M@MA INVENT : MUSIQUE ET INNOVATION SE CONJUGUENT AU PRÉSENT
L’innovation, c’est maintenant !

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Publié le mercredi 7 octobre 2015

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Du 14 au 16 octobre, c’est le MaMA, augmenté cette année par M@MA Invent, dédié aux startups, aux nouveaux outils et aux prestataires de solutions en lien avec la filière musicale. L’occasion d’aller à la rencontre de tous ceux qui agitent l’écosystème. Qu’on se le dise : la nouvelle économie de la musique, on en parle au MaMA, elle se voit à M@Ma Invent !


M@MA Invent : Tout un programme !


L’innovation dans l’écosystème musical, c’est ici et maintenant. Tel pourrait être le slogan du MaMA 2015 et de sa nouvelle extension, MaMA Invent. Pour cette nouvelle édition, le salon professionnel s’est adjoint les services de l’Irma afin de dédier un espace spécifique aux startups, aux nouveaux outils et aux prestataires de solutions en lien avec la filière. Installées au Trianon, ces trois journées thématiques (Artistes, spectacle, promo et business) permettront de balayer l’actualité de l’interpénétration de la musique et des nouvelles technologies. Pour Fernando Ladeiro-Marques, directeur du MaMA, cette évolution est logique : « à sa création, le MaMA a surtout attiré des acteurs du spectacle vivant. Au fil des années, ils ont été rejoints par les professionnels du disque, de l’édition, les institutionnels… L’innovation est aujourd’hui au cœur de l’écosystème de la musique. La musique, dans sa production, sa distribution et sa promotion, est aujourd’hui intimement liée aux nouvelles technologies, il est donc important pour nous de réunir tout ce monde-là. Nous embrassons la filière au sens large, avec tous les acteurs directs et indirects. »

Au M@MA Invent, la filière musicale est invitée à rencontrer et intensifier les échanges avec les acteurs de l’innovation, avec leurs futurs prestataires et partenaires. Pour cela, un forum avec des corners, des ateliers, des sessions de pitchs, des espaces de rencontre, des focus sont au programme. Pour Fabrice Castellon, dont l’entreprise, Beepeers, aide les SMAC et les organisateurs de festivals à développer leur stratégie d’acquisition et de fidélisation de fans autour de solutions applications mobiles dédiées, « le MaMa a toujours été un événement important de la rentrée pour le secteur de la musique. Le renforcement de la formule "Convention B2B" le rend désormais incontournable pour tous les pros du digital souhaitant évoluer dans le monde de la musique ». Fort de cette analyse, il exposera sa solution lors de la journée spectacle, le jeudi, dans l’un des seize corners installés dans l’espace Innovation. Les pitchs sessions des éditions précédentes (qui ont vu l’emporter d’anciennes startups comme Transparency Right Management, Weezevent, Weezic ou encore Meludia) ont donc grandi, pour devenir M@MA Invent.

L’Irma s’est particulièrement investi dans le montage et l’animation de cette nouvelle offre. Pour Gilles Castagnac, son directeur, « la démonstration arrive à point nommé ; l’innovation interpelle la filière depuis de longues années. Ce n’est plus une “menace extérieure”, mais bien une mutation interne, opérationnelle et concrète ».


La musique a déjà basculé dans l’ère numérique


Streaming, distribution numérique, marketing digital, cashless, billetterie dématérialisée, réalité augmentée, big data… Autant de termes, et de services liés, aujourd’hui pleinement investis par la filière musicale, et qui montrent que l’innovation est aujourd’hui une réalité quotidienne, plus ou moins récente, mais bien réelle. Comme l’explique Philippe Astor, journaliste et responsable éditorial du think tank Proscenium (En keynote le jeudi), « aucune industrie, ni le spectacle vivant ou la musique enregistrée, ni les transports ou l’énergie, n’échappe à la transition numérique. On est aujourd’hui pleinement rentrés dans une économie de l’innovation et de la disruption ». En effet, il ne s’agit plus d’envisager l’avenir, mais de construire les solutions d’aujourd’hui.

Dans la musique enregistrée, le streaming s’installe dans les modes de consommation de la musique, comme l’illustrent les chiffres du Snep (Syndicat national de l’édition phonographique). A fin juillet 2015, le marché du streaming, en progression de 43%, réalise les deux tiers des revenus numériques et 28% du marché global. Et l’écosystème qu’il créé promet des opportunités dont se saisissent déjà de nombreux acteurs. Pour Denis Ladegaillerie, Dirigeant fondateur de Believe, « il y a aujourd’hui un champ d’innovation énorme qui s’est ouvert autour du streaming, qui demande des investissements forts et de l’expertise pointue. On a désormais accès à une quantité d’informations phénoménale sur la consommation de la musique, en temps réel. Et c’est exponentiel. On est déjà au-delà du big data. Il faut être outillé dès maintenant pour suivre le mouvement. Il ne s’agit pas de l’avenir, mais bel et bien du présent ».

Le spectacle vivant, que l’on pourrait penser de prime abord plus en retrait de la révolution numérique, semble moins impacté directement par l’innovation. Il n’a certes pas été frappé de plein fouet par le numérique dans les années 2000, comme ce fut le cas pour la musique enregistrée, et a même plutôt bénéficié de l’effondrement du marché des supports physiques. Pour Philippe Astor, « il s’agit là d’un constat de surface. Si l’on creuse la question, on voit qu’il y a déjà des impacts effectifs, et si l’on se projette un tout petit peu dans le temps, ils vont être directs ». En effet, le live a déjà investi le cashless et la billetterie dématérialisée, s’engouffre dans le champ du traitement des données récoltées par ce biais, et commence à parler de yield management. Si certaines innovations semblent aujourd’hui plus difficiles à appréhender, comme tout ce qui tourne autour de l’expérience augmentée et de la réalité virtuelle, elles sont déjà présentes, et sont amenées à se développer fortement. De même, les nouvelles exploitations, comme la captation, offrent dès aujourd’hui des débouchés intéressants. Pour Philippe Astor, « un large pan économique du spectacle va reposer là dessus, et le secteur va s’en trouver transformé. Une tournée d’un artiste international ne sera plus composée que de quelques dates, mais auxquelles des millions de personnes pourront assister, via des autoradios ou des écrans connectés, ou immergés dans des salles ou des bars ».

La promotion a également largement investi les réseaux sociaux et les nombreux outils et applications qui permettent de fédérer et de gérer des communautés. Les agences de promotion et marketing digital fleurissent depuis plusieurs années. Les logiciels et applis métier également. Et pour accompagner ce mouvement, les incubateurs, pépinières, couveuses ou clusters se multiplient sur tout le territoire. Le ministère de la Culture et de la Communication, qui a annoncé récemment la pérennisation de son plan de soutien à l’innovation et à la transition numérique pour la musique enregistrée (labels et petites plateformes), financera également sur 2016 des fablabs. De même, à l’issue de la médiation Schwartz, une vingtaine d’organisations, d’organismes et d’entreprises ont signé dans les salons de la rue de Valois, un protocole d’accord de sept objectifs sur trois ans pour un développement équitable de la musique en ligne.

Il ne faut pas non plus oublier les artistes, points de départ de tout le reste. Il s’agit également de coller au fonctionnement des jeunes artistes, ceux qui sont nés dans l’économie numérique et pour lesquels cet environnement est naturel. Comment les aider à s’y retrouver, à mieux maîtriser les logiques de leurs partenaires et les opportunités d’outillage ? La première journée du M@MA Invent a ainsi été construite à leur intention.


La filière musicale à l’initiative


Un certain nombre de projets ou services innovants sont déjà à l’œuvre dans le secteur musical, illustrant la prise en compte progressive, mais déjà ancienne, de la nécessité de prendre le train en marche de la révolution numérique. Believe, leader mondial de la distribution numérique, renforcé par le rachat avant l’été de son homologue américain Tune Core, fait figure de précurseur. Dès 2005, il se lançait sur un marché balbutiant. Aujourd’hui, leur offre s’est étoffée, allant d’un service d’autodistribution à destination d’artistes qui n’ont pas nécessairement l’ambition d’être professionnels, mais souhaitent être distribués en numérique, jusqu’à des labels et artists services complets sur lesquels Believe propose un accompagnement du processus créatif, de l’investissement dans la production et le développement, en France et à l’international, de la gestion de projet, de la coordination de promotion, et du marketing. Denis Ladegaillerie pose ainsi son raisonnement : « aux États-Unis, 75% des revenus du marché sont issus du numérique. Il y aura toujours un peu de CD et de vinyle dans les 10 années à venir, mais on sera à 90% sur du numérique. C’était le sens de l’histoire pour nous, dès le début des années 2000. La seule inconnue, c’était la vitesse de transition du marché, et d’avoir la force nécessaire pour tenir jusque-là. Aujourd’hui l’accélération de l’adoption du streaming par les utilisateurs vient valider nos choix ».

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Exemple de page de l’interface Boem

D’autres solutions, émanant d’acteurs traditionnels et de leurs représentants, sont également aujourd’hui actives. Depuis 2010, sur une idée initiale de François Millet, fondateur des éditions Vital song, la CSDEM (Chambre syndicale de l’édition musicale) a créé la base BOEM (Base œuvres de l’édition musicale). Il s’agit d’une interface qui permet aux éditeurs membres de la CSDEM d’intégrer dans une base de données les paroles des chansons dont ils sont cessionnaires, avec les métadonnées associées. L’outil, géré conjointement avec la Seam (Société des éditeurs et auteurs de musique), et le prestataire Music Story, permet de percevoir et redistribuer les droits liés aux exploitations sur le graphique. La base de référence est à la fois un outil client et répartition. Ses clients sont variés, allant de pures players paroles aux plateformes d’environnement musical qui souhaitent enrichir leur offre et leur éditorialisation, en passant par des groupes de presse, notamment de presse people. Signe d’une évolution des mentalités des professionnels, la logique n’est plus à l’interdiction des usages illégaux, mais à leur encadrement. « Nous allons vers les sites qui utilisent déjà les paroles, mais illégalement. Quand nous en repérons un, nous lui faisons une proposition commerciale », explique Angélique Dascier, secrétaire générale de la chambre syndicale. Le cas de Paroles.net en est un bon exemple. Aujourd’hui, la CSDEM est en discussion avec des acteurs internationaux comme Refind ou Musixmatch, pour associer les paroles d’œuvres françaises (et donc les droits liés) à leurs catalogues internationaux.

Autre projet de base de données, celui de Bee Music. Porté par Kantar Media, à qui le Snep avait déjà confié la gestion de sa base BIPP (Base de données interprofessionnelle des producteurs phonographiques), il est développé depuis 2013 par un consortium composé de l’Ircam, Idol, LTU, Sinequa, Arkena et Musicovery. Pour Denis Gaucher, directeur général de Kantar Media, la phase de réalisation, qui prendra fin début 2016, a accouché d’une « base de données de référence pour l’industrie musicale. Nous avons pluggé des technologies innovantes pour ouvrir largement le spectre des usages : enrichir des outils et des services, coordonner les différents acteurs de la filière musicale… » En clair, Bee Music peut être utilisée pour tous les services qui nécessitent de recourir à une BDD de référence : promotion, applis, site web, gaming, en BtoB ou BtoC, gestion et répartition de droits…

Dans le domaine du spectacle vivant, le think tank Proscenium, initié par le Prodiss, a décidé de prendre à bras le corps les impacts du numérique. Un premier conclave a débouché sur la rédaction d’un livre blanc (lien), qui envisage tous les aspects de l’innovation : big data, billetterie dématérialisée, nouvelles exploitations (captation…), réalité augmentée… Son responsable éditorial, le journaliste Philippe Astor, explique ainsi la démarche : « le spectacle vivant a appris de la musique enregistrée, et de son retard à prendre en compte la révolution numérique. Il veut aujourd’hui prendre les devants, et se poser comme pilote de ces évolutions ». Pour lui, l’innovation, ce n’est pas le futur du live, mais déjà son actualité : « on est au début de cette révolution, mais elle est en marche. Et le spectacle vivant peut aussi inspirer d’autres secteurs d’activités, même très éloignés de la musique. Il peut être une plateforme de pilotage de la transition numérique ».

Ces différents acteurs seront présents au MaMA, où la Sacem présentera également une nouveauté qui devrait plaire et faciliter les démarches de nombre de ses sociétaires : le feuillet numérique.


Des solutions et services pour toute la filière


M@MA Invent sera aussi l’occasion d’appréhender la diversité des entreprise et startups qui proposent services et prestations autour de la musique. L’Irma avait déjà présenté, il y a presque un an, un large panorama de ces nouveaux acteurs de la filière (cf Focus startups). Ils seront nombreux à être présents au Trianon pour présenter leurs offres aux professionnels.

Rhythm and Town utilise la 3D, le big data et la réalité virtuelle pour rendre les créations plus visibles sur Internet, et travaille actuellement, en plus de sa plateforme de vidéos live, à un concept d’émissions Youtube. Pour Pierre Eligny, son fondateur, le but est de « susciter de l’intérêt sur les réseaux sociaux, en habillant la prestation de l’artiste afin d’améliorer la rétention sur la vidéo, critère de performance sur la plateforme Youtube. Nous développons ce type de stratégie en l’adaptant à l’entreprise pour laquelle nous travaillons, pour optimiser le travail déjà effectué ».

Digital Essence s’adresse également aux acteurs du live, en proposant un service de mapping vidéo pour formaliser des scénographies interactives et novatrices. Pour Arnaud Berthonneau, son fondateur, « ce sont généralement des solutions chers et complexes à mettre en place. Nous apportons des solutions logicielles plus légères, plus rapides à mettre en place et donc moins onéreuses (…) grâce à notre version HeavyM LIVE, les amateurs/semi-pros de l’audiovisuel peuvent enfin réalisés par eux-mêmes les projets de leur rêves sans compétences particulières ».

Du côté des progiciels, Bob el web sera là, fidèle au poste depuis le premier MaMA, pour présenter les dernières évolutions de son produit phare, Bob Booking, ainsi que PurpleBase, un outil pour les musiciens auto-diffusés et les opérateurs qui les accompagnent. Pour Jean-Luc Mirebeau, son directeur général depuis 2006, Bob Booking permet, quelle que soit la taille de la structure, « d’économiser entre 25 et 50% de leur temps de travail, et il est devenu la colonne vertébrale de leur organisation. Maintenant, on a répondu à quasiment tous les besoins exprimés par les bookeurs, les administrateurs, les chargés de prod et de com, et on va proposer aux producteurs de spectacles des innovations qui vont changer l’exercice de leur métier : accès à un flux de données très qualifiées, outils de pilotage commercial… »

Le MaMA a une dimension internationale, avec 4 500 professionnels présents venant de 64 pays. C’est donc en toute logique que l’on y retrouvera des solutions venues d’ailleurs, comme TGIT, en provenance du Québec, et qui œuvre dans l’univers des métadonnées, avec pour objectif de « réduire le fardeau des labels et ayants droit qui transmettent à répétition des informations aux diverses plateformes musicales et à leurs collectifs de gestion ». Pour Jean-Robert Bisaillon, son fondateur, être présent au MaMA présente plusieurs intérêts : « la France a depuis longtemps amorcé la réflexion sur les métadonnées. Pour nous, entreprise nord-américaine, une présence au M@MA Invent profitera de ce contexte particulier. La France est aussi l’un de nos premiers marchés potentiels, notre logiciel présente une interface bilingue. M@MA Invent, avec ses Corners, nous permettra de constituer un point de chute permettant à nos clients potentiels de venir nous rencontrer au moment de leur choix ».

Greencopper, qui fournit d’ailleurs l’application officielle du MaMA, présentera ses solutions d’applications mobiles et de calendriers web responsives pour les festivals. Ils équipent actuellement plus de 250 événements (Rock en Seine, Francofolies, Vieilles Charrues, Eurockéennes…). Le MaMA sera aussi l’occasion de découvrir leur plateforme en ligne golive.fm, qui permet aux organisateurs d’événements de construire eux-mêmes leurs outils de communication. Gwenaël Le Bodic, son CEO, profitera du salon pour « présenter les dernières innovations technologiques mais également pour rencontrer ses clients existants, des clients potentiels et également des partenaires technologiques ».

Et pour accompagner toute cette exposition (45 corners, de nombreux ateliers) une dizaine de focus permettront de détailler les enjeux induits par toute cette mutation : DIY, cashless, métadonnées, crowdfunding, playlist, API, spectacle augmenté, réalité virtuelle, big data, video live, metrics… de quoi nourrir tout un programme non-stop en multipliant les interventions de professionnels. De plus, chacune des trois journées verra se dérouler une session de pitchs, en rapport avec les thématiques quotidiennes. Chaque midi, la scène du Trianon laissera la place aux 3 startups finalistes qui présenteront leurs constats et leurs modèles pour révolutionner la création, le spectacle et le business, devant les professionnels de la musique et de l’innovation. Trois grands témoins sélectionnés pour leur expertise pourront questionner ces visions d’avenir. Plus qu’un concours, il s’agit de faire dialoguer et progresser les solutions. « Le pitch est le meilleur format pour découvrir des startups, on ne pouvait pas s’en passer. Il fallait aussi construire un cadre plus large pour les anciennes startups devenues des prestataires techniques de la musique, un endroit pour les rencontres et les échanges entre les métiers et les innovateurs : M@MA INvent a été pensé comme cela », résume Fabrice Jallet, expert innovation à l’Irma.


La nouvelle économie, on en parle au MaMA, elle se voit au M@MA Invent


La musique a, depuis le début des années 2000, été en première ligne face aux transformations profondes engendrées par la révolution numérique. Après l’avoir subie, elle apparaît aujourd’hui en ordre de bataille pour relever les défis imposés. Et le M@MA Invent est un moment privilégié pour prendre la température des opportunités, services et prestations qui font bouger les lignes. Ce sera également, comme toujours, l’occasion d’assister à des débats de fond, qui mettent en perspective les problématiques du secteur, avec de nombreux intervenants français et internationaux, professionnels aguerris ou observateurs avisés. Qu’on se le dise, la nouvelle économie de la musique, on en parle au MaMA, elle se voit à M@Ma Invent !


Dossier réalisé par Romain BIGAY

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