Les plumes de la filière musicale

Publié le mardi 5 juillet 2016


EMMANUEL LEGRAND, WHAT ELSE ?


« La presse professionnelle, c’est un petit peu le fou du roi ».

Legrand Network
@legrandnetwork


Emmanuel Legrand, c’est LE journaliste de presse professionnelle musique français de dimension internationale. Son CV est aussi long qu’un rouleau de papier pour rotative : Show magazine, Music&Media, Billboard, Music Week… Il a travaillé et dirigé les rédactions de tous les grands titres que compte le secteur. Toujours en alerte sur l’actualité, il démarre l’entretien en mentionnant l’arrêt, en juin de cette année, de Musik Markt, qui existait depuis 1959. Comme pour placer d’emblée la tonalité de la discussion sur la situation de la presse professionnelle musicale, en lui donnant un éclairage européen, il glisse : « même le marché allemand, troisième ou quatrième marché musical mondial en fonction des années, qui avait réussi à faire vivre deux canards professionnels, est touché. Il ne reste plus que Musik Woche… ».

Paris-New York-Paris

Le journalisme, il le choisit dès l’adolescence, comme un gage de liberté et une garantie de voyager. La suite lui prouvera qu’il ne s’était pas trompé… Bien que passionné de musique, d’aussi loin qu’il s’en souvienne, comme le chantait Barbara, c’est le journalisme économique qui le branche. Un intérêt qu’il mettra à profit pour se spécialiser progressivement, dès la fin des années 1970, sur ce que l’on n’appelait pas encore les industries créatives et culturelles. « Il n’y avait pas de prédestination à me retrouver dans la musique, ce fut un concours de circonstances. Mais c’est quand même plus sympa que le secteur du pétrole ou de la boîte de conserves », confie-t-il, en riant.

Son voyage démarre lorsque, étudiant, il travaille en parallèle pour une association dépendant du ministère des Affaires étrangères, dont l’objectif est de créer une BDD sur le business de l’audiovisuel dans le monde. Sa mission : lire les journaux professionnels du monde entier, repérer les articles intéressants et en faire des abstracts. « J’ai énormément appris de cette expérience, qui mobilisait les bases du journalisme : compréhension et synthèse, qui plus est dans une langue qui n’était pas la mienne », se souvient-il. Mais l’étudiant en sciences éco et droit à Nanterre n’est pas très assidu. L’essentiel de son temps, il le passe dans les cinémas du quartier latin à parfaire sa culture cinématographique. Exit la fac, il entre dans la section journalisme de l’Efap (École française d’attaché de presse). Il s’y passionne pour les cours d’histoire de la presse de Jean-Clément Texier. Dans son élément, la réussite est au rendez-vous, et il décroche un stage à l’AFP, au service politique, puis au secteur diplomatique, « une expérience géniale, d’une richesse incroyable, au contact de professionnels aguerris et désireux de transmettre ». Il enchaîne sur un DESS à la Sorbonne, puis vient le temps, que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, du service militaire. Par un concours de circonstances, et un heureux hasard, il décroche un poste de volontaire du service national actif (VSNA) : 18 mois au département audiovisuel du consulat français de New York. Il y crée, sous les ordres de Thomas Valentin, actuel numéro 2 de M6, une lettre d’information mensuelle sur le marché audiovisuel américain.

1984, retour en France, un peu à contrecoeur. C’est là qu’il expérimente le conseil qu’il donne aujourd’hui à toutes celles et ceux qui souhaitent devenir journaliste : enfoncer les portes pour montrer ce que l’on sait faire. Il rencontre les gens de la jeune chaîne MTV et écrit un article dessus, qu’il envoie par la poste à Show magazine. La même année, il casse sa tirelire pour se rendre au Midem, et contacte à son retour Jean Nouailhac, le rédac’ chef de Show magazine, qui lui propose sur le champ un déjeuner. À peine arrivé au dessert, il est embauché. Une expérience de 2 ans dont il retire beaucoup : « j’y ai appris ce que veut dire fabriquer un magazine. D’avoir connu cette époque de la presse, avec des clavistes, des typographes, m’a apporté une vision globale précise, encore aujourd’hui très utile à l’ère numérique ». On est alors dans la deuxième moitié des années 1980, l’industrie est sur une pente ascendante. Mais les rapports entre presse et professionnels n’en sont pas pour autant plus simples. La disparition du jour au lendemain d’un annonceur en raison d’un article qui lui a déplu n’est pas rare. Comme la tendance des maisons de disques à considérer que la publicité est inutile et que leurs artistes parlent d’eux-mêmes. Des susceptibilités pas toujours évidentes à ménager, d’autant plus dans un secteur où (presque) tout le monde se connaît. « L’outil critique est essentiel, car c’est un regard de travers sur un métier. La presse professionnelle, c’est un petit peu le fou du roi. Et si un professionnel est en colère à cause d’un article, à lui d’apporter des éléments pour en expliquer les raisons », explique-t-il très clairement. Il se lance ensuite en free lance, et prend conscience de sa capacité à rédiger en anglais. Il couvre l’audiovisuel pour les magazines anglais Broadcast, TV World, puis pour Music&Media et Billboard, ce qui lui vaut également d’être rédacteur en chef de la section française de Midem News, MIP news et MIPCOM News, les journaux des salons cannois, de 1989 à 1996, où il croise Gildas Lefeuvre, Rémi Bouton et Gilles Castagnac.

London calling

En 1996, il quitte la France pour rallier Londres et prendre la rédaction en chef de Music&Media, qu’il assurera jusqu’en 2003. Un passage qui confirmera son sentiment de la nécessité de la concurrence pour la presse. « Quand il y a concurrence, il y a une raison de rester en vie, même si on coûte de l’argent. Tant que mon concurrent, Phono, était là, ma maison-mère continuait d’investir, même à perte. Quand Phono a disparu, j’ai dit à mon équipe que c’était la pire chose qui pouvait nous arriver. Six mois plus tard, on disparaissait… », se souvient-il. Outre-Manche, il découvre une autre conception de la presse professionnelle, objet ambivalent, qui fait partie de la profession sans en être, et qui parle à l’ensemble d’un secteur, en essayant de comprendre et d’éclairer les métiers et les usages : « dans les pays anglo-saxons, et j’y inclus l’Allemagne, la culture de la presse professionnelle est très différente. Si la presse est ton miroir, tu te l’appropries et tu la soutiens. Très concrètement, cela veut dire prendre de la publicité. En France, pour l’avoir vécu, c’est très difficile. Les Anglo-saxons accordent une grande importance à la communication vers les professionnels, les intermédiaires, les détaillants et les prescripteurs ». Les rapports, et les frontières, entre éditorial et publicité, sont également plus clairement établis. Tous les titres pour lesquels il travaille comportent des advertising supplements, financés par la pub, et dans lesquels les annonceurs sont valorisés. De même, il découvre une pratique impensable en France : des encarts pub achetés pour y publier des hommages, après le décès d’un artiste ou d’un professionnel. Il explique : « il y a là une sorte de symbiose incestueuse, que l’on peut critiquer, mais qui fait vivre les canards et garantit un équilibre. Ça peut être limitant pour l’aspect journalistique pur, mais il faut apprendre à gérer ces équilibres tout en restant intègre ». Un exercice d’équilibriste qu’il continuera de mener de 2003 à 2006, à la tête du bureau international de Billboard, un réseau de 40 correspondants qui couvrent le monde entier. Bureau qui sera par la suite supprimé, réorientant la ligne éditoriale sur le seul marché anglo-saxon, avec très peu d’articles internationaux.

Au cours des années 2000, il constate également la montée en puissance de l’intérêt de la presse généraliste pour le music business. Jusqu’alors, la presse économique et la presse grand public ne s’intéressaient que très rarement à une industrie représentant pourtant 40 milliards de dollars. Avec la crise du disque, et les prémisses de la révolution numérique, le narratif change, la musique devient intéressante : « il y avait un conflit, une rupture, des antagonismes violents. En clair, il y avait enfin une histoire à raconter ». S’y ajoutent également la vague de fusions entre majors, comme le projet Warner/EMI en 2001, et les batailles déclenchées à Bruxelles sur les questions de concurrence, qui passionnent la presse économique. Les articles se multiplient dans le Financial Times, le Wall Street journal… Au point parfois de doubler la presse professionnelle sur certains scoops. Une concurrence qu’Emmanuel Legrand voit d’un bon œil : « plus il y a d’articles sur le secteur, diffusés dans une presse qui touche un public plus large, mieux c’est. Cela oblige le secteur à se poser des questions sur lui-même, à réfléchir à sa façon de se présenter ». Il travaille ensuite pour la Cisac, de 2006 à 2014, sur l’organisation de leurs conférences, le World copyright summit puis le World creators summit. Une multiactivité nécessaire, qu’il assume et explique simplement : les conférences, les séminaires ou la formation professionnelle sont un prolongement naturel du métier de journaliste, « l’équivalent du live pour un artiste ». Sa limite a toujours été claire, ses missions doivent relever de l’éditorial, et ne pas franchir la ligne rouge du conseil aux entreprises.

En 2007, il crée, pour la première fois, son propre journal, Impact, consacré à l’édition musicale, qui sortira pendant deux ans. Le projet est monté avec l’équipe d’IQ, magazine sur le live, en partenariat avec la chambre syndicale de l’édition musicale anglaise. Une expérience qu’il estime comme l’une des plus intéressantes de sa longe et riche carrière. Mais qui fut aussi l’occasion de lui rappeler, s’il en était besoin, les difficultés de la presse professionnelle : « C’est un grand regret pour moi. L’édition musicale n’avait jamais eu son journal. Il y a eu un phénomène d’appropriation très fort, que l’on n’avait pas mesuré. Pour la première fois, un magazine parlait de leur business. Il n’a pas manqué grand chose : une page de pub par major de l’édition par an. Autant dire, pas grand chose. Mais elles n’en voyaient pas l’intérêt. Encore aujourd’hui, beaucoup de professionnels me demandent si je prévois de relancer Impact… »

Le roi de la jungle est mort

« Le canard professionnel n’a plus sa position centrale, il n’est plus le roi de la jungle. Cela oblige aussi les titres de presse pro à revoir leur façon de travailler, en apportant de la plus-value en terme de contenu. Ceux qui renforcent l’analyse, le commentaire, l’éclairage ont sans doute un avenir », analyse-t-il lorsqu’il s’agit d’évoquer l’avenir de la presse professionnelle musicale, pointant le besoin d’un journalisme économique analytique et critique. Saluant ceux qui continuent de le faire en France, Emmanuel Torregano, Rémi Bouton et Philippe Astor en tête, il regrette l’absence d’un point central fédérateur, qui viendrait répondre à l’éclatement des sources d’information. Un changement de modèle économique s’impose, à l’image de ce qui se fait de plus en plus dans la presse magazine, tel Wired dans un autre domaine : « le canard peut très bien n’être qu’un produit d’appel, accessible, qui permet de créer et fédérer une communauté pour les conférences, qui elles, se monnayent. Billboard le fait depuis des années, Music Week également ». Et imagine aussi la possibilité que le réseau des bureaux export en Europe se mette en pool pour réaliser des monographies de marché. En attendant, toujours rédacteur en chef de Music Week, il travaille sur de nouveaux projets éditoriaux, mais chut ! On en saura sûrement plus dans quelques temps.


EMMANUEL TORREGANO, L’ÉLECTRON LIBRE


« La presse professionnelle musicale n’a jamais existé ».

Électron Libre
@ZaraA


Pour qui fréquente les conférences de presse et rendez-vous professionnels musicaux, il est le petit grain de sable, celui qui pose les questions qui fâchent, qui oblige les professionnels à sortir de leur discours préparé pour répondre sur le fond. Pour lui, le journalisme est « une remise en question permanente : de ce que je fais et écris, et de ce que tout le monde déclare ou affirme ». Pourtant, Emmanuel Torregano, fondateur d’Électron Libre, un des derniers médias de presse professionnelle musique en France, voulait être journaliste sportif. Mais s’il était écrit qu’il y aurait, pour lui, du sport, ce sera dans le domaine de la musique et des médias. Après des études de philosophie, il démarre sa carrière à feu L’Événement du jeudi, où il « apprend les bases du métier », avant de rejoindre les pages médias du Figaro. C’est là que se produit la première rencontre avec la musique : « la page médias s’occupait essentiellement de pub et de télévision. Je m’occupais de la radio. Et dans la radio, il y a la musique. Un jour, mon chef m’envoie à la conf de presse du Snep, alors dirigé par Paul-René Albertini. La seule chose que j’avais compris, et ce fut l’angle de mon papier : dans la musique tout va bien ».

On est alors en 1999, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’à l’année record de 2002, et les 1,2 milliard de revenus pour la musique en France. Pourtant, l’onde de choc de la révolution numérique a déjà frappé les États-Unis depuis un an et demi. Jusqu’alors, la musique, hors artistique, est quasiment absente des colonnes des grands quotidiens. Des revenus florissants, un écosystème stable au fonctionnement immuable… Comme le veut l’adage, on ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure. « Ce qui change tout, c’est l’arrivée de Napster (en 99 NDR), qui met la musique au cœur de l’actualité. J’ai été le premier à écrire dessus, alors que je ne comprenais pas grand-chose au MP3. Tout le monde découvrait, et pour la plupart des pros, ce n’était pas un sujet ». Tout bascule en 2003 : début de la crise du support physique, et changement de discours dans la filière, il faut lutter contre le piratage et le peer to peer. « Mon rôle à la page média devient plus intéressant, je parle de plus en plus de musique, mais elle n’est qu’un angle d’approche de la mutation numérique, pas une rubrique à part entière ». La musique, dans les grands quotidiens, est encore l’apanage des rubriques culture, pour qui « parler d’argent est inconcevable quand on parle d’art ». La raison est simple : la presse médias est avant tout une presse d’échange. Et la musique n’ayant jamais eu de politique d’achat d’encarts publicitaires dans la presse, elle reste un sujet d’exploration. Le déferlement du numérique déstabilise encore plus la presse médias : il n’y a pas d’annonceurs.

De 2002 à 2004, il est de l’aventure GrandLink Music News, avec Richard Charvet et Philippe Astor. Sorte de Yacast luxembourgeois de l’époque, GrandLink sponsorise alors un magazine sur l’industrie musicale pour se faire connaître : « un projet mégalomaniaque, un grand catalogue de 80 pages, très beau, très fourni… Et qui a été un four complet ! ». En 2007, après 9 ans au Figaro, le "divorce éditorial" est consommé. Emmanuel Torregano prend son indépendance, pour fonder un an plus tard Électron Libre, convaincu « qu’Internet, c’était la prise de pouvoir des journalistes sur les grosses entreprises de presse ». D’abord en gratuit, puis, sur les conseils de plusieurs pros du secteur musical, qui se disent prêts à payer pour les infos du site, par abonnement à partir de 2013. L’audience du site est divisée par 3, mais la masse critique suffisante pour dégager de l’argent est au rendez-vous. Aujourd’hui, la plateforme est un des rares médias de presse professionnelle qui parle des transformations du numérique à travers la culture, les médias, la finance, et du web en tant que tel. « Avec toujours cette idée que ce que fait la musique pour s’en sortir, en tant que précurseur, peut servir aux autres secteurs », précise-t-il. Pendant un an et demi, il s’occupe de Musique Info, avant la vente du titre, qui met fin à la collaboration. « Les conditions proposées pour poursuivre étant inacceptables, on se dit qu’il vaut mieux le faire par nous-mêmes, d’où la création de Haut Parleur  », lancé lors du Midem 2014. Dernière tentative en date de créer un magazine dédié aux professionnels de la filière musicale en France, l’aventure ne durera qu’un an et demi, jusqu’à la mise en sommeil en septembre 2015. « J’ai fait une erreur, confesse-t-il  : écouter les pros du secteur musique, pour qui disposer d’un support papier était essentiel. Au lancement, tout le monde est enthousiaste, jusqu’au moment de passer à la caisse… ».

L’histoire se répète, inlassablement : à part les fanzines ou les publications transversales, dont l’activité n’est pas centrée sur la presse, il n’y a pas de modèle économique viable. D’où son constat, un brin provocateur et sans appel : « la presse professionnelle musicale n’a jamais existé. Les titres n’ont jamais eu de gros contingents d’abonnés. Ils ont toujours vécu uniquement sur la pub. Pour une raison simple : la musique en France a toujours été un tout petit marché, même en pleine période dorée de l’industrie. La presse musicale, c’est le who’s who : les mouvements, les interviews de grands patrons, et les sorties d’albums. Ce besoin-là est très limité pour une industrie où tout le monde se connaît ». Et aussi parce qu’il y a toujours plus d’impact à apparaître dans la presse généraliste, d’autant plus à l’heure où les spécificités de chaque secteur, notamment pour les industries de contenu, se diluent dans les grandes problématiques du numérique. Ce qui n’entame pas la volonté d’Emmanuel Torregano de faire renaître Haut Parleur, sous une autre forme : « en mobilité, avec beaucoup de curation et de recours algorithmiques. Puisque le secteur est insuffisant, il faut trouver les moyens de produire pour moins cher. Je ne désespère pas de lancer et d’installer un titre musique, mais il faut trouver la bonne formule. Peut-être de dimension européenne, multilingue… ». L’électron libre est toujours en mouvement.


GILDAS LEFEUVRE, L’ACCÉLÉRATEUR DE (MUSIC) BUSINESS


« Sauf rare exception, on ne peut pas vivre du journalisme de presse professionnelle musicale ».

gildas-lefeuvre.com
@MusicWebCoach


Gildas Lefeuvre, l’homme au chapeau, ou plutôt le journaliste multicasquette, a connu a peu près tous les titres de presse professionnelle musicale de ces 25 dernières années. Autant dire que c’est un sujet qu’il connaît très bien. Hilare mais lucide, il questionne, au début de notre entretien : « faire le portrait de journalistes pro musique ? Il en reste ? ».

En 1987, Gildas Lefeuvre, passionné de country, aiguise sa jeune plume dans le fanzine Country Music USA, un trimestriel distribué en kiosques. Il gagne alors un concours sur l’antenne de RTL, dont le premier prix est un voyage à Nashville pour assister à la Fan Fair, festival country atypique dont la philosophie repose sur ce que l’on n’appelle pas encore le direct to fan. Une grande claque et de belles rencontres (« parler avec Johnny Cash, c’est quelque chose ! ») le décident à casser sa tirelire pour y retourner l’année suivante. Mais cette fois-ci, il en revient avec un reportage complet, texte et photos, que publiera Show Magazine, qui existe alors depuis une vingtaine d’années. Pari gagnant, il intègre l’équipe dans la foulée, où il croise un certain Emmanuel Legrand, alors en partance pour New York et l’opération French revolution : « j’ai été directement mis dans le bain du music business, que je ne connaissais pas du tout ». Il y reste jusqu’en 1991, et travaille en même temps, et ensuite, pour Yaourt, le journal du rock business, fondé dans le giron du Centre info rock (CIR), pour Le Bulletin des rotations de Richard Charvet, dont le rédac’ chef n’est autre qu’un certain Rémi Bouton, pour le magazine de la Sacem… En 1994, il est au démarrage de La Lettre du disque de Dominique Viallard, une newsletter confidentielle vendue sur abonnement, sans pub et sans photo, un peu à l’image de Satellifax pour l’audiovisuel, qui sera lancé l’année suivante. « C’était très nouveau pour le secteur. Cette publication a indéniablement marqué le paysage de la presse professionnelle », se souvient-il. À partir de 1996, il rejoint Midem News, le canard du salon cannois, toujours avec Rémi Bouton, dont il prendra la suite à la rédaction en chef jusqu’en 2001 et l’arrêt des pages en français. Il est également le créateur de L’Observatoire du disque, au tournant des années 2000, qu’il décline en newsletter par fax avec Obsline : « on était au tout début d’Internet, le mail n’était pas encore entré dans les mœurs ».

Richard Charvet vient le chercher en 2001 pour intégrer les éditions Larivière, qui éditent Musique Info, « la seule publication qui manquait à mon tableau de chasse ». Avec Philippe Astor, il y lance une newsletter quotidienne, censée booster les abonnements du mag : « on s’est vite aperçu que cela fonctionnait, qu’il y avait un réel besoin. En quotidienne, on était obligés de tomber du scoop, et cela a desservi l’hebdo ». Alors qu’Internet commence à peine à se démocratiser, Gildas Lefeuvre expérimente déjà ce que seront (et sont encore aujourd’hui) les enjeux pour la presse induits par la mutation numérique. La newsletter s’arrête au bout de 6 mois, et il devient rédac’ chef du magazine. Malgré l’éclatement de la bulle Internet, qui verra disparaître de nombreux annonceurs de la publication, qui avait bien pris le virage numérique en termes de publicité, il stabilise le titre. Mais à ces premiers soubresauts succède la crise du disque, et les difficultés se font de plus en plus fortes.

Il quitte Musique Info en 2006 et lance GL Connection, avec un blog et une newsletter. « Je n’avais aucun modèle économique en tête, je ne pouvais pas gérer seul les abonnements et une régie publicitaire, qui aurait de toute façon posé des problèmes de positionnement. L’idée était de toucher le maximum de monde ». Précurseur d’une tendance aujourd’hui très développée, ses activités rédactionnelles deviennent une fenêtre de visibilité pour des interventions, conférences, conseils, coaching, formations, management, management de projets… Autant de cordes à son arc qu’il regroupe aujourd’hui sous le terme d’accélérateur de (music) business. Une multiactivité qui ne date pourtant pas de cette époque, puisque son premier contrat de management d’artiste remonte à 1991, et qui le place dans un rôle d’observateur participant, selon le terme consacré par les sciences sociales : « je me définis plus comme un observateur, de l’intérieur, que comme un journaliste. J’observe la filière en ayant les mains dans le cambouis, confronté aux problématiques concrètes des artistes ». Finalement, le côté multicasquette du journaliste de presse professionnelle n’est-il pas un écho aux logiques de 360° qui se sont généralisées dans l’écosystème musical ?

Si cette multiactivité procède d’un choix assumé, Gildas Lefeuvre est cependant lucide : « sauf rare exception, on ne peut pas vivre du journalisme de presse professionnelle musicale, et c’est encore plus vrai aujourd’hui. À Musique Info. Je gérais une équipe de 10 personnes et un volant de pigistes. Qui, dans la presse professionnelle musique, peut se le permettre aujourd’hui ? Personne ». Aux problèmes spécifiques au secteur musical s’ajoutent les difficultés de la presse en général. Le numérique a en effet entraîné une remise en cause du consentement à payer pour tout type de contenus, film, disque ou information. Et la presse professionnelle est encore un cas particulier à l’intérieur de ce grand chamboulement : une publication uniquement BtoB repose sur un rapport triangulaire. Ceux qui fournissent l’info, ceux qui la lisent, et les annonceurs sont les mêmes. Pas simple de gérer les équilibres… « J’ai toujours respecté une déontologie stricte. Depuis 1988, j’ai vu évoluer la filière. Je connais tout le monde, mais j’ai toujours gardé une juste distance. L’indépendance est un luxe qu’il n’est pas facile d’assumer », confie-t-il.

Aujourd’hui, outre les missions ponctuelles (comme la formalisation du Livre blanc sur l’export pour TPLM en 2015), sa clientèle première, ce sont les artistes indépendants, comme un retour aux sources du direct to fan de la Fan Fair, à la fin des années 1980 : « j’ai toujours été convaincu, dès mes débuts dans le milieu, que les artistes allaient reprendre le pouvoir ». Un constat qui l’a amené en 2014 à cofonder avec Didier Zerath l’Alliance des managers d’artistes (AMA), pour accompagner les mutations du métier d’artiste et de son accompagnement. Mais un journaliste le reste toujours un peu, et son nouveau blog sera très prochainement lancé, et sa fameuse newsletter GL Connection va revenir de façon régulière à partir de la rentrée.


PHILIPPE ASTOR, LE SAGE SUR LA MONTAGNE


« Il manque aujourd’hui un vrai journalisme professionnel de données ».

@makno


Il est de ceux avec qui discuter vous apprend toujours quelque chose, même sans s’en rendre compte. Ce qui est le propre des sages. Véritable maverick (franc-tireur), Philippe Astor, depuis sa campagne toulousaine, a toujours un temps d’avance sur son interlocuteur. Depuis plus de 25 ans, il promène son esprit libre et ses cheveux longs dans le bain de la musique et de l’informatique, mi-sage mi-aventurier.

Son aventure démarre dans les années 1980, à Toulouse, avec le fanzine Rock Press, édité par une association de musique qui gérait des locaux de répétitions et était antenne du Printemps de Bourges. La volonté de ce titre : parler de tous ces groupes qui les font vibrer, et dont Rock&Folk ou Best ne parlent jamais. « Un beau projet de presse rock indé, en plein boom des labels indés. J’ai encore tous les numéros à la maison ! », confie-t-il, d’une voix teintée de nostalgie. La publication dure un an et demi, et atterrit même en kiosques. Fort de cette expérience, complétée par des saisons en tant que localier, il décide de monter à Paris, pour se former et se professionnaliser. Il se retrouve, « par hasard », secrétaire de rédaction dans la presse informatique, et pige pour de nombreux titres d’informatique personnelle, jusqu’à devenir chef de rubrique "sécurité et réseaux" pour Soft&Micro. À 25 ans, il est déjà très familier des ordinateurs : « je suis tombé dans le numérique comme Obélix dans la potion magique », lâche-t-il en riant. Mais ce qui l’attire, c’est la télévision, alors en plein essor après les privatisations et ouvertures de chaînes de la fin des années 1980. Il passe alors par la case formation au CFPJ.

Au milieu des années 1990, Internet débarque. « Sortant de la presse informatique, j’étais au cœur de cette révolution, et j’ai immédiatement écrit dessus ». Pendant trois ans, il pige pour La Tribune, Les Échos, Le Figaro, avant de rentrer chez Canal +, pour les émissions "Cyberflash" et "Cyberculture". Il y reste jusqu’à la fin des années 1990, période pendant laquelle il commence à s’intéresser à ce qui se passe autour de la musique. Le vrai tournant, celui qui va définitivement le faire basculer vers la presse professionnelle musicale, arrive en 1999. Il participe avec Tariq Krim (fondateur de Netvibes et de Jolicloud) à Web noise, la première conférence sur la musique en ligne, qui prend place à Los Angeles. Leurs papiers publiés sur un blog sont vite repérés, et abondamment repris. Et l’année suivante, il décroche sa première accréditation presse pour le Midem. Comme un signe, il débarque sur la croisette en même temps que le MidemNet. Logiquement, Musique Info l’approche. Il y collaborera pendant presque treize ans. Il sera également de l’aventure GrandLink Music News entre 2002 et 2004, avec Emmanuel Torregano, qu’il suivra en 2008 dans l’aventure de blogging Électron libre, qui devient un média à part entière, « une fenêtre privilégiée pour traiter de la musique en ligne ».

La dilution de Musique Info dans Écran Total, en 2012, dernier titre papier de presse professionnelle musicale, laisse un grand vide. Les temps sont durs pour les journalistes, les médias spécialisés sont de plus en plus rares, à mesure que les quotidiens s’emparent de ces questions. Au point de s’interroger : « Où peut-on publier aujourd’hui de l’info très spécialisée sur la musique ? Aucun média n’a émergé en France, comme Music Ally en Angleterre ou Digital Music news aux États-Unis. On n’a pas de grands médias comme Billboard ou Music Week, qui ont l’avantage d’être en anglais, donc de fait, de dimension internationale. Faire vivre un titre de presse pro sur le marché français est très compliqué. Peut-être faut-il s’interroger sur la finalité d’une telle presse, qui s’est focalisée sur les questions institutionnelles et politiques, en se désintéressant du terrain. Il n’y a que des journalistes entrepreneurs dans ce milieu, parce qu’il n’y a pas d’entreprises. La multiactivité devient une nécessité. Être journaliste de presse pro musique, c’est de la survie. Les ressources s’amenuisent… On va tous finir par quitter le secteur, ou quitter le journalisme, ou les deux… ».

Si le constat est amer, sans appel, cela n’entame pas pour autant l’enthousiasme de Philippe Astor, qui voit plusieurs directions possibles à l’évolution future de la presse professionnelle musicale, qui pourrait enfin « suivre et s’appliquer à elle-même les conseils qu’elle donne aux professionnels » : une présence encore renforcée des thématiques dans les canards généralistes (« même si cette année, on n’a croisé quasiment aucun journaliste au Midem »), la montée en puissance d’une presse plus orientée tech, « qui n’a pas vraiment pris pour l’instant », ou l’ouverture à l’international en embrassant l’ensemble des territoires francophones, comme l’Afrique, dont le potentiel est prometteur. Mais ce qui le frustre le plus aujourd’hui, et qui pourrait être une planche de salut pour la presse, c’est, à l’ère du big data, la difficulté d’accès aux données : « il manque aujourd’hui un vrai journalisme de données. En tant que journaliste, j’aimerais accéder à des jeux de données, sur le streaming notamment, pour réellement analyser les usages, ce qui n’a jamais été fait sur le peer to peer. On pourrait imaginer qu’un consortium de presse pro du secteur ait accès à de gros jeux de données, pour en tirer des analyses fines de marché, à même de servir aux professionnels », un peu sur le modèle de MIDiA research en Angleterre. C’est en tout cas dans cette direction que le journaliste toulousain regarde, entre data journalisme, investigation et recherche universitaire, lui qui est aujourd’hui responsable éditorial du thinktank Proscenium. Et comme toujours, Philippe Astor a déjà un œil dans le futur, et s’en remet à l’audace des nouvelles générations : « on voit à peine arriver dans le monde du travail les digital natives. Ils auront et créeront à l’avenir leurs médias, généralistes et professionnels. Exactement comme on l’a fait avec les fanzines rock dans les années 1980, et certains réussiront. Il y a un espace pour un média pro musique qui utiliserait tous les canaux, qui mixerait conférences et événements… Encore faut-il que la filière ait envie de s’informer… Actuellement, il n’y a pas de modèle économique viable. Aux nouveaux arrivants de renouveler tout ça ! »


RÉMI BOUTON, PIRATE ET JOURNALISTE LIVE


« Sans presse indépendante, il n’y a plus de contre-pouvoir ».

@RBouton


« Mon modèle économique me cherche toujours. Il finira bien par me rattraper ». Cette sentence, qui fut la baseline de son blog sur L’Express, est à elle seule un résumé de ce que veut dire être journaliste de presse professionnelle musicale. Rémi Bouton est un enfant des radios pirates, puis des radios libres. Il tombe dedans à 15 ans, à la fin des années 1970, en écoutant Radio verte. En 1980, encore lycéen, il crée Radio Gnome, autorisée en 1981 par la Haute autorité audiovisuelle, ancêtre du CSA. Il lâche ses études pour s’y consacrer pleinement pendant 3 ans. « C’est exactement comme un môme d’aujourd’hui qui plonge dans Internet. Quand on a vu arriver la radio, on s’est dit que le monde était en train de changer et qu’il fallait qu’on y aille. On était les geeks et les hackers de l’époque. Les mots n’existaient pas mais la démarche était la même : un intérêt pour la technologie, une envie de changer le monde, et le goût de faire des conneries ! ».

Sans vision économique et entrepreneuriale, le projet s’essouffle avec la consolidation de la FM au milieu des années 1980. Il essaye ensuite de relancer Carbone 14, puis enchaîne avec des billets quotidiens sur Ouï FM. Il y traite de télévision et de presse. Après la période des radios pirates et la libéralisation des ondes, c’est désormais du côté du petit écran que les choses bougent. « Ce qui m’intéressait, c’était les médias : quel média pour quel message, quelle régulation, les questions de monopole… », confie celui qui devient très vite un spécialiste de ces questions. Et c’est par ce biais qu’il arrive à la musique. Son premier article sera consacré à la jeune chaîne musicale MCM Euromusique, lancée en 1989.

Après un poste de rédacteur en chef adjoint chez Yaourt, le journal du rock business, fondé dans le giron du Centre info rock (CIR), c’est Le Bulletin des rotations qui le contacte, un titre qui cherche à faire la passerelle entre radios et maisons de disques. Il devient également correspondant pour un journal québécois sur l’audiovisuel, qui l’envoie sur ses premiers MIP TV. « Moi qui était nul à l’école, nul en orthographe, je me suis dit qu’il ne fallait pas me limiter à la radio. Alors je me suis mis à écrire », confie-t-il. Dans les années 1990, il se spécialise sur les liens entre musique et radio, et publie dans tous les canards qui abordent le sujet (Music&Media, Billboard…). Il intègre ensuite l’équipe du Midem News, où il retrouve Gilles Castagnac, et dont le rédacteur en chef de la section française n’est autre qu’Emmanuel Legrand. Il couvre le MIP COM, le MIP TV et le Midem. Une expérience forte, qui le voit évoluer au sein d’une rédaction d’une vingtaine de journalistes indépendants venus de toute l’Europe, parlant différentes langues, et qui, pendant une semaine, travaillent ensemble sur un quotidien : un magazine de 200 pages pour le MIP COM et le MIP TV, de 150 pages environ pour le Midem ! « Il faut tirer un coup de chapeau à Xavier Roy (qui avait dirigé la promo de Vogue, NDR), patron du Midem à l’époque, qui avait une pleine conscience et une belle vision de ce que devait être la presse : nous avions une totale indépendance, même s’il y avait évidemment des contraintes liées aux exposants présents et aux sponsors », insiste-t-il. Pendant 10 ans, il sera cannois un mois par an. Une autre époque, où le Midem est un événement international de grande ampleur, avec une couverture presse très conséquente. « À l’époque, la musique était une industrie », précise-t-il. Il travaille en parallèle pour Écran total, gardant sa double casquette musique et audiovisuel.

Puis vient le temps des "infidélités" à la presse, dont il estime avoir fait le tour. D’abord, en 1999, pour une mission confiée par le ministère de la Culture sur les états généraux du disque, d’où sortira, entre autres, l’extension de la copie privée aux supports numériques. En 2000, c’est Patrick Zelnik qui vient le chercher pour travailler sur l’accompagnement à la transition numérique et sur la com chez Naïve. L’expérience dure 4 ans, mais ne se passera pas selon ses souhaits : « j’étais très enthousiaste à l’idée de rejoindre Naïve, et de participer à les emmener dans le futur, pour devenir la maison de disques numérique. Je suis arrivé avec un discours qui n’est pas passé : demain il n’y aura plus de disque, on consommera la musique sur téléphone mobile ». Lui qui voulait laisser derrière lui sa carrière de journaliste le redevient, par la force des choses, s’ajoutant à la longue file d’exemples qui valident le fameux adage : la presse mène à tout, à condition d’en sortir.

Il se retrouve donc logiquement chez Musique Info de 2003 à 2005, comme conseiller à la rédaction. Il y côtoie Romain Berrod et Maud-Philippe Bert. Mais pendant les années passées chez Naïve, les choses ont changé : la crise s’est installée dans le disque, et, changement notoire, les journaux de presse pro ne font plus leurs propres classements, mais reprennent ceux de Yacast, « une vraie perte de pouvoir pour les canards », selon lui : « produire des classements, comme nous le faisions au Bulletin ou dans Yaourt, donnait un rôle à la presse professionnelle : elle produisait des données sur le business. Et cela avait un effet. Avec le classement des radios rock, nous avons amené les maisons de disques à s’y intéresser. Et elles se sont toutes mises à recruter des attachés de presse spécialisés. C’est d’ailleurs par ce biais que sont rentrés dans le secteur plusieurs hauts dirigeants actuels ». Le média avait alors un rôle structurant, opérait des passerelles entre disque et radio, et était un vecteur important de promo. Aujourd’hui, les metrics sont produits ailleurs. À partir de 2004, il s’investit dans ce qui deviendra Tous pour la musique, l’association qui fédère l’ensemble des acteurs et des représentations de la filière, qu’il quittera en 2010. En complément, il assure aussi des prestations éditoriales pour le web, pour Rhapsody ou Bebo. Aujourd’hui, il continue « par plaisir » d’animer conférences, tables rondes et formations, comme pour retrouver l’adrénaline du direct radio : « je suis un journaliste live. Un formateur, un animateur et un journaliste font un peu la même chose : ils traitent et transmettent de l’information et font parler des gens ».

Sur l’évolution du métier et de la presse professionnelle musique, sa longue expérience lui donne une vision lucide. Éclatement et omniprésence des sources d’information, agonie du modèle de financement par la publicité, érosion du consentement à payer pour de l’information, milieu professionnel trop exigu, difficultés des rapports avec les lecteurs/annonceurs… la presse professionnelle, qui relève pour lui plus de l’animation de communauté que du journalisme stricto sensu, doit se réinventer. « À partir du moment où il n’existe plus ou quasiment plus de presse indépendante qui peut se faire un avis sur un secteur et le bousculer, il n’y a plus de contre-pouvoir. Ce que doit être la presse. Aujourd’hui, dans le secteur musical, le 4e pouvoir est plus dans les grands quotidiens, parce que la presse professionnelle n’existe plus », analyse-t-il. Depuis 1 an, il travaille activement sur ce qui sera peut-être sa porte de sortie définitive du journalisme : Apidou, le doudou connecté, « une expérience extrêmement enrichissante, qui me permet de sortir du milieu musical que j’écume depuis longtemps. Et puis, c’est toujours raccord avec mon côté geek et hacker ».


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(c) Benjamin Pinard

ROMAIN BERROD, ROCK THE NEWS


« L’avenir de la presse pro musique passera par des médias transversaux sur la culture et des médias tech ».

News Tank Culture
@RadicalHystery


Romain Berrod, Monsieur musique chez News Tank Culture, aurait pu épouser une autre carrière, dans la production de spectacles, mais dès l’adolescence, il sait qu’il veut écrire sur la musique. À la fin des années 1990, alors étudiant, c’est dans le milieu associatif du Val d’Oise qu’il fait ses premiers pas dans le secteur musical. Le fanzine Furia, de l’association Vivre vite, accueille ses premiers articles : « j’avais surtout envie de transmettre. J’étais passionné de musique, j’allais voir beaucoup de concerts, et je voulais écrire sur ces groupes rock indés que peu de gens connaissaient », explique-t-il, pour justifier son envie précoce. Il collabore à de nombreux numéros, expérimente ses premières confs de rédac’, apprend les bases du métier. Mais si le fanzine est la raison première de l’existence de l’asso, elle organise également des concerts mensuels, qui se transformeront petit à petit en un festival, le Furia sound festival, qui prend le pas sur les autres activités. « J’aurais pu partir vers la production de spectacles, mais j’étais rentré dans l’asso pour devenir journaliste », insiste-t-il. Grand lecteur de presse musicale, il s’ennuie à la fac de langues, et réfléchit à la façon de professionnaliser son envie d’écrire sur la musique. L’opportunité se présente quand un ami, membre du groupe Flying Pooh, et journaliste à La Lettre du disque, le rencarde sur le poste qu’il libère. Après une rencontre avec Alexandre Imbert, fondateur et directeur de la publication et Gildas Lefeuvre, alors rédacteur en chef, il entame un contrat de qualif’ avec le CFPJ.

« C’est à La Lettre du disque que j’ai tout appris : les fondamentaux du métier et le fonctionnement de la filière musicale. J’ai pu entrer dans les coulisses, moi qui jusqu’alors n’avait qu’un regard de passionné sur la musique. Et je me suis retrouvé à écrire non plus sur l’artistique, mais sur les professionnels, ceux qui font tourner le business. Je me suis vite pris au jeu. Et cela a fait tomber beaucoup de clichés, moi qui pensais qu’un bon disque ne pouvais sortir que sur un label indé », confie-t-il. Il intègre une petite rédaction, qui édite un hebdo de huit pages. Alexandre Imbert gère plusieurs lettres, dans différents secteurs (immobilier, santé…). Il touche à tous les sujets : business, institutionnel, numérique… Ce qui lui permet d’acquérir une connaissance panoramique du secteur, et d’éviter l’écueil de la sur-spécialisation. L’industrie musicale est alors en passe d’atteindre son climax économique. Lors de son premier Midem, en 2000, le Snep annonce des chiffres hallucinants : +10% pour le marché !

Entre-temps, Gildas Lefeuvre passe chez Musique Info, et lui propose d’y finir son contrat de qualif’. On est en 2002, le canard, qu’il ne quittera qu’à sa disparition 10 ans plus tard, existe alors depuis 1997. Il y intègre une équipe plutôt étoffée pour un titre BtoB musique : un rédac’ chef, trois journalistes, dont Nicolas Dambre, deux personnes qui gèrent les classements, un maquettiste, un SR, un chef des infos. La parution hebdomadaire est alors justifiée par la publication des classements de vente et de passages radio et TV. Il y raconte toute l’actualité de l’industrie : disque, spectacle, institutionnel, numérique… « À l’époque, on était focalisés sur la piraterie physique, les CD gravés, ce qui fait sourire aujourd’hui, et les classements étaient des contenus centraux. En 2002, Internet n’est pas encore très développé chez les pros. Aujourd’hui, toutes les entreprises et tous les organismes ont leur propre site, leur newsletter, leurs réseaux sociaux… Le Snep, par exemple, n’a plus besoin d’un relais média pour communiquer autour des classements », analyse-t-il rétrospectivement. Et, à partir de 2002, les choses basculent. La crise du disque s’installe et la presse professionnelle en subira les conséquences collatérales : moins d’acteurs, moins d’entreprises, moins de business, donc moins d’abonnements, moins d’annonceurs, et in fine moins de moyens et moins de personnel. « On ne savait absolument pas où on allait, mais on nous disait qu’il fallait que la filière ait son journal », dit-il à propos de l’ambiance tendue de l’époque. Il devient rédacteur en chef adjoint en 2005, mais l’évolution semble inéluctable. En 2008, Musique Info passe en mensuel, perdant ainsi une capacité de réactivité à l’information. Les publications de classements perdent de leur sens. Le lectorat va chercher ailleurs ses sources d’information. « Avec le recul, l’issue état inévitable. On était dans la même situation qu’un distributeur indé qui sent bien qu’à l’horizon de deux ans, l’activité va péricliter car reposant sur une économie trop tenue. Musique Info n’était pas une priorité pour les éditions Larivière, avec qui nous n’avons pourtant jamais eu de soucis. En 2008, avec Maud Philippe-Bert, on a essayé de relancer ce qu’avait initié Gildas sur le numérique, mais le groupe n’était pas très proactif sur la question. Et le journal est mort de sa belle mort », raconte-t-il, lucide. Si la fusion en 2012 avec Écran total, dont le projet était de faire un magazine sur toute l’industrie de l’entertainment (« une bonne idée ») aurait pu lui permettre de poursuivre l’aventure, il choisit de rejoindre News Tank Culture.

« Une des raisons pour lesquelles News Tank est venu me chercher, c’est que des journalistes de presse pro spécialisés en musique, il n’y en a pas pléthore ». Outre la possibilité de continuer à exercer ses talents, c’est la transversalité du groupe (musique, spectacle vivant et musées/patrimoine) et son modèle novateur qui le séduisent : un pure player web, par abonnement et sans publicité. Il ne sait que trop bien que la publicité ne constitue plus un modèle économique viable. Et qu’un titre uniquement musique serait difficile à faire vivre, l’industrie n’étant plus assez prospère. Autre évolution, la "concurrence" accrue de la presse généraliste, qui s’est emparée de la musique, avec la crise du disque, le téléchargement, les changements d’usage et les bouleversements économiques. Pour Romain Berrod, « cela a permis de mettre la lumière sur le secteur et ses difficultés. Mais du coup, les professionnels sont moins dispos pour la presse pro. Il est difficile d’avoir un ministre de la Culture, même quand il fait le tour des plateaux radio et TV ». Aujourd’hui, il constate l’éclatement et la multiplication des sources d’information (blogs, sites comme Conflikt arts…), qui va selon lui se renforcer. La presse tech devrait aussi prendre de l’importance, les problématiques des professionnels étant de plus en plus liées au numérique (consommation, streaming, métadonnées, licences…). En ce qui concerne le retour d’un titre papier de presse pro musique en France, il est plus sceptique : « cela me semble impossible. L’exemple de Haut parleur l’a montré, alors que c’était un très beau projet éditorial. L’avenir de la presse pro musique passera par des médias transversaux sur la culture et des médias tech où la musique ne sera qu’un contenu parmi d’autres ».


SOPHIAN FANEN, JOURNALISTE HISTORIEN


« il y a la place pour une publication de qualité dédiée à la musique ».

Les Jours
@SophianF


Sophian Fanen, c’est l’exemple même de la montée en puissance des thématiques liées à la musique dans les grands quotidiens généralistes ces 10 dernières années. Montée en puissance liée à la crise du disque et aux bouleversements induits par le numérique, dont la musique a, en précurseur, essuyé les plâtres. « Je suis un journaliste des années piratage. Pour moi, ne s’intéresser qu’à la musique gravée sur un disque, sans prendre en compte l’environnement, ses évolutions et ses problématiques, les questions d’usages, c’était une faute professionnelle », explique celui qui a prêté sa plume pendant huit ans aux rubriques culture et écrans de Libération.

Passionné de musique depuis son plus jeune âge, c’est dès le collège qu’il confirme sa volonté de devenir journaliste. Ses premiers écrits seront pour le fanzine seine-et-marnais Ramasse ta jambe. « Avec le recul, c’était assez sérieux, à la hauteur de ce que pouvaient faire des collégiens. Je suis devenu journaliste, celui qui s’occupait de la maquette est devenu graphiste maquettiste, et celui qui se battait pour faire les dépôts vente est aujourd’hui commercial. On n’était pas là par hasard ! ». Comme pour de nombreux homologues, le fanzine a servi d’antichambre à une carrière de journaliste. Mais, étudiant à la fin des années 1990, c’est d’abord l’histoire des musiques populaires qui l’attire. Ce n’est qu’après, « par souci de réalisme », que l’idée de devenir journaliste musical deviendra une évidence. Direction Strasbourg, et le CUEJ, dans l’optique de faire du journalisme généraliste. Mais au bout de 15 jours, la musique le rattrape. Une étudiante plus âgée lui laisse ses piges musiques pop et rock aux Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA), bientôt complétées par le jazz et les musiques contemporaines. « Je me suis retrouvé à écrire la moitié des pages musiques des DNA  », précise-t-il. Pourtant, c’est en radio qu’il se spécialise, considérant toujours que le journalisme musical n’est pas viable. On lui propose d’être localier, de s’occuper des pages France/monde aux DNA, proposition qu’il refuse car les horaires décalés l’obligent à renoncer aux concerts…

Il rentre donc à Paris, avec l’idée de continuer à écrire sur la musique, comme un à côté. Quelques piges plus tard, il rentre en 2007 à la Blogothèque, mais la position du blogueur solitaire ne lui convient pas, et il ne se sent pas l’âme d’un critique musical. À la fin de l’année, il entre à Libération et à FIP, comme programmateur remplaçant. À Libé, il rencontre Bayon et Lefort, fait un papier pour les pages musique, et y reste. Le début d’une aventure de 8 ans. À cheval sur les rubriques culture et écrans médias, il traite majoritairement des industries culturelles. On est alors en pleine transition de l’ère du MP3 et du download vers l’ère du flux et de l’accès. « Avant mon arrivée à Libé, les papiers sur la musique, hors artistique, étaient principalement centrés sur les entreprises ou sur les droits d’auteur. Même s’il y a eu des papiers, comme celui en 2001 qui retraçait l’histoire du MP3. Les questions d’usage, de partage et de circulation de la musique n’étaient pas ou peu abordées. Mais je suis content de connaître aussi l’artistique, les papiers purement techno ou purement industrie me frustrent, car ils manquent selon moi la finalité ». Autant de thématiques qu’il imposera dans les colonnes du journal fondé par Jean-Paul Sartre. Jusqu’en 2015 et son départ pour l’aventure Les Jours.

Initialement, Les Jours n’est pas un projet de nouveau média, mais l’ébauche du projet de la rédaction pour relancer Libération. On est au printemps 2014, et le journal va mal, rappelant que les difficultés touchent la presse dans son ensemble, même les grands quotidiens, qui vivent sous perfusion. Après son départ, Sophian Fanen commence d’abord par sonder la possibilité de monter un canard sur la musique, en ligne ou au format mook (contraction de magazine et book NDR) : « je suis vite arrivé à la conclusion que c’était impossible. Il n’y a jamais eu de modèle économique réellement viable pour la presse musicale en France. La publicité a ses limites, surtout si l’on veut faire autre chose qu’un simple relais des sorties. Je voulais faire du reportage, du format long, de l’enquête. L’idée était de faire une sorte de XXI consacré à la musique, un peu comme ce qu’a tenté Vibrations, sans réussite. Il y a la place pour une publication de ce type, j’en suis sûr. D’un point de vue journalistique, c’est évident, on ne croule pas sous les publications de qualité sur la musique. Est-ce qu’il y a aussi une place commercialement… Sans un grand groupe derrière, faire un titre de presse musicale est compliqué. Ils ont toujours été fragiles en France ». Les anciens de Libé continuent de se voir régulièrement, chaque fois moins nombreux, mais jusqu’à constituer un noyau dur, « une ébauche de rédaction, en fait ». Fin 2015, le groupe se lance et crée Les Jours, en référence à Boris Vian, avec la volonté justement de ne pas se contenter de l’écume. Il travaille également pour France Culture, pour qui il réalise à l’été 2015 une série sur l’histoire des musiques électroniques : radio, musique et histoire, tout ce qu’il faut pour le rendre heureux ! En janvier dernier, il rempile avec une série sur l’histoire du piratage et assure des chroniques, chez Valli par exemple.

S’il a toujours apprécié sa position de journaliste musique dans un journal généraliste, Les Jours lui laissent toute latitude pour s’aventurer vers d’autres sujets, mais de son aveu, seule la musique l’intéresse, en dépit des interrogations sur la position à adopter : « on questionne aujourd’hui notre place dans l’actualité de la musique. On ne veut pas être en dehors. Ce n’est pas évident de faire des articles au long cours, de solliciter des artistes et des labels en dehors du temps de la promotion ». Malgré les difficultés évidentes de la presse musicale, il regarde l’avenir avec enthousiasme, et croit à des médias liés aux plateformes de streaming, qui deviennent le hub de l’écoute musicale : « il y a un modèle à imaginer qui accolerait de l’information, du récit, des enquêtes, de la curation, à des écoutes en streaming. Les choses bougent, mais ça reste encore embryonnaire. Il faut pusher l’information, l’amener au consommateur, qui est de plus en plus omnivore ». Sans parler des possibilités qu’amèneront la TV et la voiture connectées, et se prend à imaginer des contenus pour des transports musicaux : « quand le TGV sera équipé de wifi, on aura accès à des portails dédiés, avec de la musique et de l’info : l’histoire de l’electro en 1 heure, une histoire du MP3 le temps d’un trajet… Le train est un endroit idéal pour lire et écouter de la musique ! » En attendant, il travaille au développement des Jours.


NICOLAS DAMBRE, PASSEUR DE MUSIQUE ET D’INFO


« Une nouvelle génération de professionnels de la culture arrive. Sera-t-elle prête à payer pour de l’information spécialisée ? ».

La Scène
@NicolasDambre


Nicolas Dambre, c’est Monsieur musiques actuelles pour La Scène et La Lettre du spectacle. « J’ai la chance de vivre uniquement de mon activité de journaliste musique. Je sais que c’est très rare actuellement. Les temps sont très durs pour de nombreux confrères », confie-t-il d’emblée, conscient de la situation délicate de la presse musicale et professionnelle.

Ce passionné d’electro, issu d’une famille de passeurs de musique, a lui-même été DJ. Entre 1996 et 1999, en pleine explosion de la french touch, il produit "The Sound Factory" sur TSF, une émission de radio hebdomadaire, diffusée le samedi soir. Il y reçoit, entre autres, Derrick May, Fatboy slim, Etienne de Crécy ou encore Marshall Jefferson et Laurent Garnier. C’est par ce biais qu’il commence à fréquenter les coulisses du spectacle vivant, notamment des festivals, qui se sont emparés des musiques électro à la fin des années 1990, comme le Printemps de Bourges ou les Trans, où il rencontre les Daft Punk.

Bien décidé à poursuivre sur la voie qu’il s’est ouvert, il passe par l’Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine, où il se spécialise naturellement en radio. Après un temps sur le réseau France Bleu, il revient à Paris, où il connaît ses premières expériences de presse écrite, notamment à Télérama Paris, ancêtre de Télérama sortir. Il intègre en 2000 la rédaction de Musique Info, publication qu’il connaissait, en tant que producteur d’émission radio, pour participer aux classements que le titre réalisait encore en interne. Il s’y spécialise sur les médias, et la place de la musique dans les médias, sous la rédaction en chef de Gildas Lefeuvre. Mais en 2004, voyant la crise du disque s’installer, il décide de quitter le canard. Il rejoint ensuite le groupe Millénaire Presse (aujourd’hui M Media), qui édite La Lettre du spectacle et La Scène. Il s’y installe comme le journaliste musiques actuelles, et lieux parisiens, puisque le groupe est basé à Nantes. Mais il s’aventure aussi du côté du théâtre, de la danse et des arts de la rue : « la pluridisciplinarité est enrichissante. Au-delà des différences entre ces domaines, il existe aussi de nombreuses passerelles. Les esthétiques et les pratiques se mélangent beaucoup plus aujourd’hui ». En parallèle, il travaille pour RFI musique, « une respiration » qui lui permet de « sortir du petit monde des musiques actuelles et de m’extraire des problématiques professionnelles, en parlant création avec des artistes ». Il est également l’auteur de deux livres sur les musiques électroniques : Mix et DJ pour les nuls.

La presse en général, et la presse musicale et professionnelle en particulier, il les a vu évoluer depuis 15 ans, et s’enfoncer dans la crise : concurrence d’Internet, baisse constante du lectorat par abonnement et de la publicité… « La presse musicale, déjà peu conséquente en France, est frappée de plein fouet, avec de nombreux titres qui disparaissent depuis 15 ans, le dernier en date étant Magic. Pour la presse professionnelle musique, la conjonction de la crise du disque et de la crise de la presse a été fatale », analyse-t-il. Et l’information, aujourd’hui diffuse, n’est plus l’apanage des seuls titres de presse. On en trouve sur les sites de pure players, mais aussi sur les blogs, les réseaux sociaux… Et, évolution forte depuis 10 ans, les professionnels eux-mêmes deviennent émetteurs d’informations, via leurs sites ou pages. Les réseaux professionnels ont désormais tous des listes de diffusion et des newsletters. Pour Nicolas Dambre, « les professionnels, comme tout le monde, s’informent aussi beaucoup par d’autres moyens que la presse. Et la presse généraliste propose de plus en plus d’articles qui ont un angle professionnel ou économique. On y lit aujourd’hui des papiers qui pourraient être écrits pour La Scène. Est-ce que cela intéresse leurs lectorats traditionnels ? Je ne sais pas, mais en tout cas, cela intéresse les professionnels ». Et de relever les difficultés engendrées par cette situation : « un professionnel préférera toujours avoir un papier dans un quotidien national, qui leur assure plus de visibilité, plutôt que dans un titre de presse pro ». Les industries culturelles, qui deviennent des contenus comme les autres, se retrouvent diluées dans la presse généraliste, économique ou orientée tech. Probablement pour cette raison que M Media a joué la carte de la diversification des activités, avec de la formation, de l’édition, des événements pros, comme les Bis, un festival… Une stratégie de développement que l’on peut d’ailleurs observer dans la presse en général, quotidienne et magazine. Dans les années à venir, pour Nicolas Dambre, la presse professionnelle aura un défi important à relever : « une nouvelle génération de professionnels de la culture arrive. Lira-t-elle de la presse professionnelle ? La lira-t-elle sur papier ou uniquement en ligne ? Sera-t-elle prête à payer pour de l’information spécialisée ? Rien n’est moins sûr… ».


Dossier réalisé par Romain BIGAY