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Accueil du site > Documentation > Focus > POURQUOI LE JAZZ ? La cause du jazz ou les causes d’une passion

Article mis à jour le jeudi 16 septembre 2010
Article créé le mardi 4 mai 2010

 
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Article

POURQUOI LE JAZZ ?
La cause du jazz ou les causes d’une passion

À l’occasion de la sortie du guide Jazz de France, le Centre d’information du jazz a souhaité, en guise d’introduction, enrichir la 6e édition de son guide-annuaire d’une enquête inédite. Nous avons interrogé une centaine d’acteurs majeurs de la vie du jazz : musiciens (16 réponses), journalistes (21), photographes (4), responsables de festival ou de club (12), agents et tourneurs (10), producteurs phonographiques (6), musicologues et universitaires (3), directeurs d’école de jazz (3), ingénieurs du son (2). Nous leur avons demandé de répondre en toute liberté (mais dans la contrainte, pas toujours respectée, d’un ou deux feuillets) à cette question faussement simple : pourquoi le jazz ?

À notre grande surprise, 77 acteurs sur 100 ont répondu à « cette drôle de question » volontairement ouverte, tout à la fois naïve, vaine, évidente, saugrenue, essentielle, stupide, pertinente, impossible. Finalement « parfaite » pour reprendre l’adjectif suggéré par Francis Marmande. Preuve était donc faite que la question était bonne. En lançant ainsi au hasard une telle bouteille à la mer nous avons touché juste. Au point très sensible de la naissance d’une passion. « Body and soul ».
Première conclusion : quand on interroge les « acteurs du jazz », c’est-à -dire tous ceux qui participent par leur engagement de vie à la promotion, transmission, production et diffusion de cette musique aujourd’hui centenaire et toujours juvénile, on ne reçoit que des réponses d’amoureux. Oui, le jazz est bien une histoire d’amour. Parfois, pour les plus anciens, les souvenirs remontent aux années 50 et 60, mais jamais l’émotion ne s’est émoussée. Ce qui est remarquable dans toutes ces réponses, c’est la ferveur et l’ardeur que le sujet suscite. Autre bonne surprise : qu’ils soient musiciens, hommes de radio, journalistes de presse écrite, agents, patrons de club ou de festival, responsables de label, ces « entremetteurs » ont tous bien du talent quand ils disent leur passion pour cette musique-là  !

Pourquoi le jazz ? Antoine Hervé emprunte sa réponse à Soulages : « La seule réponse, incluant les raisons ignorées, tapies au plus obscur de nous-mêmes et des pouvoirs de la musique, c’est PARCE QUE !!!!!!!!! ». Et Diego Imbert d’enfoncer le clou : « Parce qu’il ne peut pas en être autrement. » « Parce que je n’ai pas eu le choix » (Philippe Ochem). Bien sûr. « Discute-t-on la réalité d’un volcan, d’un océan ?, s’interroge Francis Hofstein. Explique-t-on l’évidence d’une existence ? » Certes ! Sans doute ! Mais insistons : pourquoi donc le jazz ? La question, nous le savions en la posant, est perfidement ambiguà« . Elle renvoie à la cause, mais à laquelle ? On sait depuis Aristote (comme nous le rappelle Philippe Méziat dans sa belle réponse) qu’il y a la cause efficiente (« à cause de quoi le jazz ? », « qu’est-ce qui explique son apparition improbable au début du XXe ? »), mais aussi la cause finale (« pour quoi faire ? », « à quelle fin ? »). Nous oublierons les deux autres causes, la matérielle et la formelle, quelque peu hors sujet. Quoique !
Pour ce qui concerne la cause finale, Philippe Ghielmetti répond laconiquement : « pour Vivre ». « Et donc pour ne pas mourir » renchérit Pascal Bussy. « Parce qu’il m’a permis de changer de vie » confesse Frédéric Charbaut. Bien sûr, le jazz ne sert à rien. Il est inutile et pourtant indispensable : « Parce que le jazz est une raison de vivre » (Sébastien Vidal). « Parce qu’il est bien plus que de la musique, avoue Jean-Louis Wiart. C’est une manière de voir, de respirer, d’appréhender la vie. On parle à juste raison de jazz attitude ». Guy Le Querrec la définit : « à ?tre jazz, c’est avant tout une manière de vivre, de se promener sur le fil du hasard pour attraper une étoile filante. » Et Philippe Méziat de conclure : « À cause d’un je ne sais quoi et pour presque rien ».
Quant à la cause efficiente, le philosophe Christian Béthune prévient : « Que le jazz fut sans « pourquoi « explique la genèse scandaleuse de son apparition aux oreilles de l’Occident qui n’en sont toujours pas revenues. » Quelques rares téméraires se sont quand même essayés à esquisser une réponse : « Parce que le jazz est né d’un accident collectif et d’un miracle métissé : La Nouvelle-Orléans. » (Gilles Anquetil). « Le jazz fait partie de ces musiques dites « de métissage « qui sont nées à l’articulation des XIXe et XXe siècles dans le prolongement des épisodes de colonisation du continent américain. » (Philippe Méziat)
Mais il est une autre cause qu’Aristote avait oubliée : la cause existentielle, contingente, imprévisible, celle qui transforme magiquement le hasard en nécessité. « J’ai été là , dit Jacques Bisceglia, au bon endroit, au bon moment. Tout simplement. » Nous ne doutions pas, avouons-le, qu’en posant une telle question beaucoup répondraient : « pourquoi le jazz est entré dans ma vie pour la bousculer de fond en comble ? ». Cela n’a pas manqué. Et c’est tant mieux. C’est ce que nous souhaitions. À savoir que chacun de tous ces passionnés se livre en répondant à cette double interrogation furieusement personnelle cachée dans la question : « quand ai-je découvert le jazz » et « pourquoi en suis-je là  ? ».
Il y a quelque chose du ravissement dans la découverte du jazz. Il y a toujours l’étincelle primordiale qui allume le feu. L’instant de la révélation. « Le jazz comme une évidence, une métaphore de la vie » (Vincent Cotro), « une sorte d’évidence, ajoute Béthune, qui n« exigeait pas qu’on l’interroge ». Au départ, le plus souvent à l’adolescence, par l’intermédiaire d’un disque, un concert, une émission de radio ou de télé, il y a le choc initial, imprévu, « la » rencontre décisive qui ouvre soudainement les portes d’un autre monde possible. C’est comme « un coup de foudre » (Laurent de Wilde ), « un coup de poing à l’estomac » (Jean-Yves Chapperon), « un premier jab du gauche » (Francis Le Bras, grand amateur de boxe thaï).
Qui sont les coupables ? Ils sont nombreux. « C’est la faute à Monk » dénonce Bernard Aimé, ce que confirme Paul Benkimoun. Mais c’est aussi la faute à Duke (Claude Carrière), Dizzy (Jean-Paul Ricard), Oscar (Laurent de Wilde), Lester (Jean-Yves Chapperon), Coltrane (Patrick Schuster, Armand Meignan), Freddie Hubbard (Frédéric Goaty), Wayne Shorter (Vincent Mahey) ou Professor Longhair à la Grande Parade de Nice (Pierre Bertrand). À cause d’eux et de beaucoup d’autres, le mal est fait. On est devenu définitivement accro à cette musique. On ne peut plus s’en passer. « Le jazz est une drogue dure » (cette même formule est employée par Diego Imbert et Pierre Christophe), « une douce et sublime addiction » (Armand Meignan). Mais, nous rassure Ludovic Tournès, « un petit jazz vaut plus que le whisky, le café, les cigarettes et le rail de coke réunis. Le développement durable avant la lettre, en quelque sorte. »

Insistons encore. Mais pourquoi le jazz précisément ? « Parce qu’il rend tangible l’utopie démocratique » (Guillaume de Chassy). « Parce que c’est la démocratie en action » (Alex Dutilh). Cette dimension politique est très présente dans de nombreuses réponses pour défendre et illustrer cette musique « intelligente, tolérante et généreuse », ouverte au carrefour de toutes les autres. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup mettent en avant les trois valeurs cardinales de la République française. « La liberté, l’égalité et la fraternité. Une société rêvée en quelque sorte, le jazz ? Oui, mais comment rêver en restant éveillé ? Cette équation, les musiciens de jazz la résolvent en permanence. C’est leur secret, c’est notre bonheur » (Jean-Louis Lemarchand).
La liberté, d’abord. Le mot revient dans toutes les réponses « Je ne sais pas quoi dire, dit Eric Le Lann, excepté que le jazz est synonyme de liberté. » « Parce que la liberté est et sera toujours le moteur essentiel de la vie » ajoute Andy Emler. « Pour la liberté, contre l’oppression » conclut Henri Texier. En aimant passionnément le jazz, tous ont choisi « d’épouser la rigueur exigeante de sa liberté » (Francis Hofstein), « une liberté vécue, conquise de haute lutte » (Alex Dutilh).
L’égalité, ensuite. Même si cette musique est « absolument hiérarchique (chaque musicien sait qui sont les meilleurs) et absolument démocratique (on ne peut être meilleur qu’à plusieurs » (Michel Contat), elle reste absolument égalitaire « au sens où le soutien du rythme est aussi précieux que le funambule de la mélodie ou l’architecte de l’harmonie » (Alex Dutilh). La fraternité, enfin. « Le jazz me permet de fraterniser avec d’autres affamés de musique comme moi » (Guillaume de Chassy). Le monde du jazz est reconnu par beaucoup comme un univers joyeux et chaleureux, « un milieu dans lequel je me sens bien » (François Peyratout), « une nouvelle famille, ma vraie maison » (Martine Palmé). En découvrant le jazz, Laurent de Wilde confesse qu’il a eu « l’impression de trouver un nouveau chez-moi ».

À vous, maintenant, de lire les 77 réponses. Elles sont toutes personnelles, sincères, enflammées, intensément vécues. Comme dans le jazz, personne ne triche. Nous laisserons à Xavier Felgeyrolles le soin de conclure : « Le jazz est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser. Le jazz vient, s’en va, puis il revient, tu crois le tenir, il t’évite, tu crois l’éviter, il te tient. Le jazz est enfant de Bohème certes, mais il connaît des lois ! Si tu l’aimes trop, prends garde à toi… En un mot, le jazz sans passion, à quoi bon ? »

Mais, au fait, vous, oui vous, lecteur de ce focus, vous n’échapperez pas à la question : pourquoi le jazz ? À vous de jouer !

Pascal Anquetil
Responsable du Centre d’information du jazz

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JAZZ DE FRANCE
Guide-annuaire du jazz en France

Avec cette sixième édition depuis l’an 2000, « Jazz de France », le guide annuaire du jazz publié par le Centre d’information du jazz/IRMA, a pour objectif de dessiner la carte du jazz hexagonal la plus à jour et exacte possible, sans sectarisme ni esprit de chapelle. Afin de s’imposer comme l’outil professionnel indispensable pour tous les amateurs et acteurs de jazz, musiques improvisées et innovantes, swing manouche, électrojazz, blues, gospel et salsa, dans notre pays.

À preuve, dans cette édition 2010, entièrement réactualisée, on trouvera plus de 6000 fiches et plus de 15 000 contacts. À savoir, la photographie la plus précise du jazz « made in France » aujourd’hui.
En chiffres, cela donne : plus de 6 000 emails, 4 500 sites dont plus de 1500 sites de partage communautaire (« myspace »). Mais aussi plus de 3 000 musiciens et groupes, 60 collectifs d’artistes, 200 agents et producteurs, 30 concours en France comme en Europe, 540 festivals, plus de 1 200 lieux de diffusion dont 370 associations, 420 clubs et petites scènes et 380 salles de plus de 400 places. Il faut y ajouter : 110 journalistes, 80 radios, 150 labels, 220 écoles, etc.
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VIVRE DU JAZZ

Enquête sur les conditions économiques d’exercice du "métier" de musicien de jazz aujourd’hui en France

Pour la publication de la précédente édition de Jazz de France publié en 2008, le Centre d’information du Jazz (Cij) avait déjà réalisé une enquête sur les milieux du jazz. L’étude "Vivre du jazz" portait spécifiquement sur les musiciens de jazz et sur les conditions économiques de leur profession. 250 réponses avaient été obtenues et permettaient de dresser un panorama statistique des activités scène / disque / enseignement, etc.
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