IRMA

Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles

Connexion / inscription

Le panierVotre panier est vide

PUBLICITE
Accueil du site
Accueil du site > Documentation > Focus > Un opérateur, un artiste et un observateur témoignent

Article mis à jour le vendredi 10 septembre 2010
Article créé le mercredi 4 juillet 2007

 
Version imprimable de cet article Version imprimable  
Interview

Un opérateur, un artiste et un observateur témoignent

Pour mieux comprendre les logiques et les objectifs de chacun, nous avons interrogé Gaby Bizien qui coordonne le programme d’accompagnement Start Play, Rec., Amine Hamma, membre du groupe Café Mira et récent 3e du tremplin Emergenza, et Jean-Robert Bisaillon, observateur québecois spécialiste du soutien d’artistes.


Gaby Bizien
Responsable "Musiques actuelles" de Domaine Musiques, association régionale de développement musical en Nord-Pas-De-Calais, et du pilotage du dispositif Start Play, Rec."

1- Parmi la multitude de dispositifs existants de repérage et d’aide au développement de carrière d’artiste, le programme "Start Play, Rec." est plutôt original, quelles ont été les motivations et constatations qui vous ont amené à sa création ?

Le dispositif est issu de concertations de professionnels du secteur commercial et du secteur associatif, subventionnés ou non. L’exercice a consisté à imaginer un dispositif qui diagnostique, et qui vise à renforcer à  la fois un projet artistique créatif et de qualité (surtout au niveau de son interprétation) et un projet professionnel cohérent et réaliste.

2- Pourriez-vous nous décrire les modalités et le déroulé de ce dispositif (condition de sélection des artistes, actions d’accompagnement, etc.) ?

Les artistes bénéficiaires sont sélectionnés par une commission de professionnels composée pour moitié d’acteurs de la région (garantie de la connaissance de la réalité des projets présentés) et pour moitié de professionnels extérieurs (garantie de l’objectivité). Ils sont issus des structures de diffusion, maisons de disques, d’édition, presse spécialisée, organismes d’information ou de formation spécialisés dans les musiques actuelles. Ces commissions se réunissent pendant deux jours. Le 1er est consacré à l’étude des dossiers et à l’écoute des démos, le second à des entretiens avec les artistes et managers.

3- Existe-t-il pour chaque session une évaluation du travail accompli, si oui quelles sont les grandes tendances qui se dégagent ?

L’évaluation porte évidemment sur l’évolution professionnelle des artistes aidés. Les grands indicateurs sont la contractualisation avec des partenaires professionnels (disque, tournée, édition), l’évolution du statut des artistes, etc.
Les grandes tendances depuis 12 ans que ce dispositif existe : 1/3 de carrières ascendantes, 1/3 de carrières difficiles, 1/3 d’abandons ou de changements de projet artistique.

4- Quel bilan tirez-vous de cette action ?

Ce dispositif est devenu une référence pour les artistes de la région et pour les professionnels qui les encadrent. On peut supposer qu’il a quelque pertinence. A signaler qu’il génère aussi des collaborations avec des structures de diffusion, de management, etc. et se trouve souvent au centre d’une synergie autour d’artistes en démarrage de carrières.


Amine Hamma
Membre du groupe Café Mira qui a fini 3e du dernier plateau du tremplin Emergenza (qui réunit plus de 1000 groupes).

1- Tu as participé à la dernière édition du tremplin Emergenza, peux-tu nous dire quel est ton groupe et comment ce concours s’est déroulé ?

Avec mon groupe, Café Mira, on a d’abord participé aux tremplins Fallen Fest pour tenter notre chance. Mais surtout, on souhaitait voir comment se débrouillent les groupes qui participent à ce genre de compétition, comment se passe l’organisation interne et quels sont les opportunités à saisir de ces tremplins ? Emergenza, nous a contacté par la suite, sachant qu’on s’était déja engagé dans un premier tremplin (concurrent) et qu’on avait passé le premier tour (les deux tremplins sont en trois tours pour arriver en finale).
Emergenza étant payant, avec des cadeaux en contrepartie (peau de caisse clair, baguettes, jeux de cordes gratte et basse), on pouvait alors amortir les frais de participation (60 €) et tourner dans des salles mythiques : le Gibus, le New Morning et l’Elysée Montmartre. On n’y croyait même pas, mais ça fait partie du jeu, alors autant se bouger et faire des salles inaccessibles pour notre jeune formation (qui existe depuis septembre 2006). On vise l’expérience instantanée. Il fallait préparer une nouvelle set list à chaque fois pour notre public (d’abord) qui paie un ticket relativement cher, et vote à la fin de chaque concert pour qu’on puisse passer à la prochaine étape. Pour Fallen fest, nous avons été éliminés en demi-finale au Trabendo au vote du public. Pour Emergenza, on a été repêché au deuxième tour (on nous a programmé tôt en début de soirée) grâce au score important via le vote du public. Du coup, il fallait maximiser les ventes et invitations pour la demi-finale au New Morning. Chose faite, on a bien travaillé tous les aspects sélectifs dans ce tremplin, malgré notre manque de discipline (indomptable). Show, mise en scène, enchaînement des morceaux, timing (25min de show à respecter) tout en mettant en avant l’identité sonore du groupe. Pas facile quand on a plus d’une heure au repertoire et qu’on doit trancher à 7 musiciens pour 22min de jeux, comme c’était le cas pour la finale.

2- Quel bilan en tires-tu ?

Bilan très positif même si on aurait souhaité remporter le premier prix. Mais on s’est rendu compte que faire ces tremplins et pouvoir mobiliser un public à tous ces concerts (nos amis en l’occurrence) était très difficile à faire. On a relevé ce défi et nous sommes fiers de cette troisième place en tant que finaliste. On a appris à s’autogérer pour la communication, la promo, le contact avec des pros… et on a profité du fait de jouer dans de superbes salles parisiennes. Ce n’était pas facile, avec un saxophoniste souvent en déplacement, le chanteur vivant en Italie… et de nouvelles compostions à chaque fois. Il fallait savoir se renouveler et évoluer après chaque tour. Les première retombées sont le film disponible sur le site www.musicbis.com qui nous sert maintenant d’outil promotionnel. On a aussi profité d’un suivi de la part de certains médias communautaires (africultures, planet DZ, Hchicha…). Tout cela nous a permis de décrocher deux festivals (Mondiali antirazzisti à Bologne, et Barisarock en Turquie) non gouvernementaux.

3- Quel est selon toi l’idéal type du tremplin, si il en existe un ?

Je ne connais pas un tremplin qui soit idéal pour un groupe, surtout dans une grande ville comme Paris. On recense des milliers de groupes qui ont tous la rage et l’ambition de jouer dans de grandes salles, d’acquérir un nouveau public et se faire connaître surtout. L’idée de vote du public est en revanche absurde. Il faut qu’il y ait un jury à la fin de chaque soirée pour départager les groupes, et pourquoi pas un tour des repêchés (qui n’ont pas de public qui va acheter leur skeud….). J’aime bien l’éclectisme, le fait d’organiser une soirée metal, world, reggae, ragga, progressive… me semble intéressant, dans la mesure ou les groupes participants peuvent nouer des contacts et partager l’expérience de chacun.
Les tremplins profitent de la forte demande des groupes pour avoir le maximum de profit. Côté promotion, ils laissent cette tâche aux groupes alors que c’est le minimum qu’ils pourraient faire. Un accompagnement d’artistes est obligatoire, mais doit se faire par des professionnels de l’industrie.


Jean-Robert Bisaillon
Fondateur de la Sopref (centre de ressources pour les musiques populaires au Québec), consultant et éditeur.

1- Quels sont les différents types de repérages d’artistes existant au Québec ?

Nous avons bien entendu les concours auxquels s’ajoutent les communautés virtuelles, essentiellement MySpace et le nouveau venu Miouze.ca. Beaucoup de repérages se font aussi par l’autoprod, l’accès au marché physique via des distributeurs collectifs, et enfin par certains lieux ou séries de concerts découvertes.

2- Y-a-t-il une réponse originale et propre au Québec autour de cette notion de repérage d’artiste ?

Nous pourrions affirmer que la chaîne collective de soutien à l’autoproduction, pilotée par la Sopref et distribuée par Local Distribution en est une.

3- Quelle serait la formule idéale, si il y en a une, d’un dispositif de repérage d’artiste ?

S’assurer qu’il existe une voie à l’entrée dont les goulets d’étranglements sont moins contraignants que ceux de l’industrie : distribution physique et numérique, petits lieux de concerts. MySpace est une réponse directe à cette problématique. Les concours ne sont pas la formule idéale mais peuvent y jouer leur rôle, à condition qu’ils répondent à un minimum de critères éthiques de bases : conditions de prestation, critères d’éligibilité, choix des jurys, répartition des prix etc. Il faut éviter d’y exploiter les passions de façon indécente…


PUBLICITÉ
IRMA : Centre d'information et de ressources pour les musiques actuellesInformations légalesRégie publicitaireNous contacterPlan du siteRSS 2.0