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2003-02

Tour d’Europe

Publié dans Planètes Musiques, février 2003 - François Bensignor

L’Euro est-il le seul élément qui symbolise la nouvelle Europe du XXIe siècle• ? Que peut-on bien trouver de commun à travers ce patchwork de langues, de cultures, d’expressions artistiques• ? Comment réévaluer toutes les pratiques locales dans ce contexte global qu’est l’entité Europe• ?

C’est à partir de ce questionnement que j’ai souhaité ouvrir la réflexion dans cette nouvelle édition du guide Planètes Musiques. Nous vous proposons un point sur la situation des musiques traditionnelles et du monde en Europe à l’aube de 2003. Ici, la France nous apparaît vue de l’extérieur, selon le point de vue d’acteurs de ces musiques vivant et travaillant dans d’autres pays d’Europe. Il brossent un tableau, évidemment subjectif, de la situation dans leur pays.

On peut en dégager sans doute bien plus de convergences que de divergences. L’inéluctable rapprochement entre musiques traditionnelles et musiques du monde est une tendance récurrente, de même que la menace que font peser les partis d’extrême droite sur l’expression de la diversité culturelle. Les différences sont à trouver dans le sens que l’on donne aux mots ou dans la structuration du secteur. Et l’on a tout loisir de méditer ce reflet qui nous est renvoyé d’une France, plate-forme hégémonique de la production discographique et de spectacle, voire marché impénétrable pour les professionnels européens…

- Allemagne
- Angleterre
- Belgique
- Danemark
- Espagne
- Finlande
- Norvège


ALLEMAGNE

Ben Msiid
Ufafabrik - Berlin
www.ufafabrik.de
www.worldmusic.de

Originaire de Tanger, Ben Msiid, francophone et francophile, est Berlinois depuis trente ans. Après la chute du mur, il a été l’un des acteurs de la renaissance culturelle à l’Est de la ville, en programmant le Pfefferberg, lieu de rencontre et de diffusion de spectacles dans une friche industrielle du quartier de Prenzlauer Berg. Il est aujourd’hui responsable du Département musique du centre de culture international Ufafabrik, programmateur et producteur de spectacles.

Musiques traditionnelles et Musiques du monde

« • Je constate avant tout qu’au niveau du public, il y a une différence de perception entre « musiques traditionnelles » et « musiques du monde » . Les musiques traditionnelles sont considérées comme relevant d’une « haute culture » , ce sont les musiques savantes, raffinées, indiennes, persanes, arabes, indonésiennes, chinoises… Alors que les musiques du monde relèvent d’une approche musicale plus populaire, plus spontanée. Pendant plusieurs décennies, les musiques traditionnelles ont été diffusées au sein d’organismes culturels bien identifiés et subventionnés, comme la Maison des cultures du monde. Quant aux musiques du monde, assimilées aux musiques actuelles, elles ont suivi le circuit des clubs. Cela marque déjà une différence au niveau des publics.•  »

« • Actuellement, on voit très clairement les musiques du monde prendre le relais des musiques traditionnelles. Les petits disquaires qui distribuaient auparavant les musiques de tradition savante disparaissent face à la concurrence des grandes surfaces comme la Fnac. Des lieux de diffusion de spectacles prestigieux comme l’Institut culturel ferment. La plupart des grandes structures sont actuellement très menacées faute de soutien et de moyens.•  »

Réseaux

« • Actuellement, il n’existe pas de réseau pour les musiques traditionnelles. Depuis une quinzaine d’années, il ne se passe plus rien dans ce domaine, si ce n’est dans le cadre de certains festivals, comme le Festspiel qui a programmé dernièrement des musiques de l’Inde. Mais il n’y a pas de structure qui soutienne ces musiques à un niveau fédéral en Allemagne. Certes, certaines associations régionales, comme à Munich, travaillent dans ce domaine, mais leurs activités se limitent généralement à un festival. Une fois par an, ils font venir des artistes d’autres pays pour présenter leurs cultures en général et leurs musiques.•  »

« • Le domaine des musiques du monde, à l’inverse, dispose d’un réseau solide et dynamique, comme on peut le voir au Womex. Tous les acteurs de ce milieu se rencontrent, échangent, travaillent ensemble. Beaucoup de ceux qui travaillent dans le champ des musiques traditionnelles allemandes se sont d’ailleurs rapidement intégrés au circuit des musiques du monde. Mais si le Womex a été créé à Berlin en 1994, on peut dire que ni la ville de Berlin, ni le gouvernement fédéral n’ont montré de véritable intérêt pour la manifestation. Les musiques du monde manquent vraiment de soutien en Allemagne.•  »

« • Tant que les compétences en matière de cultures étrangères dépendent du ministère des affaires étrangères, cela reste compliqué. En 2002, le gouvernement fédéral a essayé de transférer au ministère de la Culture les compétences concernant les échanges culturels avec l’étranger, mais ça n’a pas marché. Le problème persiste et c’est toujours le Goethe Institut, lié au ministère des Affaires étrangères, qui est chargé des relations culturelles à l’étranger. Par exemple, les relations qui peuvent exister entre les ministères français de la Culture, des Affaires étrangères et l’industrie du disque sur des projets menés dans des pays étrangers n’ont pas d’équivalent au niveau de l’Allemagne. Or les résultats commerciaux des sociétés françaises dans ce domaine à l’étranger sont assez éloquents.•  »

Diffusion des artistes

« • On constate que ce sont surtout des artistes produits en France qui tournent en Allemagne, qu’il s’agisse de musique klezmer ou latino, de fado ou de musique brésilienne. L’effort fait en France ces dernières années dans le domaine des musiques du monde est énorme et a une grande résonance en Allemagne. Dans la partie Est de l’Allemagne, la musique bretonne est particulièrement bien intégrée. Des groupes comme EV ou Tri Yann y rencontrent un succès phénoménal. Les polyphonies corses également. Et Gottan Project a été très bien accueilli dans toute l’Allemagne.•  »

« • Le problème de la mobilité des artistes étrangers en provenance d’autres pays européens reste entier en Allemagne. Et même si la question des taxes a été réglée en partie, il reste encore du chemin à faire. Il existe en Allemagne une « taxe des étrangers » , qui s’applique aux spectacles présentant des artistes étrangers et qui pouvait aller jusqu’à 50% des frais de production pour les organisateurs. Le précédent ministre de la Culture a pris une disposition selon laquelle la taxe s’applique seulement sur les cachets qui dépassent 250• Euros par artiste et sur un mode progressif de 10% à 50%. C’est au niveau européen qu’il faudrait changer cette loi.•  »

Politiques culturelles• : « Celui qui a des visions doit aller voir l’opticien »

« • Le précédent ministre allemand de la culture voulait développer les musiques populaires. Mais depuis qu’il a quitté son ministère, on ne sait plus si ses projets sont toujours d’actualité. Au niveau de l’Allemagne, il y a très peu de soutien public pour la musique en général. Les structures créées après guerre absorbent l’essentiel des budgets, dont 80% servent à couvrir les frais de fonctionnement de ces grosses institutions.•  »

« • Les politiciens qui occupent des fonctions culturelles n’ont aucune notion de ce qui se passe en Europe au niveau de la musique et des musiques du monde en particulier. C’est dramatique, parce qu’ils ne cherchent même pas à travailler avec des professionnels. Leurs préoccupations sont ailleurs. On dit toujours que le développement de la culture est vital pour Berlin, mais actuellement la ville est KO financièrement et tous les budgets culturels diminuent. Il y a de grandes restructurations au niveau des administrations et les cadres de la culture sont plus préoccupés du sort qu’on leur réserve que de développer de nouveaux projets.•  »

« • Comme je programme de la musique, j’ai une certaine vision de ce qui peut plaire dans l’avenir. Mais le Chancelier Schrà¶der a dit que « celui qui a des visions doit aller voir l’opticien » …•  »

Propos recueillis par François Bensignor

ANGLETERRE

Ian Anderson
Froots Magazine - London
www.frootsmag.com

Volubile et passionné, Ian Anderson est rédacteur en chef du plus ancien magazine de référence en Europe dans le domaine du folk et des musiques traditionnelles. Il a su intelligemment prendre le virage des musiques du monde en transformant le titre du mensuel de Folk Roots et FRoots.

« L’Angleterre, dernier espace exotique inexploré des musiques du monde » « • Durant des années, l’Angleterre a été la partie ignorée de la Grande-Bretagne. On a même imaginé une couverture de FRoots Magazine présentant plusieurs photos d’artistes anglais avec ce titre• : « L’Angleterre, dernier espace exotique inexploré des musiques du monde » . En Angleterre, la musique irlandaise est très à la mode, la musique écossaise aussi et plus ou moins la musique galloise. Mais le peu que les gens connaissent de la musique anglaise les gène, parce qu’ils ne connaissent pas les bonnes choses. Depuis quatre ou cinq ans, la politique de décentralisation -• qui a notamment permis à l’Écosse d’établir son propre Parlement• - a joué un rôle dans la renaissance des traditions anglaises.•  »

L’Angleterre multiculturelle

« • En Grande-Bretagne, l’Angleterre est le territoire où vit la plus importante population de deuxièmes et troisièmes générations issues de l’immigration. Tous sont anglais, du fait qu’ils sont nés et ont grandi en Angleterre, ce qui a vraiment apporté un merveilleux changement dans la culture anglaise. Ce qui est intéressant, c’est que ceux qui sont issus de communautés restées attachées aux traditions culturelles extrêmement fortes de leurs pays demandent à ceux qui sont arrivés depuis beaucoup plus longtemps ce qui les empêche de se sentir fiers de leurs propres traditions. Ils nous aident ainsi à retrouver nos racines. On constate donc une force nouvelle. Mais elle ne se traduit pas seulement par la reproduction de vieux airs d’il y a cent ans, même si les gens s’y intéressent à nouveau. Elle s’accompagne aussi de questionnements sur le devenir de l’Angleterre dans le contexte multiculturel de la société d’aujourd’hui.•  »

Nouvelle génération

« • Pendant longtemps, la scène folk anglaise a reproduit les mêmes schémas. Depuis le folk revival des années 60, les artistes se suivent et se ressemblent. Ce ne sont pas les mêmes têtes, mais ils sont de la même génération, aujourd’hui dans leur cinquantaine. Ils ont été les activistes du mouvement, se sont tenus au courant et sont restés les acteurs de cette scène. Mais depuis une dizaine d’années, on a vu apparaître un grand nombre de nouveaux talents, pour la plupart introduits par les enfants de la génération folk années 60, comme Eliza Carthy et Kate Rusby, par exemple, qui sont aujourd’hui des artistes de très haut niveau. Les musiciens de cette nouvelle génération ont grandi avec la pop music et fréquenté les festivals Womad, si bien que tout en faisant un travail très fort sur les musiques traditionnelles anglaises, ils ont aussi ces références dans la tête et ont envie de mélanges. C’est maintenant que les portes s’ouvrent et il se passe vraiment quelque chose.•  »

Clubs

« • Ce qui ne change pas, c’est le circuit des clubs folk, avec son public et ses organisateurs. Mais la nouvelle vague des musiques traditionnelles anglaises le contourne, notamment en jouant dans le circuit des « art centres » , qui s’est bien développé depuis une vingtaine d’années et où l’on programme tous styles de musique• : jazz, rock, blues, world music…•  »

Radio

« • Le seul créneau sur lequel le folk anglais n’a pas retrouvé sa place, c’est à la radio. À l’inverse, les musiques du monde ont conquis un territoire extraordinaire à la BBC, sur Radio 3, avec « World Roots » , Lucy Duran, Andy Kershaw, Charlie Gillet, les World Music Awards… Nous essayons de pousser les nouvelles musiques traditionnelles anglaises pour qu’elles y trouvent aussi leur espace radiophonique. Je répète depuis des années que si vous prenez un musicien traditionnel de la campagne anglaise et un autre d’un village du Sénégal ou de Touva, vous avez affaire au même « animal » , même si leurs musiques sont différentes.•  »

Projet

« • Nous avons le projet, Simon Emerson d’Afro Celt Sound System, Martin Carthy légende du folk anglais et moi-même, de faire un disque de « nouvelle musique anglaise » . Il sera consacré à des musiciens qui ont grandi et dont les musiques ont évolué en Angleterre. Nous leur proposerons un répertoire de chansons traditionnelles a cappella de la Copper Family ou de la Waterson Family, qu’ils auront tout loisir de traiter à leur manière• : trip-hop, jungle, reggae anglais, afro-caribéen, asiatique… Ce projet pourrait nous prendre un an ou deux.•  »

World Music dans tous les sens

« • La scène world est très intéressante. Je suis déjà un ancien. J’avais 15 ans en 1962 et j’ai fait partie du courant blues revival. Il y a eu le « Blues boom » , c’est monté haut puis redescendu, et ainsi de suite à plusieurs reprises, en installant progressivement le blues parmi les principaux styles de musiques. Au début, il n’y avait que deux magasins en Angleterre où l’on pouvait trouver des disques de blues, à la fin ils étaient en vente partout. C’est un peu ce qui s’est passé avec les musiques du monde.•  » « • Au début des années 80, il y avait peut-être une soixantaine de fondus qui se connaissaient et savaient où trouver les disques africains ou latinos… Puis il y a eu Womad et World Circuit, puis en 1987 la fameuse rencontre d’une quinzaine de producteurs de disques et promoteurs de musiques du monde, dont vous pouvez lire le récit sur notre site Internet. Nous voulions un nom à mettre sur des boîtes où les magasins de disques pourraient mettre nos disques en vente. Et c’est ainsi que c’est imposé le terme « World Music » . C’est celui qui pouvait rassembler le plus et exclure le moins. Personne n’a jamais pensé à désigner une certaine musique comme de la « world music » • ! C’était un nom à mettre sur une boîte, où on trouverait des musiques du monde entier. Les sens qu’on a prêtés à ce terme ont dépassé nos rêves les plus insensés. Le mouvement de la World music en Grande-Bretagne est donc monté et descendu à plusieurs reprises, à la manière de ce qui s’était passé pour le blues. Et aujourd’hui, ces musiques ont intégré le grand courant de la musique en général.•  »

Propos recueillis par François Bensignor

BELGIQUE

Didier Mélon
RTBF - Bruxelles
www.rtbf.be

Producteur et animateur de l’émission « Le Monde Est Un Village » sur la Première de la Radio télévision belge francophone (RTBF) depuis 1998, Didier Mélon incite à la découverte des différentes cultures et musiques du monde dans un esprit curieux et tolérant. Son émission nomade entraîne les auditeurs aux quatre coins de la planète du lundi au vendredi de 19h à 20h. Régulièrement des artistes ont l’occasion d’enregistrer dans le studio. Ainsi est née une série de CD compilations réalisée par Le Monde est un Village et distribuée par Virgin.

Musiques et musiciens traditionnels

« • De par sa situation géographique, la Belgique est soumise aux influences des pays anglo-saxons, des pays scandinaves et de la France. Les musiques traditionnelles existent dans les trois parties de la Belgique• : la Flandre, la Wallonie et Bruxelles.•  »

« • Pour de nombreuses raisons, la musique traditionnelle en Belgique a surtout été flamande. La Wallonie avait une belle vitrine dans les années 70, où il se passait beaucoup de choses. Cette vitrine a disparu, notamment depuis la suppression d’émissions de radio, ce qui a entraîné une baisse du répertoire. Certains musiciens convaincus ont continué dans le domaine des musiques traditionnelles, mais cela reste assez anecdotique. Depuis quatre ans que je fais mon émission, je m’aperçois que le simple fait de diffuser une pièce du patrimoine traditionnel encourage des musiciens à faire revivre ces répertoires.•  »

« • On relève deux principaux profils pour les musiciens de musiques traditionnelles en Belgique. La jeune génération de ceux dont les parents musiciens ont construit cette mouvance, c’est le cas des musiciens du groupe Laïs, par exemple, et plus généralement de la jeune scène flamande. Du côté francophone, se sont plutôt des individus qui ont forgé leur propre personnalité artistique à défaut de fortes traditions familiales.•  »

Répertoires

« • La Belgique est un petit pays. Les airs y ont beaucoup circulé et la même mélodie peut être interprétée en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles sous des noms différents. Certains musiciens font un travail intéressant de collectage, comme Luc Pilaerts de Trio Trad, qui a retrouvé des carnets de ménétriers. Côté flamand et bruxellois, le groupe Orion a fait un intéressant travail de collectage dans la région frontalière entre Flandre et Wallonie. Dans mes émissions, je tiens à soutenir ce travail sur le patrimoine rural qui me semble essentiel dans notre pays. La Belgique ne dispose pas de structure dédiée aux musiques traditionnelles. Le travail autour de ces musiques est principalement réalisé par quelques individus ou groupes de passionnés. Le groupe Trivelin, par exemple, propose des informations intéressantes sur son site Internet, www.trivelin.be.•  »

Musiques des communautés immigrées

« • Les communautés les plus importantes en Belgique sont espagnole, italienne, marocaine et turque. Elles s’ouvrent avec les jeunes générations. Pourtant les mélanges musicaux n’y sont pas très fréquents. La manifestation multiculturelle « Bruxelles en couleurs » , qui a lieu l’été, propose des événements organisés par les diverses communautés dans les quartiers de la ville. Mais on constate qu’ils se succèdent sans se rencontrer. J’aime beaucoup la notion du « multiculturel » , mais je remarque qu’il est plus facile de présenter des programmes « poly-culturels » . Néanmoins, quand les rencontres se passent, elles se passent bien.•  »

« • La communauté africaine congolaise est surtout localisée dans un quartier d’Ixelles, baptisé « Matonge » (en référence au quartier chaud de Kinshasa). Mais l’ambiance y a beaucoup changé ces dernières années. Les musiciens congolais sont actifs, mais cette communauté, comme d’autres, ne parle qu’à sa communauté, malheureusement… Je trouve que la Belgique, vu les liens historiques qui l’ont uni au Congo, devrait plus exploiter cette veine et développer les relations culturelles avec ces musiciens.•  »

Marché du disque et du spectacle

« • Entre l’Allemagne, la France, les pays anglo-saxons et scandinaves, qui sont tous d’importants pôles de production et de diffusion des musiques traditionnelles et du monde, la Belgique a bien peu de moyen pour développer une dynamique dans ce domaine. Beaucoup des musiciens que je rencontre me disent la difficulté qu’ils ont à développer leur art. Les raisons sont que nous sommes dans un petit pays, qui ne croit pas toujours en ce qu’il fait et en ce qu’il est et qui se projette très peu dans le futur.•  »

« • Certaines compagnies de disques tentent de développer des carrières d’artistes locaux, mais sont tributaires de l’actuelle « crise du disque » . Le label Zoku chez EMI est un bon exemple mais demeure dans la sphère flamande. Les initiatives les plus intéressantes sont entreprises par de petites sociétés indépendantes.•  »

« • On compte un certain nombre de grands festivals en Belgique. Couleur café (www.couleurcafe.org) qui a lieu l’été à Bruxelles, est sans doute le plus commercial. Le Sfinx (www.sfinks.be), également en été, est assez pointu dans sa démarche. Dranouter (www.folkdranouter.be), autrefois la référence en matière de musiques traditionnelles, s’ouvre un peu trop à la musique pop à mon goût. Beaucoup d’initiatives sympathiques ont lieu à Bruxelles, où le jazz croise les musiques traditionnelles et du monde. Le festival d’art de Huy (www.huyartfestival.be), qui a lieu en août, fait un très beau travail depuis bientôt vingt ans sur les cultures du monde. Notre radio entretient un partenariat soutenu avec ce festival.•  »

Propos recueillis par François Bensignor

DANEMARK

Arhus Ramon Avendano
Verdens Kultur Festival
www.ramonuno.dk

D’origine espagnole et française, Ramon Avendaà±o vit au Danemark depuis 23 ans. Musicien et compositeur, il a fondé en 1985 le groupe Uno Mundo, qui rassemble des musiciens de nationalités différentes. Il dirige également le big band de jazz Go Global. Responsable et directeur artistique du Verdens Kultur Festival (festival des cultures du monde) d’Aarhus, la deuxième ville du pays, il est partie prenante de la Danish World Music Association.

Système de subventions

« • La Danish World Music Association apporte un soutien financier aux groupes de musiques du monde. Seuls les musiciens qui résident au Danemark peuvent bénéficier de ces aides. Moi-même, je ne suis pas Danois, mais je vis au Danemark depuis longtemps et je connais le système. Si j’ai pu bénéficier de ces aides pour les différents projets que j’ai montés ces dernières années, c’est parce que j’ai appris à monter des dossiers de demande de subventions. Et au bout du compte, je me suis aperçu que pour l’obtenir, la qualité de la musique importe moins que la façon de faire le dossier. Un musicien africain fraîchement arrivé a beaucoup de mal à s’en sortir dans ce système. Si bien que les aides vont avant tout à ceux qui sont déjà bien intégrés dans la société danoise.•  »

L’extrême droite coupe les subventions

« • La situation du Danemark est très spéciale. C’est un petit pays et les Danois, bien qu’ils aiment à se présenter comme des gens très ouverts, ont pas mal de barrières mentales qui font que les musiques du monde n’ont pas la vie facile. Le problème s’est accentué depuis les élections de 2001, avec l’entrée de l’extrême droite dans le gouvernement. On a assisté à une réduction drastique des budgets publics en direction de la culture et des populations immigrées.•  »

« • L’actuel gouvernement a supprimé 15% des subventions attribuées à la musique en général. Nous avons eu la chance de pouvoir préserver le budget de la Danish World Music Association, qui est d’environ 185• 000• Euros. Mais notre festival, qui a toujours eu pour objectif de favoriser l’intégration des populations immigrées, a dû être annulé. Il bénéficiait de financements publics de l’État, de la commune et de la région. Mais au printemps 2002, certains journaux ont prétendu que c’était le festival qui avait reçu le plus d’aide du fonds de développement du ministère danois de la Culture, ce qui correspondait à environ 75000• Euros… L’actuel gouvernement en a profité pour supprimer cette subvention, alors que le précédent avait favorisé les projets mélangeant les cultures du monde avec la culture danoise. Face à ce contexte politique, notre milieu fait jouer ses solidarités. Mais il faut se battre et ce n’est pas gagné.•  »

Maria Carelse
The Danish World Music Association - Copenhague
www.worldmusic.dk

Présidente de la Danish World Music Association, qui gère l’argent public reversé par l’État danois en faveur des artistes du secteur des musiques du monde, Maria Carelse se débat avec ses nouveaux interlocuteurs du gouvernement alliés à l’extrême droite.

« • La Danish World Music Association a été créée en 1992. À l’époque, existaient déjà des associations en faveur du jazz, du rock et des musiques traditionnelles danoises. Mais comme les musiciens danois qui jouaient des musiques du monde (salsa, afro, orientale…) n’entraient dans aucune de ces catégories, ils ne pouvaient bénéficier d’aucune subvention publique. C’est pourquoi nous avons fondé notre association, qui a été reconnue par l’État et a pu avoir accès à certaines subventions. Nous avons commencé avec un poste de secrétariat à mi-temps, qui s’est transformé en plein temps. Aujourd’hui l’association rassemble 400 membres, des personnes qui s’intéressent à ses activités et beaucoup de musiciens. Pour être aidé, les musiciens doivent être adhérents.•  »

Accompagner, former, informer

« • Nous aidons financièrement la production de spectacles, les tournées, les activités du type ateliers (workshops). Nous organisons le festival World Music DK avec l’aide d’un autre organisme danois qui fait venir des artistes de renommée internationale, en première partie desquels nous programmons des artistes résidant au Danemark. Nous offrons des formations aux musiciens étrangers qui viennent au Danemark. Nous proposons des master classes. Nous aidons les artistes à financer leurs affiches, leurs sites Internet… Toutes ces activités sont reliées les une aux autres. Nous ne réalisons pas de CD, parce que c’est un investissement trop lourd par rapports à nos moyens tant humains que financiers.•  »

Aider au financement

« • Nous apportons un soutien financier à nos adhérents qui partent en tournée à l’étranger. Nous aidons les ensembles formés de nombreux musiciens lorsqu’ils tournent dans les clubs au Danemark. Il existe un tarif syndical imposé pour les cachets des musiciens. Les clubs perçoivent des subventions de l’État qui les aide à payer ce tarif, mais ce n’est pas suffisant pour rentabiliser le concert. Alors le groupe négocie avec le club pour qu’il prenne en charge un minimum de six cachets au tarif syndical et notre association apporte le complément.•  »

Toucher un plus large public

« • Le festival World Music DK, que nous organisons, n’a pas pu se faire en 2002, parce que le nouveau gouvernement conservateur a coupé ses subventions. Mais nous l’organiserons en avril et mai 2003. Il se déroulera dans trois villes selon un nouveau concept englobant non seulement des concerts, mais aussi des ateliers avec les musiciens programmés et tout un environnement culturel comprenant la mode, le cinéma, la cuisine… Nous pensons ainsi toucher un public plus large que celui qui fréquente les clubs.•  »

Propos recueillis par François Bensignor

ESPAGNE

Florenci Mas
PTWMUSIC - Barcelone

Agent, tourneur, producteur de spectacles depuis le début des années 1990, Florenci Mas et son associé se sont occupés des tournées espagnoles de nombreux artistes, comme Ayoub Ogada, Baaba Maal, Dervish, Farafina, LKJ, Maholtela Queens, Rajery, Taraf de Haïdouks, Titina, Yair Dalal… Depuis huit ans, ils assurent également le management de Nass Marrakech, produit sur le label français World Village, et récemment de l’artiste palestinien Adel Salameh, qui réside en France.

Le domaine du spectacle

« • Quand nous avons commencé à faire tourner les musiques traditionnelles et du monde en 1990, on travaillait surtout sur les grandes villes• : Barcelone, Madrid, Séville et quelques autres. À présent, il y a des festivals un peu partout. On voit des festivals organisés dans des villages de 3000 habitants. Je crois que c’est un phénomène commun dans toute l’Europe.•  »

« • Nous avons choisi un créneau sur lequel nous n’avions quasiment pas de concurrence. En Espagne, beaucoup d’agences s’intéressent à la salsa. Pas nous. La musique catalane a déjà ses propres circuits, qui ne sont pas les nôtres, même si nous connaissons tout le monde dans ce milieu. En ce qui concerne les artistes étrangers, nous nous contentons d’artistes dont la notoriété n’a pas encore atteint les sommets. C’est à dire qu’on laisse les grosses productions d’artistes qui ont un pied dans la pop, comme Salif Keïta ou Youssou N’Dour, à d’autres agences. Et on essaye de choisir des artistes moins connus mais de grande qualité artistique.•  »

Les médias

« • Il existe deux magazines spécialisés. World Music, en couleur sur une centaine de pages, présente une approche un peu trop commerciale à mon goût. Batonga est un mensuel gratuit qui fonctionne plus comme une agence de presse spécialisée, informant sur l’actualité. Pendant trois ans, Voice a eu une approche très intéressante et approfondie, mais peut-être trop sérieuse. Il a dû s’arrêter.•  »

Les synergies et soutiens professionnels « • L’Espagne se situe à un niveau moyen en matière de redistribution de l’argent public dans le domaine de la culture. C’est à dire en dessous de la France, qui se place parmi les premiers redistributeurs, mais au-dessus de l’Angleterre.•  »

« • Je ne sais pas si l’on peut dire qu’il y a un véritable réseau de professionnels des musiques du monde en Espagne. Bien sûr, certains organisateurs de festivals se connaissent et s’accordent parfois pour travailler ensemble à la mise en place d’une tournée. À l’inverse, certains festivals gardent jalousement l’exclusivité sur certains des artistes qu’ils programment, ce qui peut poser des problèmes à la fois aux artistes et aux agents qui les représentent. Au résultat, les seules qui gagnent de l’argent sont les compagnies d’aviation qui assurent les voyages d’un même groupe plusieurs fois dans l’année.•  »

Les partenaires en Europe

« • Depuis cinq ans, une très bonne collaboration s’est instaurée avec certains partenaires en Europe. Chacun a ses propres intérêts et on essaye de se rendre service mutuellement, par exemple quand l’un deux fait venir un artiste du bout du monde et cherche des concerts sur un territoire que nous connaissons bien. Mais ce n’est pas vraiment un réseau organisé. On se parle entre amis. Et même si l’on a parfois envie de monter un tel réseau, comme nous gérons de petites compagnies, nous n’avons jamais le temps de réfléchir sérieusement à sa mise en place. Le travail de chaque jour nous occupe pleinement.•  »

« • Nous travaillons surtout avec l’Italie et le Portugal. Nous avons quelques contacts en France, mais comme elle se classe en tête de la production de spectacles de musiques traditionnelles et du monde, c’est un marché difficile à pénétrer. On n’arrive pas non plus à établir des échanges réguliers avec des agents français. On travaille un peu avec l’Allemagne, avec quelques festivals en Angleterre, mais nous avons très peu de contact en Europe du Nord.•  »

Propos recueillis par François Bensignor

FINLANDE

Minna Huuskonen
Finnish Music Information Centre - Helsinki
www.fimic.fi

Grande, blonde, dynamique, efficace, Minna Huuskonen assure avec brio son rôle de directrice de la communication du Centre d’information de la musique finlandaise.

Le grand retour des traditions

« • La scène des musiques traditionnelles finlandaises est actuellement très dynamique et très variée. Alors que ces musiques étaient sur le point de disparaître dans les années 70, elles vivent actuellement des jours très prometteurs. Une bonne dizaine d’artistes et groupes ont une notoriété internationale (dont Hedningarna, Và¤rttinà¤, Kimmo Pohjonen, Gjallarhorn, Maria Kalaniemi…) et deux grandes agences sont spécialisées dans ce type de musique. Beaucoup de nouveaux groupes restent ancrés dans la tradition finnoise, tout en y assimilant d’autres sonorités, comme l’« ambient » . La Finlande propose ainsi une très large palette de styles, depuis l’accordéon et le violon populaires jusqu’à la fusion avec le rock et le jazz.•  »

Enseignement

« • Ce jeune mouvement bénéficie de l’excellent système d’enseignement musical dont dispose la Finlande. L’Académie Sibelius d’Helsinki (www.siba.fi) possède un département de musiques traditionnelles, dans lequel est dispensé un enseignement de très haut niveau. On peut y acquérir une formation, le statut de musicien professionnel et celui de professeur en musiques traditionnelles. Ce type d’enseignement est répandu dans de nombreuses écoles de musique à travers le pays. Les jeunes générations prennent à présent la mesure des possibilités qui leur sont offertes en matière de musiques traditionnelles finnoises. La cithare « kantele » (emblématique de la tradition finnoise) a bénéficié d’une intense promotion auprès des jeunes et elle est devenue le premier instrument des élèves des écoles primaires.•  »

Musiques du monde

« • À Helsinki c’est le Global Music Centre (www.globalmusic.fi) qui accueille les musiques et les musiciens traditionnels étrangers. Il organise des concerts, des tournées et dispose de sources de financement qui lui sont propres. Une scène intéressante se développe en Finlande autour des musiques du monde avec l’augmentation des populations immigrées. Les activités du Global Music Centre rencontrent également les nôtres et nous commençons à promouvoir des ensembles devenus finlandais, notre mission étant de promouvoir toutes les musiques faites par des Finlandais.•  »

Réseau

« • Il n’y a pas à proprement parler de réseau des musiques traditionnelles en Finlande. Il existe environ six grandes structures qui agissent chacune dans leur domaine, mais qui coopèrent les unes avec les autres, notamment pour représenter la Finlande dans des manifestations internationales comme le Womex. Le Finnish Music Information Centre (Centre d’information de la musique finnoise), qui a pour mission de promouvoir la production musicale finnoise en général, dépend directement de la société finnoise des auteurs. Il vit principalement grâce aux droits collectés par les musiciens et dispose d’un faible soutien de l’État. La Finnish Folk Music Association (www.suomenkansanmusiikkiliitto.fi) est pour sa part largement soutenue par l’État. Il existe également plusieurs labels indépendants, dont les implications peuvent être assez multiples. Ils jouent à la fois le rôle d’agence de spectacles, de promoteur, de distributeur… Il existe également des programmes spécifiques financés par l’État, comme ce grand projet entièrement dédié aux musiques et aux musiciens de cithare kantele. Des musiciens traditionnels font partie du syndicat des musiciens, mais en faible proportion, ce qui réduit leur influence.•  »

Spectacle vivant

« • L’été est évidemment la grande époque pour la musique en Finlande. Les scènes de plein air constituent la principale vitrine pour les musiques traditionnelles, qui sont aussi programmées dans de nombreux festivals. Kaustinen Folk Music Festival (www.kaustinen.fi), le plus important d’entre eux, a une renommée internationale. Pendant l’hiver, la Finlande dispose d’un circuit de clubs et de salles de spectacles encore assez restreint. Mais diverses initiatives comme celle de l’Académie Sibelius (www.siba.fi) tendent depuis quelques années à offrir aux musiciens traditionnels la possibilité de se produire sur scène régulièrement.•  »

L’international

« • Deux fondations aident les artistes finlandais dans leurs projets de marketing et de tournées à l’étranger. L’une se consacre exclusivement à promouvoir la musique finnoise, l’autre à promouvoir les interprètes de talent vivant en Finlande. Le soutien de ces fondations peut être important pour les artistes et l’une de nos missions est d’informer les nouveaux talents de ces possibilités dont ils ignorent souvent l’existence.•  » « • C’est dans les pays où des agences proposent des artistes finnois à leur catalogue que notre musique est la mieux représentée• : en Allemagne et dans les pays germanophones, mais aussi en Espagne et au Royaume Unis, pour ce qui est de l’Europe. Au Japon et en Amérique du Nord, nos artistes commencent à s’imposer après des années d’efforts.•  »

Propos recueillis par François Bensignor

NORVEGE

Hilde Bjorkum
Forde Internasjonale Folkemusikkfestival - Forde
www.fordefestival.no

Le Festival Folk International de Fà¸rde, dont Hilde Bjorkum est la directrice, est certainement le festival norvégien le plus célèbre internationalement pour sa programmation pointue de musiques traditionnelles et du monde. Il se déroule sur quatre jours au début du mois de juillet et fait partie de l’European forum of worldwide music festivals.

« • En Norvège, où co-existent différents dialectes et de nombreux instruments, les traditions musicales sont encore très fortes et très diverses. Elles se sont transmises jusqu’à la jeune génération et sont encore très vivantes. Ces musiques sont en train d’acquérir un véritable statut dans le domaine culturel. Il y a encore beaucoup à faire, mais les choses avancent. Des chercheurs s’y intéressent, ce qui va faciliter l’accès à des soutiens financiers publics.•  »

Transmission, Enseignement

« • Dans le passé, la transmission des musiques traditionnelles se faisait dans les familles et à travers l’enseignement individuel auprès de maîtres. Deux éléments sont venus renforcer cette transmission. D’abord, depuis vingt ans, le réseau des associations de musiques et danses traditionnelles, qui s’est fortement structuré, a mis en place un important travail pédagogique. Mais de manière informelle, en apprenant aux enfants à chanter, à danser et à jouer des instruments traditionnels. Ensuite, depuis une dizaine d’années, l’enseignement des musiques traditionnelles s’est formalisé dans certaines écoles de musique, collèges, conservatoires et universités. C’est ce qui a stimulé l’intérêt des musiciens pour une professionnalisation.•  »

« • Dans la région des fjords dont je suis originaire, au Nord de Bergen, par exemple, s’est établie une importante organisation autour d’un des joueurs de hardingfele (violon populaire norvégien muni de cordes sympathiques) les plus réputés du pays. Il a initié la fondation d’un grand orchestre à cordes qui est devenu une véritable école du violon norvégien. Les musiciens les plus âgés enseignent aux plus jeunes, mais prennent aussi des cours auprès du maître. Cette école, informelle au départ, a été reconnue officiellement et aujourd’hui, ceux qui y enseignent sont payés au même titre que des professeurs de musique.•  »

Spectacle vivant• : circuits, salles, festivals

« • Le parc de lieux de diffusion n’est pas encore très développé en Norvège. Mais un effort est actuellement fourni dans ce domaine. Des tremplins et des concours sont consacrés aux musiques norvégiennes. L’activité est intense durant les mois d’été, mais tout au long de l’année, elle se concentre dans le circuit du « Music concert institut » , qui diffuse tout l’éventail des musiques, ce qui laisse peu de place à celles qui nous intéressent.•  »

Réseau européen

« • Seuls trois ou quatre festivals programment des artistes internationaux. Celui dont je m’occupe en fait partie. Pour nous, il est essentiel de faire partie de réseaux internationaux comme l’European forum of worldwide music festivals (EFWMF, www.efwmf.org). Et nous nous devons de participer aux rendez-vous de professionnels internationaux comme le Womex, afin de prendre contact avec les agents, les tourneurs. Mais surtout pour rencontrer des collègues. Les personnes compétentes dans notre domaine ne sont pas très nombreuses en Norvège et nous apprécions beaucoup de pouvoir échanger avec les responsables d’autres festivals européens.•  »

Disque

« • Plusieurs labels norvégiens produisent des disques de musiques traditionnelles et de musiques du monde, mais ce n’est pas une activité très lucrative. Il doivent généralement trouver des soutiens financiers institutionnels pour boucler leurs productions. Annbjà¸rg Lien et Mari Boine sont les ambassadrices des nouvelles musiques traditionnelles norvégiennes, mais beaucoup d’autres artistes mériteraient aussi une reconnaissance internationale. Il nous reste beaucoup à faire pour promouvoir ces artistes à l’étranger. Un bureau export des musiques norvégiennes a été créé, il y a environ cinq ans. Pour le moment, il s’est occupé essentiellement du secteur pop, rock et hip-hop… L’agence norvégienne des musiques traditionnelles a, pour sa part, créé son site Internet (www.folkogdans.no) sur lequel on peut trouver un important catalogue d’artistes.•  »

Jorunn Pedersen
Samspill - International Music Network - Oslo
www.samspillweb.no

Samspill, qui signifie « jouer ensemble » en norvégien, est une association qui regroupe des musiciens d’origines culturelles diverses vivant en Norvège. Jorunn Pedersen, sa directrice, a obtenu le soutien de l’État.

« • Gérée par les artistes, elle a pour but de promouvoir leurs spectacles et leurs productions en Norvège et à l’étranger. Reconnue par l’État après des années d’activité, l’association bénéficie depuis trois ans du soutien financier du Conseil culturel norvégien. Les musiciens qu’elle rassemble sont pour certains arrivés en Norvège avec un statut de réfugié. C’est le cas des Pakistanais ou des Kurdes, par exemple. Mais parmi la dizaine de cultures représentées, on trouve également des Saame (Lapons) anciens nomades du cercle arctique.•  »

« • L’association a un rôle de conseil auprès de ses membres tant en matière de formation que d’accompagnement juridique. Elle organise des ateliers de rencontres transculturels et tente de promouvoir ces pratiques au sein de la société norvégienne. Samspill a établi un partenariat avec deux salles de spectacles à Oslo et avec un tourneur, qui programment les concerts produits par ses artistes membres. Les relations entre artistes traditionnels norvégiens et étrangers se développent de plus en plus, avec des résultats très intéressants. Ni les uns, ni les autres n’ont jamais été très bien acceptés dans les milieux de la musique commerciale. Et ce nouveau type d’interrelations crée un effet de synergie très bénéfique.•  »

« • L’association souhaite développer des liens avec d’autres associations et artistes qui vivent dans d’autres pays d’Europe en vue d’établir un réseau d’échanges de spectacles et de tournées.•  »

Propos recueillis par François Bensignor

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