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Accueil du site > Documentation > Focus > Service public ? Trouver, pérenniser et développer les publics du jazz

Article mis à jour le vendredi 11 janvier 2013
Article créé le mardi 8 janvier 2013

 
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Interviews

Service public ? Trouver, pérenniser et développer les publics du jazz

Pour illustrer ce dossier sur le public du jazz, nous avons demandé à trois diffuseurs très différents de nous faire part de leur expérience personnelle sur cette question compliquée et pourtant essentielle : comment assurer, pérenniser et développer la fréquentation de leur club, festival ou théâtre et en renouveler le public ? Retrouvez les interviews de :

- Armand Meignan directeur de l’Europa Jazz Festival, directeur artistique des Rendez-vous de l’Erdre à Nantes.

- Sébastien Vidal, directeur de l’antenne et des programmes de TSFJAZZ, programmateur du Duc des Lombards et du festival Django Reinhard de Samois.

- Philippe Lignier, directeur de l’Espace Carpeaux de Courbevoie.


Armand Meignan

Directeur depuis 34 ans de l’Europa Jazz Festival et directeur artistique des Rendez-vous de l’Erdre à Nantes

"La seule chose que je sais, c’est qu’en fait je ne sais rien sur le public."



- En tant que directeur de l’Europa Jazz Festival, que savez-vous du public, de "votre" public ?

La seule chose que je sais, c’est qu’en fait je ne sais rien sur le public (rires). En dehors de toute plaisanterie, cette première réaction tend à prouver une évidence. Pour nous, diffuseurs, le public est un vrai sujet de méconnaissance. En 34 ans à la tête de l’Europa Jazz Festival, j’ai tout vu comme public. Comme j’organise pendant deux mois des concerts dans toute la région des Pays de la Loire, dans toutes sortes de lieux, du club à la scène nationale, du collège à l’hôpital, de la maison de retraite à la maison d’arrêt, il m’est très difficile de dégager un profil de public type. Quand on parle du public, il faut savoir de quoi on parle. Le public qui vient aux concerts de l’Abbaye de l’Epau ou au Palais des congrès du Mans, je crois pouvoir, au fil des ans, en avoir une certaine « idée ». En gros seulement. Il faut préciser qu’en 34 ans je n’ai jamais lu une enquête sérieuse et instructive sur le public et le non-public de jazz en Sarthe. Je suis donc obligé de bricoler à partir de « mes » impressions.


- Quelles sont donc vos impressions sur ce public ?

Ma première impression est que le public est très fluctuant. Il n’est pas le même partout. Il y a une vingtaine d’années, il y avait un public plus spécialisé. On peut vérifier cette affirmation à travers les abonnements ou les passeports que nous proposons aux festivaliers chaque année. C’est une certitude, il y a beaucoup moins d’abonnements aujourd’hui sur la dernière semaine de l’Europa Jazz. Alors qu’il y avait auparavant toute une clientèle d’amateurs motivés qui venaient souvent de très loin pour assister à nos concerts. Bémol ! On avait moins de public à cette époque-là. Aujourd’hui, j’ai l’impression que le public se renouvèle quasiment à chaque concert. Je ne compte actuellement qu’une petite centaine de passeports pour l’Europa Jazz Festival. Avant, les locations étaient quelque chose d’important dans l’économie du festival. Cela pouvait représenter 60 % des places de concert. Lors de la dernière édition du festival, 70 % des places ont été vendues le soir même du concert. Ce qui veut dire que les gens se décident de plus en plus au dernier moment. On constate le même phénomène pour les concerts hors festival qu’ils soient de blues, de jazz ou de gospel. Ces comportements d’achat de la dernière minute n’existaient pas il y a deux ou trois ans.


- Quelles autres constatations faites-vous aujourd’hui sur votre public ?

Globalement, je constate qu’il y a plus de monde aux concerts qu’avant. Il faut dire aussi qu’on organise plus de concerts et qu’on sollicite du coup le public beaucoup plus. À l’Europa Jazz, j’ai en gros dans les salles qui accueillent le festival entre 13 000 et 16 000 spectateurs, sans jouer la carte des grandes « têtes d’affiche ». C’est plutôt rassurant. L’impression la plus forte qui se dégage de mon observation pragmatique, c’est que le public se renouvèle à 90 % soirée après soirée. Si je fais 6 ou 7 concerts dans la semaine de fin de festival, je sais que je ne touche jamais le même public. Certains spectateurs ne viendront qu’en fonction du lieu, l’Abbaye de l’Epau ou le Palais des Congrès du Mans. Affiner une connaissance précise sur le public et ses comportements s’avère donc une tâche très difficile. Le public du gospel (très particulier et catho) n’est pas du tout le même que celui du blues, encore moins celui de la salsa qui ne vient que pour danser et que je ne revois dans aucun autre concert du festival. Ce que je constate également de façon très pragmatique, c’est que le public du jazz a quand même tendance à rajeunir. Même si cela dépend bien sûr de la programmation qu’on lui propose. Ainsi, je programme prochainement Magma. Je peux déjà anticiper qu’il y aura au moins trois générations de spectateurs dans la salle. Je sens aussi une tendance à la féminisation du public. Je peux le vérifier de visu lors des concerts de midi à la Collégiale qui a une jauge d’à peine 160 places. On y programme des petites formes de musiques improvisées, souvent très pointues. À ma grande surprise, je constate que le public est composé de 60% de femmes. C’est étonnant ! Cela fait six ou sept ans que je constate un tel phénomène.


- Comment tentez-vous de renouveler votre public ?

On a tout fait, tout essayé. Aujourd’hui, on a abandonné le collage traditionnel sur des panneaux d’affichage dans les rues. Pendant de nombreuses années, on a privilégié l’envoi d’un programme. Aujourd’hui, on est en train de basculer sur une newsletter via Internet. Cela est sans doute nécessaire pour toucher un public plus jeune. Je ne suis pas sûr que cela soit efficace pour un public plus âgé. On continue à éditer des petits tracts que l’on dépose dans tous les lieux culturels du département et de la Région. Nous utilisons aussi les réseaux Decaux prêtés par la Ville du Mans et des petits réseaux d’affichage magasin payants dans toutes les villes du grand ouest.


- Comment développer des publics complètement vierges ?

Après 25 ans d’expérience du Régional tour, toute une série de concerts en amont du festival que nous organisons dans les 5 départements des Pays de la Loire et dans l’Orne, la première leçon que je peux aujourd’hui en tirer, c’est qu’il est très rare que le public d’un village du Sud Sarthe qui est pourtant venu nombreux assister à un concert de Sylvain Luc, Louis Sclavis ou Daniel Humair vienne sur un autre concert de l’Europa Jazz. Pourtant, son accueil est toujours chaleureux, très reconnaissant du fait qu’on soit venu sur ses terres, à domicile, lui offrir une telle musique. Les musiciens, de leur côté, sont ravis. Ainsi Michel Portal ne cesse de me parler de sa tournée sarthoise de l’année dernière. Pour lui, ce n’était pas du tout le public qu’il avait l’habitude de rencontrer, comme celui des scènes nationales, mais un public vierge, frais et disponible. Il se passe lors du Régional tour un truc très spécial entre le public et les musiciens, à condition que ceux-ci à chaque fois donnent le meilleur d’eux-mêmes. Cela prouve qu’il y a toujours des publics potentiels à trouver.


- Vous programmez aussi les Rendez-vous de l’Erdre, festival totalement gratuit qui rassemble à Nantes sur trois jours, début septembre, plus de 150 000 personnes. Quelles impressions avez-vous aujourd’hui sur ce public très divers ?

Le grand choc que j’ai eu avec les Rendez-vous de l’Erdre, c’est de constater que sur la scène Sully (qui n’est pas la grande scène nautique des concerts du soir), on pouvait sur trois jours rassembler de 2 000 à 4 000 spectateurs pour écouter des orchestres et des musiciens que j’aurais pu programmer à l’Europa Jazz. C’est très rassurant de constater qu’un groupe inconnu comme Pulcinella, le trio d’Yves Robert ou le MegaOctet d’Andy Emler reçoivent un accueil enthousiaste avec standing ovation à la fin, alors qu’on propose au public une musique qui n’est pas la plus consensuelle du monde. Cela ne marche, bien sûr, que si on présente sur scène des musiciens qui s’engagent et se donnent à fond. Cela est pour moi très encourageant. Cela m’a donné un formidable coup de fouet. Les gens sont donc capables d’écouter à près toutes sortes de jazz à la condition que les musiciens soient sincères et généreux.


Sébastien Vidal

Directeur de l’antenne et des programmes de TSFJazz et programmateur du Duc des Lombards et du festival Django Reinhard de Samois

"Les théories sur « le » public du jazz sont pour moi complètement fumeuses."


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© Philippe Levy-Stab


- Avec votre double casquette de directeur de l’antenne et des programmes à TSFJazz et de programmateur de club et de festival, quelle idée vous êtes-vous forgé au fil du temps sur le public de jazz ?

Les théories sur « le » public du jazz sont pour moi complètement fumeuses. Je ne connais pas le public qui vient au Duc des Lombards ou au festival Django Reinhardt de Samois. Je ne connais pas celui qui écoute TSF. Le public n’appartient pas aux programmateurs. Il ne vient dans un festival ou un club et il n’écoute une radio 100% jazz que si on lui propose quelque chose qui l’intéresse. Il y a une sorte de fantasme de domination qui m’agace : celui qui consiste à vouloir à tout prix éduquer les publics. Mon sentiment est que l’on ne commence à les éduquer qu’en leur donnant d’abord du plaisir. La notion de plaisir est pour moi au centre de la musique, au centre même de l’enjeu d’une programmation. Nos grands aînés, comme George Wien et Simone Ginibre, créateurs de la Grande Parade du jazz à Nice, l’avaient bien compris. Ils n’affichaient aucune ambition à éduquer les publics. Ils n’avaient qu’une seule exigence : offrir un jazz de très haute qualité artistique afin de fédérer un public très populaire. J’essaie, à ma manière et modestement, de suivre leur voie en proposant au public du Duc des Lombards ou de Samois des choix artistiques les plus différents possibles.


- Quelle est pour vous la différence entre audience et public ?

Ce n’est pas pareil. Faire de l’audience, c’est fédérer le plus grand nombre d’auditeurs autour d’une programmation musicale. « Faire du public » dans un club de jazz, c’est forcément quelque chose de plus segmentant. C’est pour cela qu’on a choisi à TSFJAZZ d’être une radio qui passe toutes sortes de jazz. Parce qu’on sait que « notre » public est très varié. Il vient nous écouter pour des raisons très différentes. Donc, plus nous multiplions les propositions artistiques, plus nous multiplions l’audience. Le but du jeu est de fédérer et fidéliser au final le plus grand nombre d’auditeurs sur la seule proposition artistique qu’est le jazz. Au bout d’un moment, en tenant notre ligne artistique on arrive ainsi à ce que les gens fassent confiance à notre programmation. Je ne veux pas tomber dans le piège de vouloir toucher des publics spécifiques. La programmation de TSFJAZZ cherche à conquérir le public tout court. Aujourd’hui la radio compte 300 000 auditeurs par jour et un million par semaine. Si on commence à dire, à partir de ces chiffres, que « notre » public ressemble à ceci ou cela, on se tire une balle dans le pied. La seule chose que je sais, c’est que le public est très disparate et manifeste des goûts très contrastés. Il y a des personnes qui adorent Roberto Fonseca ou Lionel Belmondo, mais qui détestent Tigran Hamasyan ou Éric Legnini. Et réciproquement. C’est la règle du jeu. Tous ces gens, il faut tenter de les réunir autour d’une programmation qui soit la plus fédératrice et la plus fun dans le domaine du jazz. Pour le Duc des Lombards, on a forcément d’autres présupposés pour tenter de séduire le public. On se doit d’élever très haut la barre artistique en tapant tous azimuts et en étant ouvert à tous les styles qu’offre le spectre du jazz. L’excellence de la programmation pour les 300 concerts que nous organisons par an est notre ambition première. Pour que cette programmation parle à plein de publics différents, il nous faut imaginer et trouver de formules originales et adaptées à notre clientèle, avec de nombreuses politiques tarifaires, qui vont parler aux étudiants ou au moins de 25 ans par exemple.


- Comment cherchez-vous à faire évoluer l’image du club de jazz que peut en avoir le public ?

Si on s’obstine à vouloir cultiver une idée patrimoniale du jazz club, on se plante à coup sûr. Nous avons l’obligation de ne pas nous figer sur nos acquis et notre histoire. Un club de jazz, c’est d’abord et avant tout, une salle de spectacle qui ne trouve son public qu’à l’unique condition de lui offrir de la bonne musique. Pour cela, il faut les meilleurs musiciens sachant mettre la bonne ambiance. Si cette bonne ambiance, quelque soit la programmation, se répète soir après soir, tout au long de l’année, au bout d’un moment les gens viendront au club les yeux fermés. C’est cela le vrai moteur de la fidélisation. C’est l’exigence au jour le jour. Pour sauvegarder et renouveler cette confiance, il faut à chaque instant être très vigilant. Ainsi pour la programmation de TSFJAZZ, il faut savoir que chaque morceau diffusé sur l’antenne n’est jamais le fruit du hasard. Il répond à un positionnement bien précis et sur les 300 titres que l’on passe chaque jour, on les maîtrise tous. Même chose pour les 300 concerts par an au Duc des Lombards. Ils sont tous travaillés individuellement à la fois en terme de marketing, billetterie, promotion ou programmation. Tout cela s’inscrit dans une démarche globale que l’on essaie de maîtriser de bout en bout. On tente de proposer le meilleur sans jamais fantasmer sur notre réelle capacité à maîtriser le "public".

- Avez-vous pour cela des outils de maîtrise spécifiques ?

Pas vraiment puisqu’on rentre là dans une sphère ultra subjective. Nous respectons un positionnement, le swing, le groove, la qualité… Puis il y a le pif et surtout aussi une histoire de goût et ça c’est très subjectif. Et, bien sûr, l’exercice du temps. J’ai beaucoup de chance parce que je ne suis pas seul à travailler à la programmation de TSFJAZZ, du Duc de Lombards ou du festival Django Reinhardt. Il y a avec moi toute une équipe sans œillères et nullement formatée par un culture « classique » du jazz. Et face à ces paires d’oreilles vous n’avez pas intérêt à proposer des choses pour de mauvaises raisons. Il n’y a que la musique qui compte. Chaque titre mis à l’antenne de TSF est ainsi le résultat d’une concertation collégiale systématique. Les critères de choix sont d’abord basés sur l’écoute et le plaisir, plus que sur la connaissance érudite de l’histoire du jazz même si cela reste aussi important de savoir de quoi on parle, évidement. Cela ne nous empêche pas de nous tromper et de nous planter. Ainsi, au Duc, il y a des concerts qui n’arrivent pas à fédérer le public qu’on espère. C’est qu’il est très compliqué d’avoir le bon compas entre la valeur marchande d’un groupe ou d’un artiste et sa valeur musicale. Nous, en tant qu’établissement privé, nous sommes tiraillés entre deux obligations : un devoir d’excellence artistique toujours renouvelée et une extrême exigence de rentabilité économique. Je suis toujours en quête de l’artiste le plus rare, le plus demandé en sachant qu’il faut rester économiquement réaliste. L’exercice n’est pas aisé. Il faut savoir anticiper et travailler sur l’émergence de nouveaux talents en leur offrant la possibilité de jouer au Duc une, deux, voire cinq fois dans l’année. Je crois beaucoup en la fidélité. Pour un musicien, jouer au Duc, ce n’est pas anodin. Nous lui offrons pour se faire connaître et s’exprimer des outils très professionnels : un régisseur, une directrice de production, un responsable de marketing, une chargée de communication et… un piano excellent accordé tous les jours. Tous les musiciens sont déclarés. À preuve, nous déclarons 1 200 musiciens par an au Duc. Ce qui est considérable. En échange, la seule exigence que je peux avoir vis-à-vis des artistes, c’est qu’ils manifestent dans la durée une certaine fidélité au club. La complicité et la fidélité en commun sont la seule manière de pouvoir faire grandir le public, celui du club mais surtout et aussi celui de l’artiste.


Philippe Lignier

Directeur de l’Espace Carpeaux de Courbevoie qui programme chaque saison de nombreux concerts de jazz qui ont trouvé leur public.

"La clef de la réussite de l’Espace Carpeaux, c’est la régularité dans la durée de la proposition artistique jazz."



- Pourquoi avez-vous choisi depuis des années pour votre saison culturelle d’offrir à l’Espace Carpeaux de Courbevoie une programmation jazz aussi si abondante ?

Il faut d’abord souligner que 90 % des directeurs de lieux culturels municipaux sont des hommes qui viennent du théâtre, voire de la danse. Les directeurs qui viennent du monde de la musique sont beaucoup plus rares. Ce qui est mon cas. Avec en plus une spécificité ouvertement jazz. Une musique que je connais bien pour avoir pratiqué un instrument et baigné jeune dans le milieu du jazz. Comme tout directeur, j’ai mis ma touche personnelle et imposé ma couleur jazz dans la programmation annuelle de l’Espace Carpeaux.


- Comment êtes-vous parvenu à convaincre et trouver un public aussi fidèle pour venir aux concerts de jazz que vous lui proposez tout au long de la saison ?

C’est le fruit d’un travail sur le long terme. En réalité, un travail qui a commencé il y a déjà vingt ans. C’est la régularité dans la durée de la proposition artistique jazz qui explique aujourd’hui le succès populaire des soirées jazz de l’Espace Carpeaux. À savoir, cette année, 8 concerts dans la grande salle de 500 places avec une programmation plutôt "têtes d’affiche" (Ibrahim Maalouf, Madeleine Peyroux, Youn Sun Nah, Robin Mckelle, Gregory Porter, etc.). Mais aussi 38 concerts, tous les lundis, dans une formule « Cabaret jazz club » dans une petite salle de 130 places. Quand chaque année je présente au public du théâtre la programmation de la saison prochaine, j’ai la bonne surprise de constater que 350 personnes prennent leur abonnement pour tous les concerts de jazz uniquement. Il ne me reste qu’à trouver 150 personnes supplémentaires pour remplir la grande salle à chaque concert de jazz. On y parvient sans peine grâce à une bonne communication, une politique tarifaire incitative et des partenaires très engagés. J’explique aussi ce succès par le fait que je bénéficie de la confiance et du soutien total de la Ville de Courbevoie.


- Avez-vous imaginé une politique spécifique pour renouveler votre public ?

Je sais qu’à Courbevoie beaucoup d’habitants n’ont pas encore mis les pieds dans le « Cabaret jazz club », même si beaucoup savent que cela marche bien. Je constate avec plaisir que, d’année en année, le bouche-à-oreille commence à bien fonctionner et décide de plus en plus de gens à oser franchir les portes du théâtre pour venir écouter du jazz. Cela contribue à renouveler le public, petit à petit mais sûrement.


- Faites-vous la différence avec ce qu’on appelle le grand public et un public de niche, par exemple les amateurs exclusifs de jazz traditionnel ou de jazz manouche ?

Bien sûr. J’ai un public très divers. C’est pour cela que dans ma programmation je joue à fond la carte de l’éclectisme et de l’ouverture, sans jamais chercher à imposer « mon » idée du jazz. Ceux qui prennent un abonnement à l’année ne sont pas tous des connaisseurs avertis de l’actualité de cette musique. Ils viennent pour la plupart découvrir des artistes qu’ils ne connaissent pas forcément. Quand un concert ne leur plait pas ou les déconcerte, ils n’hésitent pas, le soir même, à me le faire savoir. Pour les concerts dans la grande salle, j’ai beaucoup d’occasionnels. Pour les soirées « Cabaret jazz club », je sais que j’ai en revanche affaire à un public majoritairement composé d’aficionados. Quant au « public de niche », j’ai pu vérifier au fil des ans qu’il y avait, par exemple, un vrai public spécifique pour le jazz traditionnel. Pareil pour le jazz manouche, pareil pour les voix. J’ai eu le grand plaisir récemment de constater la formidable et chaleureuse réaction du public lors du concert de Janysett McPherson, chanteuse encore peu connue et médiatisée. C’est bien la preuve qu’avec le temps le public fait confiance à ma programmation et à mes coups de cœur.

- Quels conseils donneriez-vous à un directeur de théâtre municipal qui souhaiterait développer au cours de sa saison sa programmation jazz ?

Beaucoup de mes collègues qui ont constaté que mes concerts de jazz faisaient le plein à Courbevoie se sont dit qu’en saupoudrant leur saison de quelques concerts de jazz, cela devrait forcement remplir leur salle. Ils ont du déchanter. La raison en est simple. La clef de la réussite de l’Espace Carpeaux, c’est la régularité dans la durée de la proposition artistique jazz. C’est bien pour cela que le théâtre est aujourd’hui identifié par le public local comme un lieu de jazz, contrairement aux autres espaces culturels municipaux qui, quelque soit la qualité de leur programmation, ne sont pas perçus comme tels par le public. Le public jazz de l’Espace Carpeaux est composé à 75 % d’habitants de Courbevoie et des alentours. Pour certains concerts, quand j’ai la chance de pouvoir programmer une tête d’affiche qui ne se produit à tel moment nulle part ailleurs en Ile-de-France, je constate qu’il y a certains spectateurs qui viennent spécialement de Paris. Un lieu culturel comme l’Espace Carpeaux fonctionne finalement comme un restaurant. Quant on découvre une bonne table et qu’on apprécie la diversité et l’originalité de son menu, on en parle à ses amis et on y revient régulièrement.


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LE JAZZ ET SES PUBLICS : la plus populaire des musiques savantes

À l’occasion de la publication ce mois-ci de la septième édition de Jazz de France, qui recense, en près de 6 000 fiches, tous les acteurs de la filière, de l’artiste au journaliste, du diffuseur au producteur, nous avons choisi pour ce focus spécial jazz d’aborder le seul domaine auquel le guide-annuaire ne s’intéresse pas : le public. Pour cela, deux textes, un de Pascal Anquetil, responsable du Centre d’information du jazz, et un texte inédit d’Olivier Roueff, sociologue et chargé de recherche au CNRS.

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