Spinnup, une plateforme pour les autoproduits

Publié le mardi 31 janvier 2017

Reportage

Spinnup rapproche les labels d’Universal Music et les artistes autoproduits. Le service de distribution digitale propulse la musique sur les plateformes musicales mondiales et propose un nouveau canal de détection des nouveaux talents. Nous avons rencontré Stéphane Muraire (manager de Spinnup France), Zukkou (artiste) et Pierre Cornet (Directeur d’Initial) pour nous expliquer comment ça marche.

Home studio, matériels vidéo, réseaux sociaux… produire sa musique et la faire découvrir à son public n’a jamais été si facile. Zuukou est membre du collectif 667 fondé par Jorrdee et vient de finir la production de son premier EP « Disneyland ». « Au début, je l’avais juste publié sur mon compte Soundcloud et j’ai découvert que je pouvais le publier sur Spotify, etc ». Zukkou représente cette nouvelle génération d’artistes qui décide Universal Music à innover en 2013 avec le rachat de Spinnup. La startup suédoise développait un service de distribution simplifié qui permettait de suivre sa musique en ligne. Associée aux labels de la major, cette brique de services révolutionne la détection des talents en rapprochant les équipes artistiques et les artistes émergents.


Faciliter la rencontre entre les labels d’Universal Music et les artistes autoproduits


Depuis octobre, la plateforme est disponible en France et en Belgique où elle accueille déjà les projets de plus de 4000 artistes, soit 3% des 115 000 utilisateurs qu’accueille Spinnup au total (Suède, Danemark, Norvège, Allemagne et Angleterre). « C’est une plateforme de rencontre entre les artistes autoproduits et les plus grands labels du marché », résume Stéphane Muraire, en charge du lancement français. Pendant l’installation, ce dernier partage son temps entre Spinnup France et Initial, la nouvelle cellule 360° d’Universal Music pour laquelle il se charge du marketing. Et même si les deux services présentent une certaine cohérence, notamment celle de travailler avec des projets en développement, Spinnup aura bientôt sa propre équipe, à l’instar des autres pays. « Les deux sont indépendants mais ça tombe bien ».


Une distribution digitale « spontanée »


Spinnup est une solution pour tous les musiciens prêts à se jeter à l’eau et faire découvrir leur musique, y compris les mineurs avec l’accord de leurs parents. Aux auditeurs tout d’abord en publiant les titres sur les plateformes musicales mondiales (Deezer, Spotify, iTunes, Apple Music, Google Play, Amazon, Rhapsody/Napster et Tidal). Pour cela, Spinnup propose 3 forfaits annuels correspondant aux formats standards : 9,99 € pour un single (1-2 titres), 19,99 € pour un EP (3-6 titres), 39,99 € pour un album (7-25 titres). « Spinnup veut rendre la distribution digitale la plus facile possible, plus spontanée », assure Stéphane. Il ajoute qu’ « entre la connexion et l’upload d’un titre, ça prend 5 minutes, montre en main. Il y a 4 étapes, tout est bien expliqué : tu sais où en est ta release à chaque étape - parce que ça peut être une source de stress quand tu paies un abonnement annuel pour pouvoir mettre en ligne tes morceaux, savoir où cela en est, si c’est en cours de distribution, pourquoi c’est toujours pas sur la plateforme, combien de temps cela va prendre… ».


Accompagner les artistes vers le succès


Pour s’y retrouver, une FAQ répond aux questions récurrentes sur le fonctionnement de la plateforme, de la distribution digitale, les caractéristiques de fichiers audio, la rémunération, des informations juridiques… « Elle est très dense et on essaie de la rendre la plus claire possible. Un artiste autoproduit, même s’il doit se débrouiller par lui-même, son rôle principal c’est de faire de la bonne musique pas de se prendre la tête à respecter des formats, tout connaitre sur les codes UPC, ISRC, etc. etc. C’est important pour nous de l’accompagner le plus possible pour que ce soit simple », veut rassurer Stéphane. Et cet accompagnement s’incarne aussi avec Martin Malensua au service client. Zukkou l’a contacté dernièrement : « j’ai eu des galères avec quelques sons quand j’ai balancé mon projet et il m’a rappelé. Big up à lui, il m’a vraiment aidé. Après, c’était rapide : ça a pris 6-7 jours pour que ma musique soit publiée sur Spotify, Deezer, etc. ».

Une fois les titres publiés dans le monde, les utilisateurs de Spinnup peuvent consulter leurs statistiques d’écoute, de ventes sur un dashboard où ils peuvent aussi lier leurs comptes de réseaux sociaux (Soundcloud, Youtube, Facebook, Twitter). Un dashboard unique pour suivre sa musique en ligne : « C’est l’objectif. On a mis les metrics les plus basiques pour donner un aperçu rapide ».

Enfin, Spinnup ne prélève pas de commission sur les recettes et reverse 100% des droits d’auteur. Stéphane explique : « Spinnup ne gagne pas d’argent sur l’activité des artistes qui vont se distribuer sur des plateformes digitales. C’est en cela qu’on est plus un agrégateur. L’intérêt pour la plateforme c’est que nos labels signent des artistes qui l’utilisent et qu’ils fassent des succès ».


Le talent scouting pour les labels d’Universal Music


Les artistes à succès… les labels d’Universal se donne les moyens de les découvrir. Lors de la validation des titres déjà, une première détection est effectuée par Spinnup. « Martin rassemble toutes les infos, il écoute toutes les sorties pour éviter les problèmes de propriété intellectuelle. C’est une vérif technique et juridique mais aussi un premier repérage des artistes susceptibles de nous intéresser », raconte Pierre.

Puis, les utilisateurs disposent chaque mois de 3 crédits pour présenter leur musique à des professionnels et leur demander conseil. Managers d’artistes, journalistes ou encore programmateurs de salles de concerts, attachés de presse, bloggers influents, ceux-ci espèrent être les premiers sur des découvertes. Spinnup leur donne un accès à la base d’artistes par zone géographique, et à des classements sans metrics pour favoriser une écoute sur des critères qualitatifs. « C’est aussi un moyen de se faire connaitre pour devenir A&R chez Universal, affirme Stéphane. Des talents scouts Spinnup embauchés en tant que DA, c’est arrivé en Suède et au Danemark ».


Un « super dashboard A&R »


« Quand j’ai commencé il y a 10 ans, tu mettais plus de temps à ouvrir le paquet cellophané avec du papier bulle avec un cutter qu’à écouter le disque », se souvient Pierre, passé chez Sony ATV Publishing et Sony Music avant de fonder Initial. « Depuis Myspace, puis aujourd’hui avec Youtube et Soundcloud, on trouve des artistes qui buzzent avec un accès simple ». Spinnup franchit une nouvelle étape pour les labels d’Universal, d’autant que ses DA ont un accès complet avec les fonctionnalités les plus avancées. « On a un "super dashboard A&R". On peut agréger les données et observer l’activité des artistes sur les réseaux sociaux et pas seulement en fonction des streams et des ventes, même si ces dernières sont les metrics principales. Cela peut nous permettre de comprendre le travail de l’artiste. Après, soit on garde le ballon chez Initial si ça nous intéresse, soit on fait une passe vers un label adapté en fonction du répertoire », résume Pierre. La major compte 40 directeurs artistiques en France répartis dans les différentes unités, labels de la maison (Def Jam, Barclay, Polydor, Capitol, Motown, Island, Blue Note,…) et associés (Initial, Caroline,…). « Un partenariat peut se mettre en place pour distribuer, faire la stratégie et financer un EP, faire de la promo, programmer un artiste à quelques concerts et festivals, le mettre en playlists en sourçant Digster, notre département des playlists. Et dans un autre temps, aller vers une signature dans un label ». En 4 ans, 30 artistes ont été signés par les labels d’Universal, et les DA scrutent les artistes en attendant de parier sur les prochain(e)s élu(e)s. Peut-être Zukkou dans quelques temps : « J’ai envie de me faire repérer mais sans signer tout de suite, je pense sortir encore deux autres EP avant. Pour l’instant, je veux élargir ma communauté ».