Bruno Julliard : "les musiques actuelles, un enjeu important pour Paris"

Publié le jeudi 12 novembre 2015

Politique culturelle

Bruno Julliard, premier adjoint à la maire de Paris en charge notamment de la culture, des entreprises culturelles et de la nuit, revient pour l’Irma sur les mesures annoncées la semaine dernière lors de la deuxième séance plénière du Conseil parisien de la musique.

Bruno Julliard, 1er adjoint à la maire de Paris

- Comment est née l’idée d’un conseil parisien de la musique, et que fait-il ?

La mise en place d’un conseil parisien de la musique, c’est d’abord une promesse de campagne d’Anne Hidalgo. Il s’agissait de ne pas formaliser une politique publique seuls, mais de la coconstruire avec les professionnels, bien que le secteur des musiques actuelles relève en grande partie du privé. Responsables de lieux, syndicats, producteurs, fédérations, dans différentes esthétiques, nous avons souhaité les mettre autour de la table pour élaborer ensemble des propositions et des mesures.

D’un autre côté, c’est aussi un moyen pédagogique pour faire comprendre les enjeux. J’ai déjà eu l’occasion, en conseil de Paris, de présenter des subventions pour des salles de diffusion de musiques actuelles. Souvent, des élus ne comprenaient pas pourquoi il fallait soutenir des entreprises ou des lieux privés. Le conseil parisien de la musique nous a permis de construire une politique d’investissements, ainsi que des mécanismes de soutien au fonctionnement pour les salles, dont le modèle économique est aujourd’hui très contraint, dans un environnement très concurrentiel.

Après un an de réflexion et de discussion, nous avons présenté la semaine dernière ce plan de soutien aux musiques actuelles. Elles sont un enjeu très important pour Paris. N’oublions pas que chaque année, ce sont 36 000 concerts qui sont accueillis dans plus de 700 lieux, et il y a plus d’une centaine de labels. C’est une grande richesse, une grande diversité, et nous allons poursuivre les concertations pour mieux accompagner le secteur.

- Ces mesures viennent-elles aussi répondre à l’ambition de faire de la nuit et de la culture une priorité pour Paris ?

C’est d’abord un moyen de garantir une diversité et une indépendance artistique du champ musical parisien. Si les salles n’ont pas les moyens nécessaires, elles ne prendront pas de risques artistiques, elles ne favoriseront pas l’émergence, et de fait, c’est la diversité qui en souffrira. Pour cela, nous avons donc formalisé un plan de 2,5 millions d’euros sur la mandature, essentiellement pour l’insonorisation des lieux, la mise en accessibilité et la mise aux normes.

Cela rejoint par ailleurs les travaux que nous menons sur la vie nocturne et la vitalité culturelle de la nuit à Paris. Il faut des lieux de nuit, mais qui garantissent une programmation de qualité. D’énormes progrès ont été faits ces dernières années. Les échos des professionnels sont très encourageants, il faut poursuivre sur cette dynamique. Paris doit être reconnue pour son offre musicale nocturne de qualité. Il est donc logique que la Ville soutienne cette offre. C’est à la fois une politique culturelle, et une politique d’attractivité. Paris n’est pas encore à la pointe sur le tourisme festif de jeunes étudiants ou actifs, de court séjour. Nous sommes très loin derrière Berlin, Barcelone ou Londres. Pour monter en puissance sur ce segment, la vitalité et la qualité de la vie nocturne sont très importantes.

- Ces mesures sont intégrées au plan de soutien aux commerces et entreprises culturels. Est-ce pour démontrer que la culture est aussi envisagée par Paris comme créatrice de valeur et d’emploi ?

Les lieux de diffusion font partie de la ville, de sa richesse, comme les commerces culturels, pour lesquels nous avons mis en place des plans de soutien. Les disquaires et les librairies ont vu leurs modèles économiques fortement impactés par la révolution numérique. Or, Paris est une des villes au monde où l’on en trouve le plus grand nombre. Les salles de diffusion indépendantes contribuent à cette vitalité. Par notre soutien, nous voulons les valoriser et les reconnaître comme des entreprises essentielles à l’activité, au dynamisme et à la diversité, au même titre que de nombreuses entreprises qui ont besoin de la puissance publique pour se développer.

- Le fléchage d’une partie des aides sur l’insonorisation des lieux, est-ce un moyen de répondre aux problématiques de gestion sonore et de nuisances ?

Nous avons créé un conseil parisien de la nuit. Les responsables de salles de diffusion y côtoient les associations de riverains, très attentives aux questions des nuisances. Pour régler les différends, un des principaux remède, qui n’est pas le seul, c’est d’aider à l’insonorisation des lieux. Dans le cadre de ce conseil, nous allons améliorer les dispositifs de mesure du bruit dans un certain nombre de quartiers, en achetant des appareils spécialisés. Cela nous permettra de cibler les endroits prioritaires dans lesquels investir pour l’insonorisation. La bonne réponse, n’est pas, comme trop souvent, la fermeture administrative.

- La Ville de Paris a également annoncé son adhésion au GIP Cafés cultures.

Nous souhaitons que la structuration de la filière musicale permette une meilleure insertion professionnelle des artistes, un meilleur accompagnement et une limitation de la précarité. Dans Paris, il y a énormément de cafés ou de bars qui ont une programmation musicale. Pour des raisons financières, ils ne contribuent pas à l’emploi artistique, en ne payant pas, ou mal, les artistes. L’adhésion au GIP cafés cultures nous permettra de développer le fonds d’aide pour soutenir des emplois artistiques et aider les lieux à respecter la réglementation sociale. Cela contribuera au dynamisme des cafés concerts, d’autant plus que de nombreux artistes jouent chaque soir dans les nombreux bars de la capitale.

- Les mesures annoncées concernent en priorité le spectacle. Est-il également prévu de se pencher sur les autres composantes de l’écosystème musical : labels, managers... ?

C’est un travail que nous souhaitons approfondir avec le conseil parisien de la musique. En 2016, nous allons réunir des groupes de travail dédiés. Nous avons la volonté de travailler sur la promotion artistique internationale et touristique de la filière musicale, qu’il s’agisse des artistes, des salles, des labels ou des festivals. Notre offre est riche, et Paris doit pouvoir mieux la promouvoir à l’étranger, qu’il s’agisse d’attirer du public ou de favoriser la mobilité. Nous pouvons pour cela mobiliser nos nombreux partenaires, comme l’Office du tourisme, l’Institut français ou l’ensemble de nos réseaux internationaux de coopération. Les labels sont très demandeurs.

Nous allons également nous pencher sur l’éducation artistique et culturelle. J’aimerais que les musiques actuelles, artistes, labels, lieux, soient pleinement partie prenante de notre politique en la matière. Il faut renforcer les liens avec les conservatoires ou les projets musicaux à l’école. Il y a encore beaucoup de chantiers que nous souhaitons ouvrir. Pour les labels aussi, des propositions d’événementiels ont été faites, mais la concertation doit se poursuivre. Il est encore trop tôt pour en parler. Et nous travaillons également avec le Calif, que nous soutenons.

-  Sur la promotion/communication, les musiques actuelles pourraient bénéficier de l’aura de la capitale ?

La Ville de Paris bénéficie d’une force de frappe de communication très importante, qu’il s ’agisse du site paris.fr ou des réseaux sociaux. Sur le site, c’est plus de 3 millions de visiteurs par mois. Sur Que faire à Paris, c’est plus de 800 000 visiteurs par mois qui ont accès à des propositions de sorties culturelles. Notre pouvoir de prescription est très fort. Gratuitement, nous pouvons formaliser des stratégies de communication pour valoriser tous les acteurs et toutes les initiatives des musiques actuelles. Nous avons la capacité de relayer et de diffuser très largement l’information, mais l’on peut imaginer des outils hybrides innovants, comme des playlists de Paris, diffusées en ligne ou dans des lieux, ou des journées d’information, du matériel de communication dédié... Bref, les possibilités sont importantes.

Nous soutenons également le nouveau festival Paris musiques, initié par le Calif. L’idée est de créer une vitrine, un temps fort fédérateur autour de la création musicale à Paris sur 3 jours, au bénéfice de toute la filière : artistes, salles, labels, éditeurs... Nous apportons une aide financière, de la communication, de la mise à disposition de lieux originaux.

- Sur la mise en place d’une journée de rencontre entre acteurs de la filière et dispositifs économiques et de financement, vous pouvez nous en dire plus ?

C’est une demande qui a émergé du groupe de travail. Il existe beaucoup de dispositifs aujourd’hui, qu’ils émanent de l’État, des collectivités ou de structures comme la BPI ou l’Ifcic... Ils permettent de soutenir des projets, sous la forme de subventions, de prêts ou de garanties d’emprunt. Ils ne sont pas suffisamment connus et mobilisés. De plus, un accompagnement est nécessaire pour permettre aux professionnels d’y accéder. Ce sera l’objet de cette journée d’information, qui sera mise en place dès 2016.


Propos recueillis par Romain BIGAY

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