Soonvibes, bouquet digital pour découvertes musicales

Publié le mercredi 4 juillet 2018

Starting Blocks

#Découverte #Artistes #Participatif

Ça y est, Soonvibes s’élargit à toutes les musiques avec ses « channels ». Après un développement remarqué dans les musiques électroniques, la plateforme de découverte de nouveaux talents (+ de 70 000 artistes) a convaincu des professionnels (labels, festivals, audiovisuel) et des marques. Avec ce nouveau pivot, Soonvibes se transforme en véritable réseau musical et annonce l’arrivée de nouveaux partenaires dont Joon d’Air France. Sa cofondatrice Natacha Ordas raconte le parcours de la startup.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




La découverte de talents est certainement l’un des défis les plus importants et les plus difficiles à affronter dans la transformation numérique de la musique. Les réseaux sociaux et les plateformes de streaming sont les nouveaux médias de promotion des artistes émergents et donc de prospection des "talents scouts" grâce à des services de monitoring des distributeurs digitaux ou spécifiques comme Soundcharts ou Elise. Sans y parvenir, des startups tentent d’installer durablement leur marque comme Noomiz ou encore plus récemment Dyskit. Comment aider les artistes à émerger grâce à des plateformes web, puis réussir à trouver un modèle économique viable ? Depuis 5 ans, Soonvibes attire une communauté de talents et de contributeurs, organise même la compétition artistique « in app » et connecte même avec les professionnels. Retour sur 5 ans d’innovations.


Une plateforme collaborative de découvertes de talents


Natacha Ordas et Arnaud Guednée se sont rencontrés en école de commerce. En 2012, Arnaud Guednée est dj producteur de musiques électro. Comme beaucoup d’autres, il publie et partage sa musique sur Internet, rencontre des professionnels. En attendant de percer, il exerce une activité de webmastering et webmarketing pour plusieurs clients, dont Joachim Garraud. De son côté, Natacha évolue dans les médias : Radio FG où elle gère les relations avec les labels puis au digital chez Skyrock au moment de la création des Skyblogs et du recrutement des artistes sur le nouveau réseau social. « Je faisais partie du groupe d’amis qu’Arnaud appelait quand il avait fini une prod, mais nos avis manquaient d’objectivité. C’est là qu’il a eu l’idée d’utiliser le forum de Joachim Garraud qui était très actif ».

Rapidement, Arnaud développe un prototype de Soonvibes qu’il s’empresse de présenter sur le forum. « C’était une appli qui permettait juste d’uploader des morceaux et de les diffuser en streaming à l’aveugle, mais on a tout de suite reçu des retours positifs », se souvient Natacha. Alors, il l’améliore avec d’autres fonctionnalités de manière itérative, une « co-construction », insiste-elle. « Fin 2012, on a vu l’intérêt grandir et les inscriptions se multiplier alors on a pris le projet au sérieux et on a décidé de lancer une boite sur fonds propres ». Les entrepreneurs investissent leur temps et leurs économies pour développer un site web en externe et poursuivre la croissance de la communauté. « On a été bien soutenu aussi », n’oublie pas de rappeler Natacha. « Par la BPI tout d’abord avec le PIA [ndla Paris Initiative Amorçage], une subvention en 2013 au moment où on intégrait l’incubateur Paris Pionnières [ndla aujourd’hui WILLA], puis un prêt d’honneur en 2015 avec le Réseau Scientipole [ndla depuis regroupé avec BPI] ».


A la recherche d’un nouveau modèle pendant la crise du disque


La société installée, Natacha part à la rencontre des labels pour leur présenter le nouveau projet avec l’idée de leur faire gagner du temps. « Sauf que les mentalités n’étaient pas prêtes : on était en pleine crise et Internet c’était encore le méchant qui avait détruit leur business model. On s’est dit que ça allait être compliqué si en plus le marché n’était pas mature. Il nous fallait des ressources pour développer le produit et créer une audience suffisamment représentative en attendant que le marché retrouve son souffle. C’était compliqué, mais cela nous a permis de développer notre audience et de construire la marque ». Pour cela, Soonvibes organise des concours de remixes, le premier avec Quentin Mosimann. Le premier concours rencontre un vif succès tant artistique que technique, l’information se répand et bientôt les événements se succèdent pour des marques et des labels. « Ça a vraiment été notre levier d’acquisition d’audience ».

Le site offrait la possibilité de soutenir des artistes avec des points en plus de la notation et des commentaires. Ils imaginent alors un premier modèle B2C avec l’achat de points qui permettent d’obtenir des retours mais sur ce type de petits montants, ils auraient dû investir massivement en communication et en acquisition d’audience avant de pouvoir se verser le premier salaire. En 2015, Soonvibes abandonne ce modèle et pivote vers le B2B en se focalisant sur ce qui générait le plus de valeur, les concours. Natacha est donc retournée voir les labels pour les monétiser, puis des festivals et des marques s’y sont intéressés, jusqu’à même "endorser" certains jeunes talents.

Cependant le modèle était incomplet : les labels ne s’intéressaient pas aux classements, seule la communication les attirait. La direction artistique restait chasse gardée : les labels avaient perdu les ventes physiques et les revenus du numérique étaient faibles, il leur était difficile de miser sur Soonvibes pour accompagner cette fonction centrale. « Il y avait un côté « c’est pas le peuple qui fera les tendances de demain et nous dire sur qui investir ». C’est contradictoire puisque c’est bien de ce peuple que viennent les auditeurs et leurs clients ». Ainsi peut s’opérer la transformation de l’A&R : avec des outils de mesure et des dispositifs collaboratifs permettant de recueillir les avis. Des comités d’écoute augmentés ? Les fondateurs y croient.

« Notre premier investisseur entre en 2015, un business angel qui nous suit depuis ». Pour le développement de la V2, les fondateurs recrutent un directeur technique qui deviendra vite associé mais l’expérience tourne au vinaigre. Alors, ils optent de nouveau pour un développement externe. « On a tout redéveloppé de zéro : nous n’avons pas gardé un ligne de code de la première version qui n’était pas assez "scalable" en PHP. Tout a été recodé en Python / jango, les bases sont solides, on continue de développer sur elles ». En plus d’une refonte graphique et webdesign, ils ont amélioré le player, enlever le système de points payants et optimiser les modules des concours pour les créer en quelques clics. Travailler avec des agences n’est pas toujours agréable parce qu’elles ont d’autres clients, ils ont finalement internalisé cette partie l’an passé. Avec cette version, Soonvibes poursuit des collaborations avec des marques comme Winamax, Pionneer et Sennheiser et des labels comme Happy Music.


Des pools pour incuber les talents


Fin 2016, les fondateurs trouvent leur rythme, ils s’installent à la Pépinière 27 et réalisent que les labels les écoutent et signent des artistes issus de leurs classements. « Au même moment, David Guetta signe une collaboration avec un artiste pour un titre de son nouvel album, artiste qu’il avait découvert pendant un concours avec nous. Les labels ne peuvent donc plus nous dire que cela ne marche pas. ». La valeur est là, la startup veut la canaliser. C’est ainsi que naissent les « talent pools », comme une façon de garder la main sur le contenu : les meilleurs artistes au classement général entrent dans le programme « talent pool » et dans en relations contractuelles avec la startup. Pendant un an, Soonvibes agit comme un accélérateur de talents avec ce programme à 360° : distribution digitale gratuite via Tunecore, promotion radio et digitale (FG, Virgin, Contact FM, HotmixRadio…), marketing d’influence, présentation à des labels, booking avec des scènes partenaires – festivals (Marvellous, Techno Parade, Summer Sounds, Les Nuits Electro, Sziget) et clubs (Rex Club, Badaboum, Chez Moon) –, synchro pub et cinéma, branding… « On utilise tous les leviers de promotion et de monétisation disponibles aujourd’hui dans la musique pour aider les artistes à percer ». Et, comme un apporteur d’affaires, la startup se rémunère avec une commission sur les différents contrats signés.

En parallèle, Soonvibes prépare une levée de fonds en seed pour internaliser les compétences, notamment technique, R&D puis développement du business. Un closing à plus de 700 k€ en juin 2017 marque un tournant pour la startup (réalisé en deux temps) : « c’est comme si on venait de lancer la boite ». Leur premier investisseur est rejoint par d’autres business angels aux affinités avec le digital et la musique parmi lesquels Jean-Charles Carré, manager de David Guetta.

Pari gagnant, Soonvibes ouvre 4 talent pools : Main room, Big room, Ambient room et Secret room, pour 4 genres électro et 4 communautés, un total de 100 000 membres dont 70 000 artistes qui « uploadent » 2000 morceaux chaque mois. « Avec l’accroissement de la qualité des titres et la création du réseau de professionnels, les talents pool sont devenues le business model principal depuis cette année ». En 2017, la startup aura accompagné 35 artistes à signer en labels, une vingtaine à jouer en festivals, permit une trentaine de synchros.

Les événements s’accélèrent pour la startup. En février 2018, Soonvibes lance son appli mobile pour toucher plus d’auditeurs et, en quelques mois, l’usage nomade représente 30 % du trafic total, d’après la fondatrice pour qui ce n’était qu’une étape. Peu après, la startup est sélectionnée par le programme d’accélération européen Startup Sesame et multiplie depuis les apparitions dans les événements Tech (Web2Days, TOA, Sonar,…) pour y découvrir de nouvelles technologies et y présenter ses nouveautés. La dernière ?


Les « channels » pour industrialiser le modèle Soonvibes


« On avait envie de rechercher un modèle plus "scalable" et digital. On a réussi à valider le modèle de talent pool dans les musiques électroniques, on a maintenant envie d’aller le tester dans les autres genres » (Natacha Ordas).

L’équipe a imaginé des « channels » pour industrialiser son modèle de direction artistique augmentée. « Depuis début juin, on permet à un label, une marque ou un festival de créer sa propre channel sur Soonvibes pour engager sa propre communauté et offrir ses propres opportunités professionnelles. Finalement, on offre toute notre techno avec ces channels ». Chacun d’eux peut fonctionner séparément ou partager des communautés et la startup préserve sa propre DA grâce à ses 4 channels de Soonvibes Music. Les utilisateurs quant à eux peuvent s’abonner aux flux qui les intéressent comme autant d’univers musicaux à découvrir dans sa playlist et soutenir avec le système de notation. Parmi les premiers à expérimenter : Happy Music, L’Atelier de Cédric, Hotmix radio, Lazy Sundays, Vinsky, Hip Hop corner… « On va lancer la channel de Joon, la nouvelle compagnie d’Air France dont la playlist sera diffusée sur l’appli mobile de la marque et dans les sièges des avions », nous annonce la fondatrice. « A chaque channel ses opportunités propres ».


Télécharger le Communiqué de presse Soonvibes x Joon


Crédit photo des fondateurs : Jallal Seddiki / NKJS

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