Vinyl It réinvente le disquaire en ligne

Publié le vendredi 16 décembre 2016

Starting Blocks

#vinyle #personnalisation #ondemand

Personnalisation de vinyles, gravure à l’unité, disquaire en ligne, les activités se développent dans le projet de Vinyl It. Lancée en 2015 par un groupe de jeunes passionnés de musique, la startup s’installe dans le paysage musical et dans les modes de consommation. A quelques jours de Noël, nous avons rencontré Pierre Creff et Mathias Prost, tous deux fondateurs de la marque.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




Les ventes de vinyles se maintiennent bien dans la transition numérique (Chiffres Snep 2015) et en 2015, la platine Jensen JTA-230 a été best-seller de Noël de la plateforme Amazon parmi les objets hi-fi, devant les enceintes connectées. Un retour de la galette que les labels accompagnent par le pressage de sorties EP / albums et des rééditions. Dans ce mouvement, une startup sort du lot avec deux petites révolutions dans les usages : la personnalisation du vinyle et la vente à l’unité.


Une startup par et pour les diggers de sons


L’idée le taraudait depuis presque 2 ans déjà lorsque Pierre Creff se lance dans l’aventure entrepreneuriale avec Vinyl It. Passionné de dub, Pierre est fondateur du collectif One One Six (webzine, label, organisation des soirées Paris Dub Session et Cosmic Train). « Mon premier vinyle à l’unité, c’était l’EP d’un pote qu’on ne pouvait pas presser à cause du prix… il était comme un fou quand on lui a offert », se souvient Pierre.

Tout juste son diplôme de l’Ecole de commerce de Grenoble en poche, Pierre remporte un concours de son école, une bourse de 1000 € et 6 mois d’incubation dans l’IncubaGEM. « En avril 2014, avant que le site n’existe, des labels me pressaient pour rejoindre le catalogue, alors je me suis dépêché de monter la boîte et signer les premiers contrats ». Après deux stages à Universal Music et à Technopol, Pierre rencontre Clément Guillot avec qui il sortira la 1ère version du site Vinyl It en décembre avec 20 labels et 1000 titres au catalogue. Ce dernier continue d’assurer la fonction de CTO de la startup en plus de son poste de consultant SI. Pour le soutenir, il associe Benoit Gayard également sorti d’’Epitech. Puis c’est la fonction business qui est renforcée avec l’arrivée de Mathias Prost. De la même école que Pierre, Mathias avait monté le label étudiant Nymphony. Après ses stages (BETC Music, Deezer), il enchaîne avec un an d’alternance à Air France avant de s’envoler pour un break en Amérique du sud. A son retour en mai 2015, il découvre les avancées et rejoint Pierre, invité au MidemLab pour pitcher le projet. Une aide précieuse : « j’avais une expérience du Midem depuis BETC. J’ai aidé Pierre pour démarcher les pros et gérer les rendez-vous », se rappelle Mathias. Ils rencontrent des distributeurs, des labels et ont de premiers contacts avec les majors. L’idée plait. « Au début, on pensait que cela n’intéresserait que les producteurs de son, puis on a réalisé qu’on pouvait aider les labels à vendre leur musique à l’unité ».

Galvanisés, ils préparent Noël et une levée de fonds qu’ils finalisent en fin d’année. 80 k€ provenant de leurs proches (love money), un prêt d’honneur Paris Initiative Entreprise et un emprunt bancaire. Ils soufflent un peu financièrement car la vie de jeunes startupers passe par des moments difficiles, que Pierre déplore - « on est des boulets pour nos meufs » - et que Mathias justifie : « beaucoup d’étudiants pensent que l’école de commerce te destine à faire de l’audit et du conseil alors qu’aujourd’hui les profils sont très différents. Nous, on s’est formé par nos expériences personnelles. C’est quand même plus excitant d’être dans la musique ». Pierre acquiesce.


« Mets ta playlist sur vinyle »


C’est la promesse de la startup. Leur catalogue se compose aujourd’hui de 115 labels indés et de 7000 titres, un catalogue qui « commence à refléter la musique indépendante d’aujourd’hui : des labels de 10-15 ans avec quelques salariés (Jarring Effects, Soulbeats, Infiné), des labels en cours de professionnalisation (Carton Pâte, ODG), un 3e segment que j’appelle « label soundcloud » avec des labels collectifs qui ne déposent pas leur musique à la Sacem et des side projects autoproduits », analyse Pierre. Mathias résume : « on s’adresse à tous les labels qui n’ont pas les moyens ou le projet de presser des productions ». Vinyl It leur permet de proposer des vinyles pour des artistes en développement en limitant les risques financiers et de faire plaisir à leurs communautés tout en créant de nouveaux revenus. Les disques sont réalisés par deux graveurs équipés de la Vinyl Recorder T560, Valentin et Stéphane, choisis pour la qualité de leur travail. Pour l’anecdote, Pierre avait envoyé le même disque à 6 graveurs avec de mauvaises pistes. Seul Valentin avait refuser la commande. « Les labels ont tous validé la qualité des disques, notre volume est juste parfois moins fort ».

Côté front, les utilisateurs personnalisent leur achat en sélectionnant une playlist, le macaron et la pochette pour 45 € et une livraison d’environ 15 jours. Ils peuvent découvrir la musique par artiste, label ou genre musical et une écoute d’extraits de 1’30 min. Ils disposaient de 4 pochettes différentes (une blanche, une noire et deux réalisées par des artistes). Et depuis décembre, Vinyl It propose la personnalisation totale de la pochette de disques, grâce à l’import de ses propres visuels. « On veut permettre la personnalisation complète des disques mais aussi faire des suggestions de visuels en collaboration avec des artistes ». Côté macaron, c’est le logo Vinyl It réalisé par Brice Boulesteix qui « cartonne ». Le vinyle personnalisé bouleverse les codes : de chaque playlist est créé un objet unique, que Vinyl It dépose comme un label. « On crée les références Discogs pour les vinyles créés chez nous. Ça permet à des artistes comme Panda Dub d’avoir une page sur Discogs fournie alors qu’il a peu été pressé sur vinyle ». Et augmente leur présence sur la marketplace mondiale du vinyle.


Le nouveau disquaire en ligne


Leur point mort est fixé à 30 ventes par jour : « on y est presque et pour élargir l’offre à notre audience 100% vinyle en ligne, on est devenu disquaire en ligne. Les labels qui participent à la vente à l’unité peuvent aussi faire des dépôts avec un reversement tous les 2 mois ». La V2 de la plateforme réalise une audience de 5 k VU /mois dont 75 % de nouveaux visiteurs. Une V3 est attendue au premier trimestre pour améliorer les « parcours client ». Le blog a été lancé pour faire vivre le catalogue et conseiller les utilisateurs. Des diggers comme NickV ou Dusty Fingers sont invités à choisir et commenter 10 disques dans les bacs de Vinyl It. « On travaille l’édito pour renforcer la marque et on est fiers d’avoir l’aval de ces experts ». Récemment, Pierre et Mathias ont lancé leur chatbot Béber, leur disquaire sur Facebook. « Au-delà de l’effet de mode, c’est un service de recommandation de disques que propose Facebook qui prépare le paiement par chat. C’est une intelligence artificielle limitée qu’on améliore de jour en jour ». Le robot conversationnel a déjà séduit 800 personnes et 300 se sont abonnés à ses recommandations quotidiennes. « Avec Pierre on a la tête dans les innovations, dès qu’on en voit une intéressante, on la teste sur Vinyl It ». Ils ont sorti des compilations, animé des campagnes de pré-commandes, fournissent des concepts stores… le Noël de la French Tech est encore une autre idée. « Une belle opportunité pour se faire découvrir et faire du trafic sur la plateforme. Et on est content de faire partie de ces startups qui font du physique ».

Vinyl It se positionne comme un nouveau canal de monétisation. « On entre pas en concurrence avec les distributeurs physiques, on propose un nouveau moyen de consommer la musique, à la demande en l’occurrence », insiste Mathias tandis que Pierre explique : « Le but c’est de devenir une brique industrielle. On est sur une activité tellement précise qu’on a pris deux ans pour bien comprendre l’écosystème qui nous entoure, les demandes des labels et de nos clients. Maintenant on sait ce qu’on veut faire : devenir un disquaire en ligne reconnu en France et la référence mondiale du vinyle personnalisé ».

Incubée au Cargo depuis quelques mois, Vinyl It prépare une 2è levée de fonds de 500 k€ auprès de business angels pour réaliser leur rêve : internaliser la production dans un vinyl shop où les clients pourraient « digger » en attendant que leurs disques soient fabriqués dans la partie « fablab ». Un retour innovant à l’artisanat et au commerce de proximité.


Fabrice Jallet (sur Twitter avec un F)