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Article mis à jour le jeudi 16 septembre 2010
Article créé le lundi 3 septembre 2007

 
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Interview

Label managers, opérateurs et élus témoignent

Comment les dispositifs locaux d’aide au disque sont-ils vécus et pensés de l’intérieur ? Des gérants de labels (Jarring Effects, Boxson, Vicious Circle, Talitres, Ailissam), des opérateurs de dispositifs (Mila, Trempolino, Phonopaca) et des élus (Aquitaine, Rhône-Alpes) font le point.

Pour en savoir plus sur les dispositifs évoqués ici, reportez-vous à l’article Labels en ville : les dispositifs locaux de soutien à la filière discographique.

Autour du Mila, marché indépendant des labels, XVIIIe arr. de Paris

Nicolas Karlen
MySpace France, président de Lykill Records et ancien coordinateur du Mila

« Mila doit maintenant faire face au défi de sa croissance »

Lire l’interview

Bertrand Aubonnet
Directeur de Boxson et de PBox

« Tout ce que l’on fait pour des produits de l’agriculture, on peut le faire sur ceux de la culture »

Lire l’interview

***

Autour du dispositif d’aide aux entreprises de production et d’édition phonographiques en Aquitaine

Philippe Couderc
Label manager de Vicious Circle

« Il est aberrant de croire qu’on peut construire une politique culturelle des musiques amplifiées sans le disque »

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Sean Bouchard
Label manager de Talitres Records

« Le Conseil Régional a en quelque sorte tiré la sonnette d’alarme à notre place, à nous de faire en sorte que cette sonnette reste désormais tirée »

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Frédéric Vilcocq
Conseiller Régional d’Aquitaine, vice-président du CSMA

« structurer économiquement la filière et garantir la diversité de la production artistique »

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***

Autour de Phonopaca et du dispositif d’aide au projet de production phonographique en Provences-Alpes-Côte d’Azur

Cédric Claquin
Directeur d’Ailissam et co-fondateur de CD1D.

« Il y a clairement des cartons de CD pressés et payés qui dorment dans les bureaux de labels »

Lire l’interview

Benoît Fremin Du Sartel
Président de Phonopaca

« C’est l’ensemble des réussites locales qui fera que ce secteur avancera globalement en France »

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***

Autour du dispositif d’aide à la filière phonographique en Rhône-Alpes

Monsieur Mo
Label manager de Jarring Effects

« Il faudrait envisager d’accorder une enveloppe globale aux labels aux productions régulières »

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Najat Vallaud-Belkacem
Conseillère déléguée à la culture de la Région Rhône-Alpes

« La région met tout en œuvre pour protéger une filière indépendante qui se situe à la frontière de l’économie et de l’artistique »

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***

Autour des dispositifs d’aide au disque de Trempolino en Pays de la Loire

Vincent Priou
Directeur de Trempolino

« L’intervention publique doit exister sur des bases transparentes et négociées »

Lire l’interview

***

Nicolas Karlen
MySpace France, président de Lykill Records et ancien coordinateur du Mila

1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création d’un dispositif d’aide aux labels dans le XVIIIe arrondissement de Paris ?
Le XVIIIe arrondissement est historiquement un territoire disposant d’une forte identité musicale. Avec l’implantation d’EMI et d’un Virgin à Barbès, cette identité s’est vue renforcée pour peser sur l’activité économique de l’arrondissement. L’idée de Laurence Goldgrab (Adjointe au maire chargée du développement économique, du commerce, de l’artisanat et du tourisme) fut de parier sur cette dynamique pour donner une nouvelle orientation au triangle Messager/Letort/Championnet, dont les locaux commerciaux, appartenant à un bailleur social (Opac), étaient délaissés depuis de nombreuses années.
Le projet Mila est né d’un double désir : venir en aide aux structures de production indépendantes et redynamiser un quartier en implantant à nouveau une activité économique. L’association Mila, réunissant des professionnels de la filière (Bruno Boutleux, Enrico Della Rosa, François Chesnais, Jean-Pierre Sablier, Abedslam Ouhlabib et Frédéric Rebet) fut constituée en 2002 pour mener le projet à bien, avec l’objectif d’apporter une aide au développement économique aux indépendants.

2) Quelles sont les conséquences visibles et/ou attendues du dispositif ?
L’association Mila apporte des réponses pratiques aux sociétés qui la sollicite. Le contexte immobilier parisien rend la recherche de locaux commerciaux très difficile pour de petites structures. C’est pourquoi Mila a conclu un accord avec la Mairie de Paris, l’Opac de Paris et la Région Ile-de-France, lui permettant d’attribuer à des structures de production musicales indépendantes et à des tarifs avantageux, des locaux commerciaux vacant. Ce sont ainsi plus de 1400m•² qui ont été répartis entre 23 structures. Une soixantaine de personnes travaillent quotidiennement sur le pôle.
C’est la première conséquence visible : un quartier revitalisé. Les rideaux de fer sont ouverts là où personne ne les avait vus ouverts depuis parfois 20 ans ! Ensuite, les membres de Mila forment un réseau de professionnels complémentaires qui s’entraident naturellement, au gré des rencontres générées par la vie du quartier. La proximité géographique entre tous les membres favorise les échanges plus ou moins formels qui ont donné lieux à de nombreuses collaborations artistiques, économiques, juridiques, administratives… en fonction des spécialités de chacun.

3) Selon vous, quel est le devenir du dispositif ? A-t-il vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
La demande des professionnels a été très forte, dès le départ du projet. C’est pour nous le signe de la légitimité de ce dispositif pragmatique. Après une phase de démarrage réussie, Mila doit maintenant faire face au défi de sa croissance : répondre à la demande sans mettre en péril sa jeune et fragile structure, devenir un véritable réseau social professionnel afin de mettre à profit les talents de ses membres.
Je pense que Mila peut servir d’exemple à d’autres collectivités locales et territoriales. Bien sûr, la réalité sociale et économique parisienne est particulière et le dispositif devra s’adapter aux problématiques locales, mais l’objectif premier (offrir un cadre dans lequel les indépendants peuvent se focaliser sur le développement de leur activité professionnelle, et rompre leur isolement) répond à une demande globale. J’espère donc que Mila pourra jouer un rôle dans le développement d’initiatives similaires. Certains contacts ont déjà été pris et l’organisation de la rencontre "Collectivités, labels et industries musicales" avec l’Irma et le festival 18 en Scènes est la démonstration de cette volonté d’ouverture et d’échange autour de ce thème.

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
Les aides publiques apportées au cinéma ou au livre ne sont plus discutées. Il est tout à fait normal que les pouvoirs publics apportent également leur assistance à des microstructures musicales. Les réflexions conduites par la ville de Paris et la Région Ile-de-France avec Mila, par le Conseil Régional d’Aquitaine, et par les agglomérations rennaises et nantaises ont émergé à un moment où la production phonographique traverse une crise structurelle importante, qui touche particulièrement les producteurs indépendants. Petit à petit, l’idée que la musique peut être un vecteur de développement économique fait son chemin. Les mécanismes d’une politique de soutien sont encore à inventer. A l’image des dispositifs expérimentaux existants, les crédits engagés sont encore symboliques si l’on songe qu’en 2000, les régions attribuaient près de 30 millions d’euros d’aide à la production cinématographique…


1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création d’un dispositif d’aide aux labels à Mila ?
Je n’étais pas à la création du dispositif mais, comme utilisateur, l’aide consiste en des loyers modérés et un équipement commun destiné à faciliter quelques tâches administratives, réunions, etc…

2) Quelles sont les conséquences visibles et/ou attendues du dispositif ?
D’abord un coût moindre sur le fonctionnement via les loyers modérés. Ensuite une visibilité plus facile au regard des prescripteurs (artistes, medias, professionnels).

3) Selon vous, quel est le devenir du dispositif ? A-t-il vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
A évoluer bien sûr, mais dans des actions concrètes comme s’il s’agissait d’une fédération. Par exemple en négociant sur les droits de reproduction mécanique pour des microstructures ou des achats groupés auprès des fournisseurs. Ou pour avoir plus de poids auprès des médias. Il faut aussi poursuivre la mutualisation de moyens, l’organisation d’événements ou la mise à disposition d’un lieu vitrine… Bref, tout reste à faire, surtout en pleine crise.

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
La protection ou l’influence publiques, avant le financement, doit se placer au plus haut niveau. Lutter contre la vulgarisation de la musique et sa consommation gratuite sont des priorités. Exercer un contrôle sur les réseaux de distribution, supprimer les marges arrières, éviter la concentration du marché, de la diffusion médiatique… Tout ce que l’on fait pour des produits de l’agriculture, on peut le faire sur ceux de la culture.
Il s’agit de défendre une identité qui a toujours été en mutation (ce qui fait sa richesse) et non pas créer un modèle de production et de consommation figé.
Donc cette action est importante, mais il faut que les petits producteurs proposent une alternative au modèle passé et quasiment disparu, qu’ils ouvrent les perspectives d’une nouvelle économie. Pour cela les actions groupées et de fédérations sont primordiales, même s’il s’agit de marchés de niches. Il faut également clarifier les sources et les taux de rémunération qu’apportent les nouvelles technologies. Les modes de consommation imposés par les industriels donnent l’impression de guider les tendances de marché comme s’il s’agissait d’une fuite en avant.
On ne s’appuie pas sur le progrès, nous en sommes presque victimes. C’est dans cette approche que l’Etat doit être médiateur.


1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création d’un dispositif d’aide aux labels en Aquitaine ?
En 2000 ou 2001, les labels aquitains avaient créé une fédération LIA (Labels indépendants d’Aquitaine) car déjà nous avions des difficultés à exister tant en termes de diffusion que dans la "chaîne" des musiques actuelles - à côté des difficultés d’aujourd’hui, disons que 2001 était le paradis ! L’image des maisons de disques [NDLR : auprès des pouvoirs publics] n’est pas bonne : elle apparaît comme faisant pleinement partie du secteur marchand ; en gros, les labels existent pour exploiter les artistes !
Les labels de notre taille n’étaient que peu ou pas fédérés et n’en ressentaient pas forcément le besoin. Du coup, les institutionnels n’ont rencontré que les salles de concerts, locaux de répétitions, centre de ressources qui eux-mêmes connaissent très mal le disque, son importance tant culturelle que dans le développement d’un artiste. Au final, LIA a échoué car nous n’étions tout simplement pas capables de prendre le temps nécessaire, auprès des élus notament, pour faire reconnaître notre travail et son importance.
En Aquitaine, il a fallu qu’un élu, Frédéric Vilcocq, que les musiques actuelles passionnent (on peut le dire, parce que politiquement il y a plus porteur je pense), s’intéresse aux labels. Il est venu les rencontrer pour les connaître, pour apprendre leur fonctionnement et apprécier pleinement leur rôle, avec la ferme intention de les aider. C’est ce qu’il a fait, avec l’aide du Rama (Réseau aquitaine des musiques amplifiées), association qui regroupe pas mal de salles de concerts d’Aquitaine. Un premier dispositif d’aide directe à la production a été élaboré assez rapidement et dès 2006, une ligne budgétaire (45 000 euros) a été créée par le Conseil Régional d’Aquitaine.

2) Quelles sont les conséquences visibles et/ou attendues du dispositif ?
2006 a été une première étape. 2007 doit marquer la création d’une fédération des labels en Aquitaine qui doit proposer, élaborer et mettre en oeuvre des solutions pour aider les labels, qu’il s’agisse de la diffusion, de la communication ou de la production. Je ne connais pas le détail de la distribution de la première enveloppe, mais je crois qu’une dizaine de labels ont été aidés sur la production. Pour 2007, rien n’est encore décidé. L’enveloppe a été portée à 60 000 euros et les labels ont proposé qu’une partie soit affectée (de quelle manière, on ne sait) à la mise en place de cette fédération. Car si le LIA a échoué c’est bien parce qu’il nous manquait une personne qui puisse se consacrer à cette mission.

3) Selon vous, quel est le devenir du dispositif ? A-t-il vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
Vue la situation de la musique enregistrée en France, où des chaines de magasins ont décidé de condamner le disque physique (90% du marché aujourd’hui ; 75 à 80% du marché d’ici 2010, c’est-à -dire une broutille) au profit de la dématérialisation, dont on sait que son évolution sera lente (forcément on peut toujours télécharger gratuitement) et ne pourra pas compenser les pertes du physique.
Il faut prendre conscience que, dans le développement d’artiste, un disque est un objet culturel au même titre qu’un livre (notons d’ailleurs qu’en Aquitaine le mot disque est désormais accolé au mot livre - et il y a des rapprochements à faire avec le livre). Il est abérant de croire qu’on peut construire une politique culturelle des musiques amplifiées sans le disque, sous quelque forme que cela soit. Le disque, même devenu simple "appel" ou "prétexte", sert à se faire connaître et trouver des concerts, entre autres. La promotion et la communication autour de la musique d’un artiste ne s’improvisent pas et, sans parler de marketing, un carnet d’adresses ça aide ! Or justement c’est le métier du label ! Bref, ne pas aider les labels c’est construire une politique des musiques amplifiées sans tête et donc ni jambe.
Il n’y a pas d’autres solutions pour préserver la diversité culturelle ; sans les labels, il ne restera que les "gros" qui font le dos rond et ne prennent aucun risque. Sans les labels, c’est la soupe populaire assurée (voilà un bon slogan !).

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
Tout à fait. L’aéronautique est, par divers biais, subventionnée, l’agriculture est subventionnée, et c’est le cas pour bien d’autres secteurs… La culture est marchande, depuis toujours. L’avantage d’aider des structures économiques telles que les labels, c’est que ces structures sont habituées à gérer leur argent au plus près. Elles sont en général économiquement capables, juridiquement carrées, et comptablement rigoureuses. Croyez bien que les labels aquitains n’ont pas été sabler au champagne la "sub" qu’ils ont reçue, non qu’elle soit misérable, mais bel et bien parce qu’ils savent quoi en faire exactement.


1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création d’un dispositif d’aide aux labels en Aquitaine ?
Il apparaît qu’il s’agit avant tout d’une question de personne. Avant l’arrivée de Frédéric Vilcocq au Conseil Régional d’Aquitaine, les pouvoirs publics restaient, semble-t-il, assez peu sensibles aux activités des labels indépendants, activités encore trop opaques. Mais la faute est partagée, sans doute ne consacrons-nous pas assez de temps et d’énergie pour étudier les dispositifs d’aides mis en place, pour communiquer plus amplement auprès de la municipalité, de la Drac…
En la personne de Frédéric Vilcocq, puis en l’ensemble du Service des Industries Culturelles du Conseil Régional, nous avons trouvé un interlocuteur qui s’intéressait aux actions entreprises par les labels indépendants d’Aquitaine, à leurs démarches artistiques (multiples et variées), au pôle économique qu’ils pouvaient représenter (même s’il s’agit d’une niche) et à leur éventuel rayonnement en France et à l’international.
A ma connaissance, un premier entretien entre Frédéric Vilcocq et Philippe Couderc a permis de confirmer la nécessité absolue de créer un dispositif d’aide aux labels étant donnée la situation de plus en plus précaire et chancelante desdits labels. Une première journée organisée en juin 2005 et rassemblant les différents acteurs du milieu a jeté les grandes bases du dispositif et mis en lumière l’hétérogénéité des ressources, des structures et des moyens. Cette journée a été relayée par une seconde à l’automne 2005 permettant d’appronfondir la question.

2) Quelles sont les conséquences visibles et/ou attendues du dispositif ?
La mise en place d’un dossier de demande de subvention pour l’édition et la production phonographique pour l’année 2006, édité par le Conseil Régional en concertation avec le Rama et soumis à l’ensemble des acteurs. Soit une aide effective accordée (5.000 euros pour Talitres Records) au titre de l’année 2006 et versée en avril 2007. Le dossier de demande de subvention a été reconduit pour l’exercice 2007 et est en cours de délibération.

3) Selon vous, quel est le devenir du dispositif ? A-t-il vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
Les pouvoirs publics ont semble-t-il réalisé les grosses difficultés financières que rencontraient les labels indépendants. C’est l’ensemble d’un secteur d’activité qui est actuellement menacé, remettant en cause petites et moyennes entreprises, associations actives, leurs salariés, un dynamisme garant d’une certaine diversité culturelle qu’il est nécessaire de sauvegarder. Nous sommes devenus des structures en voie de disparition qu’il est nécessaire de protéger.
Oui ce dispositif a vocation à perdurer, bien sûr à évoluer, mais cela ne peut se faire sans nous et sans notre volonté à tous. Le Conseil Régional a en quelque sorte tiré la sonnette d’alarme à notre place, à nous de faire en sorte que cette sonnette reste désormais tirée. Se fédérer davantage, avoir des actions communes dès que cela est possible, mettre en commun nos moyens et nos compétences…

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
En tant que label manager je me sens assez éloigné des préoccupations et des actions menées par certaines grosses majors (par l’ensemble de celles-ci ? sans doute). L’industrie musicale est effectivement un secteur culturel "marchand" (ou un secteur "marchand" culturel), mais à multiples vitesses. Bien que l’activité du label soit effectivement commerciale, la vocation de Talitres reste de se battre pour que les artistes en développement conservent une exposition. La passion qui nous anime demeure avant tout de découvrir de nouveaux talents (avec tout le côté subjectif que cela implique) et de les défendre. Dans cette perspective, oui il me semble qu’un financement public paraît cohérent, et il me paraît logique que ce dispositif soit fermé aux majors.
Pour aller plus loin, il serait aussi souhaitable qu’une TVA différente pour les productions phonographiques issues de majors (19,6%) et celles issues des labels indépendants (5,5%) soit mise en place. Sans doute serions nous mieux armés pour défendre ce projet à Bruxelles. Mais c’est encore une autre question…


1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création d’un dispositif d’aide aux labels en Aquitaine ?
Il y a d’abord eu un contexte de rencontres amicales avec des fondateurs de labels indépendants emblématiques dès mon élection en avril 2004. Puis la mise en oeuvre des premières rencontres régionales musiques actuelles en Aquitaine, avec la tenue d’un atelier consacré à la réflexion autour d’un dispositif de soutien aux producteurs et éditeurs phonographiques en juin 2005. L’ensemble des responsables de labels étaient présents et nous avons pu échanger sur leur passion et surtout sur leur difficulté dans cette période de forte concentration de l’industrie du disque et de bouleversement technologique. Il en est ressorti, au bout d’un an de travail, un dispositif intitulé "Aide aux entreprises aquitaines de production et d’édition phonographiques", adopté le 27 novembre 2006 en assemblée plénière.
Cette aide procédait de deux logiques politiques chères à la Région Aquitaine, d’une part la notion de diversité culturelle et son corollaire de la diversité musicale, et d’autre part de la co-construction des politiques publiques de la culture.
Cette méthode de co-élaboration de dispositifs culturels entre partenaires publics et acteurs culturels, issue des travaux de la concertation nationale musiques actuelles (CNMA) et inscrite dans le texte fondateur du Conseil Supérieur des Musiques Actuelles (CSMA), s’est ainsi mise en œuvre très concrètement par une analyse partagée du contexte national et régional de la filière du disque, la co-écriture et une évaluation transparente et contradictoire.
Par ailleurs, notre ambition était double pour ce dispositif. Il s’agissait en effet d’allier une volonté de structuration économique de filière mais également de garantir la diversité de la production artistique en Aquitaine.

2) Quelles sont les conséquences visibles et/ou attendues du dispositif ?
Il est encore trop tôt pour parler de conséquences visibles et encore plus positives, car nous travaillons à la fois sur du court terme par l’aide à la production, et sur du plus long terme en favorisant une structuration de filière.
Nous avons pu toutefois identifier collectivement un certain nombre de pistes.
Concernant la production phonographique, l’aide présente de nombreux avantages (simplicité et rapidité de mobilisation), en revanche, les critères et modalités de l’attribution des subventions devront être affinés.
Pour la structuration de la filière, nous travaillons actuellement sur plusieurs projets :
- la mise en place d’un réseau de distribution physique alternatif en partenariat avec les librairies indépendantes et le réseau aquitain des médiathèques pour la construction d’un groupement de vente ;
- l’aide aux commerces culturels de proximité (disquaires indépendants aquitains). Cette aide sera complémentaire du réseau de distribution alternatif. Il permettra de sécuriser les lieux existants et de développer un maillage cohérent sur les territoires. Nous nous appuierons sur l’expérience du Calif ;
- le lancement d’une réflexion sur une plateforme de distribution numérique : cette piste de travail sera rapidement explorée, cette plateforme pouvant servir autant à la promotion des labels, qu’à l’écoute et à la vente par téléchargement de titres ;
- le développement de liens avec les scènes régionales sur le modèle d’une "carte blanche à …", de "Labels en scène" ou de "Labels en résidence" est d’ores et déjà en expérimentation ;
- service collectif de soutien juridique.
Pour la promotion des labels, une "boîte à outils" rentrera en vigueur dès la fin de l’année. Elle comprendra :
- une aide au déplacement sur les salons professionnels, celle-ci est importante pour le développement des labels. Une aide annuelle individualisée et plafonnée sera accordée ;
- la newsletter "labels d’Aquitaine" et la compilation "labels d’Aquitaine", outils de communication à destination des professionnels et des collectivités locales ;
- des assises des "labels d’Aquitaine", intégrées dans le processus de concertation territoriale des musiques actuelles, ces assises constitueront des moments privilégiés de réflexion et de dialogue.

3) Selon vous, quel est le devenir du dispositif ? A-t-il vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
Disparaître, je ne le pense pas, sauf changement éventuel de majorité politique lors des prochaines échéances électorales régionales. Évoluer dans la durée certainement, c’est le principe même d’une politique culturelle co-construite avec les acteurs, politique qui implique un processus permanent et transparent d’évaluation de ce dispositif de soutien.
Si les objectifs politiques, culturels et économiques restent les mêmes, les modalités sont évolutives en fonction d’un contexte international de crise de la filière musicale et d’avancée technologique permanente qui interrogent automatiquement l’efficacité d’un tel dispositif. D’une aide à la production, le dispositif qui a pourtant moins d’un an évolue déjà vers une véritable aide à la structuration économique des labels indépendants. Ainsi, la question collective a été très tôt mise au cœur des débats. Afin de garantir la pertinence et la réussite du dispositif, la création d’une association des labels indépendants aquitains a semblé nécessaire, cette association pouvant assurer notamment le portage d’un emploi utile à la coordination des projets. Cet emploi s’inscrira dans une autre logique du Conseil Régional, qui est celle d’un appel à projet de mutualisation d’emploi du secteur de l’économie sociale et solidaire et de la création d’un groupement d’employeur culture, porté aujourd’hui par le Rama (Réseau aquitain des musiques actuelles). Car il est bien évident aujourd’hui que les labels en présence ne peuvent assumer la charge de travail inhérente à la conduite de ce projet collectif même si leur participation a été forte dans la phase de préfiguration.

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
Les régions disposent de compétences importantes en matière d’emploi et de développement économique. Dans un contexte international difficile, la région Aquitaine a fait le choix de soutenir l’émergence de projets économiques innovants. Ce soutien s’est notamment manifesté le 20 juin dernier, par l’adoption en séance plénière, d’un plan de développement des industries culturelles 2007-2008-2009, avec un protocole État-Région sur le livre et le disque qui s’appuie sur la logique de la Convention de l’Unesco.
Cette Convention sur la diversité culturelle constitue en effet, dans le cadre de la concertation territoriale musiques actuelles en Aquitaine, le point de départ d’une refondation de nos politiques culturelles et d’un nouveau modèle d’élaboration de l’action culturelle par la co-construction. Cette appropriation de la diversité culturelle par les acteurs des musiques actuelles et la collectivité régionale a permis à chacun de se retrouver sur un référentiel commun.
Face à l’accélération du processus de mondialisation, face au risque de nivellement, d’uniformisation et d’appauvrissement des expressions culturelles que font courir les logiques de libre-échange et de concurrence non faussée, l’adoption par l’Unesco de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles vient donner toute légitimité et cohérence à des politiques de contrepoids culturels aux pressions commerciales. La Convention donne ainsi une reconnaissance à la spécificité des biens et services culturels. Elle consacre dès son préambule cette vision en reconnaissant la "double nature économique et culturelle" des activités, biens et services culturels qui, "parce qu’ils sont porteurs d’identités, de valeurs et de sens, ne doivent pas être traités comme ayant exclusivement une valeur commerciale".
La Convention reconnaît également le droit souverain aux Etats et à leurs collectivités locales de se doter de politiques pour soutenir la diversité culturelle. L’article 6.1 énonce ainsi que "chaque Partie peut adopter des mesures destinées à protéger et promouvoir la diversité des expressions culturelles sur son territoire". Ce même article établit une liste indicative et non exhaustive des mesures qui peuvent être prises : quotas de diffusion d’œuvres nationales à la radio ou à la télévision, subventions au spectacle vivant, aide à l’organisation de festivals, etc.
Nous voyons que ces mesures indicatives touchent tout particulièrement le secteur des musiques actuelles et sa structuration économique caractérisée par des acteurs économiques hétérogènes mais interdépendants : firmes mondialisées et microentreprises, structures du tiers secteur à gestion publique et PME. Les bénéfices possibles d’une intervention publique dans le champ de l’industrie musicale et de la préservation d’une activité de production musicale indépendante sont évidents afin de lutter contre la mainmise de quatre majors sur 86 % du marché mondial des ventes de supports enregistrés et numériques.


1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création de Phonopaca et d’un dispositif d’aide aux labels en région ?
Le type d’aides régionales en Paca est finalement de deux ordres : un financier par un dispositif d’aide à la création et au développement de la part du Conseil Régional (et des autres collectivités territoriales). D’autres part la mise en place d’outils régionaux (comme Phonopaca par exemple) qui sont là pour fédérer, regrouper, mutualiser des compétences, des expériences et des besoins, s’en faire l’écho au niveau insitutionnel et améliorer le professionnalisme de tous les acteurs du disque par des actions collectives.

2) Quelles sont les conséquences visibles et/ou attendues du dispositif ?
Cela permet à des disques différents d’avoir le droit d’exister avant que des industriels s’y intéressent, ou les condamnent morts-nés sûrement. Soutenir cette capacité de production, de création est essentielle même si aujourd’hui, les aides les plus opérationnelles ne concernent pas vraiment la diffusion de ces œuvres. Il y a clairement des cartons de CD pressés et payés qui dorment dans les bureaux de labels faute d’espace pour les présenter et les valoriser.
La dématérialisation, les logiques récentes des magasins et le developpement des nouvelles technologies ou de nouveaux acteurs (FAI) devraient permettre à des acteurs "modestes" de développer d’autres logiques, des rapports innovants avec le public, une meilleure circulation de leur musique pour qu’elle rencontre plus directement ses publics.
Cela permet aussi aux structures de productions, aux labels, de se développer et d’améliorer leur savoir-faire en évitant à des artistes de n’avoir pas le choix entre chanter dans leur douche, ou vivre dans un château sous l’oeil des caméras.

3) Selon vous, quel est le devenir du dispositif ? A-t-il vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
Clairement, il faut qu’il perdure et que les élus et autres acteurs régionaux intègrent qu’il faut soutenir des structures coopératives qui aident concrètement des labels indés de terrain, gros ou petits, à survivre, à vivre ou à se développer dans un environnement complexe. Ce type de labels n’a pas les moyens de gérer la "prod", le juridique, la "compta", l’artistique et d’opérer une veille stratégique permanente. C’est tout le sens de ce qu’on essaie de faire au niveau national avec CD1D, afin qu’émergent des réseaux (et pas un seul) ou des communautés d’intérêts, qui se regroupent autour d’une volonté de faire de la qualité, de défendre la diversité… et de durer !
Il reste du travail pour regrouper les labels au niveau régional comme national, afin de mettre en commun et d’améliorer la pratique professionnelle. Phonopaca, en étant distinct d’une institution, doit jouer ce role même si, comme pour toute association, il faut que ses membres s’impliquent et que des moyens soient donnés pour avoir une équipe de 2-3 permanents suceptibles de développer des actions pour tous (professionnels, publics, artistes, etc).

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
Forcément ! En Paca, c’est intervenu finalement assez tard car il y a toujours cette méfiance vis-à -vis de structures privées, qui sont pourtant souvent dans des logiques associatives en termes de fonctionnement, même s’il s’agit bien de vendre (des disques, des concerts, des tee-shirts) : taille des équipes, des salaires irréguliers, un engagement total, des prises de risques personnelles… Tout ça pour la Musique et les artistes. Ce soutien public, c’est l’occasion pour les structures locales de s’entendre dire "oui nous soutenons, nous connaissons et reconnaissons votre travail parce que ce que vous faites est important".
On a le droit de rêver mais c’est ce qu’on attend d’élus ou de politique publique… Pas forcément qu’elle aille dans le sens du soupoudrage ou du vent. C’est aussi l’occasion de permettre un meilleur travail, des meilleures conditions, afin de donner un maximum de chances à un album.


1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création de Phonopaca ?
Phonopaca aura 10 ans en 2008 ! Le coup de rétroviseur s’il en était besoin, nous rappelle que depuis le paysage a bien changé !
A l’époque la filière était florissante, les potentiels de développement en France étaient qualifiés "d’énormes", ne serait-ce que par rapport à nos voisins européens, la Grande-Bretagne et l’Allemagne notamment. On s’interrogeait cependant sur la stagnation du marché français. On déplorait l’inadéquation des réseaux de distribution centralisateurs bien éloignés des besoins des PME et microentreprises du disque, phénomène amplifié par l’éloignement géographique de la plupart d’entre elles des centres de décisions parisiens. On redoutait une uniformisation de la culture engendrée par le concept de mondialisation qui voyait le jour et ce grâce à l’avènement du multimédia.
Nous étions conscients de la richesse que représentent tous ses "petits acteurs", dénicheurs de talents, garants de la diversité culturelle, et nous vivions au quotidien leur fragilité. Dans ce contexte et face à ces menaces potentielles, il devenait essentiel de tenter de briser l’isolement des uns et des autres, de rechercher des moyens de mutualiser les énergies notamment financières pour rester présent sur un marché qui ne cessait de s’élargir. Il nous fallait, au risque de disparaître, prendre le train des nouvelles technologies à l’heure, et en faire un allié.
Le projet du groupement Phonopaca est fondé sur un constat simple : face à de puissants groupes qui s’activent pour verrouiller l’ensemble de la filière, la défense des labels indépendants est vitale pour maintenir une diversité de l’offre musicale et permettre la découverte de jeunes talents.

2) Quelles sont les conséquences visibles et/ou attendues du dispositif ?
Depuis sa création, Phonopaca a mis en œuvre les moyens nécessaires grâce au soutien des institutions, notamment du Conseil Régional Provence-Alpes-Cote d’azur, pour permettre à ses membres d’être présents au Midem à Cannes, le plus gros marché mondial de la musique, dans un contexte logistique valorisant et dans des conditions financières acceptables. Sur bons nombres d’autres salons internationaux, Phonopaca représente ses membres et participe ainsi à la promotion de leurs productions. Depuis plusieurs années maintenant, le groupement gère un site Internet sur lequel chaque membre peut avoir sa page dédiée et faire part ainsi de son actualité. Il effectue aussi une veille permanente pour fournir à ces membres actifs ou potentiels les dernières informations, dans tous les secteurs concernés, en produisant régulièrement une newsletter largement diffusée.
Phonopaca essaye également d’agir positivement à la reconnaissance par les institutions des conditions d’existences parfois difficiles que rencontrent les acteurs de la filière musicale dite "marchande". Ainsi pour la troisième année consécutive, certaines subventions d’aide à la production musicale jusqu’alors réservées au seul secteur associatif sont ouvertes aujourd’hui aux autres formes juridiques.

3) Selon vous, quel est l’avenir du dispositif ? A-t-il vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
Phonopaca se veut le terrain propice au soutien et à l’émergence d’entreprises musicales ayant comme point commun l’indépendance et pour valeurs le développement des artistes, la découverte de nouveaux talents et l’attachement à la diversité culturelle. Il s’agit d’un véritable laboratoire où les indépendants peuvent échanger, construire, prospérer. La très forte demande rencontrée par l’association illustre un réel besoin des professionnels du secteur et Phonopaca doit être force de proposition d’échanges thématiques avec ses adhérents pour analyser ensemble les problématiques de la filière et y apporter des réponses. C’est de notre capacité à apporter ces réponses que dépend notre "survie" !
Et nous pensons qu’aujourd’hui, ces réponses doivent être pragmatiques, plus en lien direct encore avec la nécessaire promotion des productions de nos adhérents. Ainsi notre site Internet, qui enregistre déjà une bonne fréquentation, doit être rénové et apporter des solutions concrètes de diffusion des productions en devenant une véritable plate-forme de vente en ligne. Phonopaca devra aussi faire en sorte que les productions de ses membres soient plus présentes sur les lieux de diffusions (salles de concerts, festivals, disquaires) sous une forme qui reste encore à définir.
Les interlocuteurs économiques "généralistes" que nous avons rencontrés jusqu’ici mesurent encore difficilement le poids économique que représente la filière disque au niveau régional, ses interactions avec le monde économique et culturel, son impact sur le développement local et l’aménagement du territoire… C’est pourquoi Phonopaca doit orienter toute son énergie à faire reconnaître cette identité auprès des partenaires économiques institutionnels de la région.
L’industrie phonographique française indépendante doit progresser. Et c’est l’ensemble des réussites locales qui feront que ce secteur avancera globalement en France. Il est donc nécessaire que les partenaires privés et publics en région oeuvrent dans le même sens afin de faire évoluer l’idée d« une industrie du disque régionale indépendante et forte.

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
Il n’y a sans doute que dans le secteur culturel que l’on se pose cette question ! De fait, ce secteur en France se caractérise par un tissu associatif hégémonique qui serait le seul à pouvoir bénéficier des aides publiques, comme s’il était le seul détenteur des valeurs culturelles en opposition avec le secteur dit "marchand". Nous avons évoqué plus avant que nous étions parvenus à faire évoluer les choses dans ce domaine, en défendant l’accès au secteur privé de certaines subventions, mais il existe encore des aberrations dans notre législation comme le dispositif d’aide au mécénat réservé aux seules associations… !
Comme certains départements de l’économie française sinistrés à un moment ou à un autre de leur existence, l’industrie culturelle, et notamment la filière discographique, a besoin aujourd’hui du soutien des finances publiques pour faire face à la crise. Les pertes de chiffres d’affaires enregistrées ces dernières années gèlent quasiment les capacités d’investissement des entreprises, lorsque ce n’est pas la fermeture au bout du tunnel…
C’est la diversité culturelle qui est en jeu !


1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création d’un dispositif d’aide aux labels en Rhône-Alpes ?
En liaison avec l’Amdra (Agence musique et danse en Rhône-Alpes), un groupe de travail réunissant certains producteurs de la région Rhône-Alpes a permis de mettre en place le dispositif d’aide à la filière phonographique. Les propositions ont ensuite été transmises à la Direction de la culture de la Région. Cela représente en 2007 une ligne budgétaire de 300.000 euros pour une cinquantaine de projets aidés.
C’est au travers de l’Amdra que ce dispositif a pu voir le jour car il fallait qu’il existe une structure, une personne ou une entité susceptible de faire entendre le discours des producteurs de la région Rhône-Alpes, lesquels demandaient des aides à la région par ci par là sans vraiment savoir à qui s’adresser. Cela a été le cas, ainsi les élus de la région ont prêté une oreille et ont accepté de mettre un tel dispositif en place, avec un doublement du montant alloué en trois ans.

2) Quelles sont les conséquences visibles et/ou attendues du dispositif ?
Cette aide est souvent la plus importante en valeur, sachant que l’on peut percevoir 25.000 euros de subvention sur deux projets maximum (deux sessions par an), donc par exemple 15.000 euros sur la première session et 10.000 sur la seconde. La moyenne octroyé est autour de 9 000 euros. A titre d’exemple, Jarring Effects n’a jamais eu une aide au disque dépassant les 10 000 euros via la SPPF ou l’Adami. En revanche, nous avons souvent bénéficié de l’aide maximale de la région Rhône-Alpes.
Conséquence visible, c’est qu’il y a de plus en plus de demandes de labels, et certaines sont totalement farfelues. Certains "labels" n’ont jamais remplis des dossiers de demandes de subvention et pensent pouvoir bénéficier de cette aide les doigts dans le nez ! Conséquence positive, cela permet d’avoir des budgets plus conséquents pour nos artistes, avec un seuil d’équilibre en fonction des ventes moins élevé. Cela permet de faire mieux, avec de l’aisance et moins de stress dans la prod !

3) Selon vous, quel est le devenir du dispositif ? A-t-il vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
Politiquement, il peut disparaître. Les (nouveaux) élus de la région Rhône-Alpes peuvent se demander si cette aide mérite d’être pérennisée. S’ils font un calcul entre la somme perçue sur une production et les quantités vendues, ils risquent de paniquer. Dans notre cas, les demandes reposent sur High Tone et EZ3kiel, artistes représentants les plus grosses ventes du label. En conséquence l’action de la région (et donc leur logo sur nos CD) se voit sur des milliers d’exemplaires (plus de 10 000). Dans d’autres cas, pour la même somme investie, on va parler de quelques centaines de disques. Ce dispositif a donc besoin d’évoluer car les producteurs de la région sont très différents les uns des autres, cela va de l’artisan isolé à la production isolée, au producteur activiste aux productions multiples. Sachant que seuls deux projets peuvent être aidés, un label comme Jarring Effects demande une aide sur les grosses productions ; et il produit les artistes en développement sans cette aide, alors que paradoxalement une aide est là pour favoriser l’émergence. Mais on ne peut pas "griller" nos cartouches sur des demandes concernant des "petites" productions. Il faudrait envisager d’accorder une enveloppe globale aux labels aux productions régulières… A suivre !

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
Tout à fait, c’est un genre de service public en faveur d’un secteur privé fragile, le public pallie aux carences du privé, et surtout, soutient des acteurs indépendants à l’économie précaire. Le terme à la mode est "l’économie solidaire et sociale". Cela en fait partie car cette aide permet de salarier des artistes et des techniciens, elle permet aux labels de limiter les risques en termes de productions de phonogrammes. Une économie en découle et fait travailler de nombreuses personnes dans différents secteurs d’activité (studio d’enregistrement, mastering, authoring, pressage, communication, les impôts !). Nous sommes des artisans face aux "majors" françaises telles Wagram, Naïve & Cie.


Najat Vallaud-Belkacem
Conseillère déléguée à la culture de la Région Rhône-Alpes

1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création d’un dispositif d’aide aux labels en Rhône-Alpes ?
Dès 2002, la région Rhône-Alpes a mis en place un plan en faveur des musiques actuelles, afin de répondre aux besoins du secteur. Il s’agissait alors de remédier au manque de lieux aménagés pour l’accueil de ces musiques, et de mettre davantage de moyens pour soutenir la création, la diffusion et l’accueil des artistes, tout en valorisant les productions des labels et en aidant à la professionnalisation de la filière. Cet accompagnement s’est matérialisé par un soutien direct aux artistes, une aide aux projets des réseaux professionnels, aux lieux spécialisés et aux festivals, ainsi que par la construction ou l’équipement de lieux dédiés, dans un souci d’aménagement culturel du territoire.
En 2004, constatant l’ampleur de la crise dans la filière du disque, mais dans le même temps la vitalité de ce secteur en Rhône-Alpes, la région a souhaité se doter d’un dispositif spécifique en faveur de la filière phonographique régionale. Ce dispositif s’est appuyé sur les constats mis en évidence par l’Agence musique et danse en Rhône-Alpes (Amdra) en 2003, dans un état des lieux très précis qui a permis de cerner les différentes pierres d’achoppement du secteur en Rhône-Alpes : les faibles capacités de production, l’insuffisance des investissements en promotion et marketing, la situation difficile de la distribution, les faibles ventes de disques, la modestie des chiffres d’affaires des entreprises de production, etc. Cette étude a véritablement enrichi le projet que l’exécutif régional souhaitait alors mettre en œuvre, et le nouveau dispositif a été adopté par les conseillers régionaux en décembre 2004.

2) Quelles sont les conséquences visibles et/ou attendues du dispositif ?
Le dispositif mis en place en 2004 vise à soutenir une activité qui œuvre à la diversité de l’offre culturelle et profite à l’ensemble de la filière musicale. Il accompagne les acteurs de la production phonographique indépendante (couvrant l’ensemble des esthétiques musicales), afin de leur permettre de prendre des risques mesurés en faveur d’artistes qui ne sont pas encore entrés dans le circuit commercial. Cet angle permet ainsi le maintien d’une mission essentielle des labels indépendants : la découverte des nouveaux talents.
De manière concrète, le dispositif prend en compte la réalisation de projets d’un bout à l’autre de la chaîne : de l’enregistrement à la promotion en passant par la distribution. Ainsi, il permet d’améliorer la qualité des productions, tout en donnant aux artistes les meilleures chances de rencontrer leur public grâce aux campagnes de promotion qui suivent la sortie des albums.
Parallèlement à cette aide directe, un second volet de l’intervention régionale permet d’accompagner les producteurs dans les salons professionnels, et notamment au Midem de Cannes, afin qu’ils améliorent leur visibilité au plan national et international.
Depuis 2004, la région a injecté plus de 900 000 € en faveur de la filière phonographique, soutenant 72 productions portées par 44 labels, accompagnant 49 entreprises et 102 professionnels au Midem. L’aide de la région s’est également déployée en faveur de la professionnalisation des artistes et du développement de leur carrière.

3) Selon vous, quel est le devenir du dispositif ? A-t-il vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
Les modalités d’intervention de la Région ont été définies en concertation avec les acteurs, afin de proposer des mesures adaptées aux situations qu’ils rencontrent. Mais le contexte économique de la filière n’est déjà plus ce qu’il était voilà deux ans. Il paraît important, aujourd’hui, de mettre au goût du jour les critères d’éligibilité au dispositif d’aide à la production de CD/DVD, et notamment en ce qui concerne la distribution. En effet, les difficultés que rencontrent actuellement les producteurs pour signer un contrat de distribution physique sont très souvent évoquées comme le principal point noir. Le secteur de la distribution numérique peine à se structurer, de nombreux musiciens professionnels optent pour l’autoproduction, et l’accès des indépendants aux principales plateformes de téléchargement reste difficile.
Parallèlement à cette réflexion que nous devons mener, la région Rhône-Alpes est très attentive aux travaux que mène l’AMDRA sur la faisabilité de mise en place d’une plateforme musicale en ligne, vitrine de la création et de la production régionale. Cette plateforme pourrait permettre aux labels autoproduits de se doter d’outils technologiques améliorant la gestion de la diffusion, de la promotion et de la distribution de leurs catalogues sur le réseau. La Région réfléchit ainsi à la façon dont la filière pourra s’adapter aux nouvelles technologies, et s’inscrire sur les nouveaux marchés de la musique numérique.

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
Oui, évidemment. Face à la disparition d’un nombre important de producteurs discographiques indépendants et à la chute spectaculaire des ventes de disques depuis 2002, la région met tout en œuvre pour protéger une filière indépendante qui se situe à la frontière de l’économie et de l’artistique. Le dispositif de soutien à la filière phonographique participe non seulement au développement de l’ensemble de la filière musicale, donc à la richesse artistique de nos territoires, mais il contribue également à générer de nombreuses retombées en termes d’emploi. Et en ce domaine, la collectivité régionale est vraiment dans ses compétences.


1) Quelles sont les logiques qui ont présidé à la création de dispositifs d’aide à la filière du disque en Pays-de-la-Loire ?
Notre volonté de soutenir la création et la diffusion musicale conduisait à une intervention de notre part dans la production discographique. Nous avons imaginé nos dispositifs dans une vision de filière en inscrivant le disque dans sa dimension commerciale, et en nous attachant à reproduire une chaîne économique. Dès 1993, nous avons créé quatre dispositifs d’intervention :
- un label "Lola Label" pour produire et positionner au niveau national des artistes de la région (distribution Polygram),
- un fond de garantie "trempo garantie" pour permettre aux groupes d’avoir accès au financement dans un cadre offrant des garanties (Katerine, Little Rabbits, EV…),
- un dispositif de partenariat pour la fabrication "trempo fabric’" des CD, vinyl, DVD… sous la forme d’un groupement d’achat et de tarifs négociés,
- un dispositif de distribution des autoproduits "trempo distrib’"pour développer la diffusion des supports et les ventes. Trempo distrib’ s’est organisé comme un distributeur régional qui se faisait l’intermédiaire entre l’artiste et le disquaire. Cette démarche souple dans sa mise en oeuvre et dans sa gestion (entrées, sorties, règlements) a été une passerelle avec l’industrie et les maisons de disque (Jeanne Cherhal, Gong Gong, Kwal, Sixième sens, Santa Macaïro, Mukta….).
Nous avons considéré avec nos partenaires (les collectivités) que la subvention sans garantie, ou la production d’une compilation, en échange d’un logo n’était pas satisfaisant et pertinent pour un positionnement professionnel et artistique adapté aux enjeux de la filière. Nous avons considéré que le rapport à la production (montage, organisation et environnement professionnel…) est partie intégrante du succès d’un groupe ou d’un album (il faut s’avoir s’entourer !). Enfin, cette démarche avait sens car elle s’inscrivait dans un projet global, au sein d’un territoire et dans une logique de partenariat et de mise en synergie (info-ressource, formation, pépinière…).

2) Quelles ont été les conséquences visibles et/ou attendues des dispositifs ?
Ils ont reçu un très bon accueil de la part des professionnels (disquaire, fabriquant, label, relais médias…) et la démarche est adaptée aux besoins des artistes. Nous estimons ainsi que les différents dispositifs ont de façon certaine démultiplié les autoproductions. Pour Trempo distrib’, le système est devenu rapidement incontournable, et "une marque" reconnue, assise qui se traduit par la mise en place de linéaires spécifiques dans des réseaux de distribution, des bornes d’écoute…. des partenariats ponctuels. Cela a généré des ventes réelles, en cohérence avec les chiffres du disque, et des passerelles pertinentes avec l’industrie discographique, notamment sur le repérage des artistes émergents. Il faut néanmoins considérer que sur des albums autoproduits, les ventes principales se réalisent sur les concerts.
Le label a quant à lui été arrêté en 1998/1999, pour des raisons de capacité de développement et d’économie.

3) Selon vous, quel est le devenir des dispositifs ? Ont-ils vocation à perdurer, à évoluer ou à disparaître ?
Dans le contexte particulier lié à la dématérialisation des supports et à la baisse significative des ventes physiques, nous nous engageons dans une nouvelle démarche de distribution, basée sur le web. Une réflexion a été conduite pour analyser la situation du disque et définir les nouveaux enjeux. En effet, le positionnement d’une structure comme Trempolino (financement public) nécessite de conduire un projet en cohérence avec le marché et les règles de concurrence.
On a d’abord listé plusieurs constats :
- les ventes des supports physiques sont en chute libre, l’industrie du disque ne trouve pas de solution… l’heure est à l’expérimentation et à l’innovation. Ainsi, les grands modèles économiques ne peuvent plus être les seules références,
- de nouvelles concentrations s’affirment (média, téléphonie),
- les artistes ne peuvent pas produire et être exposés sans des alternatives au marché et aux règles purement commerciales,
- les artistes ont besoin de mutualisation et de coopération pour avancer et exister ensemble,
- le rapport entre artistes et "consommateurs" ne peut reposer sur une simple logique commerciale. Dans le contexte d’une offre de plus en plus large, la confiance et l’adhésion sont des facteurs déterminants :
- dans un contexte de mondialisation où tout est accessible via le net, la place du prescripteur est incontournable, pour la promotion et la diffusion des musiques enregistrées,
- la vente en ligne est déterminante pour diffuser sa musique, mais l’est-elle économiquement ? Quelle collusion entre média et distribution ?
A partir de là , Trempolino doit répondre à deux logiques : la promotion et la fonction de prescription d’un côté, la distribution et la fonction de commercialisation de l’autre. C’est dans ce cadre que la "distrib’" va être réactivée à partir d’un site web. Le nouveau projet doit également intervenir sur deux axes complémentaires, le soutien à l’autoproduction et aux artistes, le soutien aux opérateurs et aux initiatives économiques (labels…).

4) Ce type de financement public d’un secteur culturel "marchand" vous paraît-il cohérent ?
Les financements publics doivent-ils soutenir le développement économique, la création, les artistes, la communication et le rayonnement du territoire… ? Où se situe le financement de la culture ? Doit-il être intégré à des politiques publiques transversales ou faire l’objet d’une exception ?
La question du sens et de la fonction de la culture est essentielle pour "justifier" de l’intervention publique. Nous estimons que l’intervention publique, dans le cadre de l’intérêt général et du respect de l’équilibre entre initiative privée et financement public, doit exister sur des bases transparentes et négociées. Cette démarche nécessite d’inscrire son projet dans une vision globale et cohérente, faisant l’objet d’une analyse permanente. Elle nécessite également de rendre compte des interventions et des actions, d’afficher une orientation politique répondant à des valeurs de société et à un projet fort. C’est l’enjeu du chantier que nous avons ouvert en Pays de la Loire.


Propos recueillis par Mathias Milliard
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