Elle est partie le premier soir de la décade. La route qui l’appelait n’était pas de celles qu’elle a tant parcourues. Il y a longtemps, le nez à la fenêtre du mini-bus de ses parents du voyage : Mexique, Arizona, Canada, etc. Plus récemment à travers l’Europe avec ses sœurs, au rythme des camions de leur cirque ambulant.
Ou bien encore la route de la corniche, depuis l’anse des Catalans jusqu’à la plage du Prophète, tournant le dos à Marseille, le regard au large, humant les embruns portés par la mistral. “La tête est pleine, mais le cœur n’a pas assez…” Comment mieux dire ce ressentir ?
Je me souviens de ce Printemps de Bourges 97. Le grand Théâtre frissonnait et riait aux paroles caressées par cette drôle de fille de 25 ans. On avait l’impression de partager l’intimité de sa chambre, où elle riait avec son guitariste… Une incarnation du jeune Rimbaud : moment bouleversant !
Elle est partie laissant à nos oreilles la beauté de sa voix et à nos cœurs l’intensité de sa présence. Et l’on ne se lasse pas de revoir ses gestes tellement impliqués, pris par le sens de ce quelle chantait, pour le transmettre. Lhasa nous manquera…