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Article mis à jour le vendredi 10 septembre 2010
Article créé le mardi 2 septembre 2008

 
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Interviews

Trois questions aux conférenciers du SMS

Gildas Lefeuvre, en charge de l’organisation des conférences du Salon de la musique et du son, François Mauger, qui interviendra sur le concept de musique équitable, ainsi que Stephan Le Sagère et Jean-Noà« l Bigotti, qui animeront respectivement l’atelier "Profession Artiste" et celui sur "Comment monter mon label ?", détaillent le contenu des conférences auxquelles ils participeront.


Gildas Lefeuvre
Journaliste (GL Connection) et consultant en charge de l’organisation des conférences du Salon de la musique et du son

Le SMS constitue l’un des événements de la rentrée musicale. Quel rôle jouent les conférences et ateliers au sein de ce salon ?
Le Salon de la musique et du son se veut être un lieu de convergence pour découvrir le monde de la musique sous toutes ses formes. Les divers événements qui y sont proposés « qu’il s’agisse des conférences et ateliers ou des concerts « permettent de valoriser la manifestation dans son ensemble par un apport de contenu de qualité. Ils sont donc essentiels au salon et enrichissants pour ses visiteurs.

Présentez-nous dans les grandes lignes le programme des conférences pour cette deuxième édition. Comment qualifieriez-vous ce programme ?
Je ne sais pas comment le qualifier. Pertinent, je l’espère. Mais inévitablement frustrant car il a fallu faire des choix, compte tenu de la palette de sujets possibles en cette période de mutation du secteur musical. Des réalités des métiers de la musique aux nouvelles façons d’exposer sa création aujourd’hui, des innovations en matière de pédagogie au concept de musique équitable, en passant par le son à l’image et ses débouchés pour les musiciens et compositeurs, tout en proposant des rendez-vous plus concrets sur la façon d’utiliser l’outil Internet ou la création d’un label, la palette est large mais en phase avec l’environnement actuel.

La rencontre Attali/Petitgirard constituera le sommet de ces conférences. Comment les avez-vous convaincus de participer ? Qu’attendez-vous de ce dialogue ?
C’est le côté « agitateur d’idées » qui a guidé ce projet. Je connaissais Laurent Petitgirard, son franc-parler et la pertinence de ses réflexions sur les problématiques de la filière musicale. Par ailleurs, je lis régulièrement les points de vue que livre Jacques Attali sur son blog, et j’ai souvent été étonné par ses réflexions ou propositions, parfois polémiques. D’où l’idée de confronter leurs regards. Ce sera vraiment une « rencontre au sommet » entre deux personnalités autour de sujets forts liés à la musique (et ils ne manquent pas…). Leur vision et leur confrontation seront, je n’en doute pas, des plus intéressantes.


Stephan Le Sagère
Musicien et formateur, directeur de la Fneijma et auteur du guide Profession Artiste

Premier titre de la collection des "métiers de la musique", Profession Artiste est au catalogue de l’Irma depuis plus de 20 ans. Mais l’édition qui vient de sortir est un manuscrit entièrement renouvelé. Qu’est-ce qui a changé ?
Au-delà de l’actualisation des parties juridiques, règlementaires, sociales et fiscales, qui a constitué un travail fourni compte tenu des évolutions importantes de ces aspects de notre secteur, c’est l’écriture de la première partie "Choix d’artiste" qui a surtout été modifiée. C’est un condensé de vingt ans d’échanges avec des musiciens professionnels et des aspirants à la profession, qui mêle des informations, des considérations, mais aussi des conseils, des points de vue, des opinions sur les diverses facettes de la réalité du professionnalisme musical en France. À cet égard, j’ai été estomaqué par la préface de Stéphane Sansévérino tant son propos est clair, concis et résume en deux pages tout ce que j’ai essayé de dire en presque cent pages. Je recommande son texte à tous les jeunes musiciens qui se posent la question du métier. Bravo à lui et surtout, merci.

Cet ouvrage s’est déjà vendu à plus de 15 000 exemplaires et vous connaissez bien votre public, que vous rencontrez régulièrement. Est-ce que les profils et les situations des musiciens sont les mêmes qu’il y a 20 ans ?
Tout ce qui se vit aujourd’hui était en germe à l’époque : pour les pros, la baisse progressive du nombre de prestations scéniques, les répercussions de la multiactivité sur le quotidien des musiciens (notamment dans leurs relations avec les institutions, en particulier sociales), les effets nuancés des nouvelles technologies et d’Internet, la nécessité d’être son propre manager (voire producteur)… En fait, ce sont les conséquences d’une politique générale et constante due au manque de considération pour les artistes professionnels, hormis les quelques stars courtisées. La persistance du problème "intermittent" en est un cruel exemple.
Pour les amateurs, ce qui a changé est l’absence de politique concertée de développement des pratiques en amateur et l’incurie totale en matière de moyens de diffusion.
Pour être clair, il y aura toujours des musiciens, amateurs et professionnels, mais on peut craindre que ce sera de plus en plus dur d’avoir les moyens d’exposer sa production au public. On continue de s’éloigner des qualités musicales pour privilégier les compétences entrepreneuriales.

Par ailleurs, vous êtes directeur de la Fneijma, la fédération nationale des écoles. Dans quelle situation sont-elles actuellement ?
La musique reste la pratique artistique préférée, notamment des jeunes. Mais il est vrai qu’il y a des sources d’inquiétudes : la baisse du pouvoir d’achat, la limite des financements publics… Et aussi, l’inéquité de traitement des écoles selon qu’elles sont conservatoires ou associatives, en matière de financement, de réglementation, de considération, pose aussi un problème d’efficacité quant à la démocratisation de l’enseignement artistique et au respect de la notion d’intérêt général. Mais malgré tout, devant les difficultés, on peut soit se lamenter, se recroqueviller, soit au contraire, saisir l’opportunité pour se remettre en question et rebondir ; c’est le choix individuel et collectif qu’ont fait les écoles et centres de formation de la fédération Fneijma. Aujourd’hui, les structures d’enseignement et de formation font preuve d’invention et de créativité, s’emparent de nouveaux chantiers, lancent des collaborations, et des réseaux d’action sont en construction. Globalement, je ne suis pas pessimiste. Mais il faudra que l’on soit particulièrement attentif sur certains territoires… attentifs et solidaires. Aujourd’hui, les structures de musiques actuelles sont malmenées et leur sortie de crise passe bien entendu par l’entente mutuelle. À la Fneijma, mais aussi avec les autres acteurs du secteur, on y travaille.


Jean-Noà« l Bigotti
Responsable des éditions et du Centre de ressources et de documentation de l’Irma et auteur du guide Je monte mon label

Une nouvelle édition réactualisée et enrichie du guide Je monte mon label va être publiée ce mois-ci. Pourquoi avoir fait ce guide ? Quelles sont les nouveautés de cette troisième édition ?
Je monte mon label est une réponse à la question fréquemment posée à l’Irma : comment créer son label ? C’est parti d’expériences personnelles, de rencontres avec des personnes fantastiques, tous passionnés de leur métier. Et à chaque fois que je cherchais des réponses à cette question, je trouvais des documents sur le marché, la production, mais pas d’ouvrage sur la globalité du métier de producteur (comme, par exemple, le fait de rappeler qu’avec la création d’un label, on devient chef d’entreprise et donc que l’on a accès à des dispositifs d’appui et de création d’entreprise…). Malgré un contexte déjà dur en 2004, Jérôme Roger, le directeur de l’UPFI qui a préfacé l’ouvrage écrivait : "le modèle économique sur lequel était basé, historiquement, le métier du disque est en passe d’être bouleversé, même si cette mutation touche davantage le support CD et ses modes de commercialisation que la création elle-même." La situation est encore plus difficile, mais il ne faut pas oublier qu’on ne peut pas empêcher la création d’avancer et de trouver sa place, quel que soit le contexte, la situation économique ou financière… C’est probablement la raison pour laquelle Je monte mon label est un des best-sellers de l’Irma. Et comme les livres de l’Irma se renouvellent en permanence, dans cette édition, on va retrouver la nouvelle convention collective, des données remises à jour, etc.

Le monde de la production musicale est en pleine mutation, quels sont les enjeux/difficultés/opportunités actuels pour les jeunes producteurs de disques souhaitant créer leur label ?
Je dirais que ce n’est pas le monde de la production musicale qui change, mais plutôt les conditions de sortie et d’écoute des oeuvres… La distribution et la promotion restent les enjeux majeurs pour le physique comme pour le numérique. Depuis plusieurs années, on produit à moindre coût sans pour autant sacrifier à la qualité (souvent le talent, l’entraide et le système D pallient aux manques financiers), mais l’accès aux médias et à la distribution sont les vrais freins… Il manque des vraies fenêtres pour faire découvrir de nouvelles créations. Le disque est un outil de promotion qui permet d’avoir accès à des salles et des médias. Mais en même temps, la valeur affective inhérente au disque est en train de perdre du terrain. On n’écoute plus la musique, on la consomme ou on l’entend vaguement. Je trouve que l’ingéniosité et l’inventivité de certains producteurs de disques pour faire connaître leurs oeuvres s’apparentent à de l’artisanat haut de gamme : on doit tout faire et mieux que les autres avec en plus la difficulté de faire connaître son travail. Je pense qu’à terme on va avoir des labels qui auront quelques artistes signés mais qui s’en occuperont mieux, beaucoup mieux…

Avec Internet, les artistes non signés ont dorénavant la possibilité de se faire connaître d’un public sans passer par un intermédiaire. Quel est le rôle d’un label dans ce contexte ?
On a l’autoproduction, l’autodistribution et avec le net l’autopromotion. Mais être autoproduit signifie aussi se rendre compte que l’on doit tout faire. Sans avoir les compétences (que l’on peut acquérir…) ou le temps (que l’on n’a jamais). À un moment donné, si l’on veut sortir d’une certaine discrétion, on a besoin d’un intermédiaire qui va être un tremplin pour la suite du projet. Ainsi, le label peut venir appuyer l’artiste et son projet à des moments critiques, récupérer le "bébé" avant que l’artiste fasse n’importe quoi, donner des conseils et accompagner le projet à travers des rencontres, voire jusqu’à aller à être un prestataire de services… Mais quoi qu’il en soit, le travers de la crise est que le manque de finances pour la prise de risques se reporte sur l’artiste et sa structure d’autoproduction. Raison de plus de tenter dans un contexte d’autoproduction de s’entourer des meilleurs partenaires. Et un label de qualité est un des meilleurs partenaires possibles…


François Mauger et Charlotte Dudignac
Auteur de l’ouvrage Musique assiégée

Selon vous, quelles sont les logiques qui conduisent à la mise en place de projets équitables (voire citoyens, solidaires) dans les actions liées à la musique ?
Premièrement l’importance que prennent les questions relatives au développement durable (au sens le plus large) dans notre société. Si les musiciens et ceux qui les entourent se passionnent (comme un grand nombre de citadins) pour le bio, l’écologique et l’équitable, il est normal qu’ils se demandent si leur pratique ne peut pas évoluer elle aussi. Et, visiblement, le succès du commerce équitable suscite des vocations.
Ensuite, la crise de l’industrie musicale qui, pour beaucoup, est sur le point de s’effondrer. En cela, la crise actuelle du disque peut être accélératrice et créatrice d’une nouvelle économie de la musique. Il faudrait peut-être cependant éviter de mélanger « équitable », « citoyen  » (quel musicien un peu conscient du monde dans lequel il vit ne l’est pas  ?), « solidaire » (par exemple, le festival « Solidays » est solidaire, parce qu’il œuvre pour l’information sur le sida, mais pas nécessairement équitable) et « écologique ». L’adjectif « équitable » renvoie, pour nous, au commerce équitable, un mouvement né il y a plus de 40 ans, qui replace l’homme au cœur de l’économie et qui repose sur l’idée d’une filière dont tous les éléments, du producteur au consommateur, doivent être équitables. L’adjectif équitable n’est pas un outil marketing facile à adopter. Heureusement.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans la réalisation de ces projets ?
Commençons par préciser que nous ne sommes pas nous-mêmes à l’origine d’un projet de musique équitable mais que nous nous contentons d’observer le travail de structures comme FairPlayList, Dyade 38 ou Reshape Music … Une économie équitable de la musique ne se réduit pas à contourner les majors et à produire soi-même ses disques. C’est toute une filière qui doit être inventée : un disque, par exemple, ne peut pas être équitable s’il n’est pas à la fois produit équitablement, commercialisé équitablement et promu équitablement. La principale difficulté des collectifs ou des personnes qui cherchent à construire cette nouvelle économie réside donc dans leur isolement et dans la difficulté qu’ils peuvent éprouver à  convaincre d’autres métiers (producteurs, distributeurs, …) et d’autres musiciens de renoncer à l’ancien modèle économique de l’industrie de la musique.

Selon vous, comment ces démarches peuvent-elles se généraliser ? Cela doit-il passer par une labellisation ?
Un label résulte d’une intervention de l’Etat. C’est d’ailleurs ce qui différencie un label, qui dispose d’un cahier des charges bien précis, d’une marque privée. Dans les faits, des marques privées peuvent s’imposer à tel point qu’elles passent aux yeux du grand public pour un label. C« est ce qui s’est passé avec la marque privée de commerce équitable Max Havelaar. Cela veut dire qu’Universal ou la Fnac peuvent très bien lancer un jour une marque « musique équitable » … Les pouvoirs publics devraient intervenir avant ça pour protéger le concept de musique équitable. Mais ce n’est heureusement pas à l’ordre du jour, ce qui nous laisse le temps de nous préparer. Une labellisation, c’est en effet une démarche de définition et donc de négociation. Les initiatives de musique équitable auront d’autant plus de chances d’être reconnues et de peser dans la balance si elles se regroupent dans un mouvement fort qui reste à construire.
Par ailleurs, si l’État veut labelliser la musique équitable (ce qui, encore une fois, est loin d’être à l’ordre du jour), il devra le faire sans hypocrisie et être lui aussi équitable vis-à -vis de la musique : mettre en place un prix unique du disque, faire baisser le niveau de la TVA sur le disque, restituer leurs droits aux intermittents …

De multiples projets musicaux se développent autour de valeurs équitables, durables, solidaires, écologiques… mais chacun définit ces valeurs comme il l’entend. Du coup, est-on face à un effet d’annonce "à la mode", ou bien s’agit-il d’une véritable prise de conscience ?
Des initiatives, il y en a toujours eu. Les valeurs de l’économie solidaire étaient présentes au XIXème siècle dans les coopératives ouvrières, elles l’ont été ces dernières décennies dans bien des projets « alternatifs » et elles ressurgissent aujourd’hui sous d’autres formes. Ce foisonnement de projets est plutôt une richesse. Alors, effet de mode ou véritable prise de conscience ? Il y a probablement des deux. Pour faire la part des choses, il faut travailler à des définitions collectives. C’est par le débat, l’échange, la confrontation des expériences que nous créerons un nouveau vocabulaire commun et ce travail est déjà en cours …


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