CNM : "Si l’État se donne les moyens de cette ambition, la filière jouera le jeu"

Publié le jeudi 14 février 2019

Politique

À l’occasion du before des Victoires de la musique, Bruno Lion, président de TPLM, s’est exprimé sur la création à venir du Centre national de la musique (CNM). Il pointe les besoins et les urgences pour la filière musicale en matière d’intérêt général, et précise que les organisations professionnelles ne remettrons pas en cause l’ensemble de ce qu’elles ont durablement construit "tant qu’elles ne connaîtront pas précisément le nouveau cadre".

CNM Si l'État se donne les moyens de cette ambition, la filière jouera le jeu

Devant des parlementaires et le ministre de la Culture, Bruno Lion est revenu sur plusieurs sujets en amont des Victoires de la musique, dont la place de la musique dans le système scolaire, ou encore au sein des médias radiophoniques et télévisuelles.

Mais c’est principalement autour de la création du CNM qu’il est revenu, se réjouissant des conclusions du rapport Cariou/Bois récemment remis au gouvernement. "Ce rapport rappelle que, pour que le CNM fasse sens, il faudra un apport de moyens nouveaux, publics et pérennes, qui n’empiètent pas sur ce que fait déjà l’Etat pour la musique, d’au moins 20 Millions d’Euros par an", soit le même montant évalué par Roch-Olivier Maistre dans son rapport Rassembler la musique de 2017. "C’est la base indispensable pour que l’Etat puisse jouer le rôle qui lui revient" à savoir le rôle de "stratège de l’intérêt général".

"Si l’Etat se donne effectivement les moyens de cette ambition, la filière jouera le jeu avec sérieux, avec détermination et avec enthousiasme."

Pour le président de TPLM, éditeur de profession (PeerMusic), la filière musicale a besoin d’un CNM pour appréhender au mieux les enjeux d’intérêt général (diversité musicale, renouvellement des talents, emplois, irrigation des territoires, rayonnement international, principe du vivre ensemble, etc.), mais il rappelle également que nombre de ces points "dépendent avant toute chose de projets individuels qui sont chacun extrêmement risqué".

Parmi les actions d’intérêt général qui ont vocation à être gérées par le CNM, il pointe certaines urgences, à commencer par la sécurisation des crédits d’impôts de la musique, les professionnels ayant besoin d’une "visibilité pluriannuelle", ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

La capacité d’observation de la filière en est une autre : "Pour construire un outil en faveur de l’intérêt général, nous avons d’abord besoin de savoir de quoi on parle. Or nous n’avons que trop peu de vision d’ensemble, et il y a des manques béants dans ce que nous savons." Il préconise ainsi quelques chantiers comme une étude sur les ressources économiques des artistes et auteurs, ou sur l’impact des problématiques de concentration et de sécurité sur le spectacle, ou encore une sur la dé-linéarisation de l’écoute musicale, estimant que "sur toutes ces questions majeures, ce que nous savons est au mieux partiel".

Autre urgence : le soutien public à l’export de la musique française, jugé insuffisant malgré la récente rallonge de 500 000€ au budget du Bureau Export : "il est au même niveau que celui de la Norvège, un pays de moins de 6 millions d’habitants". Bruno Lion estime qu’un changement de braquet est nécessaire pour faire rayonner les musiques produites en France à l’étranger, et que ce changement ne doit pas tarder… au risque de perdre du terrain sur un marché mondialisé et à forte compétitivité internationale : "Il y a urgence, les outils numériques ont profondément bouleversé nos métiers, complètement changé la donne. Les places vont se prendre durablement dans les quelques années qui viennent. (…) Je pense notamment aux scandinaves, ou aux asiatiques… Ils sont bons aussi, et personne n’imagine qu’ils vont nous attendre. Nos artistes et nos professionnels ont tous les atouts pour être brillants à l’export, mais c’est maintenant qu’il faut les aider à y aller."

Plus globalement, le président de TPLM rappelle que les quatre organisations de gestion collective membres de TPLM (ADAMI, Sacem, SCPP et SPPF) ont attribué plus de 50M€ de soutien à plus de 6000 projets en 2017, et que ces organisations "savent ce qu’elles apportent à la vie musicale dans ce pays avec leur action culturelle privée".
Ainsi, l’engagement des OGC de la musique se fera en fonction du nouveau dispositif mis en place : "Depuis 30 ans, nous gérons ces moyens (les aides) de manière responsable, en faisant évoluer les programmes et les bénéficiaires tous les ans. Mais chacun comprendra que nous ne pourrons pas remettre en cause significativement l’ensemble, tant que nous ne connaîtrons pas précisément le nouveau cadre. En revanche, dès que le cadre sera connu et sécurisé, nous serons évidemment aux côtés de l’État."


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