Pascal Bussy (Calif) : "Le Disquaire Day profite à l’ensemble de la filière musicale"

Publié le mardi 27 mars 2018

Interview

Ancien journaliste et homme de maisons de disques (Harmonia Mundi, Warner Jazz France, Island), Pascal Bussy vient d’être nommé à la direction du Calif, structure d’appui aux disquaires indépendants qui organise la 8e édition du Disquaire Day en France le 21 avril prochain. Entretien.

Vous venez d’être nommé à la direction du Calif, quels sont les axes de développement sur lesquels porte votre mission ?

La première mission consiste d’abord à poursuivre le travail mené depuis 10 ans auprès des disquaires indépendants. Il s’agit de faire le maximum pour les aider à s’installer, à se développer, à perdurer, et cela passe entre autres par l’organisation d’événements. Le Disquaire Day en est l’exemple, c’est un événement qui est devenu emblématique, mais je pense que d’autres rendez-vous comme celui-ci peuvent également être envisagés dans le courant de l’année.

Le Disquaire Day crée une émulation, tant au niveau international – le Record Store Day est né aux États-Unis et est présent dans de nombreux pays – qu’à l’échelle nationale, à tel point qu’aujourd’hui tout le monde veut s’y rattacher, qu’il s’agisse de certaines grandes chaînes de magasins ou de tel ou tel média spécialisé. Très clairement, le Disquaire Day est devenu une manifestation qui profite à l’ensemble de la filière.

Comment s’annonce cette édition 2018 du Disquaire Day ?

Cela sera une belle cuvée avec d’importants partenariats qu’on a reconduit avec Les Inrockuptibles ou avec FIP par exemple. Et puis le Disquaire Day reste une malle aux trésors où l’on découvre des nouveautés, des inédits, des rééditions, avec cette année encore un petit coffre de pierres précieuses à l’intérieur de la malle avec cette très belle collection "Session Unik" organisée par l’Adami et FIP et dont les enregistrements sortent en tirage limité à l’occasion du Disquaire Day. On y trouve des duos en session unique qui sont des rencontres entre deux musiciens, entre Sandra Nkaké et Thomas De Pourquery, ou entre Rodolphe Burger et Arnaud Rebotini par exemple. Ce sont des objets rares et de collection qui ont été enregistrés dans les studios de Radio France et qui correspondent parfaitement à l’esprit du Disquaire Day.

"Le vinyle redevient le support roi, mais mais il ne faut pas oublier le CD"

Combien de magasins participent à l’opération ?

De mémoire, il y a 230 disquaires indépendants qui vont participer au Disquaire Day partout en France le 21 avril prochain. Cela en fait 10 de plus que l’an passé, ce qui témoigne du nombre de disquaires qui se créent, même si certains sont en difficulté car il s’agit d’une économie fragile. La typologie des disquaires est d’ailleurs intéressante : il y a des disquaires généralistes, beaucoup de spécialisés, mais il y a aussi des disquaires ambulants qui font des ventes aux concerts et suivent l’actualité live de leur région, des disquaires-libraires, des disquaires également vendeurs de DVD, il y a même un disquaire-brasseur, des disquaires-restaurateurs, un disquaire-coiffeur, sans oublier un disquaire-tatoueur !

Envisagez-vous des évolutions au Disquaire Day pour les années à venir ?

Peut-être augmenter le spectre des musiques concernées car nous sommes bien positionnés sur le rock, et particulièrement sur le rock historique, mais je regrette qu’il n’y ait pas plus de genres représentés, du jazz ou de la musique classique par exemple.

Sur les supports physiques, le vinyle est redevenu le support roi, c’est un objet emblématique qui continue à renaître de ses cendres de manière majestueuse, mais il ne faut pas oublier pour autant le CD qui peut être aussi à la source de belles réalisations, il y a d’ailleurs déjà eu et il y aura encore à l’avenir des sorties Disquaire Day sous forme de CD. Pour l’anecdote, nous avons aussi cette année deux ou trois sorties en cassette dans la sélection, ce qui témoigne de la fascination qui existe aujourd’hui pour le vintage, et je trouve très intéressant de voir le phonogramme être ainsi décliné sous plusieurs supports, comme c’est le cas pour le livre qui est vendu en différents formats.

Quid des formats dématérialisés ?

Aujourd’hui, le numérique est un axe de réflexion. Il ne s’agit pas d’un ennemi du physique, il ne faut pas opposer les formats. Au contraire, il y a des initiatives à mener conjointement, et rien n’interdit d’imaginer des enregistrements qui sortiraient en numérique à l’occasion du Disquaire Day.

"Ma mission est d’accompagner les disquaires indépendants et d’être à leur écoute"

En dehors du Disquaire Day, quelles vont être les actions du Calif ?

Nous soutenons les disquaires en difficulté et nous effectuons un travail relationnel important auprès du ministère de la Culture lorsqu’il y a des mesures d’urgence à prendre. Une partie de mon travail va justement être de renforcer les liens entre les disquaires et les instances, que ce soit le ministère ou les sociétés civiles et la filière en général. Je veux rencontrer le plus de disquaires possibles. Cela fait à peine trois semaines que je suis en poste, j’ai déjà été voir deux magasins à Montpellier et d’autres à Paris bien sûr, et je vais continuer.

Je vais également discuter avec les fédérations de disquaires indépendants dans les régions ainsi qu’avec le syndicat Gredin. J’ai besoin de consulter tout le monde, de voir ce qui marche, d’entendre les critiques, d’établir un audit des dispositifs qui existent, notamment dans les régions spécifiques où des initiatives intéressantes peuvent être reprises et déclinées ailleurs.

Ma mission est d’accompagner les disquaires indépendants et d’être à leur écoute, y compris de leur mal-être car c’est un métier qui peut s’avérer difficile. Ce sont des militants qui œuvrent à la transmission artistique, leurs magasins sont des lieux de culture et de proximité. Les disquaires sont des passionnés qui conseillent leurs clients et aident les mélomanes à assouvir leurs coups de cœur et à en découvrir d’autres. Cet aspect humain ne pourra jamais être remplacé par des algorithmes, aussi sophistiqués soient-ils !

Propos recueillis par Mathias Milliard
Annuaire en ligne de l’IRMA :

Lire aussi : Pascal Bussy, un parcours passionnant (Tohu-Bohu, 2015)


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