concours pour faire décoller leur renommée. Une constante aujourd’hui : la plupart des artistes accordent une importance grandissante à la vidéo et à l’image.

Bref, la multiactivité artistique est au cœur de certains parcours. Kent écrit pour d’autres, Rebotini et Chassol sont également arrangeurs, Thomas Enhco compose pour le cinéma et les Psy4 de la Rime comme Chinese Man ont monté leur propre label qui leur permet aujourd’hui de développer de jeunes pousses. L’entraide et l’échange semblent des prolongements naturels à leurs activités artistiques… comme si, crise aidant, les liens s’étaient resserrés.

AVEC LES TÉMOIGNAGES DE :

Kent

Psy4 de la Rime

Chinese Man

Mesparrow

Le Prince Miiaou

JC Satan

Jil is Lucky

Rebotini

Chassol

Thomas Enhco

Kan’Nida

Youn Sun Nah


KENT

« Le fameux statut "d’artiste maison", engagé dans la durée auprès d’une maison de disques avec qui il peut discuter, négocier, parler de sa carrière, etc. est en train de disparaître. »

© Franck Loriou

Chanteur français promu sur le devant de la scène avec son groupe rock Starshooter à la fin des années 1970, Kent a depuis roulé sa bosse à travers une riche carrière solo. Une carrière qui dure et qui l’amène également aujourd’hui à s’investir dans la défense du statut de l’artiste…


> Quelles sont les étapes ou les rencontres qui ont été déterminantes dans votre carrière ?

Ma première rencontre importante a été celle du directeur artistique Philippe Constantin. C’était en 1977 ou 1978. Avec Starshooter, le groupe dans lequel je jouais, nous avions fait la première partie de Jacques Higelin, et c’est là que je l’ai rencontré. Nous avions fait un concert plutôt réussi, et il nous a laissé son numéro de téléphone… C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’existence des directeurs artistiques. Mon entrée en matière dans le métier, c’est grâce à lui.

La seconde étape est intervenue 10 ans plus tard, lorsque j’ai quitté Lyon pour monter sur Paris et faire de la musique en solo. Starshooter s’était arrêté 4 ou 5 années auparavant, un peu comme s’arrêtent tous les groupes… On était arrivé au bout d’un truc, et chacun avait des envies différentes. Starshooter était un groupe de rock et, personnellement, j’avais aussi envie de faire autre chose que du rock. Du coup, à Lyon, je trouvais mon milieu musical un peu limité et je commençais à tourner en rond. À Paris, j’ai passé mon temps à rencontrer des gens et j’ai rencontré les bons compagnons. C’est comme ça que j’ai pu lancer ma carrière solo.

> Comment s’est tissée votre carrière à partir de ce moment-là ?

Je me suis retrouvé à Paris et j’ai bossé entre autres avec le guitariste Jacques Bastello. Lui cherchait des textes, et moi je cherchais un musicien pour arranger mes chansons, voire m’aider à composer. À ce moment-là, j’ai découvert une autre façon de travailler avec d’autres personnes, sans pour autant que ce soit dans une ambiance de groupe. C’est également là que j’ai découvert le travail sur les premiers ordinateurs Atari. Il s’agissait d’une révolution pour l’époque, car on pouvait créer des arrangements avec. J’étais épaté. Je n’y comprenais pas grand-chose, mais j’étais épaté.

Les autres collaborations sont venues une fois que ma carrière solo a démarré. On a commencé à m’appeler pour écrire des textes pour d’autres chanteurs ou chanteuses. C’était quelque chose que je souhaitais faire depuis longtemps, et les opportunités se sont présentées à ce moment-là.

>Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’industrie musicale ?

C’est un peu comme si j’étais sur le toit d’une maison et que je regardais passer l’inondation. J’ai une vision un peu fataliste. Pas désespérée, mais fataliste. Je ne sais pas où va l’industrie musicale, où ça mène… Cependant, j’aimerais bien que, dans cette histoire, on ne perde pas les acquis obtenus sur le statut de l’artiste et sur les droits d’auteur. Ok, nous sommes dans un bouleversement, et on ne sait pas quand tout ça va se stabiliser, mais en attendant, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. En ce moment, les majors sont en train de faire n’importe quoi juste pour des questions de profit à court terme. Elles sont en train de tout jeter pour garder leurs 15 % de bénéfice, et c’est extrêmement dangereux car c’est un jeu nuisible à la création.

À l’inverse, j’aime beaucoup la position de la France sur l’exception culturelle. Ce n’est pas le village d’Astérix qu’on défend, c’est une notion qui doit s’étendre au monde entier pour protéger la création.

> Est-ce pour ces raisons que vous participez à la Gam, la Guilde des artistes de la musique ?

Oui, la Gam permet justement aux artistes de mettre en commun leurs réflexions, leurs questions et leurs inquiétudes, entre autres par rapport à cette inondation qui est en train de déferler.

Il s’agit d’un regroupement d’artistes principaux qui se réunissent, car le métier d’hier est en train de disparaître. Le fameux statut « d’artiste maison », engagé dans la durée auprès d’une maison de disques avec qui il peut discuter, négocier, parler de sa carrière, etc. est en train de disparaître. Aujourd’hui, les maisons de disques font des contrats à 360° qui sont beaucoup plus contraignants. Elles prennent l’argent sur les ventes de disques, mais également sur tout ce que fait l’artiste, voire sur tout ce qu’il est puisqu’elles se rémunèrent aussi sur son image, ce que je trouve très discutable. L’artiste peut devenir produit pour de la publicité sans qu’il ait son mot à dire ! D’un autre côté, ceux qui ne veulent pas signer ces contrats sont plus ou moins contraints de créer une nouvelle façon de faire de la musique, en passant par l’indépendance, ce qui est mon cas et celui de nombreux autres artistes aujourd’hui.

La Gam est une façon de partager les expériences de chacun et de voir ce qui est améliorable. C’est avant tout un think tank où on réunit les réflexions, et si tout le monde est d’accord sur un point, on monte au créneau au niveau des négociations, que ce soit au niveau du Parlement européen, des maisons de disques, des quotas radio, etc.

L’idée n’est pas de se substituer à des organismes qui nous aident comme l’Adami ou la Sacem, mais d’être présent à la table des négociations avec eux. Parce que l’Adami défend un certain aspect de notre travail, la Sacem aussi, les syndicats aussi, mais cela reste parcellaire. Nous voulons défendre notre statut de manière globale.

Découvrez le site officiel de Kent


PSY4 DE LA RIME

« Il fallait également que l’on fasse profiter de notre expérience dans le business à d’autres artistes. »

© Aka Design

Soprano, fondateur du groupe de rap marseillais Psy4 de la Rime, évoque leurs débuts juste « pour le style » jusqu’à l’avènement de leur structure de production et de management Only-Pro.


>Comment tout a commencé pour les Psy4 de la Rime ?

C’est un truc très simple, nous sommes cousins et issus du même quartier.
Avec Rachid, mon meilleur ami, nous voulions faire de la musique. Le rap s’est imposé à nous comme une évidence. C’était la musique dans laquelle nous nous reconnaissions, la plus accessible quand tu viens d’un quartier, la musique que beaucoup de jeunes écoutaient également. Comme mes cousins Alonzo et Vicenzo étaient toujours avec moi, on a formé le groupe Psy4 de la Rime et nous avons fait tout de suite beaucoup de concerts…

> Quels étaient les objectifs, les aspirations de départ ?

Au départ, nous voulions juste nous amuser. Nous faisions ça « pour le style »… Tant que nous arrivions à sortir de bonnes phases, que nous travaillions nos techniques, nous étions heureux. La musique nous permettait de rêver !
Dans un coin de notre tête, nous gardions tout de même l’idée de faire carrière. L’exemple d’IAM, nos aînés et voisins, nous avait montré la voie.

> Quand êtes-vous véritablement entrés dans la carrière ?

Cela c’est fait indirectement et doucement. Il n’y a pas eu de déclic. Lorsque Akhenaton nous a proposé un contrat d’artistes, nous étions en « mode carrière ». Cela faisait 7 ans que l’on tournait partout en France via le réseau des MJC et des centres sociaux.

Bien que nos 2 albums sortis en indépendant sur 361 Records (le label d’Akhenaton) aient été des succès, il nous fallait franchir un cap pour avoir certaines clés et accès à certains médias et à beaucoup de choses en fait. C’est pourquoi Akhenaton nous a conseillé d’aller dans une maison de disques plus solide, ce qui a permis de mieux développer notre projet et de penser notre carrière sur le long terme. Nous avons donc signé chez Barclay/Universal.

> Quelles autres rencontres professionnelles ou artistiques se sont avérées déterminantes ?

Les membres d’IAM nous ont donné l’envie d’aller plus loin, de penser carrière plutôt que de faire un coup ou ce qu’on appelle un braquage musical. Ils nous ont montré quelles étaient les étapes à franchir petit à petit.

Artistiquement, NTM fut un véritable choc ! Nous étions partis les voir en concert alors que nous étions très jeunes… Sur scène ils étaient si parfaits, si monstrueux ! Ils nous avaient mis une telle gifle qu’ils nous ont fait prendre conscience de l’importance de la scène. Nous avons beaucoup travaillé celle-ci. Nous nous sommes entourés également d’un staff technique professionnel de qualité et nous remplissons des Zénith, de gros festivals, etc. Nous sommes loin des clichés du rap qui ne marche pas sur scène. C’est vrai que même encore aujourd’hui, sur certains concerts, des gens, qui ne connaissent pas bien le groupe, nous demandent « on vous met deux platines là et ça suffit ? ». Non cela ne se passe pas comme ça ! Car la scène fait partie intégrante de notre travail et de notre proposition artistique.

>Aujourd’hui de plus en plus d’artistes décident, quelquefois contraints et forcés, de se prendre en main. Pourriez-vous me parler de votre structure Only-Pro ?

À la base, cela n’a aucun rapport avec le groupe. C’est juste que j’avais beaucoup de morceaux, de petites maquettes et des mixtapes que je voulais diffuser. Puis avec mes amis Mattéo, aujourd’hui gérant de la boîte, Mej, mon DJ ingénieur du son de notre studio, et Djamali, qui s’occupe de tout ce qui est merchandising, nous avons monté le label Street Skillz qui s’appelle aujourd’hui Only-Pro.

Notre exemple, encore une fois, c’était 361 Records. Créons notre label tôt, comme ça dans 5 à 10 ans, quand nous serons bien installés, nous pourrons produire des artistes que l’on aime. Et c’est ce que l’on fait aujourd’hui. À ses débuts, le label ne sortait que des mixtapes et ne s’occupait que du management de ma carrière solo. Progressivement, nous avons commencé à nous développer, à sortir des disques, ce qui nous a permis de récupérer les Psy4 de la Rime. Comme nous nous connaissons tous depuis l’enfance, il était logique que l’on se retrouve ensemble sur ce projet. Il fallait également que l’on fasse profiter de notre expérience dans le business à d’autres artistes, et c’est à partir de là que le management et la production d’autres artistes sont arrivés.

Découvrez le site officiel de Psy4 de la rime


CHINESE MAN

« Chinese Man Records, c’est un regroupement des forces qui étaient autour de nous, de nos connaissances qui se sont professionnalisées avec nous. »

© Boby

Chinese Man est un collectif de DJ hip hop qui a construit sa réputation sur ses boucles fiévreuses et son parcours dans l’autoproduction. En récoltant notamment une synchro pour Mercedes, ils ont pu asseoir leur stratégie en toute indépendance et s’aventurent dorénavant à produire d’autres jeunes pousses… High-Ku, membre-fondateur, aux réponses.


- Comment le groupe Chinese Man s’est-il monté ?

Nous avons monté le label Chinese Man Records avant le groupe, car notre premier objectif était de presser des vinyles pour passer de la musique hip hop en soirée. À la base, nous sommes trois producteurs et deux d’entre nous sont DJ. On a créé une structure en association et on a autoproduit notre premier maxi Pandi Groove en 2005. Finalement, c’est là que le projet du groupe a commencé, mais au départ, on n’avait pas spécialement envie de mettre des artistes ou un groupe en avant. L’idée était d’abord de produire des vinyles sous un nom, Chinese Man Records, qui représente et fédère les différents artistes que nous sommes. Le nom du groupe s’est imposé par la suite parce qu’on avait besoin d’être identifié, mais, initialement, on voulait juste monter un label pour sortir des vinyles.

> Comment la carrière de Chinese Man a-t-elle basculé vers ce qu’elle est aujourd’hui ?

J’ai l’impression que cela s’est fait en deux phases. D’abord, nous avons très rapidement fait du live, ce qui nous a donné une identité assez forte auprès du public qui nous a perçu un peu plus comme un groupe.

L’autre étape est que notre musique ait été choisie par Mercedes pour leur campagne de publicité TV. À cette époque, nos morceaux n’étaient sortis qu’en vinyle à 500 exemplaires, et le fait que Mercedes prenne un de ces morceaux pour le synchroniser sur sa pub a fait exister le groupe auprès d’un public plus large.
Avez-vous travaillé avec un éditeur musical pour obtenir cette synchronisation ?
Non, même pas ! Un des producteurs du label, qui a travaillé par ailleurs dans la pub, a placé notre musique sur des disques durs d’agence de pub. Les créatifs des agences peuvent ensuite y puiser des sons pour illustrer les images et donner des exemples aux marques. Au final, il s’est avéré que les créatifs et le client ont flashé sur un de nos morceaux qui s’appelle « I’ve got that Tune » et ils nous ont contactés. Cela nous a immédiatement obligé à nous professionnaliser et à prendre un avocat pour gérer le projet.

> Comment avez-vous fait évoluer votre carrière suite à cela ?

Grâce à cette synchro, on a pu financer la production de disques pendant les deux années suivantes sans se soucier de ce qui allait se passer. Cela nous a permis d’installer un peu plus le groupe. Par la suite, on a sorti en CD une première compilation de ce qui était paru en vinyle, et c’est là que le groupe a vraiment pris plus d’importance.

>À travers le label Chinese Man Records, vous avez construit votre parcours dans l’indépendance et l’autoproduction. Comment s’est structuré votre entourage professionnel ?

On fonctionne depuis le début de manière très indépendante, que ce soit pour la production de disques, l’édition ou pour les tournées. Chinese Man Records, c’est un regroupement des forces qui étaient autour de nous, de nos connaissances qui se sont professionnalisées avec nous, que ce soit le régisseur, le booker, le label manager, ou aujourd’hui la personne qui fait la promo, voire le comptable, etc. On a tous grandi en même temps que le projet !

Mais il y a eu également des gens ou d’autres structures qui ont pu s’investir dans Chinese Man Records à un moment donné, souvent des indépendants qui pouvaient comprendre notre projet. Je pense notamment à Garance avec qui on s’est associé pour produire une date parisienne.

Comme nous n’avons pas franchi l’étape de signer en major ou dans une grande boîte de production, nous n’avons pas eu d’à-coups. Tout s’est fait de manière progressive. Même quand il y a eu Mercedes, on a saisi l’opportunité, mais on n’a pas sorti de disques tout de suite car on ne voulait pas être identifié uniquement par rapport à cette publicité. Il y a eu plein de majors qui nous ont fait des propositions à ce moment-là, mais l’idée était de construire notre carrière dans le temps, à notre rythme, en progressant par étapes et surtout en étant prêts pour passer ces étapes.

> Quelles sont les perspectives pour le groupe et le label ?

Les aventures du groupe et du label sont très liées et se sont faites en parallèle. Mais les choses sont en train de changer et deviennent plus distantes aujourd’hui.
Chinese Man, le groupe, a beaucoup tourné en France, et la priorité est maintenant de développer le projet à l’étranger via le live, car c’est aussi comme ça qu’on va chercher des distributions à l’étranger. C’est un peu le serpent qui se mord la queue cette histoire : s’il n’y a pas de distribution du disque, il est difficile de trouver des dates ; mais, sans date, il n’y aura pas de distribution ! Même si financièrement, c’est moins intéressant que de jouer en France, à un moment donné, il faut privilégier des pays comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Suisse ou la Belgique qui sont des pays où il y a des possibilités de distribution. Voilà pour Chinese Man ! En sachant qu’en développant le groupe à l’étranger, forcément cela ouvre le pays pour le label et les autres artistes qu’on souhaite produire avec.

En ce moment, on se concentre d’ailleurs là-dessus, on revient au label et on travaille la sortie d’autres groupes. L’idée est de développer d’autres artistes comme Taiwan MC ou Deluxe qui va sortir un album cette année et faire du développement autour de ces projets-là. Donc encore et toujours, sortir des disques, commencer à trouver des dates, les faire exister dans les médias petit à petit, etc.

Découvrezle site officiel de Chinese man records


MESPARROW

« Il me faudra, à l’avenir, construire avec ma maison de disques une véritable stratégie à l’international, car cette dimension fait partie intégrante de mon projet artistique. »

© Emma Picq

Découverte par le live, l’artiste tourangelle Mesparrow a construit seule son projet -artistique avant de s’entourer professionnellement. Prochaine étape, l’international.


> Comment votre projet artistique a-t-il démarré ?

Après avoir fait les Beaux-Arts, je suis partie à Londres. Rentrée en France, assez rapidement j’ai commencé à faire des petits concerts à Paris, à Tours dans ma région d’origine. C’est à ce moment-là, que je me suis consacrée pleinement à mon activité d’artiste.

> Quand votre carrière a-t-elle vraiment basculé ?

En 2011, lorsque j’ai fait les Découvertes du Printemps de Bourges (Les Inouïs N.D.L.R.) et le Chantier des Francos, c’est pendant cette année que j’ai rencontré mon tourneur et mon éditeur, ce qui a facilité la signature de mon contrat chez East West.

> Y a-t-il eu des rencontres artistiques déterminantes pour votre projet ?

À Londres, j’ai rencontré de nombreux artistes. Quand je suis rentrée à Tours, j’étais gonflée d’énergie ! En plus, beaucoup de groupes s’étaient créés. Ils répétaient au même endroit et enregistraient les uns avec les autres. En participant à cette émulation, j’ai pu développer mon projet artistique. Sur scène, mes morceaux évoluaient à chaque concert. Mais pour monter une tournée plus ambitieuse, il me fallait absolument un album et je connaissais très mal l’univers de l’enregistrement. J’ai donc choisi de travailler avec un réalisateur, dont le regard extérieur m’a apporté autre chose, et j’ai enregistré fin 2012 avec Peter Deimel au Black Box à Angers un studio « rock » à l’anglaise avec des bandes et des vieux micros. J’ai confié les arrangements de mes compositions à Thomas Poli du groupe Montgomery qui joue avec Dominique A et Yann Tiersen…

> Quel développement envisagez-vous pour votre carrière ?

Lorsque j’ai démarré, mon but n’était pas de jouer qu’en France. J’envisageais de construire très vite une carrière internationale, d’où mon départ pour Londres d’ailleurs. Mais en étant signée chez East West, je me suis retrouvée dépendante de Warner et « coincée » en France sans distribution à l’international. J’ai bien un tourneur pour l’étranger, The Agency, qui est en relation avec des tourneurs qui me font jouer sur leur territoire, comme l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et la Canada, mais comme il n’y a pas de sortie d’album sur ces territoires, je n’y fais que quelques concerts épisodiques. Il y a pourtant de la demande. Il me faudra, à l’avenir, construire avec Warner une véritable stratégie à l’international, car cette dimension fait partie intégrante de mon projet artistique.

Découvrez le site officiel de Mesparrow


LE PRINCE MIIAOU

« Au final, le fait d’avoir géré toute seule le management, l’enregistrement ou les financements à mes débuts m’a beaucoup aidée. Cela m’a permis de comprendre les rouages du music business et m’aide encore aujourd’hui à développer mon projet. »

© Le Prince Miiaou

Artiste farouchement indépendante, Le Prince Miiaou nous parle de sa « petite entreprise » artistique.


> Comment en êtes-vous arrivée à monter ce projet ?

J’ai monté Le Prince Miiaou en réaction à mon expérience en groupe. Après plusieurs années de compromis, de composition à plusieurs, de conflits, je me suis rendue compte que la démocratie en musique n’était pas faite pour moi. J’avais des idées précises qui ne collaient pas forcément au style du groupe dans lequel j’étais. J’ai déménagé à Paris et assez naturellement, de manière empirique, j’ai commencé à faire des morceaux avec le logiciel Cubase. C’est comme ça que Le Prince Miiaou est né. Avec les logiciels de musique, je pouvais enfin composer les morceaux de A à Z, de la batterie aux cordes, etc. Je pouvais faire tout ce que j’avais dans la tête sans obligation, que cela plaise à d’autres ou non.

> Quels étaient vos aspirations et objectifs au départ ?

Très vite, j’ai eu envie de faire écouter ma musique à des amis. On m’a encouragée à continuer, on m’a dit qu’il y avait « quelque chose ». J’aimais faire des morceaux, puis bidouiller des clips pour ces chansons que je postais sur mon Myspace. Par manque de confiance, je n’y croyais pas du tout, mais je faisais quand même quelques démarches pour me faire connaître. Je crois que depuis que j’ai commencé la musique vers 17 ans, inconsciemment, j’ai eu très envie d’en faire mon métier, bien que je me sois dit que c’était impossible… Au final, le fait d’avoir géré toute seule le management, l’enregistrement ou les financements à mes débuts m’a beaucoup aidée. Cela m’a permis de comprendre les rouages du music business et m’aide encore aujourd’hui à développer mon projet.

> Justement, comment ce projet s’est-il développé ?

C’est devenu plus concret le jour où un assistant de Microbe Studios à Paris, un studio que je connaissais bien, m’a proposé de m’enregistrer gratuitement. J’avais tout juste 10 morceaux, de quoi faire un album. Suite aux séances en studio, l’idée du live m’a été suggérée par les deux musiciens qui jouaient avec moi. Ça ne m’était pas venu à l’esprit à cause d’expériences de concerts déplorables et traumatisantes au sein de mon ancien groupe. Mais on a quand même monté un live qu’on a joué 5 fois en tout ! Un an après, je retournais en studio pour enregistrer un deuxième album, un peu plus maîtrisé. Et un jour, alors que j’étais régisseuse pour un groupe de musique, j’ai donné un CD gravé de mon nouvel album à une connaissance de Jean-Daniel Beauvallet des Inrockuptibles. Elle lui a passé et la semaine suivante, mon projet était mentionné par Les Inrocks dans le top 10 des chansons du net. Ces trois lignes me concernant furent déterminantes. C’est grâce à elles que Bernard Lenoir sur France Inter m’a découverte, diffusée et soutenue, et que tout a commencé. En 2009, j’ai participé aux Chantiers des Francos où l’équipe croyant en mon potentiel. Emmanuel Marolle du Parisien fit un article élogieux, ce qui accéléra encore le processus de développement de ma carrière.

Parallèlement, je travaillais comme assistante pour de nombreux manageurs. Je ne leur parlais pas de mon projet, je n’avais pas envie de paraître opportuniste. Jeff Génie, qui avait son bureau de management dans le même bâtiment, a écouté mon premier album et m’a aidée en me présentant à ma future attachée de presse Mélissa Phulpin, qui a accepté de défendre mon second album Safety First. En septembre 2009, j’ai arrêté de travailler pour me consacrer pleinement à mon projet. Puis Jeff Génie a passé la main à Thomas Mignot, mon manager actuel, et à partir de là, le projet s’est pleinement professionnalisé.

Découvrez le site officiel du Prince Miiaou


JC SATAN

« Quelques mois après la sortie d’un premier 45T autoproduit, le label américain Slovenly Records nous a signés en exigeant qu’un groupe soit monté afin d’assurer la tournée promotionnelle de l’album. C’est à partir de là que JC Satan a pris forme. Il n’y avait aucun objectif de carrière. »

© Isadora Tripodo

JC Satan groupe de garage pop bordelais a commencé sa carrière sur une « blague » pour la poursuivre furieusement jusqu’à aujourd’hui aux Eurockéennes de Belfort ou à Rock en Seine, explications de Romain Boutin, batteur.


> Comment en êtes-vous arrivés à monter ce projet ?

Au départ, cela ressemblait à une blague entre Arthur le compositeur et Paola l’auteure du groupe. Ils ont enregistré quelques morceaux pour « déconner » et les ont postés sur Myspace. Tout de suite le public a accroché, et des maisons de disques se sont manifestées.

Quelques mois après la sortie d’un premier 45T autoproduit, le label américain Slovenly Records nous a signés en exigeant qu’un groupe soit monté afin d’assurer la tournée promotionnelle de l’album. C’est à partir de là que JC Satan a pris forme.
Il n’y avait aucun objectif de carrière. Au contraire d’Arthur qui a toujours fait de la musique, Paola n’avait jamais chanté de sa vie. Elle organisait simplement des concerts de garage à Turin en Italie.

> Comment tout a-t-il basculé ?

La première tournée européenne en octobre 2010 ne fut pas satisfaisante : les dates étaient belles, souvent en première partie de groupes renommés dans le milieu garage, mais le groupe n’était pas prêt. Un changement de line up s’est avéré nécessaire. C’est d’ailleurs à cette époque, début 2011, que j’intègre le groupe à la batterie.

Malheureusement, Slovenly Records avait très peu de contacts en France et en Europe et ne disposait pas de branche promotionnelle. Du coup nous faisions tout nous-mêmes : tournée, promotion, management, etc. Nous avons donc changé de label en signant chez Teenage Menopause avec une véritable distribution assurée par Differ’Ant. Ensuite Zoobook nous a pris en tour, et Frédéric Vocanson d’Animal Factory en comanagement, et ses conseils se sont avérés très précieux. En fait, tout s’est accéléré à ce moment-là, notamment avec la sortie de notre dernier album en octobre 2012.

> Aujourd’hui, où en êtes-vous ?

Nous tournons énormément et à l’été 2013 nous ferons des festivals tels que Rock en Seine, Les Eurockéennes, Dour ou Montreux. Tout est allé très vite si l’on songe que, dans sa version présente, le projet n’a que 2 ans. Nous jouons beaucoup plus à l’étranger qu’en France et nous avons pour projet de monter une tournée aux États-Unis en 2014. Actuellement, nous sommes à la recherche d’un label aux épaules plus larges que le nôtre qui nous permettra de franchir un palier.
JC Satan est membre du collectif Iceberg.

> Comment fonctionne ce collectif ?

Iceberg est un collectif d’artistes dont les plus connus sont Crâne Angels, JC Satan, Petit Fantôme ou Botibol… Il est formé d’un noyau dur de 10 à 15 musiciens qui jouent pour plusieurs groupes du collectif. Ainsi pour JC Satan, 3 de ses membres jouent également dans Crâne Angels.

Le collectif n’est pas axé sur un style de musique particulier. Nous sommes tous des amis et nous faisons de la musique ensemble, bien que ce soit dans des styles différents : du hip hop à la pop en français jusqu’au rock garage ou à la cold wave. On explore et expérimente perpétuellement. Lorsque Frédéric Vocanson a signé les Crâne Angels sur son label, le collectif stagnait, sans appui professionnel et sans connaissance du business musical. Nous faisions tous de la musique pour l’amour de l’art, et c’est grâce à lui que beaucoup d’artistes d’Iceberg ont pu se développer.

Découvrez le site officiel de JC Satan


JIL IS LUCKY

« On savait ce que cela représentait pour nous le fait d’être synchronisé sur la publicité Kenzo, on allait quitter l’underground pour entrer dans le salon des gens. »

© Sylvain Gripoix

Chanteur français d’expression anglaise et musicien depuis son plus jeune âge, il évoque pour nous sa carrière d’artiste qu’il définit lui-même comme « non monolithique » et fulgurante.


> Comment le projet s’est-il construit et monté ?

Je suis musicien depuis l’âge de 8 ans. Adolescent, j’accompagnais déjà mon frère à la basse dans les bars. Quand je suis arrivé à Paris, j’ai arrêté mes études et j’ai commencé à écrire des chansons. C’était les débuts de l’explosion Myspace, et cela m‘a permis de me créer un premier réseau de fans. Je voyageais beaucoup et je postais régulièrement des chansons sur mon site. D’ailleurs, c’est en voyageant que j’ai rencontré certains membres de mon groupe actuel. Dès 2008, de nombreuses maisons de disques se sont très vite intéressées à mon travail, et en quelques semaines j’avais des propositions de signatures et des sollicitations pour du live.

Malgré mes premières expériences, faire des concerts sur mes propres chansons avait quelque chose d’effrayant et d’excitant à la fois. Le groupe a commencé par faire quelques premières parties, c’était une époque formidable à Paris. Le programmateur Serge Balmayer aka Sergueï de la Flèche d’Or nous a donné notre chance. Nous y jouions presque toutes les semaines et avons rôdé nos premières chansons jusqu’à l’épuisement sur scène. Il faut dire également que notre label manager, Yvan Taieb (Roy Music), nous a fait beaucoup travailler avant d’enregistrer notre premier EP.

Tout un faisceau de gens et de choses a vraiment aidé le groupe à ses débuts. Nous avons en effet bénéficié d’un buzz autour de ce premier EP, ce qui à nos yeux était plutôt rassurant. Les médias ont écrit de nombreux articles dans la presse, et le public qui s’intéressait à l’indépendance et aux musiques nouvelles nous a suivi.

À côté de l’activité du groupe, j’ai également commencé à faire de la synchronisation, pour la Fête du cinéma par exemple, ou à composer de la musique pour des défilés de haute couture.

> Quand votre carrière a-t-elle basculé vers une plus grande notoriété ?

Le succès de notre EP puis de notre premier album restait tout de même limité à un milieu très indie et parisien. Pour notre première scène parisienne en tête d’affiche, les 350 places du Point Éphémère ont été remplies en une journée… 4 mois après la sortie de l’album, notre label reçoit un coup de fil de la direction de Kenzo Monde : le directeur artistique était intéressé par le titre « The Wanderer » qui passait beaucoup en radio à l’époque. On savait ce que cela représentait pour nous, on allait quitter l’underground pour entrer dans le salon des gens. Même une grosse playlist radio comparée à une synchronisation dans une publicité mondiale, ce n’est pas comparable. On a tout de suite vu les effets et l’emballement que cela a suscité. Notre stratégie était d’utiliser cette extraordinaire exposition pour nous faire connaître, plutôt que d’en tirer un parti pris mercantile. C’est pour cela que nous avions offert ce titre sur notre page Myspace. Les ventes de l’album ont été boostées, et on a pu remplir la Cigale à Paris un mois avant la date prévue, puis tout s’est enchaîné avec un Casino de Paris 3 mois plus tard. En 2009, nous avons été lauréats du Fair, de Paris Jeunes Talents, des Avant-Seine de Rock en Seine et les dates de concerts et les festivals prestigieux ont commencé à s’accumuler : plus de 250 en un an !!!! Tout cela a été très vite…

> Quelles sont aujourd’hui les perspectives de Jil is Lucky ?

Continuer à écrire des chansons… Pour moi comme pour beaucoup d’autres artistes, le travail sur la production ou sur les arrangements est aussi primordial ; j’essaie d’être plein de choses différentes à la fois. Je ne me considère pas comme un artiste monolithique et je suis très heureux que l’on s’intéresse à moi autant comme auteur-compositeur-interprète que comme arrangeur, producteur ou réalisateur. Toutes les facettes de la musique m’intéressent, je n’ai pas envie de me cantonner à une seule chose. Ce qui m’éclate dans la musique, c’est de pouvoir faire plein de projets différents.

Pour parler du groupe proprement dit, nous travaillons à l’export également : on a notre petit réseau et notre petit public. Nous sommes heureux de retrouver nos petits clubs lorsque nous allons en Angleterre, en Espagne ou en Allemagne… Dernièrement nous avons fait une tournée en Inde qui ne nous a laissé que de bons souvenirs.

Découvrez le site officiel de Jil Is Lucky


ARNAUD REBOTINI

« C’est la persévérance dans mes choix qui m’a toujours guidé (...) Je ne pourrais pas dire comment j’ai construit ma carrière si ce n’est que j’essaie de mettre le plus de qualité et de sincérité possible. »

© Daniel Dormeyer

Arnaud Rebotini ne croit pas aux chapelles, mais plutôt à ses machines et aux rencontres qui ont jalonné sa carrière. Persévérance et sincérité en sont les mots clés.


> Comment en êtes-vous arrivé à monter vos projets et quels ont été leurs développements ?

J’ai toujours eu envie de faire de la musique depuis que je suis gamin. Adolescent, j’ai immédiatement fait des groupes, pour faire mes armes. J’aime la musique au sens large : de la musique classique au death metal en passant par la soul, le blues, etc.

Je n’ai jamais voulu me cantonner dans un style ou une chapelle, j’ai fait très vite des choses assez différentes. Ma carrière je l’ai construite comme ça.
Un de mes premiers gros succès, c’était en 2000 avec l’album qui était sorti sous le nom de Zend Avesta qui était une espèce de mélange de jazz, de trip hop, une musique électronique assez downtempo d’influence classique, une sorte de fourre-tout…

Ensuite j’ai fait Blackstrobe avec une orientation très electro dance music, que j’ai reconstruit plus récemment en une sorte d’hybride blues discoïde.
Parallèlement, je lâchais l’aspect dancefloor de Blackstrobe, pour un projet solo autour de mes machines analogiques et en développant un véritable live : une techno plus old stream instrumentale à 90 %, réalisée aux synthés. Ce n’est pas de la pure techno de Détroit, ni de la minimal ou je ne sais quel sous-genre auquel elle pourrait se rattacher, car elle se nourrit de tas d’influences comme le Krautrock, l’electrofunk, l’EDM, la techno ou la house classique.

> Comment votre carrière a-t-elle basculé vers ce qu’elle est aujourd’hui, comment est-elle devenue plus construite, plus professionnelle ?

Dans mon cas, c’est la persévérance dans mes choix qui m’a toujours guidé, car je n’ai jamais eu de succès fulgurant. Je me suis toujours moqué des modes, des petits tics, des petits gimmicks du moment, tout en me tenant au courant de ce qui se passe. Je ne pourrais pas dire comment j’ai construit ma carrière si ce n’est que j’essaie de mettre le plus de qualité et de sincérité possible. Je vis dans un milieu de musiciens, et échanger avec eux a beaucoup contribué à l’évolution de ma carrière.

Il m’est difficile de citer une personne en particulier qui aurait été déterminante dans le développement de ma carrière. Néanmoins, au tout début de celle-ci, Jérôme Mestre du label Désire, qui était également l’un des patrons du magasin Rough Trade à Paris où je vendais des disques, m’a permis de faire mon premier disque, période critique pour un jeune artiste, puis ensuite les choses se sont enchaînées d’elles-mêmes…

> Vous participez également à de nombreuses conférences sur la musique électronique, d’où vous vient cette volonté de transmission ?

J’aime partager mes connaissances, mon expérience. Je fais également beaucoup de tutoriels vidéo sur les synthés analogiques. Beaucoup de DJ cachent leurs disques, moi pas, c’est un plaisir de divulguer mes playlists.

> Vous êtes producteur, pourriez-vous nous en parler ?

J’ai produit le dernier Yann Wagner, par exemple, c’était une belle expérience. Quand des artistes qui m’aiment bien me demandent un coup de main sur leur production, je le fais volontiers. C’est aussi un positionnement complètement différent par rapport à celui d’artiste : on se met au service de la musique d’un autre, on a un rôle défini et l’on n’est pas le décideur final, c’est une position intéressante qui permet de se projeter dans la musique des autres, j’aime ces moments avec des artistes qui aiment les synthés, le travail en studio.

Découvrez le site officiel d’Arnaud Rebotini


CHASSOL

« Pour placer ma musique à la télévision, j’y suis allé aux forceps. Je suis allé voir toutes les boîtes de production et j’ai même tenté le Festival de Cannes ! »

© DR

À la fois artiste, arrangeur et musicien de tournées, Chassol est un musicien-né au parcours tout terrain. Attiré par l’image, il a réalisé de nombreuses musiques pour la publicité, la télévision et le cinéma. En parallèle, quelque part entre « pop, arts plastiques et expérimentation », il développe des projets personnels de vidéos musicales expérimentales qu’il joue sur scène dans le monde entier.


> Comment votre parcours en tant que musicien a-t-il commencé ?

J’ai commencé le conservatoire quand j’étais tout petit. Puis j’ai fait une école de jazz tout en jouant en autodidacte à côté. Un jour, alors que j’avais 16 ou 17 ans, l’école de jazz me propose une animation pour un mariage où je devais jouer du piano avec un autre élève de l’école, le saxophoniste Mathieu Bost. J’ai fait mes premiers pas comme ça, en duo et en reprenant des standards de jazz pendant les mariages. Parallèlement, je donnais beaucoup de cours individuels de piano et, au début, j’ai même travaillé pour la Sacem ! Comme j’étais dans le réseau du zouk, j’écrivais les relevés et les partitions pour les groupes de zouk et de rap afin que les morceaux puissent être déposés. Maintenant qu’il suffit de déposer un CD, c’est une activité qui n’existe plus aujourd’hui…

J’ai commencé à faire mes premiers arrangements pour la pub et pour d’autres artistes vers 1998 ou 1999. Le premier qui m’a fait bosser est Philippe Cohen-Solal, le producteur de Gotan Project, qui lui aussi faisait beaucoup de musique de pub et de musique à l’image. Dans son studio, il m’a fait faire des arrangements pour orchestre sur « Born to be Alive ». C’était mon tout premier arrangement bien payé ! Il m’a mis le pied à l’étrier. J’ai aussi fait beaucoup de musique de pub avec mon ami Clément Souchier qui avait monté la webradio Soundicate, puis le label Creaminal spécialisé dans la synchronisation. De mon côté, pour placer ma musique à la télévision, j’y suis allé aux forceps. Je suis allé voir toutes les boîtes de production et j’ai même tenté le Festival de Cannes ! C’est comme ça que j’ai obtenu des opportunités pour faire beaucoup d’habillage sonore pour les chaînes TPS et MCM, pas mal de séries dont « Clara Sheller », le logo de la Gaumont qui introduit tous les films qu’ils produisent, etc. Cela m’a permis de vivre tout en consacrant du temps à faire mes projets plus personnels.

> Justement, en parallèle de ces activités, comment se sont construits vos projets personnels ?

À la fin des années 1990, j’avais un quartet qui s’appelait Supernova : basse, batterie, piano, flûte. On jouait une musique à la Zappa, à la Lalo Schifrin, à la Mahavishnu Orchestra du jazz. Très Chick Corea aussi ! À côté, j’avais également monté l’Institut Cobra, un orchestre de 24 musiciens avec des cordes, des cuivres, des bois, etc. On jouait pas mal d’ailleurs…

J’ai continué les deux projets en parallèle, puis j’ai obtenu une bourse pour faire des études au Berklee College of Music à Boston. Quand je suis revenu, vers 2003, j’ai monté un autre groupe plus expérimental qui s’appelait Dashaa. Ensuite, je suis parti en tournée avec le groupe Phoenix, ce qui m’a beaucoup aidé. J’ai continué à faire des arrangements, notamment pour Sébastien Tellier avec qui j’ai aussi fait des musiques de films et de séries télévisées. Après ça, je suis parti habiter à Los Angeles où j’étais en résidence dans un centre d’art. J’avais du temps et de l’argent, ce qui me permettait de développer un type de jeu, une façon particulière de me servir des logiciels. J’ai développé ma pratique de l’autosampling : j’enregistrais des choses que je passais dans mes claviers puis je les passais en samples, et j’ai commencé à développer mon propre son en alliant mon jeu avec ma vision de l’image. En 2005, quand je suis rentré de Los Angeles, j’étais vraiment en train d’expérimenter. J’ai commencé à faire de l’harmonisation de vidéos, ce que j’ai appelé des ultrascores…

> Votre parcours témoigne d’une proximité avec le monde de l’art contemporain…

Oui, j’ai beaucoup travaillé avec des artistes plasticiens contemporains à cette époque, notamment Sophie Calle qui m’a commandé des musiques et Xavier Veilhan qui a montré mon travail d’harmonisation vidéo à la Nouvelle-Orléans pendant une Biennale d’art contemporain. Pour ce projet, je lui ai proposé de faire un film, Nola chérie, qui est sorti par la suite chez Tricatel. Je faisais ça tout en continuant à tourner avec Sébastien Tellier. J’étais à la fois dans la pop, les arts plastiques et l’expérimentation ! Et même un peu dans la danse car je travaillais aussi pour Arter, une agence de production d’art contemporain où j’ai fait de la musique pour des spectacles de danse. Je suis même allé jouer à l’Opéra d’Hanoï avec eux… J’ai toujours fait ce que j’aime en y mettant beaucoup de moi, que ce soit les grilles d’accords que j’aime ou les recherches sur lesquelles je travaille à ce moment-là.

> Comment s’est faite la rencontre avec le label Tricatel ?

J’avais contacté des labels, mais ils ne voyaient pas l’intérêt de sortir mon travail. En 2010, j’ai revu Bertrand Burgalat, le fondateur du label Tricatel, et il m’a proposé de produire Nola chérie avec une compilation de ce que j’avais fait depuis 15 ans, qui s’appelle X-piano, un double CD+DVD sorti en 2012 avec un superbe coffret. Dans le contexte de la crise du disque, c’était super gonflé de sortir un truc aussi épais, une véritable prise de risque de la part de Tricatel. Et contrairement à ce que je pensais, il y a eu beaucoup de presse et de réactions positives.
On a commencé à faire des concerts où j’ai joué Nola chérie en live ! Nola chérie, c’est des images de fanfares et de beaucoup de musiciens en situation que je suis allé filmer à la Nouvelle Orléans. Je me sers des images comme d’un matériaux musical : j’harmonise le discours des protagonistes, je mets les images en boucles, je les superpose, je les étire… Bref, je les manipule pour y mettre des accords en dessous et réharmoniser le tout, etc. En live, je suis face à mon batteur, et l’écran est derrière nous. C’est un dialogue à trois entre l’écran, le batteur et moi aux claviers. C’est une pièce qui dure 45 minutes. Cela a vraiment bien plu, et on a fait pas mal de concerts avec un certain succès. C’était très agréable, surtout que je pensais faire quelque chose de très expérimental.

Dans la foulée, avec Tricatel, on s’est dit qu’il fallait faire un autre film. Alors, en 2012, avec une chef opérateur et un ingénieur du son, nous sommes partis en Inde pour tourner Indiamore. Tout ça produit par Tricatel et moi-même, on a tourné pendant 2 semaines, et j’ai finalisé le film pendant l’été pour le jouer fin septembre à Reims au festival Elektricity. Après ça, on a continué à le jouer un peu partout et on est même parti deux fois à New York sur invitation de Gilles Walter puis de Laurie Anderson. Ensuite, pendant une présentation professionnelle au festival Côté court de Pantin qui nous a beaucoup soutenu, on rencontre notre tourneur, Clotaire Buche de Junzi Arts, et, depuis, on est retourné jouer à New York au festival River to River où c’était fantastique… Sinon, on va sortir une compilation en vinyle avec des remixes entre autres par Yuksek et Guillaume Brière des Shoes, et je viens de faire les musiques pour les films d’épouvante d’Alexandre Courtés, The Incident, et de Marina de Van, Dark Touch.

Découvrez le site officiel de Chassol


THOMAS ENHCO

« Le concours Solal concentre les oreilles et les regards, tant du public que de la profession et des médias, c’est une occasion unique d’être exposé »

© Philippe Levy-Stab

Petit-fils du chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, fils de la chanteuse Caroline Casadesus, frère de David, lui-même trompettiste de jazz, Thomas Enhco peut se vanter à 24 ans d’avoir déjà une riche carrière derrière lui. Le 28 juin dernier, en ouverture du festival Jazz à Vienne, le jeune pianiste a reçu lors de la cérémonie des Victoires du jazz 2013 le trophée de la « Révélation de l’année ».


- Quelles ont été les rencontres décisives et les étapes déterminantes qui ont permis à votre carrière d’évoluer jusqu’à ce trophée « Révélation de l’année » décerné par les Victoires du jazz 2013 ?

J’ai la chance de faire partie d’une famille de musiciens, qui m’ont tous beaucoup encouragé. Didier Lockwood m’a pris sous son aile quand j’étais enfant, m’a fait monter sur mes premières scènes et a produit mon premier disque, lorsque j’avais 15 ans. Ensuite, j’ai été repéré à distance par un producteur japonais qui m’a fait enregistrer mon second album, Someday My Prince Will Come, basé sur des standards de jazz, et m’a fait tourner au Japon chaque année, et récemment enregistrer avec Jack DeJohnette et John Patitucci à New York. Le Fonds d’action Sacem m’a soutenu pour la réalisation de mon premier album et la sortie française du second. J’ai commencé à travailler en 2009 avec mon manager, Pascal Pilorget (Giansteps). Cela a été une rencontre déterminante, à la base d’une collaboration fondée sur la confiance et l’amitié. En 2010, j’ai décidé de m’inscrire au concours Martial Solal pour vaincre ma peur des concours, et j’ai gagné le 3e prix. Juste après, j’ai reçu un Django d’or et je me suis attelé à l’élaboration du 3e album, Fireflies, que j’ai souhaité produire afin d’être entièrement libre artistiquement (il est sorti fin 2012). La Fondation BNP Paribas a décidé au même moment de soutenir mes projets, ce qui m’a offert une liberté supplémentaire. J’ai aussi composé deux musiques de film, et ai eu la surprise et le plaisir de recevoir le Fipa d’or 2012 pour la meilleure bande originale. Toutes ces années ont été remplies de tournées, de concerts partout dans le monde à un rythme effréné et de rencontres musicales et humaines formidables. Je me suis récemment installé à New York afin de poursuivre l’aventure et « garder les doigts dans la prise », me prendre des claques musicales quotidiennes et essayer de faire partie de ce vivier assez incroyable et dynamique de musiciens. Cette Victoire du jazz est une belle reconnaissance du « métier », c’est très porteur et encourageant, j’en suis vraiment heureux !

> Votre participation à des concours de jazz et votre 3e prix au concours international de piano jazz Martial Solal ont-ils facilité et accéléré votre « repérage médiatique » et votre reconnaissance artistique ?

Oui, c’est sûr. Un concours prestigieux comme le concours Solal, qui n’a lieu que tous les 4 ans (les Jeux olympiques du piano !) concentre les oreilles et les regards, tant du public que de la profession et des médias, c’est une occasion unique d’être exposé, d’une façon peut-être un peu dangereuse et à double tranchant (c’est un concours : on est jugé, noté, accepté, éliminé), mais très efficace si cela marche bien ! J’ai eu de la chance que ça marche bien pour moi. Ça a aussi été l’occasion de faire de sacrées rencontres avec d’autres pianistes, tous fabuleux et uniques.

> Un dispositif d’accompagnement sur 3 ans comme le Talent jazz du Fonds d’action Sacem a-t-il été important dans votre développement de carrière ?

Cela a été déterminant, tant sur le plan de l’aide financière (réalisation de projets, d’albums) que du cadre prestigieux que cela offre, en termes d’image et aussi des rencontres et des conseils précieux que cela peut offrir. C’est aussi là que j’ai rencontré Ibrahim Maalouf et Émile Parisien, qui étaient au Fonds d’action Sacem en même temps que moi. Ce sont devenus des amis, et j’aime beaucoup jouer avec eux !

> Comment envisagez-vous aujourd’hui la suite de votre carrière ?

Ce qui est bien, lorsqu’on est musicien, c’est que les rêves ne s’achèvent pas à leur réalisation. J’ai rêvé de jouer avec certains musiciens, ou sur certaines scènes, et lorsque c’est arrivé, j’ai juste eu envie de recommencer, en allant plus loin... Donc c’est infini ! J’ai une chance immense que ma passion et mon métier se confondent, d’être libre, de voyager... Pour la suite, j’aimerais continuer à progresser, organiser ma vie de telle sorte que je puisse toujours tourner et jouer partout, tout en gardant du temps pour travailler, apprendre, chercher, approfondir ; rencontrer et jouer avec les musiciens qui m’inspirent, pouvoir réaliser des projets sans limites ni frontières, et porter toujours plus loin et pour plus de monde cette musique à laquelle je suis voué entièrement.

Propos recueilli par Pascal Anquetil

Découvrez le site officiel de Thomas Enhco


KAN’NIDA

« À l’époque, Christian Mousset nous a aussi permis de jouer dans des festivals (...) La rencontre avec lui nous a permis d’être vus à l’extérieur de la Guadeloupe. »

© DR

Issu de la famille Geoffroy, Kan’nida est sans doute le plus authentique des groupes guadeloupéens qui perpétuent la tradition du gwoka. Cet héritage d’une pratique rurale, où le chant est intimement lié à la danse et aux rythmes, porte en lui une mémoire africaine qui a survécu à l’esclavage et s’accorde à leur quotidien. Sur les scènes du monde, l’ensemble touche à la perfection sans musicien professionnel. Pourtant, il est à la recherche de partenaires capables de comprendre sa singularité pour la faire mieux connaître et partager.


> Comment avez-vous appris le gwoka ?

C’était dans notre famille, nous avons été élevés dans ce milieu. Ce que nous faisons ne nous est pas étranger. C’est en nous, contrairement à beaucoup de jeunes Guadeloupéens qui disent que leurs parents les frappaient pour qu’ils n’aillent pas dans les lewoz [soirées festives de gwoka] ou les véyé [veillées mortuaires]. On nous montrait du doigt : « Ça c’est un petit Geoffroy, c’est un “vié nèg” », ce qui veut dire chez nous un vagabond. Je me souviens même qu’un jour les gendarmes sont venus chercher mon frère Sergius à la maison et l’ont enfermé pendant un jour entier pour qu’il n’aille pas chanter dans une véyé… C’est l’Église qui demandait à la loi de nous intimider, mais ça n’a pas pris. Cette musique fait partie des Guadeloupéens. Bien véhiculé, avec tout le respect qu’on lui doit, le gwoka reste une force spirituelle.

> Kan’nida est en fait une histoire de famille…

Oui. Notre mère chantait et dansait. Notre père faisait le boula dgel [jeu à plusieurs voix, interprété à l’origine dans les véyé]. Notre grand frère Sergius [à présent disparu], chantait à 14 ans. Mon frère Francky, dit Zagalo, fondateur de Kan’nida en 1979 avec ses sœurs Viviane, Brigitte et Christiane [dite Malou], avait une réputation comme footballeur. Je suis revenu de métropole en 1981, et comme j’avais un peu plus de connaissances musicales, ils m’ont demandé de prendre la direction artistique du groupe. Nous avons enregistré un premier 33 tours, La Guadeloupe Malad. Quand Sergius est rentré de métropole en 1982, nous avons enregistré un second 33 tours avec lui, Lewoz La, qui a vraiment bien marché : il était très connu et respecté. Sergius menait ses affaires de son côté. Quand il venait faire des concerts avec nous, on appelait le groupe Kan’nida Plus, parce que c’était vraiment autre chose.

Pendant une période, nous étions quatre frères et trois sœurs sur les onze membres du groupe. Nous avons malheureusement perdu deux de nos frères, qui ont été remplacés. Au début, je ne chantais pas, mais leur disparition m’a incité à le faire, parce qu’on a besoin de deux chanteurs leader, deux couleurs différentes pour bien véhiculer notre tradition. Les personnes qui nous accompagnent sont des voisins, qui se reconnaissent dans ce qu’on fait. Nous sommes devenus des parents, notre relation est très solidaire. C’est comme une grande famille recomposée !

> Après votre septième album, vous avez commencé à jouer hors des Antilles. Quel a été le déclencheur ?

En 1996, Félix Cotellon [directeur du Festival de gwoka de Sainte-Anne en Guadeloupe] a fait venir Christian Mousset [directeur du festival Musiques métisses d’Angoulême] et Michel Orier [qui dirigeait alors la maison de la culture d’Amiens, où il avait fondé la maison de disques Label Bleu et le festival Jazz et musiques d’ailleurs] pour découvrir les groupes de Guadeloupe. Ils nous ont choisis pour faire une tournée en Europe et un CD, Vis en Nou. À partir de là, des portes se sont ouvertes : Patrick Lavaud nous a organisé une tournée en 1997, passant par son festival, les Nuits atypiques de Langon, et son pendant au Burkina Faso. En 1998, nous avons tourné dans le Lot-et-Garonne avec Philippe Fanise [actuel directeur artistique du service des musiques et danses traditionnelles et du monde à l’Arcade Paca]. En 2000, nous avons enregistré un deuxième CD, Kenzenn, chez Label Bleu/Indigo, et rejoué à Musiques métisses, où nous avons rencontré deux Américaines qui nous ont invités à venir au festival Jazz Heritage de la Nouvelle-Orléans en 2001. C’était les 100 ans de Louis Armstrong !…

> En 2003, vous avez commencé à vous autoproduire après deux albums chez Label Bleu/Indigo. Qu’est-ce qui a changé pour vous dans la gestion du groupe ?

Label Bleu avait beaucoup misé sur nous. Nous faisons de la musique traditionnelle et les Guadeloupéens n’ont pas tellement acheté le CD. Nous arrivons à vendre régulièrement environ un millier d’albums, ce qui nous permet de rentrer dans nos fonds. Nous n’avons pas de distributeur attitré. Nous déposons des disques auprès de quelques magasins spécialisés en métropole. S’ils ne sont pas vendus, ils nous les retournent. On ne force la main de personne. Là où c’était plus facile pour nous avec Label Bleu, c’est qu’on ne payait pas l’enregistrement, ni nos défraiements. En revanche, l’éditeur percevait la moitié des droits d’édition. À l’époque, Christian Mousset nous a aussi permis de jouer dans des festivals en Allemagne, en Hollande, au New Morning à Paris et au festival Jazz et musiques d’ailleurs à Amiens. La rencontre avec lui nous a beaucoup apporté. Elle nous a permis d’être vus à l’extérieur de la Guadeloupe.

> Durant les dix dernières années, vous avez autoproduit sept albums, joué au Maroc, à Porto Rico, et chaque année au festival Gwoka de Paris au New Morning. Kan’nida a été sélectionné pour le Womex en 2011 et Babel Med Music en 2012. Le groupe est très apprécié, mais sa carrière ne rebondit pas comme elle devrait…

Je m’occupe de la gestion du groupe à travers notre association, qui fonctionne uniquement sur les revenus de ses concerts, sans aucune subvention. Nous autoproduisons nos CD et arrivons à amortir nos dépenses en les vendant. L’argent des concerts sert à produire les disques. Mais on aimerait rencontrer quelqu’un qui pourrait nous programmer dans des festivals. On a l’avantage de jouer une musique que l’on maîtrise vraiment, de même que la culture guadeloupéenne. Je ne suis pas sûr que les groupes qui viendront après nous auront la chance de faire une musique aussi authentique que la nôtre. Nous la transmettons, mais nous constatons que les jeunes n’ont plus le temps. Ils sont plus influençables que nous ne l’avons été. Ce que nous faisons est une musique à part entière, que nous aimerions développer. On est nés dedans et on sait pourquoi on la fait. On sait aussi qu’on est en train de véhiculer quelque chose qui était là. On fait un bout de chemin avec et après d’autres poursuivront. On est persuadés qu’on est dans la bonne voie, parce qu’on essaye de le faire le plus simplement possible, avec beaucoup de force de conviction. On garde toujours la joie de le faire. On n’a pas une vie avec la musique et une vie ailleurs : le gwoka fait partie de notre vie. Et c’est pour ça qu’on est bien dedans.

> Kan’nida se caractérise aussi comme un véritable ensemble rural…

Oui, on habite en pleine campagne. Quand on va attacher les bœufs, on peut crier tant qu’on veut. Les paroles de nos chansons racontent notre vécu. Et c’est ce que nous aimerions montrer au reste du monde, parce que le simple fait d’écouter l’histoire de Kan’nida pourrait servir de thérapie, comme un repère de simplicité pour aborder sa vie de tous les jours. C’est ce genre de message que nous voudrions faire passer.

(Propos recueillis par François Bensignor)

YOUN SUN NAH

« La première chose que j’ai faite quand je suis arrivée à Paris, c’est acheter le Dictionnaire du jazz pour lire les notices de tous les musiciens qu’il me fallait connaître. Quelle fut ma stupéfaction quand j’ai lu un article à mon nom dans sa toute dernière édition. »

© ACT / Nah Inu

Chanteuse de jazz « made in France », comme elle aime à le proclamer, la belle Coréenne, à partir de l’Hexagone, a su au fil des ans se construire un parcours professionnel exceptionnel. Son dernier disque Lento vient de dépasser les 50 000 exemplaires, et tous ses nombreux concerts en France comme à l’étranger se terminent tous en standing ovation. Comment comprendre un tel succès ? Avec sa gentillesse habituelle, Youn Sun Nah s’explique dans un excellent français.


> Comment vivez-vous votre extraordinaire succès actuel, en France et en Europe, mais aussi, l’été dernier, aux États-Unis et, très bientôt, en Chine, voire au Brésil, votre prochain défi ?

Tout ce succès est pour moi quelque peu irréel. C’est incroyable, ce qui m’arrive. J’ai vraiment trop de chance. Est-ce normal, docteur ? Quand j’ai débarqué à Paris en 1995 pour étudier le jazz vocal au CIM, je ne connaissais, à l’exception de Louis Armstrong, aucun nom de musiciens de jazz dont les professeurs ou les élèves me parlaient. La première chose que j’ai alors faite, c’est d’aller à la Fnac acheter le Dictionnaire du jazz pour lire et relire avec avidité les notices de tous les musiciens qu’il me fallait connaître. Vous pouvez imaginer quelle fut ma stupéfaction quand j’ai lu un article à mon nom dans sa toute dernière édition. Je n’en croyais pas mes yeux. Moi, simple Coréenne, chanteuse de jazz « made in France », un peu par hasard, avoir son entrée dans le Dictionnaire du jazz après seulement quinze années de carrière, c’était incroyable.

> À vos débuts, pour vous faire connaître, vous êtes passée par l’épreuve des concours. Ont-ils été utiles dans votre parcours professionnel ?

Quand je me suis présenté en 1999 au concours de jazz de La Défense, je ne me sentais pas vraiment prête. Ce sont les musiciens de mon quintette qui m’ont à l’époque poussée à m’inscrire. Mon prix m’a bien évidemment encouragée et rassurée. « La Défense » marque en fait mes vrais débuts. Très vite, j’ai pu trouver un label indépendant In Circum Girum et un manager, Pierre Biancarelli. C’est lui qui m’a convaincue de participer en 2005 au tremplin Révélations jazz à Juan. Un jury composé de journalistes importants m’a élue et donné le droit de me produire sur la scène de la pinède Gould. Michel Contat m’a consacré un papier de deux pages dans Télérama. Un nouveau producteur, Habib Achour qui avait lancé la carrière d’Erik Truffaz décide de s’intéresser à ma carrière, et Blue Note France me propose de me signer.

> Et vous disparaissez du jour au lendemain et quittez la France sans explications pour retourner pendant plus de deux ans en Corée. Pourquoi un tel départ précipité ?

Pour des raisons que je tiens garder pour moi, j’ai vécu à cette époque des moments difficiles qui m’ont poussée à rentrer en Corée et fait alors croire que j’allais abandonner la musique. En prenant du recul et surtout mon temps, j’ai pourtant continué là-bas à faire de la musique. Le hasard a voulu qu’on me demande de me produire en duo dans un petit théâtre de Séoul avec le musicien de mon choix. J’ai tout de suite pensé à Ulf Wakenius, guitariste suédois que je ne connaissais pas personnellement, mais que j’avais vu et apprécié sur scène avec NHOP. Je lui ai envoyé un mail et, à ma grande surprise, il a tout de suite accepté de faire le voyage en Corée. Miracle ! Le concert fut magique et la rencontre vraiment décisive pour moi. Ulf m’a tout de suite fait part de son envie d’enregistrer très vite un disque avec moi. Il en a parlé à son ami le contrebassiste Lars Danielsson qui a immédiatement accepté de le produire pour le label ACT. Cela a donné Voyage, disque enregistré en Suède qui, sans l’avoir le moins du monde prémédité, a relancé ma carrière en France et en Europe.

>Vous jouissez aujourd’hui d’un encadrement très professionnel avec le soutien d’un label allemand performant (vos deux deniers albums ont dépassé les 50 000 exemplaires vendus), d’un tourneur français efficace en la personne d’Olivier Casaÿs d’Accès concert et d’un manager dévoué, Axel Matignon qui fut longtemps votre attaché de pressé dans votre première « époque ».

C’est vrai, le rôle d’Axel est pour moi aujourd’hui très important. Comme producteur de mes disques, mais aussi homme de confiance, psychologue, administrateur de tournée. Axel gère toute ma vie avec professionnalisme et amitié. Je réalise aujourd’hui à 42 ans que mon parcours professionnel n’a jamais été programmé sous l’autorité d’un quelconque Pygmalion, mais qu’il s’est construit naturellement au fil de rencontres, au gré des amitiés qui sont toujours arrivées au bon moment. J’ai eu vraiment beaucoup de chance. Je n’arrête pas de me le répéter.

> Vous avez donné en deux ans et demi près de 300 concerts. Comment tenez-vous physiquement ?

C’est le public, précisément par sa réponse toujours réceptive et réactive, qui me donne l’énergie et me ressource perpétuellement. C’est la promesse d’une nouvelle rencontre avec lui qui me donne la force et l’envie de voyager sans cesse. Cela efface toutes les fatigues. Tous les concerts sont différents et, à chaque fois, le miracle se reproduit. Je connais bien aujourd’hui le public français pour avoir chanté partout, d’Ouest en Est, du Nord au Sud de l’Hexagone. En regardant un jour la carte des lignes TGV, j’ai été surprise que constater que j’étais descendue dans toutes les gares que le TGV dessert ! Ma vie ressemble peut-être aujourd’hui à une valise (rires), mais je sais que je ne serai jamais blasée ni lasse de monter sur scène tant cet exercice m’est devenu vital et nécessaire. Parce qu’il m’aide chaque soir à sortir de moi-même.

Propos recueilli par Pascal Anquetil

Découvrez le site officiel de Yun Sun Nah


Dossier réalisé par Frédéric Drewniak et Mathias Milliard


Nous suivre /asso.irma /IrmACTU