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Article mis à jour le jeudi 16 septembre 2010
Article créé le mardi 31 mars 2009

 
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Interviews

Quelles logiques pour entreprendre ?

Entrepreneur de spectacles, artiste-entrepreneur ou accompagnateur de projets (Innef, Cnar Culture, APCE, centres de ressource, agence conseil…) expliquent la façon dont ils envisagent aujourd’hui l’entreprise culturelle, ses moyens et ses logiques.

Retrouvez ici les interviews de :
- Bertrand Aubonnet, producteur de spectacles (PBox) et directeur de la salle (Mistral Palace)
- Joà« lle Maccioni, auteur du Guide des nouvelles organisations du travail dans les secteurs culturels publié par l’Innef
- Jean-Louis Sautreau, en charge des pratiques innovantes et de l’emploi à la DDAI (Délégation au développement et aux affaires internationales)
- Fabrice Borie, adjoint de direction / chargé du développement culturel au Transfo en Auvergne
- Carine Adsuar, artiste membre du groupe les Bubblies
- Christian Tubeuf, directeur de DPA « Dynamiques professionnelles d’artistes
- Réjane Sourisseau et Luc De Larminat, chargés de mission pour le Cnar Culture
- Guillaume Mangier, coordinateur du centre de ressources du Krakatoa
- Elizabeth Vinay, responsable des fiches professionnelles à l’APCE (Agence pour la création d’entreprises)
- Romain Aparicio, délégué général à la fédération Iastar (Radio Campus).


Bertrand Aubonnet, producteur de spectacles (PBox) et directeur de la salle (Mistral Palace)

L’économie se rapproche du marché
et beaucoup d’entre nous vivent
grâce à des montages alambiqués…

Pour entreprendre dans le spectacle, combien de boîtes avez-vous créées et sous quelles formes ?
Une association en 1993 qui existe toujours à Valence pour produire des concerts sur place ; une EURL en 1996 Opaline concerts qui a coulé en 2000 ; une association Pbox qui a repris la suite en 2000 et qui deviendra SARL cette année.

En quoi ces formes étaient adaptées ?
À part le redémarrage de l’activité sous l’association Pbox qui m’a permis d’avoir exceptionnellement 2 CEJ, rien de particulier sur les formes, la forme que je préfère restant la SARL.

Avec le changement du secteur culturel, trouvez-vous qu’il faille réfléchir à d’autres types de montages ?
La Scop est une bonne alternative pour valoriser le travail d’une équipe ou passer de l’association à une structure à capitaux ainsi sans doute qu’une forme de société qui permettrait de fédérer les compétences, mutualiser des dépenses, gérer l’administration (maison des artistes ?).
En tout cas, nombre d’opérateurs devraient disparaître car l’économie se rapproche du marché en France et beaucoup d’entre nous vivent grâce à des montages alambiqués supportés par le statut d’intermittent.


Joà« lle Maccioni a rédigé un Guide des nouvelles organisations du travail dans les secteurs culturels publié par l’Innef, suite à une première étude réalisée sur le sujet à la demande de la DDAI (Délégation au développement et aux affaires internationales). Ce travail est issu de la réflexion d’acteurs culturels sur l’organisation du travail, sur la mutualisation et la coopération, et plus globalement sur les pratiques adaptées et innovantes en matière entrepreneuriale.

Rendre lisible ces organisations
et les mettre à la portée de chacun
des acteurs culturels

Quel constat faites-vous sur les besoins de structuration des acteurs culturels ?
Un certain nombre de circonstances, ces dernières années, sont venues bouleverser les pratiques culturelles traditionnelles et les interroger tant sur la pertinence de leurs modes de fonctionnement que sur les constructions identitaires des structures, des artistes et techniciens qui les créent, les composent et les font exister.
Il est vrai que l’on retrouve dans le champ culturel toutes les formes d’organisations du travail, qu’elles soient choisies ou non, structurelles ou circonstancielles.
L’étude qui a été menée par l’Innef et notamment les nombreuses monographies réalisées ont révélé que, repenser l’organisation du travail, la structurer et la redéployer, est ressenti comme un vecteur de développement culturel, rendu nécessaire et voire même urgent par l’ensemble même des secteurs culturels.
Dans le contexte de cette étude, la capacité de remise en question, les notions de sens, de valeurs, d’ancrage territorial et d’aventure humaine ont été soulignées comme capitales et jouant un rôle au moins aussi important que la réalité technique, mécanique, opératoire des modèles structurels à imaginer ou à évaluer.
Les pratiques et témoignages relatifs à de nouvelles organisations du travail dans les secteurs culturels, que l’étude a permis de relever, démontrent, comment, dans les secteurs de la culture et de la communication, ces organisations innovantes ont contribué à performer l’objet culturel, en renforçant les dynamiques sociales et économiques et en concédant aux divers acteurs de l’entreprise culturelle, associative ou non, de vrais statuts.
Par exemple, la forme coopérative rend le salariat compatible avec la volonté entrepreneuriale et le développement de la créativité à partir des compétences artistiques valorisées de son porteur.
Par leur variété de formes et d’utilisations, les "Nouvelles organisations du travail" font la preuve que les choix existent, qu’ils découlent de méthodologies précises et techniquement maîtrisables, parfaitement adaptables aux besoins, aux hommes et aux territoires sur lesquels ils s’expriment.
Malgré l’isolement relatif des opérateurs sur le terrain et le manque de relation entre eux, qui freinent incontestablement le développement de l’ensemble, ils démontrent aussi que la précarité n’est pas plus, dans ces secteurs que dans d’autres, une fatalité mais peuvent ouvrir à une remise en cause des habitudes, à une remise à plat des organisations et à des perspectives modernes, flexibles et larges de gestion des hommes et des situations économiques, sociales et territoriales.
L’enjeu est bien sur celui de la structuration et de la pérennisation des emplois, mais peut-être plus encore, celui de la qualité et du renouvellement des projets culturels, fortement impactés par leurs acteurs et les circonstances dans lesquelles ils se développent.

Les systèmes existants sont-ils suffisants pour aider à répondre aux demandes des acteurs culturels ?
Les systèmes existants, s’ils étaient connus et utilisés dans l’idée d’une boîte à outils (à chaque besoin son outil), répondraient déjà en grande partie aux besoins exprimés dans le champ. Notamment, tout un éventail de modèles hybrides, (groupement d’employeurs coopératif, groupement de coopération sociale et médico-sociale, groupement européen d’intérêt économique…), mêlant le besoin de mutualiser à celui de coopérer, a vu le jour récemment, dans lesquels les acteurs culturels pourraient s’inscrire.
Suite à l’étude, l’un des objectifs qui nous paraissaient importants, était de rendre lisible ces organisations et de les mettre à la portée de chacun des acteurs culturels de façon à ce qu’ils aient la possibilité de peser leurs choix.
C’est ainsi que le Guide des nouvelles organisations du travail dans les secteurs culturels a été conçu avec le soutien de la DDAI du ministère de la Culture et de la Communication et la collaboration des réseaux culturel. L’Irma a participé à la construction de ce guide qui est aujourd’hui à la disposition de chacun.

Quels outils sont à réfléchir pour mieux répondre aux spécificités de la culture ?
Néanmoins, il est clair qu’il faut continuer à réfléchir à des modes toujours plus appropriés aux besoins non satisfaits de certains secteurs et acteurs culturels, et rester à l’écoute des besoins qui ne manquent pas eux-mêmes de muter…
De nouveaux systèmes peuvent aussi découler d’une meilleure adaptation de modes existants à un secteur culturel donné. Au sein de l’INNEF, le comité d’éthique, auquel participe l’IRMA depuis 2008, et la DDAI du Ministère de la culture et de la communication depuis 7 ans, réfléchit à ces possibilités.


Jean-Louis Sautreau s’occupe des pratiques innovantes et de l’emploi à la DDAI (Délégation au développement et aux affaires internationales).

S’inscrire dans le contexte
des enjeux liés aux "industries créatives"

Qu’est-ce qui t’a conduit au projet sur les nouvelles formes d’emploi ?
Il y a plusieurs années, nous avons (SG/DDAI-MCC) constaté qu’un certain nombre d’opérateurs et acteurs culturels s’interrogeaient sur les problématiques suivantes : mutualisation et/ou systèmes coopératifs. Cela nous a amené à lancer un travail dont la 1ère étape consistait à permettre la réalisation d’une étude sur l’ensemble des secteurs culturels. L’objet de cette étude était d’établir un repérage et de mieux comprendre les usages et les pratiques. L’Innef a réalisé l’étude et ensuite, à notre demande, un guide permettant aux acteurs culturels d’être informé, dans le cadre d’une 1ère approche, par le biais de cet outil généraliste et pédagogique.

À quelles conclusions cela a-t-il abouti ?
L’intérêt est prospectif. il s’agit de mieux faire connaitre ces "nouvelles organisations du travail (NOT)" afin d’élargir le champ des possibles quant aux modes d’organisation juridique à disposition des acteurs culturels. Par ailleurs, faire le choix d’utiliser les outils de mutualisation ou ceux relevant de l’entreprenariat social (Bill Drayton), voir le social-buziness (Muhammad Yunus), dans le cadre d’un projet culturel, n’est pas tout à fait anodin. Ces outils peuvent s’inscrire dans le contexte des enjeux liés aux "industries créatives", en réflexion au sein de différentes instances au sein de l’Union européenne, porteuses d’innovation et de nouveaux "modèles économiques et sociaux".
Enfin, concernant "l’individu", les NOT sont des outils qui, semble-t-il, peuvent aider à la réflexion sur les problématiques liées au suivi des parcours professionnels.


Fabrice Borie est adjoint de direction/chargé du développement culturel au Transfo en Auvergne

l’artiste ou l’équipe artistique doit(vent) avoir accès
très rapidement à une connaissance
fine et précise de l’environnement social, juridique et administratif

Le Transfo vient d’organiser une rencontre sur la création de structures : quel bilan ?
Cette rencontre s’inscrivait dans la réflexion engagée depuis 2 ans par Le Transfo autour de l’intervention des collectivités publiques dans le champ de l’économie culturelle. En mars 2007, les premières rencontres régionales des musiques actuelles en région Auvergne avaient pointé le manque d’acteurs économiques pour développer les artistes sur le national et l’international.
Pendant deux ans, nous avons accompli un gros travail de médiation auprès des collectivités afin de les sensibiliser sur ces questions. Trop souvent, on oppose intervention des collectivités sous forme d’aides financières et « économie pure et dure ». Or, nous savons bien que les étapes entre le repérage de jeunes artistes localement et le passage à l’économie de marché s’effectuent par paliers. La région Auvergne étant sous-dotée en termes de tourneurs, labels, managers, éditeurs… nous avons dû travailler sur deux fronts : inciter des professionnels à venir s’installer en Auvergne et accompagner localement les porteurs de projet en leur offrant des outils et des ressources adaptés à leurs besoins.
Nous avons mis en place un comité de pilotage constitué des services de la région (Culture, Économie, Formation, Développement du territoire), des acteurs intervenant dans le domaine de l’économie sociale et solidaire (Auvergne Active, Adie, Union régionale des Scop, coopératives d’activité et d’emploi…) et de la Coopérative de mai.
Ce comité de pilotage nous a beaucoup aidé pour la préparation de la journée professionnelle. Les partenaires ont montré beaucoup d’intérêt et se sont fortement mobilisés. Nous attendions une quarantaine de personnes. Au final nous avons eu plus de 120 participants. Ce succès traduit une vraie attente de la part des artistes et des acteurs de la scène musicale à propos des nouveaux modes de structuration. Nous sommes passés d’un mode guidé par les préceptes de l’éducation populaire à quelque chose de plus complexe. La démarche entrepreneuriale connait un essor important. Les artistes savent que pour s’en sortir, ils doivent désormais multiplier les sources de revenus (cachets, droits d’auteurs, royautés…).
La disponibilité et la pertinence des intervenants, ainsi que la mise à  disposition de documentation à chaque participant ont, il me semble, permis à chacun d’avancer sur son projet et de trouver des interlocuteurs pouvant les aider dans leur parcours.
Nous avons déjà de nombreuses sollicitations de la part des participants, notamment au sujet de la nouvelle aide mise en place par le conseil régional d’Auvergne à destination des créateurs de structures (booking, management, label…) et des dispositifs existant en Auvergne (résidences d’entrepreneurs…). Par ailleurs, beaucoup de personnes se sont inscrites à la formation « création d’entreprise » co-organisée avec l’Irma.

Faut-il réfléchir la musique uniquement en termes d’économie ? (L’avenir de la musique est obligatoirement dans l’économie sociale et solidaire ?)
La musique, comme tout acte de création nécessite une phase de développement. Sans apport financier initial, les choses sont difficiles. Un artiste avec des ambitions nationales ou internationales (un artiste « régional » étant par définition un artiste sans avenir) doit trouver des partenaires professionnels pour lui faire franchir les différentes étapes de développement. Il y a donc une période (plus ou moins longue) où il faut travailler « à perte ». Si des acteurs du marché peuvent prendre ce risque, c’est très bien.
Ce n’est pas la tendance du moment. Se pose alors la question de qui aider ? l’artiste lui même ? son encadrement professionnel ? Il me semble que le repérage et l’accompagnement des artistes présentant un fort potentiel artistique doivent faire l’objet d’un soutien financier de la part des collectivités et des acteurs institutionnels (Smac, associations régionales). Pour le développement, des aides doivent être disponibles pour accompagner des structures professionnelles, qu’elles proviennent de l’économie solidaire ou via d’autres circuits. Pour les projets artistiques qui ne trouvent aucun soutien, des solutions existent (microcrédit…). Dans tous les cas, l’artiste ne peut plus se cantonner à un rôle passif.

Quels sont, selon toi, les outils les plus adaptés à l’heure actuelle pour créer sa structure dans la musique ?
Je pense que l’outil dépend du projet. La structure associative très utilisée jusqu’à présent ne me semble plus pertinente pour porter un projet de structuration ambitieux. Un projet de développement nécessite un vrai engagement des personnes qui le portent. La coopérative me semble un outil intéressant, dans le sens où ce modèle est responsabilisant et pose un cadre précis, obligeant les personnes à se poser les bonnes questions.
Aujourd’hui, il faut se poser les bonnes questions très vite pour avoir une chance d’exister. La question de la structuration du projet arrive très vite  : comment s’entourer ? Qu’est-ce qui est géré par le groupe ou l’artiste en direct ? sous quelles formes ? Qu’est-ce qui est délégué ? Etc.
Plus que jamais, l’artiste ou l’équipe artistique doit(vent) avoir accès très rapidement à une connaissance fine et précise de l’environnement social, juridique et administratif du secteur dans lequel il(s) évolue(nt).
Les nouvelles générations semblent avoir intégré cette logique et paraissent mieux armés que leurs aînés de ce point de vue. Ils peuvent aussi compter sur une écoute et une attention particulière des partenaires, notamment dans le secteur de l’ESS.


Carine Adsuar est membre du groupe Les Bubblies et fait partie de l’association Combustible, à Toulouse.

Savoir s’adapter est nécessaire !

Comment penser la création de structure, en termes de projet, de moyens, etc. ?
Avant de penser structure, il faut penser projet.
La structure est un des outils qui permet d’atteindre des objectifs. La création d’une structure n’est pas une finalité, mais seulement une étape dans le développement.
Et la question des moyens « par exemple le capital initial à mobiliser - découle d’une analyse logique des besoins « matériels, logistique, compétences… - cohérents par rapport à l’ambition du projet et au positionnement de ses porteurs.

Donc avant même de parler de structure, il faut définir le but à atteindre et surtout son « positionnement éthique » , ou plus simplement « l’état d’esprit » de l’équipe.
Que voulons-nous faire ? Comment ? Avec qui ?
Où posons-nous nos limites ? Jusqu’où serons-nous capables d’aller ?
Qu’acceptons-nous ou pas ?
Ces réponses seront de toutes façon re-questionnées tout au long de la vie du projet et au-delà .
Mais si elles ne reçoivent pas de réponses, « l’entreprise » est vouée à l’échec car le maître mot reste la cohérence.
Savoir s’adapter est nécessaire ! Mais les incohérences entre le discours et l’action entraînent des disfonctionnements qui peuvent être souvent fatals aux jeunes structures. Là ou d’autres, souvent plus gros, le reprennent et l’utilisent comme outil marketing, les structures plus jeunes risquent de perdre, dans ce jeu de dupes, un de leur principal atout : le capital humain.
Dans un secteur d’activité au contexte économique compliqué, nombre de structures vivent ou survivent en effet grâce à l’investissement des équipes, salariés ou bénévoles, dans le projet. Si la structure perd sa capacité à mobiliser ces individus autour de son « positionnement éthique », elle devra trouver les moyens financiers d’y pallier.
Au-delà de la structure, c’est son activité qu’il faut penser en termes de moyens. Activité saisonnière, spécificité du secteur culturel, réglementation juridique en mouvement, quels financements pour quelles actions ?
De fait, dès la création de la structure, il est impératif d’envisager ses réseaux de diffusions et de ressources et les éventuels partenaires, mécènes, subventionneurs et clients/utilisateurs, sans même parler de la place du citoyen dans tout ça…

Faut-il réfléchir la musique uniquement en termes d’économie ? (L’avenir de la musique est obligatoirement dans l’économie sociale et solidaire ?)
L’avenir de la musique naîtra du marasme dans lequel nous sommes tous plongés actuellement.
Le nouveau modèle est en train de se construire sous nos yeux et finira pas émerger des multiples tentatives novatrices mises en œuvre.
L’économie ne peut plus être le fil directeur du développement des projets musicaux.
Elle ne doit être qu’un élément de l’ensemble, au même titre que la prise en compte des publics et de leurs spécificités.
L’état d’esprit que choisit chaque entreprise culturelle dicte les méthodologies de prises en compte des publics (simple destinataire final des productions, associé « virtuel », partenaire).
Le modèle économique ne doit plus imposer son diktat mais bien au contraire les équipes doivent s’imprégner des nouvelles pratiques culturelles. Aujourd’hui, c’est le public qui écrit les règles.
S’obstiner dans le vieux modèle économique ne fera que prolonger une agonie inexorable.
Internet et les révolutions technologiques ont changé la donne. La télévision n’est plus toute puissante. Les internautes construisent leurs propres modèles et les déconstruisent tout aussi rapidement. Les artistes sont de plus en plus autonomes et les liens entre les deux de plus en plus poreux.
Les intermédiaires disparaissent au profil d’une relation presque tactile entre artistes et publics par le biais du web.
Au-delà des clichés souvent détournés de l’économie sociale et solidaire, c’est bien un nouveau système de valeurs qui est en train de se dessiner, dans lequel les publics et les artistes reprennent la place qu’ils méritent en tant qu’acteurs principaux du système.
Reste à la charge des acteurs culturels d’être capable de suivre ces mouvements sociaux et de réagir suffisamment rapidement en fonction.
Il va être de plus en plus compliqué de proposer des modèles et actuellement, il est déjà difficile d’arriver à les suivre.
Les équipes qui développent des projets musicaux se retrouvent aux croisements de flux. Qu’ils soient sociaux, esthétiques, économiques, promotionnels, juridiques… un bain d’information dans lequel nous devons accepter de baigner tout en essayant de ne pas nous noyer.

Quels sont, selon vous, les outils les plus adaptés à l’heure actuelle pour créer sa structure dans la musique ?
Internet, évidemment.
Le web permet aujourd’hui d’administrer une structure sans quasiment sortir de son bureau. Toutes les administrations et les démarches qui y sont liées sont accessibles en ligne.
Les outils à proprement parler (promo, travail collaboratif, informations…) de développement de projets sont accessibles, souvent gratuitement, à partir de n’importe quel ordinateur premier prix de grande surface.
Une ligne ADSL à moins de 30 euros chez n’importe quel opérateur, un téléphone et la structure est équipée pour démarrer son activité.
Les outils physiques n’ont quasiment plus aucune valeur matérielle. La vraie valeur ajoutée de la structure est dans ses ressources humaines et surtout dans la qualité de sa proposition artistique !
Il n’est pas possible dans ce secteur d’envisager des postures figées et répétitives, les équipes doivent donc être formées, expérimentées et capable d’une grande réactivité.
L’atout essentiel à tout projet de structure dans la musique, c’est … la musique ! C’est sur ses artistes, que la structure devra savoir s’appuyer et dans leurs productions et leurs postures de créateurs qu’elle devra trouver sa cohérence.


Christian Tubeuf, directeur de DPA « Dynamiques Professionnelles d’Artistes

Les acteurs culturels doivent apprendre
à utiliser les ressources financières de droit commun
et éventuellement créer des fonds nouveaux

Besoins, systèmes existants (ou non) et outils
Les constats que nous pouvons faire sont basés sur les demandes qui sont adressées à DPA. Elles sont de deux types, même si les frontières sont, somme toute, assez artificielles et poreuses : les demandes individuelles et les demandes collectives.
Les demandes individuelles, d’abord. L’artiste veut se comporter rationnellement et nous demande quelle va être la meilleure manière de s’organiser aujourd’hui pour optimiser ses revenus en tenant compte de différents paramètres : le nombre de cachets prévisibles, les revenus complémentaires espérés, l’intérêt de créer ou non en fonction du nombre de cachets prévisibles, la cohérence des montages juridiques complémentaires, etc. Beaucoup de questions aujourd’hui autour du statut d’autoentrepreneur, comme si cela avait ouvert un marché…
Les demandes plus collectives, ensuite. On pourrait les définir comme étant liées aux acteurs culturels qui doivent gérer des emplois en nombre. Les demandes actuelles qui nous sont adressées tiennent encore à la particularité de DPA d’être généraliste du développement et de la création d’entreprises ou d’activités sur les territoires, un généraliste qui a intégré les spécificités des métiers artistiques et culturels, en particulier la gestion individuelle de la propriété intellectuelle et l’économie de l’intermittence. Tout se passe comme si des structures souvent de petite taille du secteur culturel, se considéraient tout à coup et de manière nouvelle comme une entreprise normale (à intégrer sur un territoire et dans un contexte concurrentiel). Elle nous demande alors un rattrapage de connaissances sur ce qu’est une entreprise qui a la particularité de produire des richesses de nature artistique ou culturelle. Quelles sont, nous demandent-elles, les stratégies pour avoir accès à toutes les ressources disponibles ?
Cela se fait sur fond de frustrations car les acteurs culturels ont le sentiment qu’ils n’ont plus la main, qu’ils subissent de toutes parts des pressions ; ils sont le sentiment qu’à force de dire oui pour avancer malgré les difficultés, ils sont devenus « malléables », c’est bien le terme que j’ai entendu récemment. Certains acteurs culturels, nous le constatons, ont envie de reprendre l’initiative et ils cherchent ce que pourrait être la meilleure entrée dans les différentes ressources, une entrée nouvelle qui ait un effet structurant pour leur positionnement. Au fond, le sentiment est qu’il faut avoir l’œil comme le font les plus gros sur toutes les ressources disponibles.
Que sont ces ressources disponibles ? Ce sont les ressources matérielles (j’entends de plus en plus souvent parler des régies de matériels ou de groupements pour louer ou acheter du matériel à moindre coût…), des ressources immatérielles (comment trouver du conseil, comment le faire payer, surtout en matière de fiscalité et de protection sociale ?…), des ressources immobilières (ce thème revient souvent : Comment organiser, par exemple, la diffusion des spectacles en s’appuyant sur un réseau de salles sur lesquelles ils auraient la main ? …), des ressources financières (comment se doter d’un fonds de développement, de fonds propres qui permettent de produire ou coproduire nous-mêmes et de prendre des risques plus intelligemment ?) et enfin des ressources d’emplois.
Sur cette dernière question, l’offre d’emplois est, on le sait, assez dense. La question récurrente que se posent certains acteurs aujourd’hui est devenue : comment être payé de manière plus régulière quitte à être payé moins, mais pouvoir ainsi solidifier les relations de groupe ?
Les plus gros, que l’on me pardonne cette approche mais la segmentation existe, les plus gros dis-je, ont déjà beaucoup avancé sur l’ensemble de ces ressources….Les artistes et les acteurs culturels qui nous concernent ne pourront faire pareil.
Ces mêmes acteurs, encore une fois disons qu’ils sont de petite taille, ont peu exploré, à notre avis, les pistes de la mutualisation.
Cela demande avant tout une réflexion en amont puis un investissement en temps pour repérer les acteurs avec lesquels on pourrait faire. Il faut donc se mettre en réseau et ensuite les choses avancent plus vite. On peut aussi à partir d’un petit noyau proposer une offre de nouveaux services de mutualisation et ensuite constituer son réseau autour. Encore faut-il que le service rendu soit bien à la hauteur des espérances. Et il faut innover en la matière, et ne pas se satisfaire des prêts à porter des réseaux du domaine.
J’ajoute que certaines ressources doivent être strictement créées ou recréées. André Jaunay, du conseil régional à ?le-de-France, me rappelait il y a peu que le terme de Business Angels est né à Broadway dans les années 30 et que ce terme a été forgé par les artistes eux-mêmes.
Il me semble que c’est du côté des ressources financières que principalement l’effort doit être porté. Les acteurs culturels doivent apprendre à utiliser les ressources financières de droit commun et éventuellement créer des fonds nouveaux.
Nous pensons que le risque lié aux projets artistiques est tout à fait cernable. Il peut être important, mais il peut et doit être circonscrit. Il nous semble déterminant dans les années à venir de doter les territoires de comités d’experts en économie artistique et intégrant la rareté, la portée esthétique ou l’intérêt d’éducation populaire parmi ses critères… Il serait utile que les politiques publiques facilitent la création et le développement de ces outils de financement spécifiques, mais, nous insistons là -dessus, il serait contreproductif qu’ils y soient présents à travers les comités de décision. Il est souhaitable que ces comités d’expertise de projets soient composé presque uniquement d’artistes et d’acteurs du secteur culturel. Etc.


Réjane Sourisseau et Luc De Larminat, chargés de mission pour le Cnar Culture (Opale)

Sont en jeu l’utilité sociale des projets,
le lien social, le rôle central de la personne humaine,
des réflexions sur la place des salariés

Le Cnar Culture c’est quoi ?
Depuis 2004, OPALE remplit une fonction de ressources dans le secteur de la culture pour un dispositif national de soutien à l’emploi des associations : le DLA, Dispositif local d’accompagnement « qui bénéficie de financements du Fonds social européen, de l’État (ministère de l’Économie), de la Caisse des Dépôts et en région, de différentes collectivités locales.

Ce dispositif permet aux associations de bénéficier de conseils pour mieux pérenniser leurs activités : dans chaque département un DLA les accueille, diagnotique leurs besoins, puis les met en relation avec un consultant adapté à leurs problématiques. Le coût de cette intervention est pris en charge par le DLA.

Les DLA sont aidés dans leur mission par des Centres régionaux (les C2RA) et des Centres nationaux d’appui et de ressources appelés Cnar. Il en existe 6, pour les domaines de la culture, de l’insertion, du sport, de l’environnement, du sanitaire et social et du « financement » « Le DLA n’est pas un dispositif spécifique à la culture, il s’adresse à l’ensemble des associations dites d’utilité sociale.

Les Cnar apportent un appui technique aux DLA et C2RA : productions d’outils méthodologiques (par exemple en culture sur l’intermittence), recherche de prestataires spécialisés…
Par ailleurs, ils soutiennent la structuration des acteurs associatifs, animent des plateformes de réflexion sur des sujets de fond en lien étroit avec les professionnels.

Ainsi, le Cnar culture « dont Opale est l’opérateur « est composé par deux regroupements représentatifs : l’Ufisc (Union fédérale d’intervention des structures culturelles) et la Cofac (Coordination des fédérations d’associations culturelles et de communication). Son rôle est technique, ce n’est pas un organe de représentation politique.
Les centres de ressource du ministère de la Culture sont également associés à cette mission.

Ca s’utilise comment pour les acteurs de la Culture ?
Une association n’a pas à contacter directement le Cnar Culture. Le Cnar Culture est un intermédiaire au service des DLA et au service des groupements de l’art et la culture.
Une association souhaitant être accompagnée dans la réflexion sur son évolution doit contacter localement le DLA dont elle dépend (liste disponible sur le site www.avise.org)
Par contre, sur le site internet d’Opale (www.culture-proximite.org), de nombreux documents portant sur l’emploi au sein des associations culturelles sont disponibles et peuvent être utilisés par des porteurs de projet.

Est-ce que vous sentez un changement de logique d’entreprendre dans le secteur ?
En l’absence d’éléments quantifiés sur ce sujet sur l’ensemble du champ, il est délicat de répondre de façon catégorique à cette question. Ce qui suit correspond donc à des « impressions » qui s’appliquent à une partie seulement du secteur culturel, celui que nous observons depuis quelques années, à savoir celui des associations employeuses, soit environ 30 000 structures sur le territoire représentant près de 90 000 ETP

Une indéniable professionnalisation
Au cours des 15 dernières années, de nombreuses associations culturelles autrefois essentiellement animées par des bénévoles, se sont, tout en gardant leur vocation non lucrative, fortement professionnalisées, et ce sous l’effet d’un ensemble de contraintes : administratives (mise en place du questionnaire fiscal, renforcement de la réglementation sur le spectacle vivant), économiques (création de postes à la faveur des emplois aidés, augmentation du nombre de structures de création), techniques…

Il faut néanmoins rappeler que les bénévoles restent prédominants dans la majorité de ces associations.

Responsabilité d’entreprise et d’employeur dans le respect de l’utilité sociale
Près de 3 000 associations culturelles ont eu recours au dispositif DLA, ce qui atteste certainement du fait qu’elles sont davantage conscientes de la nécessité d’adopter une logique entreprenariale et de mieux assumer leur rôle d’employeur. Toutefois, les politiques de stop and go appliquées aux emplois aidés ont tendance à « brouiller les pistes », d’autant que certaines associations ont tendance à créer des postes avant de créer un niveau d’activité suffisant.
Autre évolution, la recherche de formes d’organisation du travail différentes.
Majoritairement de petite taille, les structures culturelles sont tentées d’inventer des voies nouvelles pour mieux gérer l’emploi fréquemment à temps partiel et atomisé. Ainsi, voit-on apparaître depuis 2/3 ans, des réflexions sur les groupements d’employeurs dans le secteur culturel. Ces intiatives d’emplois mutualisés sont récentes et encore peu nombreuses, la question est de savoir si elles vont ou non se généraliser.

Si les demandes d’accompagnement à travers les DLA portent sur des aspects techniques (obligation des employeurs, gestion, comptabilité), elles portent aussi sur la finalité, le sens et les valeurs des projets, leur place sur un territoire et plus globalement sur la valorisation de leur utilité sociale.

Une lien renforcé entre culture et économie solidaire
Fait relativement récent, et touchant à la forme d’entreprendre, les associations semblent plus nombreuses à revendiquer un espace socio-économique spécifique en s’appuyant notamment sur les concepts de l’économie sociale et solidaire (lire à ce sujet Pour une autre économie de l’art et de la culture, éd. Eres, 2009).

La finalité de ces entreprises associatives dépasse les objectifs strictement économiques. Sont en jeu, nous l’avons dit, l’utilité sociale des projets, le lien social, le rôle central de la personne humaine, des réflexions sur la place des salariés, davantage considérés comme des coopérateurs que des subalternes… Les porteurs de projets véhiculant des valeurs d’économie sociale et solidaire restent attachés au potentiel démocratique de l’association loi 1901, tout en explorant parfois des formes coopératives d’entreprenariat Scop (société coopérative ouvrière de production) ou Scic (Société coopérative d’intérêt collectif).

L’apparition et le renforcement de regroupements culturels
Parallèlement à la professionnalisation individuelle, depuis une douzaine d’années, les associations du secteur artistique et culturel se sont regroupées en fédération ou en syndicats (création récente du SMA par exemple) pour être en mesure d’intervenir dans le débat public sur des aspects réglementaires de leur espace économique. Par exemple, au début des années 2000, l’action de l’Ufisc auprès du ministère des Finances pour influer sur un projet de loi relatif la fiscalité des associations loi 1901 a été efficace : ayant argumenté sur le caractère non lucratif de leurs actions, l’Ufisc a obtenu que celles-ci ne soient pas assujetties aux impôts commerciaux.
D’autre part, les secteurs des musiques actuelles, théâtre, arts de la rue, cirque tendent à se rapprocher afin de défendre, au-delà de leurs spécificités respectives, un espace économique et juridique adapté à leur fonctionnement (négociations sur les conventions collectives, combinaison de ressources marchandes, de subventions et de bénévolat).
Leur représentants sont de plus en plus présents au sein de nombreuses instances : CNV, Coreps, Conseil national des professions du spectacle-CNPS, syndicats, Cress (Chambre régionales de l’économie sociale et solidaire), la CPCA (conférence permanente des coordinations associatives), au CNVA (Centre national de la vie associative).
Du fait que la majorité des associations reste non fédérée, le maillage ainsi tissé par ces regroupements constitue un indispensable appui aux entrepreneurs non lucratifs.


Guillaume Mangier est coordinateur du centre de ressources du Krakatoa et responsable de la Pépinière.

A l’image d’un projet artistique,
la structuration est un processus

Comment penser la création de structure ? en termes de projet, de moyens, etc.
Il me semble important de penser une structure uniquement comme un outil au service d’un projet. Ainsi, la première étape - la plus importante - de la structuration est la formalisation du projet et l’étude du contexte dans lequel il s’inscrit. Il ne faut pas réduire le montage d’une structure à une somme de démarches administratives, au risque de voir la structuration prendre le pas sur le projet en lui-même.
Ensuite, la création d’une structure peut se penser sous trois angles : l’utilité, l’adaptation et le processus.
La pertinence de la création d’une structure ne s’impose pas forcément d’elle-même. La structure doit apporter des réponses concrètes aux problématiques (administratives, salariales…) rencontrées par les porteurs du projet. Une partie de l’accompagnement consiste donc à identifier ces besoins. La question de l’utilité me semble centrale afin de se garantir contre des montages trop complexes.
Pour être pleinement efficient, un outil doit être adapté à son utilisateur. La gestion d’une structure sous-tend un certain nombre de connaissances et de compétences. L’accompagnement doit faire apparaître ces ressources propres aux porteurs de projet, et identifier leurs manques afin d’aller chercher des ressources en externe.
A l’image d’un projet artistique, la structuration est un processus. Une structure n’a pas de forme immuable. Les porteurs doivent donc être en mesure d’avoir une vision prospective de leur projet.

Faut-il réfléchir la musique uniquement en termes d’économie ?
Tout d’abord, un projet ne peut pas être évalué uniquement sur des critères économiques. La musique et les activités qui y sont liées sont créatrices de valeurs non-marchandes (création, lien social, etc…). De plus, la création d’une structure permet une acquisition de compétences diverses qui participent à la formation des porteurs de projet. Ces compétences, mises en oeuvre dans un premier projet, ne seront pas nécessairement « rentables » mais pourront être réinvesties plus tard (et pas nécessairement dans le secteur musical). Ainsi, il est nécessaire que les porteurs puissent valoriser leur projet et leur parcours avec des critères pas uniquement économiques.
Il n’est pourtant pas question d’éluder l’importance de l’économie d’un projet, particulièrement dans un projet à visée professionnelle. Il est simplement nécessaire de distinguer la rentabilité à court et à long terme. À court terme, il me semble important de porter une grande attention à la maîtrise de ses coûts de fonctionnement. Les ressources financières de la structure doivent majoritairement aller à la mise en oeuvre du projet.
Ensuite, il me paraît intéressant que les porteurs de projet pensent très tôt à diversifier leurs sources de financement, et gardent une part majoritaire de financements propres.

Quels sont les outils les plus adaptés pour créer sa structure dans la musique ?
Je ne sais pas quels sont les outils les plus adaptés. Par contre, je sais que les ressources sont nombreuses. Il me semble primordial de mettre son projet en débat avec des professionnels du secteur pour bénéficier de leurs analyses, de leurs critiques et de leurs conseils. Il me semble aussi très important d’avoir une approche globale et transversale de la création de sa structure (juridique, comptable, social, politique…) d’où l’importance d’un accompagnement permettant une distanciation vis à vis du projet (« lever le nez du guidon »). Enfin, malgré le coût, il me paraît efficace de faire intervenir des experts sur certains domaines du montage (expert-comptable, avocat, etc…)


Elizabeth Vinay est responsable des fiches professionnelles à l’APCE (Agence pour la création d’entreprises)

Ne pas négliger l’étude de marché,
c’est le pivot du projet

Comment utiliser l’APCE dans le cadre de la création d’entreprises culturelles ?
Tout projet nécessite au préalable de faire une étude de marché : comment présenter son projet, à qui, auprès de quelle cible, avec quel positionnement. Puis il faut établir un prévisionnel, trouver des aides, repérer les organismes qui donnent un coup de pouce financier, la couveuse spécialisée qui pourra vous accueillir ; enfin intervient le choix de la structure (entreprise, association, SCOP…) ou du statut (nouveau statut de l’autoentrepreneur…) : autant d’informations sur la METHODOLOGIE de création abordées et détaillées sur le site de l’APCE [1].
Vous pouvez vous procurer le mode d’emploi de la création d’entreprise par secteur : entreprendre dans le domaine musical, spectacle vivant, production audiovisuelle…et autres dossiers du lot CULTURE dans la collection des fiches professionnelles APCE.

Avez-vous des chiffres sur la création d’entreprises culturelles et les formes de structures plutôt choisies ?
A priori pas de chiffres sauf ceux qui figurent dans les fiches professionnelles, c’est-à -dire une approche par codes APE de la NAF Insee.

Quels conseils donner à ces entrepreneurs ?

- s’entourer d’experts pour monter son projet, la recherche d’un modèle économique rentable doit prédominer sur un savoir faire ou une passion. Les experts sont là pour recadrer les préoccupations ! Retrouvez les réseaux d’aide et de conseil aux porteurs de projet sur le site APCE et dans les fiches professionnelles !

- ne pas négliger l’étude de marché, c’est le pivot du projet, les considérations juridiques, fiscales et sociales sont importantes mais ce sont les habillages du projet, le nerf de la guerre ce sont les clients .. donc le couple produit/marché et les efforts marketing et de communication !


Romain Aparicio est délégué général à Iastar.

Les questions de la simplification
et de la possibilité de médiation
des outils devraient être posées.

Comment penser la création de structure ? en termes de projet, de moyens, etc.
En toute logique, il faut définir et exprimer son projet pour ensuite envisager sa mise en œuvre par la création d’une structure qui aura la responsabilité de trouver les moyens et de les affecter à la réalisation du projet.
Plus concrètement dans le contexte actuel de crise économique généralisée et de révolution numérique au sein de la filière musicale, une approche centrée sur la question des moyens se fait plus réaliste. La baisse des ventes et la constriction des subventions culturelles poussent les porteurs de projet à l’innovation. Ainsi les processus de mutualisation de moyens (espaces de travail, services, emplois…) et de diversification des activités productives s’imposent comme des éléments de réponse à cette nouvelle donne.

Faut-il réfléchir la musique uniquement en termes d’économie (L’avenir de la musique est obligatoirement dans l’économie sociale et solidaire ?)
La musique ne peut s’aborder sur le seul angle économique. Elle doit nécessairement s’inscrire dans notre choix de société et de mise en avant des valeurs auxquelles nous sommes attachées. Ainsi les notions de diversité, d’émergence et plus globalement la partie "recherche et développement" de notre filière a depuis longtemps été placé sous la responsabilité des pouvoirs publics (politiques culturelles, infrastructures, aides publiques…).
Depuis quelques années le processus de concentration produit certains effets. Nous constatons par exemple l’éloignement entre la partie industrielle de notre filière (essentiellement les majors) et le tissu d’acteurs indépendants. La filière est elle engagée dans un processus de séparation ?

Les outils dont l’on dispose sont-ils adaptés face à la multiplicité des activités que doivent assumer les acteurs culturels pour pérenniser des emplois et des structures ?
J’ai plutôt envie de répondre oui. Il en existe des tonnes. C’est d’ailleurs, un peu ça, le problème. Comment s’y retrouver ? L’activité de médiation est rendue très difficile par la multiplicité de ces outils. Et vous, l’Irma ! Vous devez en savoir quelque chose. Par exemple, la loi de modernisation de l’économie de l’été dernier en propose de nouveaux. Bonne nouvelle !! J’espère que ces outils seront utiles. Mais !! Il y a toujours un mais. Ils s’agrègent aux autres et, par là même, contribueront à complexifier l’ensemble.
Les questions de la simplification et de la possibilité de médiation des outils devraient être posées.


Interviews recueillies par Jean-Noà« l Bigotti et Mathias Milliard

[1] Vous y trouverez des informations pratiques, la possibilité de monter votre projet en ligne, de créer votre blog, de recevoir gratuitement la lettre quotidienne, etc…

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L’ENTREPRENEUR MUSICAL

L’économie culturelle : un chantier en (re)construction ?
Contexte de crise(s) ! Le réaménagement des aides à la création (subventions, organismes pros…) est largement enclenché. En parallèle, de nouveaux dispositifs (autoentrepreneur, programmes en soutien à l’économie sociale et solidaire, fonds de garantie…) s’installent et s’orientent sur « l’économie d’entreprise » . La réalisation de projets et le développement de structures sont-ils de même nature ? À travers ces dispositifs, quelles sont les nouvelles méthodologies en train de se construire ? Comment suivre ? Et pourquoi ?
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