Proscenium : le think tank spectacle vivant et numérique a restitué ses premiers travaux

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Publié le mercredi 15 avril 2015

Spectacle

70 contributeurs, 6 axes de travail déclinés en propositions… Mardi 14 avril, le think tank Proscenium, initié par le Prodiss, a investi le Palais Bourbon pour la restitution de ses travaux : big data, captations, live augmenté, applications et services web, impact sur les métiers et synergies entre acteurs… Tous ces thèmes ont été balayés pour poser les bases d’un travail prospectif de longue haleine.

Un conclave au Palais Bourbon, sous les ors de la République, cela a de quoi surprendre. Mardi 14 avril, Proscenium, le think tank spectacle et numérique initié par le Prodiss (en partenariat avec Audiens, le CNV et l’IRI) restituait publiquement le fruit de ses travaux. En parallèle, l’IRI (Institut de recherche et d’innovation du centre Pompidou) a travaillé sur un rapport établissant des scenarii pour le futur du spectacle vivant à l’ère du numérique, sur lequel nous reviendrons en détail dans un article dédié. Pour Malika Séguineau, déléguée générale du syndicat, Proscenium "pose la première pierre d’une réflexion collective sur les enjeux de la révolution numérique pour les industries culturelles et créatives". Avec pour ambition de "ne plus être impacté par le numérique, mais d’en relever les défis".

C’est le 11 février dernier que le Prodiss avait convié au Labo de l’édition chercheurs, experts, startups, entrepreneurs de spectacle, organismes publics et acteurs du numérique pour poser des constats et réfléchir sur l’horizon 2025 du live : 70 personnes réparties en 6 groupes, devant chacun plancher sur un des axes de réflexion définis : big data, réalités augmentées, captations et nouvelles exploitations, places de marchés et services web et applis métiers, impact du numérique sur les métiers, et synergies entre acteurs culturels et numériques. Sur chacune de ces pistes, les états des lieux, travaux et réflexions ont abouti à des propositions de projets.

Un effort de rencontre et de réflexion entre acteurs du spectacle vivant et du numérique, largement salué par tous les intervenants. Avec pour objectif de dépasser les deux types de réaction face à l’innovation, que rappelait en ouverture Chloé Julien, créatrice de la startup Bandsquare : l’ignorance et la méconnaissance, ou la peur de se faire désintermédier.

Big data : rendre accessibles les données

Premier axe de travail : le big data. Le numérique produit une quantité colossale de données, et de façon exponentielle (90% des données disponibles ont été créées ces deux dernières années). Or noir de l’ère numérique, le contrôle et l’exploitation des données représente un axe fort de création de valeur, que le spectacle vivant n’a que très peu investi. Comme le rappelait Philippe Nicolas, directeur du CNV, "la captation des données est faite par des acteurs extérieurs au spectacle vivant, surtout la billetterie. La création de valeur échappe en grande partie au secteur". Relevant une certaine réticence des professionnels à s’en emparer (pas l’envie, pas la compétence, pas de perception de l’intérêt…), c’est vers des logiques de mutualisation pour faciliter l’accès et le traitement des données que les réflexions se sont portées.

Pour développer des classements, comme ceux qui existent pour la musique enregistrée, permettant de créer un outil de valorisation du secteur auprès des publics et des pouvoirs publics. Mais aussi pour constituer une base de données complète des salles et lieux de diffusion en France en open data, sur la base du travail réalisé par les différents centres de ressources et des bases de données existantes. En clair, un fichier exhaustif, collaboratif et ouvert, permettant à des applications tierces d’interagir avec la base via un système d’API. Philippe Nicolas, rappelant que "les datas sont l’assiette de la richesse", a également reposé comme enjeu primordial de remettre sur la table la préconisation du rapport Colin et Collin sur la fiscalité du numérique d’une taxe sur la collecte des données personnelles.

Réalités augmentées : une expérience enrichie de la culture

Mondes virtuels, expériences immersives, personnalisation de masse et recommandation géolocalisée. Tels sont les mots clés qui ressortent des travaux du deuxième groupe de travail sur les réalités augmentées. Les possibilités offertes par le numérique en la matière sont infinies : prestations d’artistes virtuels, ou bien réels mais doté du don d’ubiquité, concerts en hologrammes…

Si nous n’en sommes aujourd’hui qu’aux prémisses de l’exploration des possibles dans ce domaine, celles-ci pourraient permettre de réduire la distance entre le public et l’artiste, de générer de nouvelles sources de revenus, mais aussi de faire revivre des artistes ou des lives légendaires, tout en permettant au public de personnaliser de manière interactive son expérience. Sans oublier de veiller à anticiper les problèmes liés au piratage et à la réplication non autorisée.

Captations, User generated content : les nouvelles exploitations du spectacle

"Les captations sauvages n’ont pas attendu Internet pour exister. Les bootleggers des années 1960 le faisaient déjà". Philippe Astor, qui a rédigé le livre blanc issu des travaux du conclave, a ainsi introduit la restitution sur la captation. A l’heure de la profusion des contenus live diffusés par les internautes sur les plateformes vidéo, Youtube en tête (21% des vidéos musicales postées, soit près de 80 millions, sont des captations de concerts), de l’augmentation forte des diffusions en livestream (une centaine de festivals l’ont fait l’année dernière sur tout ou partie de leur programmation), la question se pose de penser la multiplication des canaux de rediffusion en direct, des chaînes Youtube à la télévision connectée en passant par des retransmissions dans les salles de cinéma, du streaming à la demande et des radios interactives avec du son live.

Une des propositions de projet faite par ce groupe de travail, c’est la création d’une plateforme B2B de mise en relation des producteurs de spectacles et des diffuseurs potentiels de captations. Une plateforme qui pourrait également proposer en B2C des services d’agenda ou de VOD.

Mais la question des exploitations des captations pose aussi une question de droit, qu’a rappelée Aline Renet, du Prodiss : "la valeur générée par les producteurs de spectacle leur échappe, car le cadre législatif n’a pas évolué. Il faut établir un droit sui generis". En clair, mettre en place un droit voisin pour les producteurs de spectacles. Une revendication de longue date du syndicat.

Places de marchés, services web et applications métier

Autre axe de travail, celui des nombreux logiciels et services web offrant des applications métier pour les professionnels du spectacle vivant ou des outils analytique permettant de transformer les datas en provenance du web et des réseaux sociaux en opportunités commerciales. Sur ce point, les opportunités de penser et de créer des applications spécifiques au spectacle vivant sont nombreuses : billetterie dématérialisée, yield management, API événementielles…

Sur ce point, le groupe de travail dédié a planché sur la possibilité de créer une place de marché en ligne des contenus live pour structurer et dynamiser leur exploitation et un moteur d’indexation de ces contenus intégrant toutes les métadonnées relatives.

Culture et numérique : favoriser les synergies

"Là où les startups ont beaucoup d’intuition sur les nouveaux usages et peuvent aider au développement de la filière, elles échouent souvent en raison d’une compréhension insuffisante de sa chaîne de valeur et de ses acteurs". Ce constat, posé par Frédéric Vilcocq, conseiller culture et numérique au Conseil régional d’Aquitaine et participant au groupe de travail dédié, est clair : favoriser l’innovation, c’est d’abord favoriser les rencontres, comme lors des hack days, ou dans des espaces créés comme celui de Proscenium. L’émergence de clusters, incubateurs et autres couveuses, mixant les profils, peut aussi permettre de territorialiser ces dynamiques.

Pour cet axe, les propositions de projet sont la création d’un nouvel écosystème d’accompagnement de la transition numérique basé sur un tissu de tiers de confiance, pour permettre les expérimentations. La question du financement et des modèles de croissance a également été envisagée.

Impact du numérique sur les métiers et le statut de l’artiste

Dernier axe de travail du conclave, celui du nouveau partage et du réagencement des rôles entre acteurs de la chaîne de valeur des industries culturelles. Le périmètre des métiers et le champ de compétences s’élargit, de nouveaux acteurs et de nouvelles stratégies de développement apparaissent (montée de l’autoproduction, rôle accru des managers, dimension collaboratives des projets artistiques…). Et cela interroge jusqu’au statut social de l’artiste ainsi que les relations contractuelles entre les acteurs.

Sur ces points, les travaux ont abouti à la nécessité de réfléchir à un nouveau régime de protection sociale unifié et personnalisé pour l’artiste qui tienne compte des mutations de l’industrie et des nombreux statuts qu’il est amené à adopter ou à conjuguer dans ses activités. Pierre-Marie Bouvery, avocat, a alors précisé, dans sa présentation : "les métiers de la filière ne vont pas disparaître. Ils ne seront en revanche pas assumés par les mêmes personnes de façon immuable".

Ce conclave est donc une première étape du travail du think tank Proscenium, qui devrait se poursuivre, entre autres, sur la thématique des nouvelles formes de travail et par la mise en place d’un TechLab. La restitution d’hier, ouverte par le député Patrick Bloche sur le souhait de pouvoir affirmer que "rien n’est trop beau pour la musique", a été conclue par un autre parlementaire, Luc Belot, qui, pour reprendre la sémantique ecclésiastique du conclave, a encouragé les acteurs du spectacle à faire leur la fameuse maxime : "aidez-vous, et le numérique vous aidera".


Le livre blanc sera disponible prochainement
sur le site de Proscenium