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Article mis à jour le jeudi 16 septembre 2010
Article créé le mardi 1er septembre 2009

 
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Interviews

Techno Parade et ReVE en trois questions

Actuels et anciens de Technopol (Sophie Bernard, Rémi Bonin, Christophe Vix-Gras, Henri Maurel, Arnaud Frisch) et deux journalistes observateurs du mouvement (Alexis Bernier, Patrick Thévenin) dissèquent la Techno Parade et les Rendez-Vous Électroniques (ReVE) d’hier et d’aujourd’hui.


Sophie Bernard

Directrice de Technopol

Rémi Bonin

Chef de projet à Technopol

En 1998, quelles étaient les raisons qui ont poussé à la création de la Techno Parade et des Rendez-Vous Électroniques ?
L’association Technopol s’est créée en 1996 suite à l’annulation d’une soirée qui devait se dérouler à la Halle Tony Garnier à Lyon. Les acteurs de la scène ont ressenti la nécessité de se fédérer pour faire évoluer l’image du mouvement techno et dialoguer avec les pouvoirs publics. En 1998, Technopol a décidé d’organiser la Techno Parade afin de revendiquer cette liberté d’expression musicale pour la scène électro. Le mouvement techno subissait à l’époque une grande répression policière. Les pouvoirs publics s’appuyaient sur la circulaire de 95 "les rave parties, une situation à hauts risques" dont l’objet était l’interdiction de tout rassemblements diffusant de la musique électronique. Manifestation festive et revendicative, l’objectif de la Parade était de dédiaboliser ce mouvement musical, de montrer sa diversité en présentant les différents styles et les différents acteurs et de faire pression auprès des politiques pour faire évoluer la réglementation.
Les Rendez-Vous Électroniques ont été organisés parallèlement à la Techno Parade afin de promouvoir les différents acteurs de l’électro : organisateurs, labels, créateurs… La manifestation a beaucoup évolué année après année. Aujourd’hui, les Rendez-Vous Électroniques proposent une semaine de rencontres, work-shop, conférences et concerts dans des lieux inédits afin de favoriser les rencontres entre artistes, professionnels et public.

Plus de 10 ans plus tard, qu’est-ce que ces événements ont apporté ?
Le succès de la Techno Parade a permis de renforcer l’écoute des pouvoirs publics aux revendications de Technopol qui est définitivement devenu leur interlocuteur privilégié. Grâce à la première Techno Parade, Technopol a obtenu l’élaboration de l’actuelle circulaire sur "les manifestations rave et techno" qui supprime la discrimination musicale et reconnaît les musiques électroniques comme une culture à part entière. La Techno Parade a également permis de faire descendre les musiques électro dans la rue et de montrer la richesse, la diversité et l’énergie du mouvement techno. En ce sens, elle a participé à dédiaboliser la scène électro.
Cette année, Technopol met à l’honneur la mixité incroyable de la Techno Parade. Black, blanc, beur, gays, hétéros, jeunes et moins jeunes, la Techno Parade, et donc l’électro, fait danser tout le monde.
Les Rendez-Vous Électroniques ont amené les musiques électro dans des lieux inédits : Centre Pompidou, la Conciergerie, le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris et ont permis de créer un espace de rencontre entre un public complètement néophyte et des artistes émergents.

Quelle est la situation des musiques électroniques aujourd’hui ? Quels sont les enjeux importants pour son développement ?
La situation des musiques électroniques est contrastée. D’un côté, la scène électro est florissante. Les grands festivals électro, comme Nuits Sonores, font salle comble. Le public est au rendez-vous. Les artistes de certains labels cartonnent en France et à l’étranger. Mais c’est la partie la plus visible de l’iceberg, le côté strass de l’électro.
De l’autre côté, les acteurs, que ce soient les organisateurs de soirées qui rencontrent toujours des difficultés sur le terrain, ou les disquaires qui ferment les uns après les autres restent très fragiles économiquement. L’enjeu principal reste, selon nous, lié aux possibilités de diffusion des artistes. Il est vital que tous les courants musicaux de l’électro (du dub à la drum’n’bass et à la trance…) puissent avoir accès à des espaces de diffusion, du terrain de plein air à la salle des fêtes municipale. Sans diffusion, les artistes, les labels, les disquaires, les organisateurs de soirées s’essouffleront et il ne restera que la partie la plus commerciale de l’électro. Il faut défendre cette liberté de rencontres entre des artistes émergents et le public. Le dancefloor est l’organe vital des musiques électro.


Christophe Vix-Gras

Directeur du développement de PaW Agency, associé de Rosa Bonheur, trésorier de l’association Drupal France & Francophonie et administrateur de Technopol

En 1998, quelles étaient les raisons qui ont poussé à la création de la Techno Parade et des Rendez-Vous Électroniques ?
La Techno Parade était alors le moyen de promouvoir les musiques techno & house (le terme électronique s’est imposé peu après) auprès du grand public. La Techno Parade permettait aussi de donner une visibilité aux multiples labels et organisateurs de soirée qui se partageaient un marché alors florissant, la French Touch déversait sa house filtrée par tonneaux. Il y avait aussi quelques utopistes joyeux qui voyaient là le moyen de battre le pavé en plein jour. C’était postbaba, très sympathique et plus culturel qu’aujourd’hui.
Le Confort Moderne, lui-même créé par des utopistes punks des années 80, débarquaient à Paname avec une moissonneuse-batteuse transformée en monstre de fer. Jack Lang, qui se faisait alors une nouvelle légitimité auprès des jeunes en soutenant fortement la parade, pouvait se féliciter d’avoir cru à l’énergie de la scène hexagonale, alors qu’il poussait plus, au début, à une forme de licence de marque à l’entreprise Love Parade ©.

Plus de 10 ans plus tard, qu’est ce que ces événements ont apporté ?
Beaucoup de jolis souvenirs, une image d’Épinal pour les médias, beaucoup de temps passé pour certains sans grand retour et une tribune à peu de frais pour les édiles qui se montrent aux caméras : en premier lieu, le ministre de la Culture et le maire de Paris. Je dirais que la Parade a plus profité à Technopol qu’aux acteurs de la scène, qui n’ont pas su ou voulu instrumentaliser Technopol et la Parade à leurs fins. J’en suis malheureusement un des artisans, et c’est le constat déplorable que l’action collective était encore plus utopique que l’utopie techno des années 90…

Quelle est la situation des musiques électroniques aujourd’hui ? Quels sont les enjeux importants pour son développement ?
Les musiques électroniques restent à la lisière de la scène professionnelle des musiques actuelles, c’est leur grande force et leur faiblesse à la fois. Elles mélangent professionnels, associations et amateurs à tous les niveaux, ce qui leur permet d’être profondément ancrées dans le pays. Cependant, peu d’acteurs sont vraiment professionnels, c’est-à -dire tirant l’essentiel de leur revenu de leur pratique en lien avec la musique ou culture électronique. Beaucoup ont disparu avec la crise du disque, qui a touché d’abord les mauvais puis les petits, et ceux qui restent ont beaucoup diversifié leur activité pour survivre. Les musiques électroniques comptent pour "peanuts" dans le spectacle vivant et l’édition phonographique, les chiffres sont là . Seule la part dans les exportations de disques reste notable. L’électro est devenue une musique comme le jazz, un peu comme Laurent Garnier qui s’y pique.

Cependant, il y aurait beaucoup d’enseignement à tirer de l’expérience électronique pour le reste des scènes musicales : la pluridisciplinarité naturelle de certains induisant une créativité sur les statuts et modèles fort loin des conventions, la place énorme de l’export, le choix du net et l’adoption du téléchargement comme média, le retour d’un collectivisme que certains collectifs "free" pratiquent efficacement (Korn’g Heol en Bretagne, Heretik…).

Les enjeux pour les musiques électroniques en 2009 seraient d’initier un modèle économique et un choix de statut conforme à la réalité des pratiques (autoentrepreneur artistique), de soutenir les festivals à l’heure où le clubbing décroît avec la crise, à l’heure de la pression hygiéniste et de la "dictature du voisinage", et de ne pas oublier un pan entier de la création qui ne tombe pas dans la régression familialiste déplorable néobobo que nous subissons toutes et tous.
Les musiques électroniques restent une lueur d’espoir sur l’avenir de l’humanité confrontée à son environnement technologique. Ian Robertson, fondateur des Designers Republic, affirmait lors d’une des expositions Global Tekno que la techno est une vision romantique de la technologie. Alors, mettons un peu d’humain et on se prendra moins la tête !


Alexis Bernier

Journaliste (ex-Libération), Directeur de la publication de Tsugi

En 1998, quelles étaient les raisons qui ont poussé à la création de la Techno Parade et des Rendez-Vous Électroniques ?
La scène techno, parce que c’est le mot qu’on utilisait à l’époque, est totalement ostracisée en France à ce moment-là . Il y a des soirées depuis longtemps, mais c’est une période où il y a énormément d’interdictions. C’était très difficile pour les organisateurs, surtout en province, de trouver des salles, d’avoir des autorisations et de pouvoir faire vivre cette musique. C’est vrai que la Techno Parade a joué un rôle très important cette année-là . Cela a permis de présenter cette musique à un plus grand nombre et d’en faire parler dans les médias. Pour une fois, on présentait la techno sous un regard positif, autrement qu’avec les clichés habituels qui ont couru pendant toutes les années 90, où cette musique et les DJs étaient systématiquement associés à la drogue et à une musique de sauvage sans intérêt. Il est incontestable que la première Techno Parade a été une grande réussite et a joué un rôle extrêmement positif. Tous les acteurs de ce milieu se sont réunis autour de cette idée et ça a été une très belle fête.

Plus de 10 ans plus tard, qu’est-ce que ces événements ont apporté ?
La première édition de la Techno Parade a rempli son but mais je pense que cela aurait dû s’arrêter là . Je n’ai jamais bien compris pourquoi la techno devait avoir une parade tous les ans à Paris. Dans ce cas, pourquoi pas la Rock Parade ou la Rap Parade ? Je ne vois pas quel est le sens à ce qu’il y ait un défilé annuel. La Techno Parade a eu une raison d’être la première année. Il y avait quelque chose à dire. Ce message est passé, voilà … Une fois qu’il est passé, ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus de problèmes. Toutes les choses n’ont pas été réglées d’un coup de baguette magique, d’autant qu’il y a eu l’amalgame avec les free party qui a suivi. La première Techno Parade a marqué une étape importante en permettant de changer le regard sur ces musiques. Elle avait ce rôle, elle l’a remplie. Mais, dès la deuxième édition, son sens profond m’a échappé. Pour les Rendez-Vous Électroniques, c’est un peu différent. L’idée de présenter l’étendue et la diversité des musiques électroniques paraît intéressante… sauf que Technopol n’a jamais eu les moyens financiers pour cela. Je sais qu’ils y travaillent sérieusement et avec motivation, mais ça n’a jamais pris l’ampleur que cela aurait dû avoir.

Quelle est la situation des musiques électroniques aujourd’hui ? Quels sont les enjeux importants pour son développement ?
Ces musiques ont énormément évolué depuis presque 20 ans maintenant. Aujourd’hui, la techno pure et dure, celle qui avait le plus de mal à se produire et à trouver des salles, est vraiment en perte de vitesse. Ce qui a émergé dans les années 2000, et surtout dans la deuxième partie des années 2000, est une musique qui est complètement mélangée, qui pioche dans des univers différents, que ce soit de la pop, du rock ou du hip-hop. C’est aussi pour cette raison que le terme a changé et que l’on parle d’électro plus que de techno.
Aujourd’hui, il y a moins de DJs et plus d’artistes qui font du live, et je crois que ça se passe plutôt mieux. Après, il y a toujours un organisateur de rave hardcore ou de rave trance qui peut avoir ponctuellement des problèmes. C’est triste, surtout s’il est révélé que cet organisateur est totalement responsable, professionnel et présente toutes les garanties nécessaires. Mais globalement, lorsqu’un organisateur rencontre des problèmes quelque part, je ne crois pas que ce soit tant lié à la techno qu’à la peur des autorités face aux jeunes. Pour un organisateur qui fait des soirées rap, c’est pareil, et pour celui qui fait des soirées métal, c’est sans doute pire. Je suis un peu gêné quand le milieu électronique a l’impression d’être encore et toujours une victime. Il y a aussi plein de soirées qui n’ont pas été autorisées parce que les organisateurs n’étaient pas professionnels et ne présentaient pas toutes les garanties possibles pour ce genre d’événements. Il ne faut pas l’oublier non plus.


Patrick Thévenin

Rédacteur en chef du magazine Trax, journaliste house pour le magazine Tétu

En 1998, quelles étaient les raisons qui ont poussé à la création de la Techno Parade et des Rendez-Vous Électroniques ?
Pour être honnête, je n’ai vraiment pas participé à ces deux manifestations qui pour moi sont totalement différentes et dans la forme et dans le contenu. Mais je pense qu’à l’époque, la scène techno au sens large du terme avait besoin d’une certaine forme de reconnaissance. Souvenons nous que le statut de DJ n’était pas reconnu, souvenons-nous que très rares étaient les médias qui parlaient de musiques électroniques, souvenons nous qu’il y avait seulement une poignée de pigistes qui défendaient cette musique quand des journalistes, qui aujourd’hui font leur beurre avec l’électro, se moquaient très bêtement du premier album des Daft Punk…
Pour moi les raisons de la création de ces deux manifestations appartiennent à une certaine idée de militantisme ancrée dans la techno, car la culture club dans sa globalité est à la base foncièrement militante, socialement comme politiquement…

Plus de 10 ans plus tard, qu’est-ce que ces événements ont apporté ?
Une scène club importante, plus de lives électroniques programmés dans les salles de concerts, une reconnaissance internationale avec la fameuse French Touch, quelques subventions glanées auprès de la Culture, des festivals plus spécialisés, mais aussi des stars avatars bling-bling qui captent toute l’attention des médias au détriment de musiciens bien plus importants et qui survivent tant bien que mal, mais avec passion, dans un réseau quasi underground.

Quelle est la situation des musiques électroniques aujourd’hui ? Quels sont les enjeux importants pour son développement ?
Excellente en termes de création, pitoyable en termes de rentabilité, angoissante si on songe au futur. Il y a bien sûr l’enjeu du téléchargement illégal, auquel pour l’instant personne n’a apporté une solution simple et efficace, qui met en péril la subsistance des labels de disques indépendants et par la même toute une chaîne de création du DJ au clubber. Il y a aussi le fait qu’aujourd’hui trop de musique est produite même si on ne pourra jamais empêcher un kid de cracker un logiciel de production et de se lancer dans la musique, il y a une méconnaissance grandissante des racines et de l’histoire de la musique électronique, une dilution de sa portée sociale et politique, une sorte d’amnésie collective sur les raisons de la naissance de la house, et aussi un manque de soutient évident du ministère de la Culture. Imaginez quand même qu’en 2009, Paris n’a encore pas un festival électro digne de ce nom, comme Lyon, Cologne ou Amsterdam et j’en passe… Bref, malgré la puissance de frappe apportée par Internet, les musiques électroniques et leurs acteurs principaux (clubs, festival, médias, radios, blogs…) semblent toujours manquer de cohésion et d’unité. Autant d’un point de vue marketing que d’un point de vue créatif.


Henri Maurel

Co-fondateur de la Techno Parade, Fondateur et président d’honneur de Radio FG, Conseiller au ministère de la Culture

En 1998, quelles étaient les raisons qui ont poussé à la création de la Techno Parade et des Rendez-Vous Électroniques ?
En ma qualité d’administrateur de Technopol, j’ai soutenu ce projet pour 3 raisons.
D’abord créer un rapport de force clair, notamment médiatique, en faveur des cultures électroniques populaires. En 1998, on disait scène techno, et elle était encore l’objet de déni institutionnel, voire de ricanements (cf Pierre Boulez) et en tout cas de harcèlement et d’interdictions en tout genre. Il était temps de prendre la parole au grand jour et d’affirmer la vitalité, la diversité, la créativité et l’exigence de respect dûs à cette génération par une démonstration de force. En prenant symboliquement le pavé parisien, la techno devait sortir de l’underground et s’affirmer au grand jour de la culture de masse contemporaine. C’est d’ailleurs sur cet objectif que j’ai enrôlé Jack Lang et je me suis ainsi retrouvé à le coacher sur le terrain : sorties en clubs et raves, rencontres avec les acteurs, prises de parole. Nous avons eu quelques moments mémorables sinon improbables dans toute cette aventure passionnante !
Ensuite prendre de court la Love Parade de Berlin qui avait des visées d’export sur Paris. Après quelques contacts, il m’est clairement apparu que ni ses valeurs, ni ses méthodes n’étaient compatibles avec les attentes de la jeune scène française qui luttait pour son affirmation, tant dans son propre pays qu’à l’export. Je me suis même fortement opposé à Jack Lang sur ce point, estimant que nous n’avions rien à faire du gloubi-glouba de DJ Motte, gourou de la Love Parade, cache-sexe de visées hégémoniques et stylistiques de la scène allemande. Sur ce point, je n’ai jamais divergé : une scène originale émergente doit éviter les fusions et confusions tant qu’elle n’a pas obtenu sa propre reconnaissance. Il était donc trop tôt et il fallait inventer notre propre évènement techno. Ce serait la Techno Parade et les ReVE, les Rendez-Vous Électroniques de Paris, avec notamment le soutien de Jean-Jacques Aillagon au Centre Pompidou puis au ministère de la Culture.
Enfin pour Radio FG, que je présidais et qui était devenu la voix et la vitrine de la scène techno, un grand évènement public, gratuit et festif ne pouvait qu’être un formidable rendez-vous participatif pour ses auditeurs et fans de plus en plus nombreux. Et une occasion de plus pour valoriser les artistes, les labels, producteurs et organisateurs partenaires, les sponsors… bref toute la filière des musiques électroniques qui gravitait autour d’elle.

Plus de 10 ans plus tard, qu’est-ce que ces événements ont apporté ?
Une des clés du succès de la French Touch. Rétrospectivement, je suis persuadé que toute cette énergie volontariste déployée, notamment par toute notre implication bénévole, a sauvé la scène française qui y a puisé la confiance dans son avenir. Le succès de la French Touch et les parcours des plus grands DJs depuis l’attestent. Il fallait frapper un grand coup. Reste que, depuis 1998, de nouveaux nuages se sont accumulés avec la crise du modèle économique de la musique et la révolution du web.

Quel est la situation des musiques électroniques aujourd’hui ? Quels sont les enjeux importants pour son développement ?
Je ne pense plus qu’il y ait une spécificité propre aux musiques électroniques car c’est la situation de toute la musique qui est désormais en jeu. Avec la mutation des modèles économiques et la révolution sociale du web, le XXIe siècle pose de redoutables défis aux industries culturelles. Il faut que Technopol en prenne toute la mesure et l’intègre dans sa stratégie. Défendre les artistes, les professionnels et les publics demande de revoir les logiciels. Quoi de plus normal pour la génération numérique ! Notamment pour rester fidèle à la mission d’origine de défense et de soutien aux artistes. Dont la plupart avaient à peine 10 ans en 1998…


Arnaud Frisch

Président Fondateur du Social Club et de Savoir Faire, ex-vice président de Technopol et ancien directeur de production d’UWE

En 1998, quelles étaient les raisons qui ont poussé la création de la Techno Parade et des Rendez-Vous Électroniques ?
Depuis leur apparition à la fin des années 80, les événements techno étaient victimes d’une répression forte et coordonnée, sous forme d’arrêtés d’interdiction et de pression pour les événements officiels et d’interventions parfois musclées pour les free parties. À partir de 1996, le ministère de la Culture instaure un dialogue avec les principaux acteurs du mouvement et nous obtenons une première victoire avec l’annulation de l’arrêté anti-rave pris par le maire d’Avignon en 1997. Mais, c’est l’arrivée d’un gouvernement de gauche et l’implication de Jack Lang, conquis par la Love Parade de Berlin, qui créent un contexte favorable pour la mise en place d’un dialogue avec le ministère de l’Intérieur et l’organisation de la Techno Parade. Cet événement devait notamment contribuer à mettre un terme à la diabolisation de la techno dans les médias.

Plus de 10 ans plus tard, qu’est-ce que ces événements ont apporté ?
L’objectif de la Techno Parade est atteint dès sa deuxième édition. En 1999, une circulaire interministérielle met en place une politique de normalisation des événements techno. C’est à ce moment que se pose la question de la légitimité de poursuivre un événement qui abandonne sa vocation revendicative pour une simple dimension festive, et les principaux acteurs et artistes du mouvement électronique, qu’ils viennent de la scène officielle ou des free parties, s’en éloignent.
La question des free parties n’est pas réglée pour autant et le gouvernement Jospin choisit la voie répressive après le tournant sécuritaire qui suit les attentats du 11 septembre 2001. Cette politique sera renforcée avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur en 2002 qui se contente d’encadrer les événements alternatifs les plus médiatiques.

Quelle est la situation des musiques électroniques aujourd’hui ? Quels sont les enjeux importants pour son développement ?
Les musiques électroniques sont rentrées dans les rangs et ont perdu toute dimension contestataire. Malgré une scène française créative et reconnue à l’étranger (Daft Punk, Justice, Yuksek, Étienne de Crecy, Brodinski, Surkin…), le principal enjeu reste sa diffusion. Si les radios ou la télévision ne consacrent pas de place aux musiques électroniques, Internet offre cependant une opportunité sans précédent pour cette musique de niche. En contrepartie, les labels de musique électronique sont davantage touchés par le téléchargement illégal. Quant à la scène club, elle présente désormais une plus grande diversité à Paris (Rex, Social Club, Showcase…), mais la méfiance et les pressions des pouvoirs publics l’empêchent de rivaliser avec celles de Londres, Berlin ou Barcelone.


Propos recueillis par Mathias Milliard
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Comme depuis 1998, la rentrée électro se fera sous les feux de la Techno Parade et de son cortège de chars ambulants (19 sept.). Initiés par Technopol il y a plus de dix ans, cet événement a vu le jour dans un contexte difficile pour ces musiques et a contribué à faire reconnaître cette culture auprès du grand public, des médias et des autorités.
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