IRMA

Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles

Connexion / inscription

Le panierVotre panier est vide

PUBLICITE
Accueil du site
Accueil du site > Documentation > Focus > Cinq questions pour cinq réseaux

Article mis à jour le vendredi 10 septembre 2010
Article créé le lundi 2 octobre 2006

 
Version imprimable de cet article Version imprimable  
Interview

Cinq questions pour cinq réseaux

Pour mieux comprendre la dynamique, les objectifs et les écueils des réseaux "musiques actuelles" implantés sur des territoires locaux ou régionaux, les coordinateurs de cinq d’entre eux (Raoul, le Patch, Limace, le Rif et Rhône-Alpes Jazz) répondent à nos questions.

Pourriez-vous indiquer la genèse de votre réseau et les motivations de sa constitution ?

Raoul :
Le réseau Raoul existe depuis 1996. A l’époque, celui-ci était un regroupement de programmateurs de cafés musique. Dix ans plus tard, le projet du Raoul s’est positionné sur des principes et des valeurs liés à la professionnalisation, la structuration du secteur MAA (musiques actuelles amplifiées) en région, le développement artistique et culturel des musiques actuelles en Nord-Pas-de-Calais. Les points communs entre 1996 et aujourd’hui sont la mutualisation, la concertation et la structuration. La concertation en 1996 semblait plus se passer en interne, alors qu’aujourd’hui cette concertation tend à s’ouvrir et à se développer avec les différents partenaires des structures adhérentes au réseau.

Patch :
La région Picardie, située entre les deux mégalopoles que sont l’Ile-de-France et le Nord-Pas-de-Calais, accuse un déficit évident en matière de pratiques musicales liées aux musiques actuelles et, de façon plus globale, d’éducation aux pratiques culturelles dans leur ensemble. Ce secteur riche d’une population nombreuse mais répartie sur un secteur géographique important manque d’une structuration de ses acteurs et souffre d’un grand manque en matière d’outils de communication, d’information et de formation.
Le réseau Patch est né de la volonté des principaux acteurs picards développant une activité dans le champ des musiques actuelles, de se rapprocher, de se fédérer pour travailler ensemble au développement et à la structuration de ce secteur culturel sur la région.

Limace :
De nombreux membres du collectif ont déjà travaillé ensemble de façon ponctuelle (organisation de concerts, résidences, édition discographique, festivals, prestations…) et se retrouvent souvent au sein des mêmes instances (Antenne Rhône-Alpes Printemps de Bourges, Atelier région, AMDRA…). Notre motivation est liée au développement du projet de SMAC à Saint-Etienne, qui est au départ un projet politique sans lien avec une dynamique associative. Après avoir eu l’assurance des modalités démocratiques d’attribution et du mode de gestion (Délégation de Service Public en affermage) garantissant une entière liberté artistique et culturelle, nous nous sommes dit qu’on ne pouvait pas laisser passer ça ! On a envie de prendre en charge les destinées de la SMAC stéphanoise et d’y décliner notre projet.

Le Rif :
Le Rif est un réseau régional un peu particulier puisque c’est une confédération de réseaux départementaux, qui l’ont précédé de plusieurs années. Le premier réseau départemental francilien s’est créé dans les Yvelines à la fin des années 80. Ces réseaux ont collaboré d’abord de manière informelle, puis ont créé l’association "Réseaux en Ile-de-France, Confédération des réseaux départementaux de lieux de musiques actuelles/amplifiées en Ile-de-France" en 2001. Les motivations de la mise en réseau des acteurs en Ile-de-France ont été multiples et proches de celles des autres régions, mais la spécificité est peut-être la multiplicité en banlieue parisienne de petits lieux, de petites assos dotés de très peu de moyens. Il n’y a pas en Ile-de-France de "grosses SMAC" comme celles qui se sont multipliées depuis les années 90 dans de nombreuses régions : la nécessité de s’unir et de mutualiser pour mener à bien des projets ambitieux et innovants s’est donc très rapidement fait ressentir.

RAJ :
La dynamique créée par la résidence régionale Jazz de Laurent Dehors et relayée par l’Agence Musique et Danse en Rhône-Alpes, a conduit à la constitution d’une plateforme jazz en région Rhône-Alpes réunissant toutes les filières : création, production, diffusion, formation, accompagnement d’artistes et information. Ces secteurs d’activités comptent un grand nombre de structures en Rhône-Alpes ; celles-ci collaborent régulièrement mais chacun s’est accordé sur la nécessité d’une instance où s’élabore une véritable dynamique régionale jazz transversale.

Quels types d’actions y sont développés ?

Raoul :
Nous produisons de l’analyse en dressant des états des lieux, afin de mieux connaître le réseau et les particularités et difficultés de ses adhérents. Nous travaillons actuellement sur une étude économique de nos structures, en essayant de dégager les besoins en fonctionnement de celles-ci et en calculant leur poids dans l’économie locale.
Nous travaillons aussi autour de l’accompagnement, sujet autour duquel une étude a été terminée début 2006. Les différentes problématiques du réseau sur ce sujet sont :
- Comment construire une complémentarité entre nos différents lieux afin de mieux aider les groupes régionaux ?
- Comment mutualiser nos compétences, nos outils, et proposer des "parcours" en fonction des besoins et des niveaux de développement des groupes ?

Il n’est pas vraiment question ici de proposer de nouveaux dispositifs, mais bien d’essayer de trouver des passerelles avec les dispositifs déjà existant en terme d’accompagnement ou de repérage (Domaine Musiques, Dynamo, BIC par exemple). Nous participons ainsi à l’élaboration d’un dispositif de résidence de création initié par le Conseil Régional.
Nos actions ont pour but de renforcer le dialogue entre le réseau et les politiques. Ce travail est alimenté en partie par les travaux précédemment cités. Nous essayons de rencontrer un maximum d’interlocuteurs afin de leur expliquer les enjeux artistiques, culturels, politiques, économiques, sociaux des MAA et les problèmes auxquels elles sont confrontées. L’idée étant aussi de défendre une façon de développer les MAA.
A côté de cela, nous organisons des réunions sectorielles (régisseurs, chargés de communication), nous mutualisons les moyens de communication (stands communs, développement de partenariats Voix du Nord, radio) et participons en tant que relais à la campagne Agi Son. Nous organisons aussi des projets communs comme "zic au collège" (découverte de notre secteur à des classes de collèges) et la "Tournée Générale" (soirées et ateliers) dans certaines salles du Raoul mettant en avant des artistes de notre région.

Patch :
Le Patch réunit différentes structures des trois départements de la région qui assurent la diffusion de concerts, les répétitions, les enregistrements, la formation et l’accompagnement artistiques des groupes amateurs et en voie de professionnalisation de la région.
Communiquer ensemble, échanger des informations, partager des expériences, les restituer au public comme aux institutions, sont les objectifs premiers du Patch. Sur ces bases, le réseau entend coordonner des actions très diverses entre les lieux pour soutenir le développement du secteur des musiques actuelles aux niveaux régional et interrégional : observation, ressource, prévention, accompagnement artistique, aide à la diffusion…

Limace :
Nous participons à tous types d’actions liées aux musiques actuelles et amplifiées mais aussi sur d’autres disciplines (danse, vidéo, arts plastiques…).

Le Rif :
Notre réseau fonctionne sur un principe de subsidiarité : il ne développe que des actions qui ne sont pas menées, et qui ne peuvent pas être menées par les réseaux départementaux (qui eux, mènent un grand nombre d’actions, proches de celles développées par les réseaux régionaux dans d’autres régions : dispositif de repérage et d’accompagnement de groupes, centre info, agenda concerts…). Le rôle du Rif est avant tout politique, mais nos projets sont regroupés en trois pôles : le Pôle Emploi, formation professionnelle, le Pôle Information, observation communication, le Pôle Gestion Sonore et prévention des risques auditifs.

RAJ :
Notre réseau travaille à la mise en oeuvre de résidences régionales (création, production, diffusion, stage sur l’improvisation, répétition) et de concerts en région. Nous organisons aussi des rencontres régulières avec les différents acteurs du secteur du Jazz en Rhône-Alpes, notamment avec les artistes regroupés en collectifs. RAJ entend être un lieu d’échanges, de concertation, de coopération entre les différents acteurs du jazz.

À l’échelle de votre territoire, quels rapports entretenez-vous avec les différents acteurs des musiques actuelles ?

Raoul :
Le réseau Raoul ne prétend pas être représentatif de la totalité du secteur des MAA en Nord-Pas-de-Calais. Ses rapports avec les autres structures sont en général bons, même si nous ne pouvons pas couvrir la totalité du secteur étant donné le nombre très important d’acteurs et de musiciens. Nous ne pouvons pas entretenir des rapports privilégiés avec tout le monde.

Patch :
Etant composé d’acteurs hétérogènes et majoritairement associatifs, le réseau est en lien direct avec les préoccupations des différents acteurs de la région avec lesquels il se doit de réfléchir à un avenir partagé. De nombreuses actions sont mises en place pour tenter de rapprocher ces différents acteurs comme l’a été récemment l’organisation du jury régional extrêmement large réunissant les principales composantes du paysage musiques actuelles en région.

Limace :
On se présente comme acteurs dynamiques et représentatifs, possédant expertise et savoir-faire ainsi qu’une légitimité de terrain dans l’ensemble des dispositifs de promotion et développement musical. Nous posons des actes clairs face aux politiques territoriales et cherchons à être force de proposition dans le cadre des politiques culturelles.

Le Rif :
Nous regroupons la quasi-totalité des acteurs à but non lucratif des sept départements qui entourent Paris : salles, locaux de répétition, studios d’enregistrement, festivals, écoles de musiques, radios… Les centres de ressources des réseaux départementaux sont bien entendus ouverts, non seulement aux musiciens mais également à l’ensemble des acteurs du territoire, qu’ils soient adhérents ou non. En Ile-de-France, une grande partie des acteurs du secteur, à but lucratif notamment, est concentrée sur Paris : nous ne les regroupons pas pour l’instant car nous attendons qu’ils créent un réseau départemental, avant d’intégrer s’ils le souhaitent la dynamique régionale. Nous avons néanmoins des relations avec un grand nombre d’entre eux à travers notre participation à l’Observatoire des Lieux de Vie et de Culture mis en place par la Ville de Paris notamment, ou à travers le relais régional de la campagne AGI-SON, ou en collaborant avec de gros festivals comme Rock en Seine.

RAJ :
Certains membres du Conseil d’Administration de RAJ sont des diffuseurs et programmateurs de musique au sens large du terme. Nous essayons aussi de faire en sorte que les salles de musiques actuelles ou autres salles de spectacle s’investissent dans la programmation de la résidence (Le Train-théatre à Portes lès Valence, la Comédie de Valence, etc.).
Les tables rondes organisées autour des collectifs de musiciens jazz et musiques improvisées en Rhône-Alpes, dans le cadre de Chariva’Raj en avril dernier, ont démontré la nécessité d’organiser très prochainement une rencontre avec les diffuseurs rhône-alpins afin de mieux cerner la place qu’occupe le jazz dans la programmation de ces derniers.

Quels sont à votre avis les éventuels écueils auxquels se heurte votre réseau ?

Raoul :
Le réseau Raoul est passé en 2005 de 9 à 16 adhérents. Il ne compte qu’un seul salarié. Je suis coordinateur et ce sont les adhérents qui font en quelque sorte le réseau ; mais la surcharge de travail à laquelle sont confrontées les structures les empêche parfois de s’investir pleinement dans le réseau.
Par ailleurs, le réseau Raoul ne compte plus uniquement des structures de diffusion mais aussi des structures d’accompagnement ou des structures sans lieu fixe. Ces structures n’ont pas toutes le même mode de gestion. Certaines sont en régie directe, d’autre en régie associative ; certaines sont de taille microscopique, d’autres ont des tailles honorables et sont dans un état de professionnalisation plus avancé. Ainsi, la disparité entre les structures engendre des difficultés pour tendre à une certaine homogénéité dans le discours et les travaux du réseau.
Cependant, attention ! Nous sommes aussi tous convaincus que cette hétérogénéité est pour nous source de richesse. Nos structures sont toutes "homogènes" par rapport aux valeurs précédemment citées.

Patch :
Jusqu’à ce jour, le réseau bénéficie d’un soutien très fort des collectivités (Conseil Régional et Conseils Généraux). Le Patch, âgé d’à peine un an, jouit donc de conditions favorables tant au niveau financier qu’au niveau de sa légitimité auprès des pouvoirs publics. Si l’objectif est bien sûr d’assurer la pérennité de ces relations, il est plus encore fondamental d’apporter des réponses concrètes aux structures, aux musiciens pour lesquels nous existons. Dans le cas contraire, nous perdrions notre fonction de représentativité du secteur qui est encore à construire.

Limace :
On se heurte au sous-financement chronique du secteur.

Le Rif :
La particularité de l’Ile-de-France a conduit les acteurs à un mode de structuration original : le Rif est une confédération de réseaux départementaux qui représente 102 lieux et associations dédiés aux musiques actuelles/amplifiées. C’est un gros paquebot à deux niveaux, parfois compliqué à naviguer… Pourtant, les enjeux sont fondamentaux et les urgences sont nombreuses, donc il faut être très réactif, en ne négligeant au passage aucune des 102 structures de terrain que nous représentons.
Le manque de moyens est un fait important, bien sûr, mais il concerne moins le Rif que les réseaux départementaux qui le composent : les aides de la DRAC et de la Région par exemple varient considérablement d’un réseau à l’autre, alors que ni les territoires, ni la représentativité sur ces territoires, ni les actions mises en œuvre ne le justifient…

RAJ :
Rhône-ALpes Jazz est une plate-forme régionale qui vient de naître et qui a besoin d’être encore véritablement prise en main par l’ensemble des acteurs du jazz en Rhône-Alpes. C’est la raison pour laquelle, RAJ entend multiplier les rencontres entre toutes les filières du jazz en Rhône-Alpes afin de favoriser de nouvelles actions mettant en valeur le dynamisme de la création dans cette région.

En conclusion, quel est votre positionnement face à la mise en place des Concertations territoriales pour le développement des musiques actuelles qu’appelle de ses voeux le Conseil supérieur des musiques actuelles ?

Raoul :
Le réseau a commencé un travail de concertation territoriale en Nord-Pas-de-Calais, dès 2004. Il se félicite de cette initiative qui pourra peut-être l’aider à porter sa parole et ses revendications, tout en espérant que ces concertations se traduiront par des actes pour la pérennisation et la consolidation des MAA.

Patch :
Forts des conditions dans lesquelles nous évoluons aujourd’hui, nous avons pu prendre les devants auprès de notre DRAC et de notre Conseil Régional pour préparer les concertations territoriales.
Notre positionnement est clair : être acteur et force de proposition sur cet enjeu déterminant. Dans cette optique nous avons sollicité la DRAC et la Région afin de préparer dans un premier temps, de manière informelle, une concertation réunissant les deux institutions précédemment citées, l’ASSECARM (association régionale musique et danse) et bien sûr le Patch.

Limace :
Comme d’habitude, ce type d’usine à gaz peut accoucher du pire et le pire n’est jamais décevant !
D’autre part, en tant qu’acteur culturel responsable, on ne peut que demander à y participer et tenter d’agiter le "bordel" dans le bon sens.

Le Rif :
Nous sommes tout à fait prêts à nous investir dans la Concertation Territoriale francilienne quand elle sera mise en place. Nous regroupons un grand nombre d’acteurs et des acteurs très divers, nous avons adressé aux pouvoirs publics en décembre 2005 un texte de « Propositions pour une Politique Régionale en faveur des musiques actuelles », nous avons participé activement aux Assises Régionales de la Culture mises en place par la Région Ile-de-France en 2004/05, nous rencontrons régulièrement les élus des collectivités régionales et départementales et nous participons à tous les groupes de travail mis en place par la DRAC… En Ile-de-France, la difficulté va reposer dans la capacité de concertation et de co-construction entre les représentants de l’Etat et ceux de la collectivité régionale, puisque les tensions, les enjeux et les clivages politiques, voire partisans, semblent plus saillants que dans d’autres régions…

RAJ :
Sur le plan esthétique, le jazz fait aujourd’hui partie des musiques actuelles et a toujours recherché les points de convergence avec les autres courants musicaux, musiques traditionnelles, rock, chanson et musique contemporaine. Toutefois, il apparaît important de montrer dans le cadre de ces concertations, que le secteur du jazz possède un mode de structuration spécifique ainsi qu’un rapport au marché particulier.

Propos de François Jolivet (Réseau Raoul),
Romain Holmière (le Patch),
Philippe Chappat (Limace),
Flavie Van Colen (le RIF)
et de Candice De Murcia (Rhône-Alpes Jazz)
recueillis par Frédéric Drewniak.

PUBLICITÉ
IRMA : Centre d'information et de ressources pour les musiques actuellesInformations légalesRégie publicitaireNous contacterPlan du siteRSS 2.0