Musilink, marketplace pour spectacle occasionnel

Publié le mercredi 7 février 2018

Starting Blocks

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Vivant entre la France et l’Angleterre, Steve Roche a lancé Musilink, une startup qui facilite la recherche et l’engagement de musiciens pour les organisateurs de spectacles occasionnels. Mariages, anniversaires et soirées d’entreprises, la plateforme attire non professionnels et professionnels du spectacle en quête de simplification. Entretien.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




Les particuliers, entreprises, associations, agences prestataires peuvent organiser des événements musicaux, sans avoir l’obligation de détenir un ou plusieurs licences d’entrepreneurs de spectacles, du moins s’ils n’organisent que 6 spectacles maximum par an. Pour autant quel que soit le nombre de représentations produites, si leur activité principale n’est pas l’organisation de spectacles, ils peuvent, « pour effectuer toutes les démarches nécessaires à l’embauche d’artistes et de techniciens du spectacle vivant », bénéficier d’une démarche simplifiée avec le Guichet unique du spectacle occasionnel (GUSO), comme le présente la Fiche Pratique L’organisation de spectacles de l’IRMA. Mais encore faut-il qu’ils sachent comment contacter des artistes. L’économie collaborative propose déjà des solutions numériques efficaces pour la mise en relation et il est aujourd’hui possible de faciliter certaines tâches qui incombent à l’organisateur. C’est le parti pris par Musilink avec l’engagement des musiciens.

Réseaux sociaux et places de marchés dans l’écosystème MusicTech

Les startups ayant pour activité principale la mise en relation ont fait bondir la part de la catégorie « Réseaux sociaux, places de marchés » à 12% du total des 334 startups. C’est l’un des résultats notables de la 2è édition de l’ Enquête sur les Startups de la musique publiée en octobre 2017 par l’IRMA. Les services de mises en relation avec des musiciens y sont les plus nombreux.

Avec son Master en Management des systèmes d’information de l’IAE de Grenoble en poche, Steve part pour Birmingham en 2007 afin d’y perfectionner son anglais lors d’un V.I.E. (Volontariat international en entreprise). Passionné de musique et de photographie, il est régulièrement missionné pour couvrir des concerts comme ceux d’Arctic Monkeys, de Mark Knopfler, de Lionel Richie ou de Ben Harper. Là-Bas, il rencontre une pianiste-chanteuse qui partage depuis sa vie. « J’observais des agences événementielles qui référençaient des artistes proposant des spectacles de divertissement sur des sites qui marchaient très bien ». Outre Manche, les musiciens sont des entrepreneurs et s’agissant de ces agences, Steve assure qu’elles effectuent juste la mise en relation en échange d’une commission de 30 à 40 %, c’est-à-dire sans gérer le paiement de la prestation, effectué entre l’organisateur et l’artiste. « J’ai étudié ces sites et je me suis rendu compte qu’en France, cela n’allait pas marcher de la même manière », affirme Steve avant d’ajouter : « juste de la mise en relation, je ne voyais pas l’intérêt, surtout dans un secteur où c’est facile de trouver des artistes en direct : ils ont des sites Internet personnels. Je voulais fonctionner comme un Airbnb et un Blablacar ». Autre point important dans la comparaison : les sites anglais obligent les artistes à changer de nom pour éviter qu’ils ne soient contactés par les organisateurs sans qu’ils leur aient préalablement versé la commission due.


Faciliter l’organisation de spectacles occasionnelle en France


« En étudiant comment on réserve des musiciens en France, je me suis rapproché du GUSO, pour voir dans quelle mesure je pourrais faire les démarches à la place de l’employeur ». Début 2015, Steve rencontre l’équipe en charge du GUSO. « J’avais développé un outil pour automatiser les DUS [ndla Déclarations uniques simplifiées] et les DAPE [ndla Déclarations préalables à l’embauche] ». Steve présente son outil et son idée, puis il attend. Trois mois plus tard, le logiciel Musilink est approuvé.

Dans la foulée, Steve crée la société Musilink à Bourg St Maurice même s’il demeure en Angleterre. « C’est une activité que je peux gérer de n’importe où avec une connexion. Il n’y a pas de décalage horaire et je reste joignable. Et je fais des trajets régulièrement ». Il contracte un prêt pour compléter ses économies puis emploie une agence web lyonnaise qui développera son site pour sa mise en ligne en septembre 2015. « On a mis 5 mois à sortir le site. J’avais déjà développé des sites et pour un projet de cette ampleur, je voulais beaucoup de fonctionnalités dès le départ et qu’il soit visuellement beau ».

Entre temps, le startuper doit s’occuper du reste, à savoir apporter les autres fonctionnalités et communiquer pour faire connaître le service aux artistes avant le lancement officiel. L’installation de la gestion des paiements s’est avérée plus compliquée que prévue, entre le respect de la réglementation concernant l’encaissement pour compte de tiers et les usages des banques. Il a finalement opté pour le service de Mangopay. Pour faire connaître Musilink, Steve a l’idée d’organiser un concours pour les musiciens relayé sur le blog du site et offre aux gagnants une ShootingBox avec son partenaire MyPhotoAgency et le soutien des membres du jury (Quick Studio, Sens Critique, MusicMug et Mescachets.com). Il continuera d’ailleurs à produire des contenus pour animer le site ainsi que les partenariats, notamment avec Woodbrass. Commence aussi une phase de plusieurs mois d’itération au cours de laquelle des utilisateurs testent le service que Steve améliore en parallèle, grâce à son backoffice et des outils de suivi de parcours utilisateur, tout en ajoutant les nouvelles fonctionnalités au fur et à mesure.


Une place de marché pour engager des artistes pour des événements privés


En avril 2016, Musilink reçoit ses premières demandes de prestation artistique. Concrètement, l’organisateur connecté sur la plateforme crée un événement (lieu et date), puis exprime ses souhaits artistiques : genre, style, esthétique. Il définit la localisation et une fourchette de prix et visualise la popularité des artistes grâce aux étoiles et aux avis laissés par les précédents organisateurs, popularité qui classe également les artistes dans la liste. Les musiciens et les groupes inscrits sont présentés dans des Pages Artistes avec des descriptions, des photos, des vidéos… L’organisateur peut sélectionner jusqu’à 5 artistes (solo ou groupe) maximum et leur envoyer une proposition. Lorsque l’un des artistes accepte la proposition, il ne reste à l’organisateur qu’à signer le contrat d’engagement ou à uploader son propre contrat et à payer un prix global pour la prestation, sur lequel Musilink prélève 5% de commission.

Intermédiaire technique et mandataire, Musilink va alors s’occuper de toutes les démarches liées à l’embauche des musiciens auprès du GUSO : la déclaration préalable à l’embauche, la déclaration unique simplifiée, le paiement de l’artiste et le versement des cotisations sociales. Après l’événement, l’organisateur reçoit un email automatique, l’invitant à laisser son avis sur la prestation artistique. « Ça évolue après chaque événement puisque les artistes qui ont des avis gagnent en crédibilité ». Pour les primo arrivants, Steve se veut rassurant : « c’est pas comme choisir un plombier, on ne prend pas chaque fois le moins cher ». Même s’il en simplifie le processus, il pense que l’engagement des artistes implique les organisateurs. « Ils sont touchés par les photos qu’ils voient, la musique qu’ils écoutent et par les vidéos qu’ils regardent. C’est tout cela qui entre en jeu dans le choix de l’artiste ».


Et accompagner les artistes pour leurs propres contrats


En développeur agile, Steve a beau être un intermédiaire technique, il n’en reste pas moins proche de ses utilisateurs. « Tous les jours, j’appelle des artistes qui ont leur première demande pour leur expliquer la marche à suivre parce qu’ils ne sont pas professionnels, des groupes qui tournent pas mal sur des mariages et soirées d’entreprises passaient par le GUSO sans trop comprendre entre les options ». Les informer afin qu’ils puissent prendre des décisions en toute connaissance fait aussi partie de la mission de Musilink selon Steve. Fin 2016, une artiste lui fait part d’un besoin : une entreprise souhaite l’engager pour une date mais « sans s’embêter ». « Je n’avais pas anticipé ce cas de figure : l’organisateur doit créer son compte, envoyer une demande à l’artiste, qui enfin l’accepte… ça me paraissait compliqué ». Il a donc donné la possibilité aux artistes de créer des devis et donc de gérer leurs propres demandes de prestations en utilisant le service. « C’est léger pour l’organisateur. Après 2 ans et demi d’activité, j’ai optimisé son parcours pour offrir une solution la plus fluide possible sans que personne soit bloqué dès le début à cause des demandes d’informations ».


La confiance dans l’économie collaborative


Steve n’a pas souhaité « fliquer » les utilisateurs, c’est pourquoi les artistes peuvent choisir leur nom et qu’une messagerie interne leur permet de communiquer avec les organisateurs. « Il faut que le système de réservation soit le plus simple possible et colle au maximum avec la réalité. Des organisateurs qui dépensent plusieurs milliers d’euros dans une prestation doivent aussi pouvoir contacter les artistes pour en parler, finaliser les détails ». Avec sa startup, l’entrepreneur essaie d’être un intermédiaire discret. Il affirme même : « ce n’est pas Musilink qui reçoit les demandes mais les artistes directement sur leur compte ».

Lancé depuis seulement quelques mois, Musilink héberge les pages de 450 artistes et a permis à 250 organisateurs de les engager. « 2016, c’était le lancement. En 2017, le chiffre a été multiplié par 15 et là c’est bien parti aussi ». Des professionnels du spectacle comme les agences événementielles et les wedding planners ont aussi commencé à s’intéresser à la plateforme. « Une agence vient d’ailleurs de réserver notre artiste le plus populaire, Les Buskers, pour un événement d’Ubisoft en mars ! Les événements deviennent de plus en plus gros ». Signe que Musilik inspire confiance et que Steve peut désormais développer sa plateforme pour satisfaire cette demande d’ « événements d’exception ».




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