IRMA

Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles

Connexion / inscription

Le panierVotre panier est vide

PUBLICITE
Accueil du site
Accueil du site > Documentation > Focus > RESEAUX LOCAUX ET REGIONAUX EN MUSIQUES ACTUELLES De nouveaux interlocuteurs pour faire vivre la co-construction

Article mis à jour le vendredi 10 septembre 2010
Article créé le mercredi 4 octobre 2006

 
Version imprimable de cet article Version imprimable  
Article

RESEAUX LOCAUX ET REGIONAUX EN MUSIQUES ACTUELLES
De nouveaux interlocuteurs pour faire vivre la co-construction

Les réseaux régionaux (ou locaux) d’acteurs des musiques actuelles se multiplient depuis quelques années : Raoul, Fracama, Rama, Rif, Patch, Rhône-Alpes Jazz, Tohu-Bohu, UDCM, Zic Zac en Lorraine, Limace, Museau, Jazz en l’R*â ?¦. Et le mouvement a plutôt tendance à se développer.
Alors que le principe des concertations territoriales porté par le CSMA doit entrer dans sa phase active, il nous a semblé opportun de revenir sur ce phénomène et de leur donner la parole.

Au cours des années 90, les musiques actuelles se sont structurées autour de grandes fédérations nationales regroupées par esthétique et type d’activités : FAMDT (85), Fneijma (90), Zone Franche (90), Férarock (91), Afijma (93), Fedurok (94), Technopol (96), FSJ (96)… qui constituent désormais les grands interlocuteurs de la structuration sectorielle.
Mais, depuis quelques années, cette organisation des échanges et des représentativités s’est également développée par une multiplication de réseaux régionaux. Bien décidés à faire partie du débat, ils interviennent désormais dans le paysage de la représentativité sectorielle.
Plusieurs symptômes ou constats ont pu présider à leur constitution : l’effet de la décentralisation ? La réaction au développement d’une infrastructure publique masquant les initiatives locales ? La nécessité de faire entendre d’autres voix, d’autres pratiques ? La volonté de nombreux acteurs entrés dans la « carrière » (par le biais des emplois-jeunes) de s’y installer durablement et faire valoir leur expérience chèrement acquise ? La remise en cause de la représentativité des différents réseaux nationaux ? Les opportunités d’entrer dans les dialogues naissants ?…
Comme pour toute évolution de fond, c’est certainement la concomitance de plusieurs de ces facteurs qui peut expliquer le phénomène.

Du local au global
Le transfert de la politique d’aménagement culturel du territoire de l’Etat vers les collectivités territoriales a certainement motivé nombre d’acteurs des musiques actuelles à redéfinir leur rôle et leur aspiration face au politique.
Une des motivations premières de ces réseaux est de mieux rendre compte des pratiques qui s’affirment en rupture ou à côté des institutions culturelles balisées et repérées. Il s’agit par la même de valoriser des interlocuteurs dignes de l’attention du politique et insuffisamment pris en compte jusque-là .
Chaque réseau, suivant ses objets (observation, formation, diffusion, ressource, etc.) se définit ainsi comme un lieu, voire un outil, de co-construction et de concertation entre le poids grandissant des collectivités locales, l’Etat et les acteurs (déjà ) représentés. Il serait un espace de dialogue ouvert faisant œuvre exposant la complexité et l’originalité du secteur : « nous essayons de rencontrer un maximum d’interlocuteurs afin de leur expliquer les enjeux artistiques, culturels, politiques, économiques, sociaux des musiques actuelles/amplifiées et les problèmes auxquels elles sont confrontées » (Raoul).
Faut-il alors y voir une remise en cause de la représentation nationale des fédérations déjà installées, une émergence de « non-alignés » souhaitant court-circuiter leurs aînés ? Rien n’est moins sûr tant, d’un côté comme de l’autre, le partage de mêmes valeurs semble constituer un socle commun, d’ailleurs nombre de ces réseaux locaux sont affiliés à ces fédérations. Néanmoins, l’interrogation ne peut être évacuée, il apparaît que le but est bien de placer les musiques actuelles comme partie non dissociable de toute politique culturelle locale et au-delà .
Reste de bien définir avec qui…

Mutualiser, mutualiser, il en restera bien quelque chose
Coller au plus près des réalités locales est l’une des gageures que se fixe chaque réseau. En effet, face à l’ignorance persistante des collectivités territoriales pour les acteurs locaux isolés, la nécessité s’est fait jour de rapprocher, de fédérer ceux-ci. Il s’agit de permettre une meilleure prise en compte des aspirations de chacun et de développer « une véritable dynamique (…) transversale » (Rhône-Alpes Jazz).
Ayant pleinement conscience, qu’ils ne peuvent embrasser l’ensemble des acteurs des musiques actuelles d’un territoire, les réseaux se placent dans une posture de médiation et de concertation où la mutualisation des moyens et des compétences servirait à la mise en place d’une politique d’intérêt général qui rejaillirait sur l’ensemble du paysage local.
Ainsi en coordonnant diverses actions et en étant force de proposition consciente : « leur rôle (…) est avant tout politique » (le Rif), à l’échelle d’un territoire. Ces réseaux se réapproprient, alors, entre autres, l’espace (amateurs, indépendants, mouvement associatif, etc.) laissé souvent vacant par les institutions culturelles.
C’est pourquoi, pour nombre de ces réseaux, il n’est pas incongru d’évoquer l’idée d’une utopie politique inscrite dans leur démarche : promotion et défense d’un secteur sensé véhiculer des valeurs « citoyennes » communes, diversité de statut et de nature de leurs membres comme richesse constitutive, développement local visant à l’épanouissement individuel, repenser la politique de la ville, etc.

Dure limite ?
Si la diversité des acteurs « hétérogènes et majoritairement associatifs » (Patch) qui constituent bon nombre de réseaux est vécue ou présentée comme une richesse, elle peut en montrer également ses limites.
En effet, comment trouver des dénominateurs communs entre différents acteurs aux statuts ou aux velléités composites ? « La disparité entre les structures engendre des difficultés pour tendre à une (…) homogénéité dans les discours et les travaux du réseau » (Raoul).
Cet écueil s’ajoute à la faiblesse des moyens financiers et humains (ce que souligne laconiquement le réseau Limace en invoquant le « sous financement chronique du secteur ») que rencontre bon nombre de réseaux, ce qui peut conduire certains d’entre eux à proposer des volets d’actions a minima, bien loin des objectifs initiaux annoncés.
Ceci est susceptible d’entraîner une confusion avec les acteurs concernés du territoire pouvant créer ainsi une crise de légitimité des dits réseaux.
La fragilité de ces réseaux tient également au fait que pour beaucoup les fonctions de coordination et d’animation s’inscrivent dans une précarisation de l’emploi dédié. Souvent créé et accompagné, par la mise en place de « feux » les emplois-jeunes, nombre de ces postes se trouvent aujourd’hui remis en question. Pour mémoire ce dispositif a conduit à la création de plusieurs milliers d’emplois dans le secteur musiques actuelles. C’est ainsi que, comme l’a constaté à l’époque, le CEE (Centre d’étude de l’emploi) : « les associations culturelles se sont massivement emparées du programme pour stabiliser les équipes nécessaires au développement de leurs projets, en particulier dans le domaine de l’action culturelle locale où s’enchevêtrent soutien à la création, action éducative, développement local urbain ou rural ».
A titre d’exemple, notons que l’une des priorités mise en avant par l’enquête menée sur les membres du Réseau ressources (comprenant une majorité de réseaux locaux ou régionaux) concerne le besoin d’être formé aux techniques de recherche de financements en vue de la pérennisation de leurs postes (80% de ceux-ci étant des emplois aidés localement).

Centrifuge vs centripète
Pour certains, l’éclosion de ces nombreux réseaux présenterait un risque de « balkanisation » de la politique culturelle en France, alors qu’elle n’est, entre autres, que le symptôme de son atomisation.
Vouloir remettre les acteurs et les citoyens sur le devant de la scène est un credo certes louable… mais ceux qui se sont émancipés seront-ils capables de ne pas étouffer les nouveaux arrivants ? Chacun ayant droit à sa propre initiative, un réseau malgré toutes les précautions prises n’est-il pas aussi un facteur d’exclusion ?
Malgré ces réserves, les réseaux locaux et régionaux ont un premier rôle à jouer dans la mise en place des concertations territoriales souhaitées par le CSMA.
Reste à définir avec qui, comment et sur quels chantiers. [1]

Frédéric Drewniak

*Plus d’informations sur les réseaux locaux et régionaux mentionnés
Raoul
Fracama
Rama
Rif
Patch
Rhône-Alpes Jazz
Tohu-Bohu
UDCM
Zic Zac en Lorraine
Limace Museau
Jazz en l’R

[1] CSMA : Pour une politique nationale et territoriale
Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle
Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’Unesco
Agenda 21 de la culture

PUBLICITÉ
IRMA : Centre d'information et de ressources pour les musiques actuellesInformations légalesRégie publicitaireNous contacterPlan du siteRSS 2.0