Les majors de la musique ont enterré la crise du disque

Publié le mardi 5 septembre 2017

Musique enregistrée

Trimestre après trimestre, la progression du chiffre d’affaires des majors de la musique grâce au streaming et leur rentabilité accrue ne se démentissent pas. La bonne relance du marché américain de la musique est manifeste dans les derniers résultats financiers qu’elles ont publiés. La croissance des marchés émergents aussi. L’Europe reste atone.

Les grises mines ne sont plus de mise dans les états-majors des grandes maisons de disques, qui enregistrent des résultats financiers à la hausse chaque trimestre. Les derniers chiffres publiés parlent d’eux-mêmes. Sony Music a vu son chiffre d’affaires progresser de 18,8 % sur un an au premier trimestre 2017. Les revenus d’Universal Music ont augmenté de 15,2 % au cours des six premiers mois de l’année ; et ceux de Warner Music de 13 % au deuxième trimestre.

Warner Music, qui enregistrait encore une perte nette de 9 millions dollars au deuxième trimestre 2016, s’offre le luxe de poster un bénéfice de 141 millions de dollars sur la même période cette année. Avec 917 millions de dollars de revenus, la plus petite des trois majors de la musique a réalisé son plus beau chiffre d’affaires trimestriel depuis 2003, en hausse de 41 % par rapport a celui réalisé sur la même période en 2012, après son rachat par Access Industries.

Rentabilité accrue

Ni Sony Music, ni Universal Music, filiales de grands groupes, ne publient leur résultat net. La croissance soutenue de leur chiffre d’affaires, cependant, se double de celle, nettement supérieure, de leur résultat opérationnel (+ 57,2 % au premier trimestre 2017 pour Sony Music) ou de leur EBITA [1] (+ 61,6 % au premier semestre pour Universal Music) ; ce qui traduit une rentabilité accrue de leurs opérations. Le même phénomène s’observe chez Warner Music, dont le résultat opérationnel a progressé de 40 % sur les neuf premiers mois de son exercice 2017, contre une croissance de son chiffre d’affaires de seulement 10,5 % sur la période.

La montée en puissance du streaming dans le modèle de business des majors est au cœur de cette transformation. Ses revenus ont progressé de 25 % chez Sony Music au premier trimestre 2017, de 58,6 % chez Warner Music au deuxième trimestre, et de 47,3 % chez Universal Music sur les six premiers mois de l’année. Sur ces mêmes périodes, il a pesé 38 % des revenus de Sony Music dans la musique enregistrée (hors publishing, merchandising, droits voisins, licences, etc.), 46,7 % de ceux de Warner Music, et près de 45 % de ceux d’Universal Music.

Quasi inexistant il y a dix ans, le streaming constitue désormais la principale source de revenus des majors de la musique. Grâce à lui, leurs ventes de musique enregistrée renouent nettement avec la croissance. Sa progression, en particulier celle du segment de l’abonnement, compense largement la baisse persistante des ventes physiques et un effondrement continu du téléchargement. Ce dernier ne pèse plus que 25 % du digital chez Sony Music au premier trimestre (contre 35 % un an plus tôt), 26 % chez Universal Music au premier semestre (36 % un an plus tôt), et moins de 20 % chez Warner Music au deuxième trimestre (environ 30 % un an plus tôt).

Le marché américain en pointe

Remarquablement, c’est aux États-Unis, où les ventes physiques ne sont plus que résiduelles, que les majors connaissent la plus forte croissance de leur chiffre d’affaires global. Au deuxième trimestre, Warner Music l’a vu croître de 22 % sur le territoire américain, contre un progression de 7 % à peine à l’international. Sur les six premiers mois de l’année, cette progression a été de 27,5 % pour Universal Music en Amérique du Nord, contre une croissance pratiquement atone en Europe (+ 2,2 %), et en recul sur celle enregistrée un an plus tôt sur la même période (+ 5,2 %). Sony Music ne détaille pas ses résultats par territoire.

Comme en Amérique du Nord, le numéro un mondial de la musique, Universal Music, a vu la progression de son chiffre d’affaires s’accélérer tout au long du premier semestre en Asie (+ 21,7 %), en Amérique latine (+ 21,1 %) et dans le reste du monde (+ 14,3 %), ce qui traduit la montée en puissance des marchés émergents. Dans ce contexte, les perspectives économiques des majors de la musique sont plutôt bonnes, au moins à court terme. Quelques nuages pointent malgré tout à l’horizon. La progression du marché américain du streaming peut très vite atteindre un palier. La croissance des marchés émergents repose sur un ARPU moindre (revenu moyen par utilisateur). Et l’Europe peine encore à transformer l’essai de la transition numérique, probablement en raison d’une forte résilience du marché physique.

Philippe Astor

[1] Revenus avant impôts, taxes et amortissements