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Accueil du site > Documentation > Focus > BACS ET THECAIRES : LES MEDIATHEQUES EN MUSIQUE De l’usage des médiathèques pour les musiques actuelles

Article mis à jour le jeudi 16 septembre 2010
Article créé le mercredi 2 mai 2007

 
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BACS ET THECAIRES : LES MEDIATHEQUES EN MUSIQUE
De l’usage des médiathèques pour les musiques actuelles

Discothécaire ? Voici finalement un métier méconnu du secteur musical, surtout depuis la multiplication des usages d’écoute sur Internet ! Pourtant il évolue : les bibliothécaires musicaux innovent, s’approprient les nouveaux outils de la dématérialisation, mettent en place des collaborations avec des salles, des labels, des écoles de musiqueâ ?¦ Si les médiathèques sont d’abord perçues comme un service public facilitant l’accès aux œuvres, elles sont aussi à envisager comme des partenaires du développement de la filière musicale. Itinéraire d’un métier en reconstruction.


Discothécaire ? Kesako ?

Le métier de bibliothécaire musical, plus communément appelé discothécaire, s’est développé au gré de l’implantation grandissante du prêt de supports musicaux (CD, DVD…) dans les bibliothèques/médiathèques. Le premier établissement à prêter des disques -de musiques savantes- fut la Discothèque de France, inaugurée en 1960 au Théâtre Marigny à Paris. Il faudra cependant attendre la fin des années 80 pour que l’offre s’élargisse aux musiques populaires, notamment sous l’impulsion de la Discothèque des Halles (devenue depuis la Médiathèque musicale de Paris) crée en 1986. La profession s’est par la suite fédérée au sein d’une association, l’Acim (Association pour la coopération des professionnels de l’information musicale), , initialement créée pour éditer la revue Ecouter Voir [1], qui permit de réunir les différents acteurs de la documentation musicale (bibliothèques, conservatoires, associations…) autour de problématiques communes. Aujourd’hui, il existe 946 bibliothèques musicales en France [2] dont le catalogue se compose de disques, partitions, revues… Plus de 8 millions de disques ont été acquis par ce réseau et le volume prêté a été estimé à plus de 4 millions d’unité en 2004 [3].

Un "passeur" au service du public

L’existence des médiathèques, majoritairement financées par les communes [4], répond à une volonté politique. Historiquement, ces établissements sont des outils de la démocratisation de la culture, permettant au plus grand nombre d’accéder aux œuvres, en l’occurrence musicales. Si cette théorie ne se vérifie qu’à moitié sur les chiffres de fréquentation (il y a plus d’emprunts mais autant d’emprunteurs [5] depuis 1989), des bibliothèques musicales ont en revanche été implantées dans de nombreuses villes et en zone rurale, formant un maillage territorial au plus proche du public, parfois plus proche que le disquaire du coin !

Médiathèque de Créhange

Les discothécaires jouent donc un rôle d’intermédiaire "de diffusion" [6] entre l’œuvre et le public, rôle qu’ils exercent au niveau local, de manière désintéressée et à des coûts faibles voire nuls pour l’usager. S’ils ne cherchent pas à faire vendre, ils cherchent en revanche à faire découvrir, à former et à éveiller l’oreille, à la manière d’un média. Les médiathèques sont ainsi des espaces contribuant à la découverte d’artistes et de courants musicaux. Le rôle d’un discothécaire est de conseiller un usager, de lui recommander certaines œuvres en fonction de ses goûts et de ses critères. Il n’intervient pas uniquement sur la formation de l’oreille, mais aussi sur celle des musiciens, notamment par le prêt de partition - malheureusement pas assez répandu-, de méthode d’apprentissage, de CD-ROM pédagogique… Par l’organisation de conférences et de forums, il informe également un public plus large sur l’histoire de la musique. Les bibliothèques musicales sont ainsi des relais de proximité contribuant à la diffusion de l’information musicale auprès des citoyens, auditeurs, pratiquants, consommateurs… Mettant à bas le cliché d’un lieu sombre et poussiéreux, les médiathèques ont tendance à devenir des lieux de vie, de rencontres et de flâneries. Ce sont des vecteurs de "musicalité". D’un point de vue sectoriel, le rôle de prescripteur/diffuseur local de ces lieux est une particularité sur laquelle certains artistes, producteurs, écoles… s’appuient. A travers plusieurs exemples, voici comment les médiathèques prennent part au développement de la filière et élaborent des actions communes avec les acteurs des musiques actuelles.

Accompagner les artistes locaux

Les jeunes groupes et artistes "en démarrage" peuvent profiter de plusieurs dispositifs mis en place par les médiathèques pour se faire connaître à l’échelle locale. Les établissements proposant une démothèque sont ainsi de plus en plus nombreux. Ces démothèques sont des espaces de promotion de disques non distribués, la plupart du temps autoproduits par des musiciens locaux. Ce fonds "local" de catalogue est parfois acheté, mais il s’agit plus souvent de dons faits par les musiciens qui peuvent y laisser leurs maquettes, 2 titres ou albums. Certaines médiathèques comme celle de Carrières-sur-Seine signent dans ce cas des contrats de dépôt avec les artistes. Ces disques ne sont pas vendus par les bibliothèques, juste prêtés. Si les artistes ou les micro labels peuvent y réaliser un intérêt commercial (en s’y faisant connaître et en vendant les disques par ailleurs), les discothécaires mettent en place des démothèques dans le but de faire découvrir des musiciens méconnus. D’ailleurs, ils n’exercent en général aucun contrôle de qualité sur les œuvres déposées [7] . Pour développer ces fonds locaux, les médiathèques se sont appuyées sur des labels et surtout des salles de concerts recevant fréquemment des disques : la Médiathèque de Louviers a par exemple passé un partenariat avec la salle municipale La Gare aux Musiques pour que les CD envoyés à la salle soient disponibles à la démothèque. En retour, la salle peut estimer le succès du disque en démothèque pour établir sa programmation d’artistes locaux, et s’appuyer sur cette diffusion [8] préalable pour promouvoir le spectacle. Quant aux musiciens, par cette dynamique de partenariats, ils peuvent se faire connaître d’un public local, se familiariser avec la scène, et promouvoir leur disque qu’ils vendent en parallèle, sur un site Internet par exemple.

Médiathèque d'Argentan
Au-delà de ce schéma qui ne marchera pas pour tous les musiciens, il est difficile d’évaluer précisément l’impact des démothèques sur le développement des groupes et des artistes. Cependant, à en croire l’équipe de la Médiathèque de la Communauté de Communes du Pays d’Argentan, l’outil répond à une demande à la fois des musiciens et du public : doté d’un fonds de 344 disques (complété chaque mois par une dizaine d’acquisitions) la démothèque comptabilise 1 671 prêts en quatre ans.

"Petit guide pratique pour la mise en place d’une démothèque musiques actuelles"
L’irma propose une nouvelle fiche pratique, réalisée par le CIR et la médiathèque d’Argentan, qui explique comment monter une "démothèque locale". Cet outil d’accompagnement est à envisager comme une forme de réponse à la sous-exposition des artistes locaux et des initiatives visant à les soutenir. Démothèque, a walk on the wild side !
Accédez à la fiche pratique.

Un partenaire pour le secteur

Certaines médiathèques vont plus loin dans la découverte et l’accompagnement d’artistes. La Médiathèque de Créhange met en place, au-delà d’une démothèque, un projet de promotion des artistes lorrains en coréalisant avec le Centre culturel municipal (salle de 400 places) un festival et un cycle hebdomadaire de concerts durant l’été, accompagnés d’un enregistrement de 2 titres "live" par artiste sélectionné. Ce genre de collaboration salles/médiathèques se pratique fréquemment [9] , de manière plus ou moins formelle, et surtout entre établissements publics. Bien que plus rares, des partenariats avec les entreprises peuvent aussi être envisagés, notamment avec les labels discographiques. Ces derniers peuvent s’appuyer sur les médiathèques pour faire connaître un artiste produit dans la région (on pourrait par exemple imaginer un sticker "Produit dans la région" pour les productions discographiques locales) ou un catalogue spécialisé (les médiathèques étant souvent elles-mêmes spécialisées par genre). Mais ces entreprises peuvent aussi se servir de l’espace de vie que constitue une médiathèque pour développer des projets innovants. Le label Aspic Records (spécialisé en création sonore, electronica, folk), basé à Lyon, collabore ainsi avec la Bibliothèque de Lyon/La Part-Dieu en produisant des "concerts au casque" au sein de l’espace Musique du lieu [10] . Concerts au casque La programmation est établie par le label et la médiathèque. Les musiciens viennent jouer en "live" dans un "kiosque à musique" et devant un public confortablement installé qui écoute le concert à travers des casques mis à disposition.

Le métier de bibliothécaire musical commence aussi à être envisagé au sein même des structures de musiques actuelles. Les écoles de musique, cherchant à pouvoir disposer des documents sonores et imprimés relatif aux enseignements suivis par leurs élèves, élargissent leur mission comme c’est la cas à Ecole nationale de musique de Mantes qui est en train d’ouvrir une médiathèque au sein de l’établissement . Plus largement, un espace où l’on peut découvrir, apprendre, écouter, emprunter… apparaît comme un des éléments d’un lieu de vie musicale. C’est ainsi que la Cité de la Musique a ouvert une médiathèque en 2005 dans un lieu qui est à la fois musée, salle de spectacles, espace de formation, librairie musicale…

Un métier en mutation

C’est en raison de leur ancrage territorial que les médiathèques peuvent jouer un rôle de médiateur entre les publics de proximité et les artistes locaux. Or avec le développement depuis quelques années des usages d’Internet, les publics, comme les artistes, ont a disposition un outil leur permettant de découvrir, promouvoir, diffuser de la musique… à l’international et sans avoir à bouger de chez eux. Autant dire que l’ancrage territorial pèse moins dans la balance ! Par ailleurs, les médiathèques s’appuient sur le marché du disque pour développer leur service. Or la crise du disque et l’avenir incertain de ce support questionnent par ricochet l’avenir du prêt musical en bibliothèque. A l’heure actuelle, le métier de discothécaire se retrouve ainsi en pleine mutation, devant adapter sa mission en fonction des nouveaux outils numériques et des nouveaux usages qui en découlent.

Avancée technologique / avancée professionnelle

De la fin des années 80 au milieu des années 2000, les médiathèques ont certainement été, par leur offre musicale, un acteur important dans la formation culturelle et l’éducation musicale des jeunes publics. Mais depuis quelques années, l’Internet est venu radicalement changer cette donne.

La première raison de ce changement est liée à la pratique massive des réseaux et des logiciels Peer-to-peer. Les systèmes d’échange de musique se sont ainsi fortement développés, les plates-formes de téléchargement (légales ou non) se sont multipliées. Cet accès facile, rapide et qui rend disponible de chez soi 24h sur 24 les contenus musicaux fait concurrence aux médiathèques, fermées après 18h, le dimanche et dont le contenu se trouve limité par des contraintes d’ordre budgétaire ou d’espace… Quel est en effet l’intérêt de payer un abonnement à une discothèque, pour ensuite avoir à se déplacer à des horaires fixés et ne pouvoir emprunter « que » 6 cds ? Et ce alors même qu’il y encore quelques mois le projet de licence globale - et donc d’un accès illimité pour quelques euros par mois à tout un catalogue de musique - était envisagé… En même temps qu’une partie de leur public de mélomanes curieux, les discothèques ont perdu une partie de leur fonction de fournisseur de musique enregistrée [11].

La deuxième avancée technologique est aussi sociale. Ces dernières années ont vu le boom des réseaux communautaires et du système de recommandation avec des web radios comme Last-fm, Radio blog club, Pandora. La prescription, le conseil, le furetage se pratiquent à présent en ligne. Le principe de "sérendipité" (moyen de tomber sur quelque chose par hasard) ne se fait non plus d’une étagère à l’autre, mais d’un lien hypertexte à un autre. Le Web 2.0 permet en effet la constitution de réseaux sociaux et communautaires, où l’interactivité, l’échange, la mise en exposition, la co-création font lois. Dans un tel monde, quid du rôle de conseil et d’aide à la découverte du bibliothécaire musical ? Comment peut-il encore conserver sa place de "gourou musical" qui nous guide dans ce labyrinthe musical qui s’agrandit chaque jour ? Le "média" bibliothécaire a-t-il su anticiper l’évolution des usages ?

Face à Internet et la dématérialisation des supports, c’est donc toute une profession qui s’interroge sur son rôle dans la société, ses missions et les nouveaux outils dont elle dispose. Preuve de cette remise en question : les nombreuses journées d’information et séminaires organisés autour des questions de la dématérialisation, de l’évolution du métier [12]. Le constat est souvent le même, face à la concurrence de la technologie, utilisons la technologie !

A travers l’utilisation de celles-ci, ce n’est plus le côté technicien du métier (indexer les documents) qui est mis en avant, mais c’est une vision plus globale, d’une profession moderne et non plus fermée ou "peu aventurière" comme on a pu l’entendre. Les discothécaires innovent et expérimentent en proposant à leurs usagers de nouveaux services non-documentaires [13].

De nouveaux outils

Les discothécaires s’adaptent donc, ils évoluent et s’approprient petit à petit les nouveaux outils du web. C’est ainsi que la médiathèque du quartier se retrouve sur le net, au même titre que la discothèque du village ou la BNF. Cette "dématérialisation" des médiathèques les amène à s’ouvrir à un public plus large. Via les technologies Internet, elles passent de structure physique à vocation locale à une entité virtuelle dont la portée s’élargit considérablement. Concrètement, le premier pas vers cette dématérialisation a consisté pour nombres d’établissements en la mise en place d’un site Internet dédié, pour se poursuivre par la mise en ligne de catalogues. Parallèlement au site de la bibliothèque, qui est souvent un espace réservé à la culture sur le site web de la ville, les bibliothécaires sont de plus en plus nombreux à créer des blogs leur permettant de gérer plus personnellement l’espace les présentant. Cet outil leur offre un espace de communication pour annoncer les conférences, les comptes-rendus et tous les événements organisés à la médiathèque. On peut citer à titre d’exemple le blog musical de la médiathèque de Dole qui annonce puis reprend les différentes manifestations qui y ont lieu. Certains n’hésitent pas à profiter de l’engouement pour les réseaux communautaires et se créent leur page Myspace, pour ainsi bénéficier d’un " réseau d’amis ", comme la médiathèque d’Agneaux . D’autres vont même jusqu’à faire la preuve en image, puisque l’on retrouve également des vidéos en ligne grâce à l’utilisation de Dailymotion.

Médiathèque de Dole

En outre, les blogs offrent la possibilité aux bibliothécaires musicaux de diffuser des contenus multimédias : vidéos des concerts, des conférences et de toutes les animations organisées par la médiathèque. De nombreux logiciels simples d’utilisation permettent de créer et diffuser facilement une vidéo. C’est l’exemple d’Audacity, un logiciel offrant la possibilité d’éditer des fichiers son. Mais il est possible d’aller plus loin encore et d’élargir les propositions tout comme le contenu accessible. La Médiathèque de l’Agglomération de Troyes propose ainsi à ses abonnés, et en partenariat avec Arte, un accès préférentiel aux programmes de la chaîne (films, fictions, documentaires, spectacles et magazines).

Dans la continuité de cette réflexion sur l’accès au fonds, les médiathèques se sont toujours abonnées à un certain nombre de parutions en presse musicale spécialisée et en les proposant à leur public, lui ont permis ainsi de se tenir au courant des sorties d’albums, des nouveautés. Mais certaines s’approprient les moyens du web 2.0 et facilitent le travail de repérage ; attirant l’attention de leur public sur l’actualité du secteur en utilisant la technologie des flux RSS [14]. Sans la communication de la médiathèque, il est évident qu’un certain nombre de visiteurs ne connaîtraient pas l’existence de tel ou tel artiste, noyé dans le flux incessant des productions musicales. L’idée est pourtant simple : proposer des fils d’informations permettant à l’utilisateur de recevoir dans un agrégateur de flux (de type Netvibes ou autre) les nouveautés du catalogue. Le rôle des professionnels est en effet de faire du push [15] : c’est-à -dire de pousser l’information vers le public, sans que celui-ci n’ait besoin de tirer l’information à lui (le pull), d’aller faire une recherche sur le catalogue.

Expertise et connaissance vs surinformation et déluge informationnel

Nous parlions plus haut du rôle de gourou musical des discothécaires, qui face à l’infobésité [16] ambiante, guident, conseillent, recommandent la découverte de tel artiste. Il est évident que le rôle de conseiller est important pour un médiathécaire, qui fait la médiation entre l’œuvre et le public (au-delà du cliché du technicien souvent retenu). La profession s’interroge actuellement sur les possibilités de recommandation offertes par Internet et son système de navigation. Ils imaginent ainsi proposer un système similaire à celui des librairies en ligne telles qu’Amazon : "si vous avez aimé ce disque, les bibliothécaires vous proposent aussi". (On se rapportera à la discussion à ce sujet dans la liste discothécaires ).

Promotion du fonds, meilleure communication, public plus large, tout serait donc aussi simple ? Mais cette dématérialisation pose aussi une question : jusqu’où ? Jusqu’où aller dans cet accès de plus en plus important ? Toutes les médiathèques doivent-elles proposer un accès illimité à tout leur fonds et surtout à toutes les personnes qui surfent sur leur site ? Il reste encore de nombreuses questions à élucider et à préciser. Si la médiathèque dématérialisée diffuse la plupart du temps des informations, certaines réflexions vont dans le sens de la diffusion de la musique en ligne. Le projet "l’e-music box" proposé par la bibliothèque de Limoges, va dans ce sens. Cette démothèque en ligne offre un accès privilégié aux productions locales et permet ainsi "de mettre en avant les potentialités musicales existant en région".

Les discothécaires réfléchissent à de nouvelles offres et de nouveaux services à proposer à leurs usagers et expérimentent des propositions innovantes, avec souvent comme contrainte les dispositions liées aux droits d’auteur et aux droits voisins. Il règne encore une grande incertitude sur ce qu’il est permis ou non de tenter dès lors que l’on souhaite développer une offre de musique numérique en ligne. Les discothécaires et acteurs des musiques actuelles doivent donc travailler ensemble. On a pu le voir à travers la préparation de cet article : les projets de partenariat entre thécaires et musiques actuelles existent mais ne font pas l’objet d’une grande publicité. L’idée mise en évidence lors des discussions avec des membres de l’Acim a été le manque de connaissance réciproque et donc de communication entre les deux mondes. Et un des meilleurs moyens pour les acteurs des musiques actuelles de prendre des contacts et comprendre les problèmes du métier est de lire et recevoir les messages de la liste de discussion discothécaires [17]. Ne serait-ce que pour que les professionnels de la musique puissent savoir quelles relations ils peuvent avoir avec les discothécaires.

Les bibliothécaires musicaux et la filière musicale partagent non seulement un support (le disque), mais aussi tout ce qui l’entoure : une certaine passion pour la musique, un contact avec un public mélomane : artistes ou non, professionnel ou amateur… même s’ils ont une attirance et une connaissance d’un ou plusieurs genres musicaux, leur atout majeur dans un univers numérique de niche c’est d’être des généralistes de la musique. Reste à lier les deux mondes, dont les intérêts sont communs, pour que de nouveaux projets voient le jour. Ce qui manque souvent, comme le précise Xavier Galaup, « c’est un contact, des infos, un espace intermédiaire de mise en contact de la scène locale avec les bibliothèques. Si on pouvait écouter les cds ou des lives de concert car on ne peut pas être partout c’est encore mieux… » Car ces deux secteurs rencontrent les mêmes problèmes : si les discothécaires ont débuté il y a longtemps une réflexion sur leur métier, ils sont aussi partie prenante dans le débat sur la dématérialisation des supports et les problèmes de la filière musicale. Les nombreuses discussions engagées montrent le rôle et l’importance de la prescription : les discothécaires , dans ce domaine, font mieux que Pandora ou Lastfm qui font mieux que des moteurs de recherche normaux. Via la liste discothecaires, ces professionnels de la recherche échangent et proposent des discographies thématiques pointues concernant un domaine ou une émotion : on retrouve par exemple dans les archives de la liste les réponses aux recherches telles que " chansons de mai 68", " disques sur l’eau, le froid", "morceaux sur le thème du chanvre" ou encore "les écrivains mélomanes".

On s’était habitué à rencontrer des médiathèques dans chaque ville où l’on ne trouve pas forcément de disquaires ou de salles de concerts. On s’était persuadé que discothécaire était un métier à l’abri de tout soupçon de « dégâts collatéraux » dans la crise de l’industrie du disque. Et bien non. Charge à nous de revenir, ici aussi, sur certaines certitudes. Le métier de bibliothécaire musical est en pleine évolution. A l’heure de la dématérialisation, la médiathèque est plus que jamais un lieu de vie, un lieu de rencontres, d’échanges, qui, par ses actions, participe à la découverte et à l’apprentissage de la musique. Surtout à une époque où l’axiome « la musique est un marché de l’offre, pas de la demande », n’a jamais été aussi douloureusement vérifié. Alors, il échoît à quelques-uns de nous aider à nous sortir d’une forme de marasme musical ; et de nous apporter leur expérience et leur connaissance. Et en particulier de musiques « validées » par des oreilles expertes. Ces mêmes experts qui fonctionnent en réseau et s’interrogent sur leur avenir et le futur de leur mission de service public et de proximité. Pour pouvoir sortir de la situation difficile que nous traversons en ce moment, il convient d’utiliser toutes les ressources possibles et disponibles. Il est donc dans l’intérêt des différents acteurs des musiques actuelles, qu’il s’agisse de salles, de labels, des écoles de musique ou autre, de lier leurs actions à celle du monde des médiathèques.

C’est un sujet difficile, et peu d’acteurs envisagent la totalité des enjeux. Particulièrement dans un univers où leur intérêt est centré sur leurs activités propres. D’où le manque de réponses. On souhaite à travers cette plongée dans le monde des discothèques, inviter les uns à se rapprocher des autres : utiliser la liste discothecaires, participer aux journées d’info et aux débats de l’Acim (voir encadré), de l’Irma ou encore du Réseau Ressource

 !!! DERNIà ?RE MINUTE !!!

Le label Priskonovénie nous a annoncé le lancement pour 2008 d’une plateforme numérique dédiée aux discothécaires. Patricia Delalande nous présente dans son interview (à lire ici) ce nouveau projet, qui s’inscrit dans la logique de rapprochement du label avec les médiathèques. "Il s’agit d’une plateforme numérique Prikosnovénie, avec une page personnalisée pour toutes les médiathèques et bibliothèques adhérentes. […]L’adhérent pourra se connecter sur notre plateforme et entrer sur la page personnalisée de sa médiathèque avec les conseils et chroniques de ses discothécaires, la liste des disques du label Prikosnovénie qui sont disponibles à la médiathèque… "

Dossier réalisé par
Jean-Noà« l Bigotti, Floriane Lotton et Mathias Milliard pour l’Irma
avec l’aide de Nicolas Blondeau et Xavier Galaup, bibliothécaires musicaux, membres de l’Acim.

Bibliographie :

Bibliothèques musicales à l’heure des réseaux numériques : quels nouveaux services ?, Nicolas Blondeau, Acim, 2006.

Eléments pour une charte musique en bibliothèque publique, Geneviève Salmon et Frédéric Darricades, article préparatoire à une charte musique en bibliothèque, Acim, 2006.

Synthèse de l’enquête sur la politique documentaire musicale, Nicolas Blondeau, Acim, 2003.

La médiathèque et la musique : Une étude de sociologie appliquée, François Berthier, BBF, 2002, n° 2.

Avatars de la musique dans les bibliothèques, Michel Sineux, BBF, 2002, n° 2.

La place de la musique en bibliothèque publique, Christian Massault, BBF, 2002, n° 2.

L’animation en discothèque, Interventions discothécaires d’Alsace et de Pol Gosset. Acim, 2001.

L’avenir des bibliothèques musicales, Interventions de Xavier Galaup, Suzanne Rousselot et Kayowa Mukundi-Bipungu. Acim, 2001.


[1] Qui paraîtra jusqu’en 2003

[2] Parmi les 2 913 bibliothèques municipales du territoire

[3] Chiffres du DEPS

[4] Aidées des départements pour la déserte dans les zones rurales, et de l’Etat pour les missions patrimoniales d’archives sonores

[5] Voir les chiffres du Credoc

[6] Par le prêt mais aussi par le biais de système d’écoute au casque

[7] Les critères de sélection (quand ils existent) sont liés aux genres musicaux, à la provenance géographique des musiciens et à la qualité d’autoproduit du disque.

[8] Certaines médiathèques ont des systèmes d’écoute (au casque) sur place

[9] Comme à Grenoble, Martigues, Conflans Ste Honorine, St Amand les Eaux, etc

[10] Plus d’infos : http://www.bm-lyon.fr/expo/07/nauti…

[11] Même si paradoxalement, l’étude du Crédoc pointe que l’usage sur place a doublé depuis 1997

[12] Journée "La médiathèque dématérialisée" dans le Val d’Oise, les journées professionnelles de l’Acim à Lille …).

[13] Voir à ce sujet le mémoire de Xavier Galaup, qui présente les différents services non-documentaires que la bibliothèque peut proposer à ses usagers.

[14] "Ce système est habituellement utilisé pour diffuser les mises à jour de site dont le contenu change fréquemment : typiquement les sites d’information ou des blogs. L’utilisateur peut s’"abonner" aux flux ce qui lui permet de consulter rapidement ces dernières sans avoir à se rendre sur le site". Wikipédia

[15] Push de l’anglais pousser, par opposition à pull, tirer. Le professionnel pousse l’information, alors que le public tire l’information à lui.

[16] Le mot infobésité est utilisé dans la synthèse de l’étude "Les nouveaux horizons de l’infodoc" Étude prospective sur l’évolution des différentes fonctions de l’information-documentation : documentalistes, archivistes, veilleurs, bibliothécaires médiathécaires, knowledge managers, records managers. IDP Archimag, Paris, 2006.

[17] Une liste de discussion est un système permettant à l’inscrit de communiquer avec toute une communauté (appelée par extension "liste") sur un sujet défini. Un simple mail suffit pour s’abonner, faire partie de la liste et recevoir les mails des participants. Un ou plusieurs modérateurs surveillent le contenu des messages envoyés à la liste. Certains modules, comme celui de la liste discothecaires, proposent même un accès aux archives de la liste.

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L’Acim : Association pour la Coopération des professionnels de l’Information Musicale

L’Acim fédère les associations de la documentation musicale et les bibliothécaires musicaux du réseau de lecture publique des collectivités territoriales. Le CRD de l’Irma, qui partage les mêmes problématiques de ressources, d’information, de mise à disposition des savoirs est membre du Conseil d’Administration de l’Acim depuis 2006.

Tous les ans, l’Acim organise ses rencontres professionnelles dont l’objectif est de réunir et faire se rencontrer les professionnels de bibliothèques de lecture publique, de bibliothèques spécialisées, des centres de documentations musicales et de bibliothèques de conservatoire et écoles de musiques, et de provoquer ainsi des réflexions et des échanges sur des thèmes concernant la gestion, l’exploitation et la mise en valeur des collections de documents musicaux.

Plus d’informations sur le site de l’Acim !

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